11 septembre, Bush, Nouvel Ordre Mondial
Un interview de Lyndon Larouche datant d'avant l'attaque de l'Irak où l'on apprend des choses intéressantes et notamment que ce n'est pas Bush qui tient les commandes à Washington...
Q : Vous avez accusé certains cercles américains d’être à l’origine des attaques du 11 septembre. Pouvez-vous préciser votre pensée à ce sujet et donner votre opinion sur Oussama Ben Laden ? Deuxièmement, comment interprétez-vous le favoritisme américain envers Israël et contre les Arabes ? Pensez-vous que la cause de ce favoritisme soit la domination du lobby sioniste ?
R : Ce qui s’est passé le 11 septembre n’aurait pu arriver sans la connivence d’éléments de haut niveau au sein même du commandement militaire américain. Peut-être vous rappelez-vous que le 10 septembre encore, le président George W. Bush s’était engagé à oeuvrer en faveur de la création d’un Etat palestinien. (...) Je participais à une émission de radio au moment même où se déroulaient les attaques. Comme je l’ai dit alors à l’antenne, j’espérais que quelque sot n’allait pas essayer d’en faire porter la responsabilité à Oussama Ben Laden qui, même s’il en avait eu l’intention, n’aurait jamais pu le faire. C’était une opération de l’intérieur, destinée à produire l’effet que l’on sait.
Les Etats-Unis sont engagés dans un type de guerre auquel je suis totalement opposé. Il s’agit d’une guerre généralisée, basée sur le choc des civilisations et, dans ce cadre, le gouvernement Sharon, en Israël, constitue un important détonateur. Les bombardements en Afghanistan compliquent la situation et, plus encore, la menace de bombardement ou d’attaque contre l’Irak. A ce stade, je suis préoccupé par le danger qu’une guerre de type choc des civilisations, dans le style de celles de l’empire romain, ne gagne rapidement toute l’Eurasie. Mais les auteurs [du 11 septembre] - ou ceux que je soupçonne, sans toutefois pouvoir le prouver, même si je sais que ce sont les réseaux de Brzezinski et de Huntington - voulaient pousser les Etats-Unis à adopter ce type de politique. Ils entendaient utiliser la terreur pour intimider le gouvernement américain et la population pour les amener à adopter cette politique que, sans cela, ils auraient rejetée.
Pour moi, Oussama Ben Laden n’est pas significatif. Il avait une certaine importance quand il travaillait pour les Américains et les Britanniques, mais je ne pense pas que ce soit encore le cas aujourd’hui.
Q : M. LaRouche, je voudrais savoir dans quelle mesure le président américain peut exercer un pouvoir de décision stratégique. Existe-t-il d’autres cercles aux Etats-Unis, des cercles officieux, qui puissent peser activement sur cette prise de décision stratégique pour le pays ?
R : Permettez-moi d’être très franc, et aussi délicat que possible, concernant un certain aspect de cette question. [George W. Bush] n’est certes pas le président des Etats-Unis le plus compétent que nous ayons jamais eu. Ses limites sont connues. Il est donc vulnérable aux influences extérieures. Lorsqu’on est le dirigeant d’un pays, et des Etats-Unis en particulier, on doit mettre de côté toutes les considérations politiques secondaires. On doit répondre de ses décisions auprès de la population de cette nation, et des générations futures. On doit devenir la conscience de la nation. Ce pauvre gars [Bush] est incapable de faire cela.
Le problème fondamental (...) n’est pas le lobby sioniste en tant que tel, car la force principale qui pousse le Président à soutenir Sharon n’est pas la communauté juive. (...) Le facteur le plus important, c’est ce qu’on appelle les sionistes chrétiens, les chrétiens fanatiques. Ce sont eux qui soutiennent Sharon sur le plan international. D’autres exploitent ensuite cette situation pour amener le Président à accepter ce qu’il refuserait autrement.
