Les Etats-Unis au bord de la faillite
Les Etats-Unis « pourraient bien être au bord de la faillite »
par Edmund Conway
rédacteur économique
Les Etats-Unis vont droit à la faillite. C’est ce qui ressort d’un article extraordinaire publié par un des membres les plus importants de la Banque centrale de ce pays.
Selon une étude du professeur Laurence Kotlikoff effectuée pour le compte de la Réserve fédérale de Saint-Louis, élément constitutif majeur de la Réserve fédérale américaine, le déficit budgétaire, qui ne fait que croître, et les problèmes de retraites et de prévoyance, qui constituent une véritable bombe à retardement, pourraient mener la superpuissance économique à l’insolvabilité.
Le professeur Kotlikoff prétend que, d’une certaine façon, les Etats-Unis sont déjà en faillite. « Pour paraphraser le Dictionnaire anglais d’Oxford, les Etats-Unis sont-ils ruinés, vidés, dépouillés, dans le dénuement, démunis, dépourvus de biens, ou anéantis, en raison de leur incapacité à rembourser leurs créanciers ? » s’interroge-t-il.
Selon cette importante analyse, « le gouvernement des Etats-Unis est bel et bien en faillite, dans la mesure où il sera incapable de rembourser ses créanciers qui sont, en l’occurrence, les générations actuelles et futures auxquelles il a explicitement ou implicitement promis différentes sortes de paiements nets ».
Le déficit budgétaire des Etats-Unis n’est pas gigantesque. Cette semaine, l’administration Bush a réduit pour cette année ses prévisions de déficit fiscal de presque un tiers, en disant que ce déficit atteindrait 2 à 3 % du produit intérieur brut. C’est inférieur à ce que connaissent la plupart des pays européens – y compris le Royaume-Uni – qui ont des déficits supérieurs à 3 % de leur PIB.
Le professeur Kotlikoff, qui enseigne à l’université de Boston, affirme : « Pour juger correctement de la solvabilité d’un pays il faut examiner les charges fiscales encourues par les générations actuelles et futures au cours de leur vie. Si ces charges dépassent les ressources de ces générations, ou ne sont pas loin de les dépasser ou simplement deviennent si élevées qu’il sera impossible d’en percevoir la totalité, la politique du pays ne pourra pas durer et pourra provoquer la faillite de la nation ou y mener.
« Les Etats-Unis sont-ils dans cette situation ? Personne n’en est vraiment sûr, mais il y a de fortes raisons de croire que les Etats-Unis vont se retrouver complètement à sec. »
Des experts ont calculé que le « fossé budgétaire » du pays sur le long terme entre la totalité des dépenses publiques futures et la totalité des recettes à venir va s’élargir considérablement quand la génération des Baby Boomers partira à la retraite et que le montant des soins de santé et des pensions qu’aura à payer l’Etat montera en flèche. D’après une étude des professeurs Gokhale et Smetters, le fossé budgétaire global pourrait atteindre le montant quasi incroyable de 65,9 billions de dollars.
Ce chiffre est considérable parce que le président George W. Bush a engagé d’importantes réductions d’impôts ces dernières années et parce que la facture de Medicare [régime d’assurance maladie financé par le gouvernement fédéral, NDT], qui pourvoit à l’assurance santé des personnes âgées [de plus de 65 ans, NDT], et de Medicaid [organisme administré conjointement par le gouvernement fédéral et les Etats, NDT], qui assure les mêmes prestations pour les pauvres [personnes de moins de 65 ans vivant en dessous du seuil de pauvreté officiel], augmentera considérablement en raison de la démographie.
Le professeur Kotlikoff souligne : « Ce chiffre représente plus de cinq fois le PIB américain et presque le double de celui de la richesse nationale. Un moyen de comprendre ce que représentent ces 65,9 billions de dollars consiste à se demander quels ajustements fiscaux seraient nécessaires pour éliminer ce trou. Les réponses sont terrifiantes. Une première solution serait de doubler immédiatement et de manière durable les impôts sur le revenu des personnes et des entreprises. Une autre serait de réduire de deux-tiers, immédiatement et de manière durable, les prestations de la Sécurité sociale et de Medicare. Une troisième, en admettant qu’elle soit faisable, serait de réduire immédiatement et de façon durable toutes les dépenses discrétionnaires fédérales de 143 %. »
Le scénario a de sérieuses implications sur le dollar. Si les investisseurs perdent confiance dans l’avenir des Etats-Unis et ont le sentiment que le pays pourrait un jour ou l’autre permettre une inflation pour diminuer leurs dettes, ils risquent de réduire leurs avoirs en bons du Trésor américain.
Le professeur Kotlikoff poursuit : « Les Etats-Unis ont connu de hauts taux d’inflation dans le passé et semblent mener le même genre de politique fiscale que celle qui a entraîné des hyper-inflations dans 20 pays au cours du siècle dernier. »
Paul Ashworth, de « Capital Economics », était plus optimiste à propos des retraites à venir de la génération des Baby Boomers. « Pour commencer, la détérioration du budget fédéral à laquelle il faut s’attendre doit plus à la hausse des dépenses par tête en soins de santé qu’au changement démographique », estime-t-il. « Cette question peut être maîtrisée à condition d’en avoir la volonté politique. De la même façon, l’augmentation des dépenses de sécurité sociale à laquelle on doit s’attendre peut être jugulée par la réduction des taux de croissance des allocations. Prévoir un pépin aujourd’hui c’est probablement trop demander de la part de politiciens à la vue courte qui n’ont aucune motivation à le faire. Mais il y aura un pépin, ou au moins une succession de moments difficiles quand le problème deviendra plus urgent. »
Sources : POLEMIA
Posté par Adriana Evangelizt