Iran : la dernière coqueluche de Richard Perle

Publié le par Adriana Evangelizt

Après Chalabi, ses escarpins et son parfum capiteux pour mettre à la tête de l'Irak, Richard Perle vient de dénicher celui qu'il compte sans doute transformer en Chah d'Iran... après on nous dira que les idéologues sionistes ne sont pas derrière les manoeuvres qui mettent le feu aux poudres au Moyen-Orient. Le nouvel élu que Perle et Ledeen voudraient installer à la place des mollahs se nomme Amir Abbas Fakhravar. Sa première rencontre avec Perle s'est déroulée dans une chambre d'hôtel à Dubai, une sorte de grand coup de foudre qui a fait dire à Fakhavar que dans ses yeux, il avait vu "le prince de la lumière". Quel compliment pour celui que l'on surnomme le Prince des ténèbres. Comme il fallait un peu métamorphoser le nouveau dissident iranien, on lui a dnc inventé un passé. Il aurait fait de la prison car c'est un opposant politique. Or, il s'avère que la vérité est tout autre... il y est question "d'actes non-chastes" avec d'autres étudiants... en tout cas, une chose est sûre, sur son site il n'y a pas beaucoup de filles... et depuis sa rencontre avec Perle, le mécène,  il a subi une grande transformation... on pourrait dire...

AVANT...

 

APRES

 

Iran : La dernière marionnette du théâtre

d'opération yankee

 

par Laura Rozen

 

Un éditorial remarquable a été publié cet été dans le Washington Post, sous la plume de Richard Perle, l'ex-conseiller influent du Pentagone qui avait été le mécène en chef d'Ahmed Chalabi dans la période préparatoire à la guerre en Irak. Comme avant l'invasion de l'Irak, Perle encourage l'administration Bush à éviter tout politique d'apaisement et à endosser une position sans concession vis-à-vis de Téhéran. Comme avec l'Irak, il soutient qu'une ligne dure est déterminante pour aider la population à renverser un régime brutal. Et encore une fois, Perle a dans ses cartons un leader en exil qu'il veut absolument faire connaître à l'Amérique : Amir Abbas Fakhravar, « un leader étudiant et dissident iranien qui s'est enfui d'abord de la célèbre prison Evin à Téhéran, puis après des mois de clandestinité, d'Iran ».


Fakhravar, écrit Perle, a cru la promesse faite par George W. Bush aux dissidents musulmans et voulant que « lorsque vous vous battez pour la liberté, nous serons à vos côtés ». Aujourd'hui, alors que l'administration hésite à négocier avec l'Iran, Perle s'inquiète que « les partisans de l'apaisement avec Téhéran ne considèrent le combat pour la liberté en Iran comme un obstacle à leur nouvelle diplomatie ».


Voilà un engageant appel aux armes pour les conservateurs, dont bon nombre sont convaincus que les intérêts américains au Moyen-Orient dépendent de l'organisation d'un soulèvement en Iran et qui sont jusqu'à présent frustrés dans leur quête des parfaits alliés. L'opposition iranienne est profondément fragmentée et beaucoup de ses grandes figures sont explicitement contre une intervention US. Le dissident iranien le plus connu, le journaliste Akbar Ganji, avait rejeté les invitations à rencontrer des officiels de l'administration Bush lors d'une récente visite américaine et avait demandé à voir plutôt Kofi Annan et Noam Chomsky. « Je professe le changement de régime en Iran », disait Ganji en juillet. « Mais ce régime doit être changé par les Iraniens eux-mêmes ».

Surgit Fakhravar, qui est plus enclin à dire exactement ce que les faucons veulent entendre. Il m'a dit que le Président iranien voulait rayer Israël de la carte et que « toute intiative ou toute action quelles qu'elles soient » des Américains « aiderait le peuple à se soulever ». Tout ce dont le mouvement étudiant en Iran avait besoin pour renverser le régime, selon lui, était « un petit peu de coordination, d'organisation et de formation ».