Si vous connaissez l’histoire de ce conflit [au Moyen-Orient], vous connaissez la position qu’avait James Baker III, lorsqu’il était secrétaire d’Etat, sur la question d’Israël. Ses propos, plutôt raisonnables, en tant que porte-parole du gouvernement sont à comparer à la politique de l’administration Bush ; on a affaire à des politiques divergentes. Bush et les siens ne sont pas hostiles aux Palestiniens ni aux Arabes ; ils sont peut-être opportunistes sur la question, mais ils n’ont rien contre eux. Ils aimeraient des arrangements mutuellement profitables, mais dans cette situation, ils ont été poussés (...) par une faction puissante aux Etats-Unis, qui partage les idées de Brzezinski, Huntington et Kissinger. C’est de là que vient le danger.
Mes efforts pour infléchir cette politique, de l’intérieur même des Etats-Unis, s’appuient sur ces considérations. Il y a beaucoup d’Américains, en dehors du monde politique de Washington, qui ne sont vraiment pas satisfaits de la politique [proche-orientale] de Bush et voudraient qu’il en change. Nous devons donc amener le Président à changer de politique, car ce n’est pas le genre de personne à comprendre tout seul la voie à suivre.
Q : Les médias font souvent état d’un plan, à Washington, visant à occuper les champs pétroliers du Golfe. Y a-t-il une menace contre les intérêts américains dans la région ? Que pensez-vous de ces plans ?
R : Il n’y a aucune raison rationnelle que les Etats-Unis envisagent une telle action. Mais cela ne veut pas dire qu’elle n’aura pas lieu. A Washington, il s’est passé beaucoup de choses, ces derniers temps, qu’aucun Président sain d’esprit n’aurait souhaité faire. La situation est hors de contrôle. N’oubliez que, contrairement à ce que vous disent CNN et d’autres médias, les Etats-Unis se trouvent déjà dans un processus de dépression économique bien plus grave que celui de 1929-1933. Ce n’est pas un processus qui pourrait arriver, il se déroule déjà. On le voit tous les jours si on regarde en détails ce qui se passe au niveau de l’économie américaine et en Europe. Et cela va aller en s’aggravant.
Pourtant, le gouvernement prétend qu’il n’y a pas de crise économique. On injecte tous les jours des millions de dollars - ou plutôt de l’argent japonais - dans le système, pour tenter de dissimuler la faillite irréversible qui se développe. Mais si le yen n’est plus au rendez-vous, si la bulle immobilière éclate, etc., alors tout sautera.
Ce sont surtout les 10 % ou 20 % de la population les plus riches qui sont très fortement impliqués dans les marchés. Or, ils vont connaître une banqueroute comme le monde n’en a pas vue depuis des siècles, ce sera bien plus grave que dans les années 30. Les institutions politiques le savent et elles sont affolées. Quand les gens paniquent devant une situation désespérée, comme c’est actuellement le cas de la classe dirigeante américaine, et que les pressions sur le gouvernement américain augmentent, alors tout est possible. On ne peut rien dire, ni prédire, on ne peut pas demander à un astrologue ce qui va se passer la semaine prochaine. Il faut se hâter d’intervenir pour empêcher la catastrophe. C’est ce que je fais chaque jour.
Une fois que les Etats-Unis auront admis l’existence de la dépression, la situation s’assainira car le gouvernement devra abandonner toutes les politiques pour lesquelles il a été élu ; libre-échange, mondialisation, etc. Il nous faut revenir à des réformes comme celles de la période de Franklin Roosevelt ; or nos dirigeants ne sont pas encore prêts à cela. S’ils reconnaissent que « nous sommes dans une dépression », les Américains répondront, « faisons ce qu’a fait Roosevelt ». Alors, la raison reprendra ses droits. Mais avant, nous serons dans une situation extrêmement dangereuse et nous devrons lutter dans chaque pays (...) pour intervenir, partout où nous le pourrons, afin d’empêcher le pire.
Q : Il y a eu dans le passé une confrontation entre producteurs et consommateurs [de pétrole]. Avez-vous espoir que les deux parties puissent se concerter et planifier une coopération future ?
