Nancy Pelosi, le pire cauchemar de Bush
Nous avons là une femme de choc. Chic et choc et aussi chèques. Et on peut même dire que Bush peut lui dire "merci !"... elle est une des rares à ne pas avoir demandé sa destitution... sans doute sait-elle mieux que personne que George W Bush n'a été qu'une marionnette entre les mains de Cheney, Rumsfeld et tous les néo-cons qui étaient derrière lui. Nous pensons même qu'elle va lui redorer le blason.
Nancy Pelosi : le pire cauchemar de George Bush
par Corine Lesnes

Parcours
1940
Naissance à Baltimore, (Maryland).
1962
Finit l'université à Washington et se marie.
1987
Elue pour la première fois, à la Chambre des représentants.
2002
Elue chef de file de la minorité démocrate.
2006
Fait campagne contre les républicains pour les "mid-terms" et
pourrait devenir la première femme président de la Chambre
des représentants.
N'allez pas demander à Christine Pelosi de vous parler de sa mère, Nancy, la femme qui sera la plus puissante d'Amérique si les démocrates emportent la majorité à la Chambre des représentants, lors des élections de mi-mandat du 7 novembre. Elle vous fusille instantanément : "Adressez-vous au service de presse."
N'essayez pas d'insister, au motif que vous avez seulement quelques questions futiles à lui poser ("parle-t-elle français ?" ou encore "qui est son tailleur ?") et que vous n'évoquerez aucun sujet politique embarrassant (par exemple : "Quel est son avis sur
la destitution du président Bush ?"). Elle s'emporte. "Nous avons des règles. Vous, dans votre journal, vous avez des règles. Nous, c'est pareil. Nous sommes des professionnels. Des pro-fes-sio-nnels !" Il ne reste qu'à battre en retraite et s'installer derrière l'estrade. Chez les Pelosi, la discipline, c'est sacré.
Ce samedi, Nancy Pelosi porte une veste lavande sur un col roulé noir. C'est son mari, Paul, qui choisit les tailleurs ; elle a horreur du shopping. Elle a un côté dur, apprêté, Hillary Clinton en brune, et certains militants les verraient bien toutes les deux, en 2008, briguer la présidence et la vice-présidence, ne serait-ce que pour faire enrager les républicains.
Chef de file démocrate à la Chambre des représentants, elle est venue à Albuquerque, au Nouveau-Mexique, soutenir les candidats du parti. Pour la première fois en trente-huit ans, les démocrates pourraient s'emparer de la circonscription. Et c'est une femme
qui mène l'assaut, l'attorney général Patricia Madrid. Du point de vue électoral, 2006 est l'année des femmes. Il n'y a jamais eu autant de candidates dans des circonscriptions qui pourraient basculer.
Les organisateurs du rassemblement sont nerveux. Un petit groupe de républicains joue les perturbateurs à la porte du centre communautaire. Le maire de Los Angeles, Antonio Villaraigosa, prend le micro. Il raconte son parcours d'enfant pauvre, rescapé du rêve américain. Sur l'estrade, on courtise les votes hispaniques. On chante "Si, se puede".
Nancy bat des mains, du pied. Elle a le sourire perpétuel du politicien en représentation. "Dix jours, quinze sièges, nous séparent d'une grande victoire pour l'Amérique, lance-t-elle, le poing levé. Chaque minute compte."
Au lendemain du 7 novembre, Nancy Pelosi, 66 ans, sera peut-être le prochain "speaker" de la Chambre des représentants, c'est-à-dire son président, soit le troisième personnage de l'Etat, derrière le président et le vice-président. "Comment va-t-on vous
appeler ?", lance un homme qui est venu lui serrer la main. "Madame Speaker ?" "Oui, répond l'intéressée. C'est le terme qui sera employé. Mais vous pouvez m'appeler Nancy."
Cette vision donne des cauchemars aux républicains. Le président Bush a lui-même fait la liste de toutes les preuves de l'irresponsabilité de la démocrate : elle a voté contre la guerre en 2002, contre le renouvellement du Patriot Act (législation qui donne des pouvoirs étendus au gouvernement en matière de lutte antiterroriste), contre les écoutes téléphoniques, contre la création du département de la sécurité intérieure... Et, surtout, elle vient de San Francisco, une ville dont le seul nom fait passer des frissons dans l'électorat conservateur. San Francisco, capitale du stupre soixante-huitard et du mariage gay.
"A les entendre, je dois être la personne qui fait le plus peur à la Maison Blanche, explique-t-elle. Cette élection est un référendum sur George Bush. Il essaie d'en faire un référendum sur moi. C'est ridicule." Les républicains espèrent provoquer un électrochoc dans leur électorat. Leurs publicités montrent Nancy Pelosi sur un fond de Golden Gate Bridge. Elle est accusée de vouloir augmenter les impôts, "affaiblir la sécurité des frontières", "promouvoir l'avortement" ou encore "s'emparer du Congrès avec les voix des clandestins".
L'intéressée n'en a cure. "La plupart des Américains ne savent pas qui je suis", souligne-t-elle. Quant aux attaques personnelles : "J'ai le cuir épais."
Très jeune, Nancy Pelosi a appris à jouer des coudes dans un monde d'hommes. Chez elle, ils étaient cinq garçons et une fille : une famille italo-américaine à Baltimore, catholique, le sens de la famille et du clan. Son père, Thomas D'Alesandro, a été pendant douze ans maire de Baltimore, de 1947 à 1959, une légende dans le Parti démocrate des années 1950. Son frère l'a également été ensuite. Toute petite, Nancy a appris à écrire en remplissant le registre des services rendus que tenait son père depuis la mairie.
Après l'université, elle a épousé un investisseur immobilier qui est devenu milliardaire et a élevé ses cinq enfants (quatre filles, un garçon). Quand elle s'est présentée pour la première fois à une élection, elle avait 47 ans. Grâce à son carnet d'adresses, elle s'est imposée à la tête du parti.
Elle y fait régner une discipline sévère, à la manière des républicains. L'an dernier, les représentants démocrates ont manifesté le plus fort degré de cohésion depuis Eisenhower. A elle toute seule, Nancy Pelosi, qui possède la huitième fortune de la Chambre, a réuni 50 millions de dollars pour les élections, qu'elle redistribue généreusement. A part Hillary Clinton, personne n'est capable de collecter autant d'argent. "Pour une femme, c'est important de montrer que la victoire a été difficile, dit-elle. Sinon les gens ont l'impression que ça lui a été donné."
Si les démocrates emportent la majorité, elle entend faire voter dans les 100 premières heures une hausse du salaire minimum, la mise en oeuvre des recommandations de la commission d'enquête sur les attentats du 11 septembre 2001 et une loi sur les cellules souches. Après, il faudra "assécher le marais qu'est devenu Washington" pour y ramener l'honnêteté et la rigueur budgétaire.
Nancy Pelosi n'est pas de ces démocrates qui se contorsionnent pour rester au centre. Elle a traité George Bush d'"incompétent" et les républicains de "corrompus" et d'"immoraux". Mais elle n'est pas favorable à la procédure en destitution de M. Bush, dont rêve la gauche du parti. "Ce n'est pas à l'ordre du jour", affirme-t-elle. Il faudra, selon elle, commencer par des enquêtes pour établir les faits. Et non, elle ne parle pas français. "Juste un petit peu, dit-elle. Pas assez."
Sources : LE MONDE
Posté par Adriana Evangelizt