Inconnu virtuel tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'Iran lorsqu'il est arrivé aux Etats-Unis en mai, Fakhravar a réalisé depuis une ascension phénoménale. Au milieu de l'été, il courrait déjà d'une audience à Capital Hill à un rassemblement de l'opposition iranienne tenu à la Maison Blanche, rencontrant régulièrement politiques et conseillers influents, bavardant sur son portable avec le fils de l'ancien Shah et passant généralement avec succès pour le visage jeune et idéaliste du mouvement décidé à renverser les mollahs.

 

 

 

Mais Fakhravar pourrait bien être un faux messie. Un profil très différent émerge en effet d'entretiens réalisés avec une douzaine de figures de l'opposition iranienne, pour certains d'entre eux anciens prisonniers politiques. Ce profil, c'est celui d'un opportuniste poussé sur le devant de la scène par les faucons de la question iranienne, un mouchard de pénitencier qui avait été incarcéré pour des délits sans lien avec la politique, mais qui s'est réinventé en militant étudiant et prisonnier politique une fois derrière les barreaux. Fakhravar et ses supporters nient avec véhémence ces allégations, assurant que les attaques sont motivées par la jalousie mesquine et la vendetta menée par les ennemis de Fakhravar dans la gauche iranienne.


Pour ceux comme Perle qui souhaitent que les Etats-Unis court-circuitent la diplomatie en faveur d'un soutien au changement de régime, Fakhravar est un maillon essentiel de l'argument en faveur d'une confrontation contre l'Iran. Au lieu de rappeler aux Américains l'épisode Chalabi qui est maintenant réputé pour avoir orchestré la majeure partie de l'intelligence défectueuse sur les armes de destruction massive, ils voudraient appeler à rescousse les souvenirs des années 1980, lorsque Ronald Reagan cherchait à encourager et à unifier les dissidents en Union Soviétique. Mais en optant pour Fakhravar, ils pourraient, par inadvertance, avoir accompli l'inverse, en exposant au grand jour les divisions au sein du mouvement pro-démocratie et mettant en question l'idée selon laquelle les problèmes entre Etats-Unis et Iran seraient résolus par une Révolution du Safran.


Visiblement, les relations de Perle avec Fakhravar auraient commencé il y a plus de deux ans, lorsque Fakhravar faisaient des allers-retours à Evin, l'infâme prison politique de Téhéran où la journaliste canadienne Zahra Kazemi avait été torturée à mort en 2003. De prison, Fakhravar appelait les chaînes satellites pro-monarchistes qui émettent en langue perse depuis Los Angeles. Manda Shahbazi, une femme d'affaires et militante en exil basée à Los Angeles m'a dit qu'elle avait entendu un de ces appels, avait été émue par la situation de Fakhravar et avait réussi à entrer en contact avec lui. Puis elle avait parlé à Perle qui mentionna promptement le cas de Fakhravar lors d'un forum de l'opposition iranienne à Los Angeles en mai 2004. Très rapidement après, Fakhravar appelle Shahbazi et demande à être mis en relation avec Perle. Quand Fakhravar quitte l'Iran en avril dernier, sa première escale le mène à une chambre d'hôtel à Dubaï où il rencontre Perle. « Dans mes yeux, j'ai vu le prince de la lumière », dit Fakhravar au New York Sun quelques semaines plus tard. « Je pouvais voir dans ses yeux qu'il est soucieux pour notre peuple comme pour le peuple américain et ceci est très important et très spécial ». Perle aide à arranger l'entrée de Fakhravar aux Etats-Unis et organise un déjeuner privé pour lui à l'Institut de l'Entreprise Américain (American Enterprise Institute) ; parmi les participants, on retrouve des officiels du Département d'Etat et du Pentagone, une sélection de journalistes et le leader des faucons de la question iranienne Michael Ledeen.