R : J’ai beaucoup d’espoir. (...) Nous nous trouvons en plein effondrement du système monétaire et financier international et de l’économie. (...) Toute tentative de le nier est vaine. Dans ces conditions, comment l’économie mondiale pourrait-elle connaître une reprise ? (...) Ce système financier est devenu malsain. Nous avons des opérations financières qui se montent à des centaines de milliers de milliards de dollars. Nous n’en connaissons pas vraiment le montant, parce que les marchés ne sont pas régulés, mais il s’agit d’engagements financiers, de bulles financières de toutes sortes. Nous assistons déjà à l’effondrement du secteur des télécoms. C’est donc une faillite majeure qui se prépare.
Il est pourtant possible de sauver l’économie, moyennant une coopération entre gouvernements nationaux, mais cela nécessite des accords d’Etat à Etat analogues à ceux que nous avons établis à l’époque du premier accord sur le Fonds monétaire international (FMI). Nous devons revenir au modèle de 1945-1965 et (...) procéder à une réorganisation financière, en mettant le système financier en règlement judiciaire et en mobilisant le crédit public en vue de grands projets d’infrastructure. Il nous faut instaurer un système monétaire à réserve or, car nous avons besoin d’un taux de change fixe. Sinon, il est impossible d’assurer des prêts bon marché à long terme, à 1 ou 2 %, sur le marché international.
Considérons maintenant certains aspects commerciaux. Le pétrole devrait avoir un prix fixe, négocié entre nations consommatrices et productrices, parce qu’il s’agit de la matière première la plus importante, l’énergie. Sur les marchés internationaux, son prix devra être lié à un taux de change.
Ainsi, l’économie fonctionnera et nous pourrons investir. Nous devons donc adopter un système à taux de change fixes, comprenant les mêmes dispositions que celles d’avant 1971. Je présume que, dans ce contexte de crise, lorsque les gouvernements auront admis qu’il y a une crise, ils se concerteront au plus haut niveau et diront : « Etablissons un nouveau système basé sur les expériences les mieux réussies du système précédent ».
Q : M. LaRouche, j’ai deux questions. D’abord, certains analystes disent que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne cherchent à bâtir un empire anglo-saxon. Qu’en pensez-vous ? Deuxièmement, certains pensent que la Grande-Bretagne et les Etats-Unis préparent un scénario pour renvoyer des inspecteurs en Irak, afin de lancer un assaut contre ce pays. Avez-vous un commentaire là-dessus ?
R : La question irakienne est compliquée parce que les Etats-Unis n’ont pas, actuellement, la capacité d’attaquer l’Irak, pas dans le sens d’y mener une guerre. Selon les estimations de l’armée américaine, il faudrait 200 000 à 500 000 soldats pour mener à bien une guerre contre l’Irak. Le nombre varie suivant la contribution de troupes turques ou autres à l’opération.
Par contre, à Washington, les cinglés au pouvoir entendent pénétrer en Irak le plus vite possible, à tout prix, en s’appuyant sur la puissance aérienne et autres moyens similaires qui viennent d’échouer en Afghanistan. Ceci reste une possibilité, dans la mesure où des cinglés tendent à commettre des actes cinglés. Et si le Président les y autorise, s’il ne leur refuse pas l’opération, ils la lanceront.
Cependant, comme vous le savez, le secrétaire d’Etat et les militaires professionnels du Pentagone allèguent que ce serait de la folie. Maintenant, s’ils s’y opposent, ce n’est pas par amour de la paix, mais parce qu’en tant que militaires responsables, ils pensent que l’opération ne peut pas réussir. Ils appellent donc à reporter à plus tard toute intervention ou à recourir à d’autres options.
Pour revenir à la première question, il existe une faction très ancienne, remontant à H.G. Wells et à Bertrand Russell dans les années 20 et 30, qui est très puissante et très influente dans les cercles internationaux, notamment anglophones. Ces réseaux, que nous appelons les « utopistes », ont toujours cru que la seule existence d’armes nucléaires aurait un impact si terrifiant sur les esprits que les nations accepteraient d’abandonner leur souveraineté et se soumettraient à un gouvernement mondial, plutôt que d’envisager le recours à de telles armes en cas de guerre.
