Chamil Bassaiev a été tué
La dépèche vient de tomber sur le Nouvel Observateur, Chamil Bassaiev a été tué. On lit sur Ria Novostia "Un des leaders les plus odieux des terroristes tchétchènes, Chamil Bassaev, a été tué dans la nuit de dimanche à lundi en Ingouchie, dans le Caucase du Nord russe, a rapporté au président Vladimir Poutine le directeur du Service fédéral de sécurité Nikolaï Patrouchev. "Bassaev et plusieurs autres bandits ont été tués la nuit dernière lors d'une opération spéciale en Ingouchie", a annoncé le directeur du FSB au président russe." Vladimir Poutine a qualifié l'élimination de l'un des chefs de file des terroristes tchétchènes de "châtiment mérité" infligé aux bandits pour Beslan et Boudennovsk, ordonnant de récompenser les participants à l'opération spéciale. "Il s'agit d'un châtiment mérité infligé aux bandits pour les enfants de Beslan, pour Boudennovsk (prise d'otages dans un hôpital au Nord Caucase), pour les attentats commis à Moscou et dans les autres régions du pays, dont l'Ingouchie et la Tchétchénie", a indiqué le président russe. "Préparez vos propositions et présentez pour des décorations tous les agents qui ont pris part à cette opération", a indiqué le président s'adressant au directeur du FSB. Quand on sait ce qu'a subi Mashadov lorsqu'ils l'ont exécuté, on imagine sans peine ce qu'a également du subir Bassaïev... en tout cas, il y a bien quelqu'un qui l'a balancé...
Chamil Bassaïev a été tué
Tchétchénie. Le chef rebelle Chamil Bassaïev a été tué en Ingouchie a annoncé le chef du service de sécurité fédéral russe.
chef du service de sécurité fédéral russe a annoncé, lundi 10 juillet, que le chef rebelle tchétchène Chamil Bassaïev avait été tué, rapportent les agences de presses russes.
Nikolaï Patrouchev a déclaré au président Vladimir Poutine que Bassaïev avait été tué dans la nuit de dimanche à lundi en Ingouchie, selon l'agence ITAR-Tass. AP
Sources : Le Nouvel Observateur
Laurent Vinatier : "Le retour en politique de Chamil Bassaev est un faux problème"
Par Célia CHAUFFOUR
Le 25 août dernier, Abdul Khalim Sadullaev, président d’Itchkérie - la Tchétchénie indépendantiste-, a communiqué la nouvelle composition du gouvernement. Le chef de guerre Chamil Bassaev y était nommé vice-premier ministre. Un come back en politique comme un signe d’une radicalisation du conflit ou d’une division plus prononcée au sein de la résistance ? Entretien avec Laurent Vinatier, spécialiste de la question tchétchène et doctorant à l'Institut d'études politiques (IEP) de Paris.
Pourquoi avoir choisi Bassaev, chef de guerre radical et à mauvaise presse, celui-là même qui a revendiqué la prise d’otages de Beslan et s’est encore très récemment déclaré « terroriste » ? S’agissait-il d’une réelle surprise et ne pouvait-on pas s’y attendre ?
Rien de surprenant, en effet. Chamil Bassaev incarne sur le terrain la pérennité du combat tchétchène. Aujourd’hui, il représente une figure essentielle de la résistance. Une référence importante pour les Tchétchènes de l’intérieur qui, sans doute, ne perdent pas tout à fait espoir de ne pas voir définitivement s’éteindre la résistance avec la disparition progressive de tous les chefs de guerre.
Il incarne la continuité de la lutte entre la génération qui l’a entamée et celle qui choisira ou pas de la poursuivre. Pour l’instant, la nouvelle génération continue la guerre et il doit apparaître des chefs de guerre de cette ampleur symbolique pour que la résistance reste crédible et ne cesse de mobiliser.
Beaucoup de Tchétchènes disent avoir de l’admiration pour Bassaev et en même temps ressentir de la crainte ; c’est assez révélateur de son autorité, au bon sens du terme. Tant qu’il n’y a pas véritablement de relève, Bassaev et Doku Umarov sont incontournables.
Aslan Maskhadov lui-même ne pouvait d’ailleurs pas non plus s’en passer. Certes, après la prise d’otages de la Dubrovka, il l’a exclu des instances militaires et politiques indépendantistes. Bassaev n’avait dès lors plus aucune fonction officielle, mais il n’était jamais très loin. Maskhadov, par exemple a pris soin d’avoir son soutien quand il a déclaré unilatéralement un cessez-le-feu en février 2005.
Il en va de même, et de manière accentuée, avec le nouveau président Abdul Khalim Sadullaev. Il n’est pas Maskhadov, il n’a pas son autorité militaire et politique. Il ne dispose que de l’autorité religieuse – une autorité que respecte Bassaev.
Sadullaev est avant tout un intellectuel tchétchène de l’islam. Ce n’est ni un stratège politique, ni un stratège militaire. Le groupe de croyants qu’il dirigeait à Argun n’a, selon certains observateurs russes, jamais pris part, en lui-même, à des opérations de guerre.