 

Entre temps, Shahbazi travaille à connecter Fakhravar aux tops leaders en exil à Los Angeles et autour du monde. Elle possède un carnet d'adresses en or grâce à son père Yaddolah Shahbazi, homme d? affaires très en vue qui avait servi en tant que conseiller au premier ministre iranien durant le crépuscule du régime du Shah (et qui, pour les fans de bagatelles iraniennes, avait lancé avec des investisseurs iraniens et israéliens qui employèrent un temps Manucher Ghorbanifar, le trafiquant d'armes de l'Iran-Contra).

 
Shahbazi a également développé ses propres contacts : en août 2005, conformément aux dossiers du Bureau du Protocole du Département d'Etat, elle donne à Liz Cheney (fille du vice-président et officiel senior du Département d'Etat en charge du Groupe des Opérations Iran-Syrie) un tapis persan estimé à $4000, de même qu'un plateau en verre gravé d'une citation de Dick Cheney sur l'Iran. Le tapis fait partie des douze cadeaux les plus coûteux reçus d'étrangers par les officiels américains en 2005. Lorsque j'ai interrogé Shahbazi sur ce point, elle m'a répondu qu'elle n'en avait pas souvenir.


En juillet de cette année, Fakhravar rejoint Ledeen et d'autres spécialistes de l'Iran pour témoigner devant la sous-commission du Sénat Sécurité Nationale et Affaires Gouvernementales ; cette apparition lui fait manquer le rassemblement de militants de l'opposition iranienne que la Maison Blanche avait convoqué ce jour. Ce jour était à peine extraordinaire dans un emploi du temps rempli de rendez-vous officiels et de contributions aux rassemblements de l'opposition iranienne à l'occasion desquels Fakhravar régale les audiences de contes sur sa période dans diverses prisons et sa fuite, de même que ses plans d?unification des militants étudiants.


Pour Mohsen Sazegara, tout ça est un peu tout much. Dissident iranien modéré, trois fois emprisonné en Iran et maintenant basé à Boston, Sazegara est réticent à faire des commentaires sur Fakhravar, précisant qu'il n'a rien contre le jeune homme. Pressé, il lâche que Fakhravar est au mieux un acteur marginal dont l'histoire personnelle a été exagérée par ses alliés. Par exemple, personne ne s'échappe de la prison d'Evin, dit Sazegara ; au lieu de cela, les prisonniers politiques iraniens peuvent demander des permissions temporaires, et à l'occasion de l'une d'entre elles, Fakhravar a simplement décidé de ne pas revenir. Cina Dabestani, une exilée basée en Virginie qui traduit parfois pour Fakhravar, me dit que Fakhravar a suivi les cours de l'école de droit pendant qu'il était en prison, et sous la pression de Shahbazi, s'est fait la belle après un examen. Sa fuite d'Iran (que Fakhravar prétend avoir eu lieu malgré un ordre de le tirer à vue) est passée par un vol régulier d'Iran à Dubaï, conformément à plusieurs sources.


Des journalistes iraniens et d'anciens co-détenus avancent également que Fakhravar n'a jamais été prisonnier politique, mais avait été interné pour un délit non-politique (« acte non-chaste » impliquant plusieurs de ses pairs étudiants), puis avait cultivé des liens d'amitié avec des étudiants dissidents. « Les cercles étudiants et les cercles journalistiques ne le reconnaissent pas comme un leader étudiant », dit Najmeh Bozorgmehr, le correspondant à Téhéran du Financial Times qui avait suivi de près les manifestations étudiantes pro-démocratie en 1999, la place Tiananmen de la génération de dissidents iranien de Fakhravar. Hassan Zarezadeh, journaliste et militant des droits de l'homme qui vit désormais au Canada ajoute qu' « il s'est fait arrêter par accident et s'est intéressé à la politique et de façon opportuniste a tenté de se rapprocher du centre du pouvoir et de devenir célèbre ainsi. Il n'a jamais fait partie du mouvement étudiant ». Plus suspecte encore aux yeux de certains dissidents est l'histoire relatant la prise de contact entre Fakhravar et ses soutiens américains. « J'ai été arrêté 12 fois depuis 1999 et je n'ai jamais rien vu de pareil », dit Zarezadeh. « C'est impossible pour un prisonnier politique d'avoir un téléphone », ajoute-t-il, encore moins de l'utiliser pour appeler la presse étrangère, les diffuseurs en exil et un conseiller haut placé du Pentagone.