Cette faction a pris le contrôle de la politique militaire américaine à la fin du mandat du président Eisenhower, déclenchant, de 1961 à 1965, une grande crise à travers le monde - ponctuée d’assassinats, de coups d’Etat et d’autres incidents violents.
C’est cette faction qui domine aujourd’hui la politique militaro-stratégique au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. Son but, surtout depuis la dissolution de l’Union soviétique, est d’éliminer tous les Etats-nations, notamment à travers la mondialisation, pour établir un « Etat de droit » mondial, dans lequel des juges nommés, siégeant à un endroit donné, auraient le droit de juger tout citoyen de quelque nationalité que ce soit sans le consentement des autorités de son pays.
Ce plan vise à instaurer un nouvel Empire romain, dans lequel les légions - les tueurs - pillent le monde, s’approprient les richesses et abattent des individus dans le but de mieux contrôler les peuples assujettis. En Grande-Bretagne, certaines voix s’élèvent, comme dans le Guardian par exemple, pour dénoncer cette folie. Mais le gouvernement Blair soutient entièrement cette politique américaine. Des intérêts et des forces britanniques travaillent [dans cette direction]. (...)
Depuis l’époque moderne, nous avons développé un concept devant régir la conduite de la guerre : au cours des combats, il y aura des morts, mais le but n’est pas de gagner la guerre en tuant un maximum de personnes. Contrairement à une idée largement répandue, les Etats-Unis n’ont pas gagné la Deuxième Guerre mondiale parce qu’ils avaient tué beaucoup de monde, mais plutôt, comme dans le cas [du général Douglas] MacArthur, en utilisant leur supériorité logistique pour contrôler la situation ; ils ont ainsi pu vaincre l’adversaire sans trop de pertes humaines. Car l’objectif de la guerre est la paix ; or, si l’on tue tout le monde ou presque, comment obtenir des survivants qu’ils acceptent la paix ? Par conséquent, on mène une guerre et on la gagne, afin de gagner la paix. De ce point de vue, la méthode qu’on nous propose actuellement est mauvaise, non seulement parce qu’elle est aventuriste du point de vue militaire, mais parce que c’est un concept de légions romaines, qui maintiennent l’ordre en tuant les gens et en les terrifiant pour les obliger à se soumettre.
En Afghanistan aujourd’hui, il n’est pas possible que les Etats-Unis sortent vainqueurs. C’est une guerre de montagne contre des forces combattantes déterminées, qui s’évanouissent dans le paysage puis ressurgissent pour frapper à nouveau. Et cela se poursuivra tant que les Etats-Unis seront haïs.
Telle est l’objectif de ces gens [les utopistes]. Ils existent bel et bien et représentent un danger. Ma préoccupation majeure depuis un certain temps consiste à faire prendre conscience de ce danger, aux Etats-Unis mêmes et ailleurs, et à mobiliser la population américaine contre cette politique. J’ai bon espoir que le monde prenne conscience de ce problème et que nous puissions le traiter.
Q : Un journaliste d’Al Jazeera : M. LaRouche, n’exagérez-vous pas un peu le rôle joué par Huntington et Brzezinski aux Etats-Unis ? Nous savons que beaucoup d’Américains ne connaissent pas Huntington et qu’il est plus populaire dans les nations arabes qu’en Amérique. Par ailleurs, vous avez dit que le président américain était un incapable. Comment expliquez-vous qu’il soit le président le plus populaire d’Amérique ? Est-ce un problème au niveau de la population, ou du Président ?
R : Aux Etats-Unis, la cote de popularité est largement contrôlée par la presse. On raconte une anecdote fameuse sur le Pape. Elle est véridique. Alors qu’on lui demandait un jour : « Comment vous sentez-vous aujourd’hui ? Comment va votre santé ? », il répondit : « Je ne sais pas, je n’ai pas encore lu la presse. » Le Président n’est pas la personne la plus populaire aux Etats-Unis. Mais il y a dans ce pays des gens, soumis aux médias, qui disent ce qu’on attend d’eux.