Sadullaev doit donc marquer son pouvoir par des autorités militaires sur le terrain. D’où les nominations de Bassaev et Dok Umarov, tant que ceux-ci sont vivants. C’est militairement et symboliquement indispensable, pour la crédibilité de la résistance et sa pérennité.
Bien sûr, c’est aussi révélateur d’un tournant politique, mais qui ne tient pas seulement à la prédominance de Bassaev. Le nouveau président indépendantiste n’est certainement pas sous l’influence politique de Bassaev ; il s’est construit lui-même.
Doit-on en déduire que la nouvelle administration indépendantiste change de cap sur les volets de politique intérieure et étrangère et de stratégie militaire ? Et faut-il s’attendre à une radicalisation du conflit ?
Le retour en politique de Bassaev est un faux problème en Tchétchénie, au sens où il cache une réalité plus complexe de la résistance. Il n’est qu’un des signes de la radicalisation politique du conflit.
Car ce n’est pas la nomination de Bassaev au gouvernement de Sadullaev qui provoque la radicalisation. La logique est ici bien plus insidieuse : c’est la mort de Maskhadov qui a provoqué l’arrivée au pouvoir de Sadullaev et donc la radicalisation, puis le retour sur le devant de la scène politique de Bassaev.
Mais ce dernier élément n’aura aucune conséquence pratique, puisqu’il s’agit d’abord de faire la guerre. Ce qui compte, c’est l’étape d’avant : pourquoi Sadullaev a choisi de renoncer aux compromis auxquels Maskhadov était prêt ?
C’est là que se pose la question de l’influence de Bassaev sur Sadullaev. Militairement, l’influence est indubitable, mais normale. Le front est aujourd’hui étendu à tout le Nord-Caucase, ce qui était la volonté de Bassaev depuis le début et ce à quoi Maskhadov s’opposait. Militairement donc, Bassaev est responsable de la radicalisation du conflit - ce qui laisse craindre par ailleurs de prochaines nouvelles attaques terroristes, même kamikazes, contre des cibles en Russie et dans le Nord-Caucase.
Politiquement, cependant, je ne crois pas que le nouveau président indépendantiste tchétchène soit sous l’influence de Bassaev.
Il a décidé, seul, la radicalisation politique. Un tournant qui s’officialise aujourd’hui avec la multiplication des décrets estivaux du nouveau président.
Mais, on connaît encore mal Abdul Khalim Sadullaev. A Moscou, certains Tchétchènes qui le connaissent mieux disent de lui qu’il défend un islam salafiste, et non wahhabite. Ils l’inscrivent dans la filiation des idéologues islamistes daghestanais - Akhmed Akhtaev, Abbas Kebedov et Baggaudin Kebedov - qui ont conceptualisé l’islam politique au Daghestan et que Baggaudin a « exporté » en Tchétchénie.
Sadullaev a reçu sa formation religieuse uniquement en Tchétchénie. Mais dès 1996-97, il s’est rapproché de ces positions islamistes. Le nouveau président tchétchène représente ainsi un islam renouvelé, épuré qu’il voudrait plus prégnant dans la vie politique d’une Tchétchénie indépendante. Mais il ne s’agit nullement d’un islam importé.
Bassaev pourrait pourtant faire de l’ombre à Sadullaev sur le plan politique…
Si l’on compare avec les positionnements politiques de Bassaev, en filigrane dans les nombreuses interviews qu’il donne, la position politique du président apparaît beaucoup plus construite. Chamil Bassaev, lui, se contente de revendiquer le retrait des forces russes. Une chose, à mon sens, est sûre : le nouveau président indépendantiste tchétchène est autonome politiquement.
La radicalisation tient, elle, à la double exclusivité du parcours du président : l’exclusivité islamique d’abord, comme l’indiquent sa formation et les influences qui se sont exercées sur lui ; l’exclusivité de la légitimité du terrain ensuite, comme le démontre sa nomination.
Sadullaev fonde son discours politique sur l’islam qui, évidemment, permet moins d’aménagement qu’une position politique traditionnelle réaliste. Il n’est qu’à se reporter à ces discours qui tous comportent au moins un verset du Coran, d’où il tire une décision politique.
Quant à la légitimité du terrain, son accession au pouvoir ne tient qu’à cela, par rapport à d’autres prétendants politiques qui ne sont justement pas sur le terrain. Il le précise lui-même dans une lettre publiée le 22 août 2005 sur le site de Chechenpress : « dans la composition du gouvernement indépendantiste, le facteur domestique aura un rôle fondamental ».
Cela indique implicitement qu’il ne cherchera plus, ou beaucoup moins, à s’appuyer sur d’éventuelles initiatives extérieures, au sein de la diaspora par exemple.
En évincant également l’ancien ministère des affaires étrangères de Maskhadov, Ilias Akhmadov, que le clan Bassaev critiquait pour son projet d’une Tchétchénie libre mais à la souveraineté limitée, Sadullaev s’est-il ainsi ouvertement démarqué de l’ancien gouvernement Maskhadov, président indépendantiste tué le 8 mars 2005 et dont les prises de positions à l’encontre de Bassaev étaient notoires ?
