Bill Clliton : "Nous ne pouvons pas tuer tous nos ennemis."

Publié le par Adriana Evangelizt

"Nous ne pouvons pas nous isoler du monde derrière des murs.

 Nous ne pouvons pas tuer tous nos ennemis"

Propos recueillis par Eric Leser


Vous avez créé la Clinton Global Initiative (Initiative mondiale Clinton), dont la première manifestation se tiendra du 15 au 17 septembre à New York. Quelle est votre ambition ?

Nous avons saisi l'opportunité de l'ouverture de l'Assemblée générale des Nations unies pour réunir pendant deux jours des dirigeants mondiaux et des grands patrons. Nous voulons mettre en oeuvre des solutions concrètes aux problèmes les plus criants de la planète. Nous en avons sélectionné quatre : l'utilisation de la religion comme force pour résoudre les conflits et non pas les créer ; la mise en place de nouvelles stratégies économiques et technologiques afin de combattre le réchauffement climatique ; la réduction de la pauvreté ; l'amélioration de la gouvernance dans les pays en développement.

Il ne s'agit pas de refaire un forum économique mondial comme Davos ou un pseudo G8. Cela se veut léger et plus efficace. L'objectif est que chacun des participants reparte avec un engagement concret dans un des quatre domaines puis rende des comptes. Nous allons contrôler la réalisation des promesses. Nous pouvons avoir en dix ans un impact considérable.

Vous voulez sauver le monde ?

Je suis optimiste par nature et par nécessité. Nous ne sommes pas face à des problèmes faciles, mais nous connaissons les solutions pour les résoudre. Cela ne va pas au-delà de nos possibilités humaines. Le seul problème est de les mettre en oeuvre rapidement. Les politiques tergiversent, c'est frustrant. Alors, c'est à la société civile de prendre le relais.

Je sais que beaucoup de personnes veulent faire des choses. Nous leur en offrons l'opportunité. Nous vivons dans un monde interdépendant. Nous ne pouvons échapper les uns aux autres. Nous devons construire une communauté mondiale de responsabilités, de valeurs et de bénéfices partagés. Même nos ennemis peuvent être d'accord avec nous pour régler les problèmes les plus graves.

Vous avez des exemples concrets de solutions ?

Oui. Prenez le réchauffement climatique. C'est un problème extrêmement grave. Il a le potentiel pour détruire la civilisation. La solution se trouve en grande partie dans les entreprises et le secteur privé. Il faut leur démontrer le potentiel de croissance, de développement, de progrès technologiques et de profits des énergies propres. Les entreprises de la vieille énergie sont très organisées, riches et politiquement influentes. Celles des énergies nouvelles sont décentralisées, sous-capitalisées et sans réel pouvoir politique. Il faut modifier ces rapports de forces. Les gouvernements ne peuvent pas résoudre toutes les difficultés.

Autre exemple, l'extrême pauvreté peut être éradiquée, c'est extraordinaire. Tout le monde a un rôle à jouer : les chefs d'Etat, les entreprises, les associations et les donateurs privés. Si les pays riches consacrent entre 0,5 % et 1 % de leur produit intérieur brut aux pays pauvres et s'assurent que des despotes ne détournent pas l'aide, la pauvreté peut disparaître en une ou deux décennies.

Vous vous attaquez aussi au terrorisme, même si vous cachez ce mot derrière ceux de religion et de conflit.

C'est volontaire. Pour s'en prendre au fondamentalisme, il faut porter atteinte à la crédibilité de celui qui dit "J'accomplis la volonté de Dieu" . Il y a deux possibilités. Démontrer que la politique n'a rien à voir avec Dieu, qu'elle est humaine, imparfaite, perfectible. C'est difficile dans un grand nombre de sociétés. Il y a une autre stratégie, plus efficace, qui consiste à détruire la légitimité de l'idéologie qui s'appuie faussement sur la religion pour créer et entretenir des conflits. La religion doit devenir un moyen de régler les conflits.

L'image des Etats-Unis s'est fortement dégradée depuis plusieurs années, particulièrement dans le monde musulman. Cela alimente le terrorisme et la crainte d'un choc des civilisations. Vous pensez avoir des solutions ?

On peut faire quelque chose. Un exemple. L'ancien président George Bush et moi-même avons voyagé aux Etats-Unis l'an dernier afin de lever des fonds pour venir en aide aux victimes du tsunami en Asie. Nous sommes allés ensuite dans les régions sinistrées et avons fait un compte rendu au président -George W. Bush- . Je lui ai montré un sondage. Avant le tsunami, en Indonésie, pays musulman le plus peuplé, seulement 36 % de la population avaient une opinion favorable des Etats-Unis. Après, le chiffre était passé à 60 %.

Quand nous montrons que nous pouvons être désintéressés, que nous voulons construire un monde avec les autres, en comprenant leurs problèmes, en les aidant dans notre propre intérêt et en partageant des objectifs communs, cela ne peut qu'améliorer notre image. C'est aussi la raison d'être de mon initiative.

Et c'est une nécessité en matière de sécurité. Nous ne pouvons pas nous isoler du monde derrière des murs. Nous ne pouvons pas tuer tous nos ennemis. Nous avons besoin d'une stratégie qui crée plus de partenaires et moins de terroristes. Le destin des Américains est étroitement lié à celui des autres peuples.

Ce n'est pas trop ambitieux, même pour Bill Clinton ?

On n'est jamais trop ambitieux et optimiste. Il ne faut pas se décourager face aux difficultés. Ce message vous concerne, vous Français et Européens. J'aime la France et j'aime l'Europe. Le rejet de la Constitution m'a désolé. Mais il s'agit seulement d'un obstacle sur la route. Vous ne vous rendez presque plus compte de la difficulté de construire quelque chose qui n'a jamais été fait auparavant. Il est difficile de surmonter les réflexes identitaires nationaux. Mais vous allez y parvenir. Le monde a besoin de l'Europe et de la démonstration que l'intelligence, la raison, la bonne volonté sont plus fortes que les fatalités de l'histoire.

Sources : Le Monde

Posté par Adriana Evangelizt

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Publié dans GUERRE DE RELIGION

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