Si vous aviez demandé aux Allemands [dans les années 30] : « Aimez-vous Adolf Hitler ? », ils auraient sans doute répondu : « Oui, nous l’aimons ». Ils le détestaient peut-être, ils se moquaient de lui, mais l’opinion populaire veut que, dans une nation puissante, l’on dise ce qu’on attend de vous.
Huntington est très connu aux Etats-Unis. C’est l’un des représentants d’un groupe qui a été créé à l’université de Harvard, sous la direction de William Yandell Elliott. Ce dernier a formé des personnes comme Henry Kissinger, Zbigniew Brzezinski (...).Pendant huit ans, les deux gouvernements Nixon n’ont pas été dirigés par Nixon, mais par Henry Kissinger. L’administration Carter n’était pas dirigée par le président Carter ; Carter a été choisi pour le poste de Président par Zbigniew Brzezinski, un proche collaborateur et co-penseur de Huntington.
Les politiques moyen-orientales de Kissinger, Brzezinski et Huntington n’ont pas été concoctées à Harvard. Elles remontent au Bureau arabe britannique, en la personne de Bernard Lewis, le père conceptuel de la politique d’« arc de crise », qui est peut-être connue de certains d’entre vous depuis les années 70 et 80.
C’était le prédécesseur de la politique du choc des civilisations. Telle est la réalité des Etats-Unis. Ce pays est dirigé de haut en bas par des personnes qui sont de plus en plus coupées des partis politiques. [Les Américains] votent pour tel ou tel parti, mais ils n’y sont pas actifs. Ils en sont détachés. J’espère les faire redevenir politiques. Nous sommes dirigés par une élite, qui comprend des gens de la RAND Corporation, de la Olin Foundation, du Olin Institute et de la Brookings Institution. C’est elle qui, avec des financiers de Wall Street, contrôle la direction des partis et l’opinion publique tout comme les médias américains.
La politique se fait souvent en coulisses et les gens ne voient que ce qu’on veut bien leur montrer. Quant à Huntington, vous avez été mal informé. Il a écrit un livre en 1956 à Harvard, sous la supervision d’Elliott, à l’époque où il était dans le même groupe que Kissinger. Ce livre s’appelle The Soldier and the State [Le soldat et l’Etat]. La politique militaire utopiste se base justement sur ce livre, qui a été régulièrement réédité jusqu’à présent.
Aussi, quand vous parlez de Huntington, vous parlez de l’auteur du livre qui a le plus influencé, dans un sens négatif, la façon de pensée des cadres militaires américains d’aujourd’hui. Ce n’est pas un obscur personnage. En comparaison, le président Bush, lui, est parfaitement obscur, si on en juge par son influence.
Q : On a rapporté le mois dernier que certains membres du Congrès américain avaient soumis une proposition autorisant la prospection dans des zones protégées [des USA], à condition que le pétrole et le gaz naturel qu’on y découvrirait soient réservés à l’exportation vers Israël. Qu’en pensez-vous ?
R : On voit effectivement émerger des initiatives de ce genre, comme celle, notoire, du député Tom Lantos, ou de Tom Delay [le chef de la majorité à la Chambre], du Texas, qui est un sioniste chrétien fanatique. Ce qui ne veut pas dire que ce sont des chrétiens, mais des « sionistes chrétiens », comme Pat Robertson ou Jerry Falwell, qui sont plus pro-Israël que les Israéliens. Ils ont probablement été achetés par l’argent dit sioniste, ou par la clique Mega, à New York.
Ces gens croient que s’ils peuvent provoquer une guerre généralisée au Proche-Orient, débouchant sur l’Apocalypse, alors Dieu interviendra et ils n’auront pas à payer de loyer le mois prochain. Ils le croient vraiment, comme on peut le constater en regardant la télévision américaine et les émissions internationales de ces cinglés. Ce sont actuellement les fous les plus dangereux de cette planète. (...) Et ils comptent d’importants représentants au Congrès. Il y a donc bien des députés cinglés qui disent ce genre de choses. Mais la menace n’est pas forcément réelle, parce qu’ils disent souvent ce que d’autres veulent leur entendre dire, sans vraiment chercher à obtenir ce résultat.
