Le retour du mouvement anti-guerre aux USA
Le retour du Mouvement antiguerre aux États-Unis
par Natasha Saulnier
Un moment « sonné » par la victoire de Bush à la présidentielle de 2004, les pacifistes américains se remobilisent et bénéficient d’un soutien croissant de l’opinion.
« Il y a désormais deux superpuissances sur la planète : les États-Unis et l’opinion publique mondiale », avait écrit le New York Times au lendemain des manifestations sans précédent contre la guerre en Irak en 2003. Il est vrai que la virulence du mouvement d’opposition à la guerre promettait des lendemains peu cléments pour l’administration Bush.
Les trois années qui ont suivi ont donné raison au mouvement antiguerre, dont les dirigeants affirmaient que l’Irak ne possédait pas d’armes de destruction massive, que l’invasion déstabiliserait le Moyen-Orient et attiserait la haine des terroristes. Pourtant, pendant ces trois années, le mouvement n’a pas réalisé les avancées que l’on était en droit d’espérer.
Il relève aujourd’hui la tête. Porté par une lassitude collective nationale incarnée par la mère d’un soldat tombé en Irak, Cindy Sheehan, et par les prémices d’un nouveau positionnement des démocrates emmenés par le sénateur du Connecticut, Ted Lamont, ce mouvement connaît enfin un regain de faveur.
Il faut se souvenir que, lorsque les clairons de la guerre ont retenti en mars 2003, seulement un quart des Américains désapprouvaient la politique de Bush en Irak. La tendance s’est récemment inversée. Selon un sondage réalisé par CNE, 60 % des Américains s’y opposent désormais.
Les premiers signes émanant des politiques n’ont pas tardé à apparaître. Le sénateur démocrate du Connecticut Ned Lamont, dont la réputation repose sur sa position antiguerre, a remporté la primaire contre Joe Lieberman, démocrate inféodé à Bush en matière de politique extérieure. Certains observateurs y voient déjà le signe annonciateur d’une ère nouvelle : celle où les candidats du mouvement antiguerre vont enfin pouvoir briguer des mandats législatifs à l’instar des années 1968 à 1972, pendant la guerre du Vietnam. Et les rangs des faucons démocrates se dégarnissent.
Infléchissement significatif, même la candidate à la présidentielle et faucon notoire, Hillary Clinton, qui s’était jusqu’à présent employée à démontrer que même une femme pouvait jouer la carte de la sécurité nationale, a jugé de bon ton de revoir ses positions. Elle a ainsi incendié récemment Donald Rumsfled qu’elle a accusé de mener une « politique qui a échoué » en Irak, et a appelé à sa démission.
« Je pense que c’est le début d’une nouvelle ère pour ce pays », a expliqué Mikael Moore, aide du camp démocrate au Capitol qui a fait campagne en faveur de Lamont. « On commence à voir des sénateurs démocrates prononcer des paroles qu’ils n’auraient jamais prononcées il y a un mois. Nous (les démocrates) étions tellement à droite ou au milieu qu’on ne savait plus où on était. Mais si quelqu’un peut déboulonner Lieberman sur un programme antiguerre, alors les démocrates vont se dire que cela devrait être leur programme ».
Le site Internet moveon.org a donné un nouveau visage au mouvement antiguerre dont la présence se fait depuis quelques années plus sentir sur Internet que dans les rues. Il entend apporter son soutien aux candidats antiguerre durant les prochaines législatives, début novembre, même s’ils appartiennent au Parti républicain.
« Nos adhérents se mobilisent lorsqu’ils décèlent une lueur d’espoir », dit Tom Matzzie, directeur de moveon à Washington D. C., qui cite notamment les manifestations organisées par Cindy Sheehan à l’extérieur du ranch de Bush, à Crawford. Cette femme est devenue la - figure de proue du mouvement antiguerre depuis la mort de son fils en Irak. Elle a récemment exhorté le Canada à accueillir les déserteurs américains. Celle qui est surnommée « la mère de la paix » (Peace Mom) est une - véritable épine au pied de Bush. Elle a surnommé Donald Rumsfeld « l’ange de la mort » et qualifie Bush de « terroriste ». Selon John J. Tierney, auteur des Politiques de la paix : Qu’est-ce qui se cache derrière le mouvement antiguerre ? Le succès de Sheehan s’explique par le fait qu’elle a apporté une « touche maternelle » à une guerre difficile à comprendre pour la majorité des Américains.
Sources : L'Humanité
Posté par Adriana Evangelizt