Bush doit renouer avec Téhéran

Publié le par Adriana Evangelizt

"Bush doit renouer avec Téhéran"

propos recueillis par Dominique Lagarde

Une interview d'Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères

Faut-il sanctionner l'Iran?


L'objectif ne devrait pas être de sanctionner l'Iran, mais de le convaincre de respecter le traité [de non-prolifération] qu'il a signé. Si l'on avance dans la voie des sanctions, on s'apercevra très vite qu'elles ne sont réellement voulues que par les Occidentaux. On voit mal, alors, quelles pressions pourraient être exercées sur les Iraniens - déjà soumis, depuis la révolution islamique, à des sanctions américaines - au point de les convaincre de changer une politique qui fait, chez eux, l'objet d'un quasi-consensus.

Etes-vous favorable à l'idée, prônée notamment par des centres d'analyse américains, selon laquelle Washington et Téhéran devraient négocier sur un ensemble de questions?


George Bush doit en effet renouer avec l'Iran le contact interrompu, à l'exception de quelques canaux marginaux, depuis la révolution islamique. Il faudrait qu'il fasse preuve avec l'Iran d'une audace comparable à celle de Henry Kissinger lorsqu'il avait, en 1972, parlé aux Chinois contre toutes les idées reçues de l'époque. Je trouve absurde et inopérante l'approche qui consiste à découper le monde entre pays amis et Etats voyous. Ces Etats ne vont pas pour autant disparaître. Ni la réalité s'effacer. Il ne s'agit pas de parler pour le plaisir de parler, mais il faut définir une politique différente qui oblige l'Iran à devenir responsable. En ouvrant un dialogue sans concession qui ne concerne pas seulement le dossier nucléaire, mais aussi l'ensemble des questions régionales.

Peut-il y avoir, contre un Etat récalcitrant, une politique de sanctions efficace?


Cela a parfois été le cas, par exemple contre l'Afrique du Sud. Mais les sanctions sont le plus souvent contre-productives. Il y a d'abord un problème de légitimité. Qui a le droit de sanctionner? C'est en principe le Conseil de sécurité. Mais, dans la pratique, il est rare que tous ses membres soient d'accord. Il y a ensuite un problème d'efficacité. Les sanctions ne sont jamais complètes. Contournées, elles créent des rentes de situation et pénalisent en général plus les populations que les dirigeants. Elles sont en tout cas loin d'être une panacée et ne devraient être utilisées que s'il n'y a vraiment pas d'autres moyens d'action.

Faut-il toujours poursuivre le dialogue avec tous les Etats, quelle que soit leur politique?


Il peut arriver qu'il faille couper les ponts. Mais, a priori, il ne faut s'interdire aucun contact. Ni pour des raisons de moralisme ou de manichéisme, ni pour des raisons d'arrogance. Tout dépend du but recherché. Si l'objectif est de rendre l'Iran moins dangereux pour ses voisins et le reste du monde, en faisant en sorte qu'il réintègre petit à petit le jeu mondial, alors il ne faut pas s'interdire de lui parler. Plus généralement, la politique menée actuellement face à la vague islamiste mondiale a pour effet de la cimenter. C'est une erreur. Il faut la fragmenter. Je considère en particulier que le boycott du Hamas, par les Américains puis les Européens, est une faute gravissime. On ne peut pas plaider pour la démocratie dans le monde arabe et boycotter un gouvernement issu d'élections incontestables. Sauf à renforcer, dans le monde musulman, l'idée selon laquelle le discours occidental sur la démocratie est purement cynique. Sur le dossier libanais, si la France veut jouer un rôle significatif, notamment sur le plan militaire, elle ne peut pas s'interdire de dialoguer avec l'Iran, la Syrie ou le Hezbollah. On ne peut pas parler uniquement à ceux qui partagent nos valeurs. C'est la négation complète des réalités internationales et de la fonction réelle de la diplomatie.

Sources : L'Express

Posté par Adriana Evangelizt

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