Bush, le président aux mains sales
par Alain Campiotti
«On peut cogner, Monsieur le Président?» «Vous pouvez!» George Bush a obtenu du Congrès le rétablissement presque intégral des pouvoirs spéciaux qu'il s'était attribués après le 11 septembre 2001 et dont la Cour suprême l'avait dépouillé en juin. Les prisonniers de la «guerre contre le terrorisme» pourront être détenus indéfiniment, interrogés de façon musclée, et renvoyés - rarement - devant une justice d'exception.
Pour imposer l'urgence de ce double droit, la Maison-Blanche a amené quatorze cadres d'Al-Qaida à Guantanamo en affirmant que le moment était venu de les juger. Pourquoi maintenant? La CIA détenait et maltraitait ces hommes depuis des mois ou des années dans ses «sites noirs». La vraie urgence est politique. Le pouvoir républicain a besoin d'épouvantails à la veille des élections de novembre. Il a besoin de retrouver l'effroi de 2001.
Les Etats-Unis ne sont pourtant pas menacés par une nouvelle attaque comparable à celle du 11 septembre. Ou, plutôt, un nouveau massacre serait un épiphénomène (éventuellement utile) par rapport à ce qui se passe en Irak, et que George Bush cherche à occulter par tous les moyens.
Dans son nouveau livre-enquête qui paraît lundi, Bob Woodward, journaliste naguère un peu courtisan, rapporte ce que disent les militaires loin des micros. Le nombre des attaques en Irak ne cesse d'augmenter: une tous les quarts d'heure aujourd'hui, et 2007 sera pire. Les Irakiens sondés (il y a de drôles de métiers) disent à 60% qu'ils approuvent les attaques contre les forces d'occupation.
Malgré les gesticulations de diversion de l'administration Bush, cette réalité brutale ne peut pas être dissimulée. Dans le brouhaha de l'intense bataille politique intérieure américaine, elle ne parvient pourtant pas à faire tout son travail.
Au bout du compte, la faute irakienne se payera au prix fort. Mais il faut d'abord que les responsables américains sortent de leur débat absurde sur la conduite de la guerre: si ça va mal, c'est que l'effectif engagé était insuffisant, etc. Ils doivent réaliser que l'invasion d'un pays musulman était précisément ce que les ennemis les plus acharnés de l'Amérique attendaient. De cette prise de conscience peut venir la purge, comme après le Vietnam. La législation d'exception que va signer George Bush pourra alors être démantelée.
Sources : Le Temps
Posté par Adriana Evangelizt