C’est en cela qu’il peut y avoir une division au sein de la résistance, même si le mot division paraît trop fort. Il serait préférable de parler d’un découplage politique entre l’intérieur et l’extérieur.
Il y a indéniablement une perte de confiance dans les initiatives de la diaspora. Désormais, celles-ci devront être contrôlées depuis la Tchétchénie : c’est le sens de la centralisation des responsabilités sur Akhmed Zakaev.
Mais, cette composition réduit considérablement le spectre des possibles. Que vont devenir les autres acteurs, en diaspora, qui ne voudront pas forcément s’affilier à ce président plus radical ?
La question est ouverte. On peut envisager la consolidation, en diaspora, d’initiatives politiques tchétchènes plus modérées et plus soucieuses de compromis, au prix même de l’indépendance de la Tchétchénie.
Cependant, si ces initiateurs entendent avoir un impact sur le terrain, il leur faudra de toute façon recomposer des réseaux qui ne passent pas par le nouveau pouvoir de la résistance.
Bassaev peut-il justement compter sur un soutien à l’étranger via la diaspora, ou davantage sur ses propres réseaux, de Grozny à Moscou ?
Il est très difficile de parler des soutiens de Bassaev en Tchétchénie et même dans le Nord-Caucase. Pour les groupes islamistes dans les autres républiques du Nord-Caucase, la situation n’est pas idéale. Les leaders activistes sont éliminés comme en Kabardino-Balkarie avec Muslim Ataev ou au Daghestan avec Rasul Makasharipov ; les leaders politiques sont arrêtés, à l’instar de Yermak Tigaev en Ossétie du Nord.
Les groupes n’ont pas disparu pour autant et il est certain que Bassaev peut compter sur des complicités dans tout le Nord-Caucase, mais leur niveau d’effectivité n’est plus très optimal, sauf en Ingouchie.
Cela étant, il faut bien garder à l’esprit que la déstabilisation éventuelle de tout le Nord-Caucase ne pourra pas être une simple exportation du conflit tchétchène. Elle ne pourra se nourrir que de problématiques locales, ingouches, balkares, kabardes, daghestanaises et karatchais.
Bassaev ne va pas diffuser le conflit tchétchène. Il ne fait qu’apporter une base logistique et tactique à un soulèvement local.
A Moscou, je ne crois pas que Bassaev ait aujourd’hui des soutiens substantiels. Il y a des groupes wahhabites à Moscou qui se font discrets.
Mais les principaux sponsors de Bassaev restent ceux de Turquie et de l’espace arabe. Mais là aussi, les difficultés s’accumulent : gel des fonds par les Américains, rapprochement diplomatique de la Russie avec la Turquie, surveillance accrue en Russie des ONG saoudiennes et turques par lesquelles transitaient les fonds. L’approvisionnement financier demeure, mais de manière moins significative. Mais, il y a tant d’argent en Tchétchénie. La résistance se sert auprès des administrations tchétchènes pro-russes, dont les responsables sont victimes de chantage.
C’est pourquoi, il ne faut pas voir dans la récente nomination de Movladi Udugov, résidant quelque part entre la Turquie et le Qatar, une volonté de faire fonctionner les approvisionnements financiers. Ils fonctionnaient très bien sans lui.
C’est un non-événement, puisque, de toute façon, son site Internet d’information est déjà largement consulté. Il fallait un ministre de l’information dans la recomposition officielle indépendantiste tchétchène, c’est lui qui a été choisi. Sa nomination est purement formelle.
Moscou ne parvient pas à mettre la main sur Bassaev, alors que la chaîne américaine ABC diffuse un entretien avec lui...
Andreï Babitsky, le journaliste qui a réalisé cet entretien, n’est pas n’importe qui pour les Tchétchènes. Il peut avoir facilement accès aux principaux chefs de guerre.
Cela étant, vous avez raison, objectivement, cela paraît étrange et la théorie du complot, très en vogue en Russie, n’est pas loin. Je refuse d’y croire, je refuse de voir une manipulation du Kremlin ou des militaires russes qui auraient encore besoin de Bassaev pour justifier un engagement en Tchétchénie.
Sans doute la guerre est-elle très profitable pour les militaires, qui progressent plus vite dans la hiérarchie, s’enrichissent par la corruption… Sans doute aussi, pourrait-on considérer que le Kremlin cherche à maintenir un peu d’instabilité dans la zone pour garder sous pression la Géorgie et conserver son statut international en première ligne de la lutte contre le terrorisme.
Au Kremlin, on se dit peut-être que tant que les Etats-Unis n’auront pas pris Ben Laden, on ne prendra pas Chamil Bassaev. Beaucoup de spéculations...
Pourquoi ne pas plutôt expliquer cela par une grande incompétence des forces armées russes ou même par une rivalité en Tchétchénie entre les différentes forces, Ministère de l’Intérieur, Ministère de la Défense, GRU, FSB?