Q : Vous avez appelé à une coopération entre les Etats-Unis et les pays producteurs du Moyen-Orient et vous avez suggéré de nombreuses solutions. Mais dans la réalité, on se demande si une telle coopération pourrait être effective entre l’Europe, les Etats-Unis et le Moyen-Orient, étant donné l’opacité de la politique américaine et l’approche « deux poids, deux mesures » qu’ils adoptent pour résoudre les problèmes, surtout le problème palestinien et les points chauds en Asie. Comment établir une telle coopération alors que la position américaine est si peu claire ?
R : C’est effectivement cela. Il y a un problème en Europe : la majorité des Européens de l’Ouest soutiennent entièrement [une telle coopération] et rejettent totalement ce que fait Israël. Ils sont opposés à la politique américaine envers le Moyen-Orient. Mais ils n’ont aucun courage. Sans doute quelques-uns osent-ils s’exprimer ici ou là. Mais quand les Etats-Unis parlent, le Royaume-Uni et surtout l’Europe continentale répondent, « oui, Père, nous t’écoutons ».
Cette question est vitale. J’ai parlé de cette région comme d’un carrefour entre l’Eurasie et l’Afrique. Mais si le chaos que certains voudraient déclencher dans le monde musulman s’installe, où pourra-t-on trouver la paix en Eurasie ? Pour instaurer la paix et le développement économique en Eurasie, il faut [une coopération] entre la Chine, l’Inde, le Pakistan et la Russie, et un climat de paix. Ensuite, d’autres nations pourront s’y joindre pour coopérer. Mais tant que les conflits se déchaînent, on n’aura pas la paix.
Si l’on déclenche une guerre contre l’Islam - car c’est bien cela qu’ils veulent, une croisade contre l’islam - alors l’Europe n’a aucune chance car pour sortir de la crise économique, elle a besoin des marchés asiatiques, essentiellement, et du Proche-Orient, qui comprend la Turquie et l’Iran. Si cette zone est déstabilisée, l’Europe n’a aucune chance.
Par conséquent, l’intérêt vital de l’Europe consiste à garantir la paix au Proche-Orient, et tous les dirigeants européens auxquels nous avons parlé, que ce soit en Italie, en Allemagne, ou certaines personnes sensées en France, tous reconnaissent que la paix au Proche-Orient est un impératif stratégique urgent pour l’Europe, sur le plan économique et autre. Autrement, adieu l’Afrique, adieu l’Asie.
Mais les Américains disent, « à présent, nous dirigeons le monde, et les Britanniques nous soutiennent, du moins Tony Blair ». Cependant, certains Britanniques sont très critiques à ce sujet, pour différentes raisons.
Que va-t-il donc se passer ? Pourquoi suis-je optimiste ? Parce que le système monétaire et financier s’écroule. Dans ces conditions, les Etats-Unis n’ont pas le pouvoir de réaliser leurs projets. Ils ont décidé de devenir un nouvel empire romain alors que leur puissance est sur le déclin, tandis que l’empire romain fut formé au moment où Rome était au faîte de sa puissance.
Certes, les Etats-Unis sont toujours une nation potentiellement puissante, mais avec une économie malade. Pour sortir du désastre, ils doivent passer des accords avec d’autres nations, notamment l’Europe et le Japon, ainsi qu’avec les pays asiatiques. (...) Si j’étais président des Etats-Unis, nous pourrions commencer à en sortir dès demain ; car si le président américain appelait les dirigeants d’autres nations et leur disait : « Réunissons-nous demain, nous sommes dans une crise économique et nous devons arriver à un accord d’urgence », ils répondraient. Ils râleraient, ils protesteraient, mais ils viendraient. Et l’on conviendrait d’un nouveau système. Pas un système parfait, mais un système qui nous permette de stabiliser la situation mondiale.
Dans ces conditions, à ce moment-là, l’Europe, dont la voix est aujourd’hui devenue presque inutile sur cette question, redeviendrait soudainement très importante, parce qu’elle serait alors en position d’affirmer ses intérêts.
Sources : Solidarité et progrès
Posté par Adriana Evangelizt