Certains dissidents pensent avoir une explication : « pour les autres prisonniers politiques, il était un mouchard pour la sécurité de la prison et pour les services de sécurtié », affirme Bina Darab-Zand, militant des droits de l'homme récemment libéré. Nasser Zarafshan, un des avocats des droits de l'homme les plus en vue d'Iran, également récemment libéré d'Evin, fait écho à cette allégation. « En prison, tout le monde sait ça ». Le bureau de Perle redirige les questions à Shahbazi qui me dit que Fakhravar a obtenu le téléphone en payant des pots de vin ; elle refuse de discuter en détails sa fuite d'Iran, avançant que cela rendrait la tache plus ardue à d'autres prisonniers politiques.

 

 

 

J'ai rencontré Fakhravar récemment dans un bureau qui lui est prêté par la Fondation pour la Défense des Démocraties, un petit think tank de Washington qui fait la promotion d'une intervention US pour soutenir la réforme au Moyen-Orient. Avec son costume gris, ses cheveux fraîchement coupés et ses manières engageantes, le jeune homme de 31 ans présente une figure remarquablement différente des photos à la Antonio Banderas sur son site web (www.fakhravar.com) dont le slogan est « Amour, Iran, Liberté ». (?) Lorsque je l'interroge sur les affirmations de ses critiques, Fakhravar jette les bras en l'air en signe de frustration. Il dit que parmi les prisonniers politiques iraniens, il y a une profonde division entre le bloc libéral et le bloc des gauchistes, et que Zarafshan et les autres gauchistes « ont lancé des rumeurs » à son sujet qui étaient « toutes fausses ». Il ouvre alors son ordinateur portable pour montrer des photos de lui sur une rue de New-York en discussion avec Ganji le dissident, puis dédicaçant un exemplaire de son livre Scraps of Prison (NDLR : Fragments de Prison) publié par un éditeur de langue perse basé à Los Angeles. Il s'agit de l'un des trois livres pour lesquels Fakhravar affirme avoir été persécuté, bien qu'aucun d'entre eux ne semble être largement connu. Sur son site Internet, Fakhravar prétend avoir été nominé pour un prix littéraire, le prix Paulo Coelho, mais il n'y a aucune preuve que ce prix existe réellement (?).

Les personnes qu'il affirme être ses alliés en Iran semblent réticentes à le soutenir. Ahmad Batebi, l'un des leaders étudiants les plus connus d'Iran et dont la photo apparaît sur la jaquette de Scraps of Prison aux côtés de Fakhravar, s'est depuis distancé de lui sur son blog. Un autre militant important avec lequel Fakhravar se vante d'avoir travaillé (les deux sont montrés côte-à-côte sur une photo du site Internet de Fakhravar) est mort il y a peu d'une grève de la faim à la prison d'Evin. Lorsque j'ai retrouvé sa soeur, Nasrin, elle m'a écrit par e-mail que Fakhravar et son frère « n'avaient pas été très proches. Fakhravar, écrit-elle, est un jeune homme en quête de gloire ».

 

Traduction libre d?un article de Laura Rozen paru dans :

http://www.motherjones.com/news/feature/2006/11/fakhravar.html

 

 Sources : Salut Public

Posté par Adriana Evangelizt

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Publié dans IRAN ISRAEL

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