Un crime américain
Un crime américain
par Léon Michaux
Au début, le tableau était présenté comme une vaste et belle entreprise d'exportation de l'humanisme occidental habillé des habits neufs de la démocratie américaine, celle qui élit le perdant et invente des armes de destruction massive quand ça l'arrange.
Vers la fin, car il y aura bien une fin, on se retrouve dans une sorte de cul de basse fosse mal éclairé avec un type en pardessus à qui d'autres types encagoulés passent la corde au cou. On ne s'en lasse pas, on dirait du Mel Gibson. En vrai,avec le type en pardessus qui meurt réellement pour toujours. Encore heureux qu'un des bourreaux ait filmé la scène sinon pour un peu on ratait une occasion de servir l'édification des générations futures. Grâce lui soit rendue ainsi qu'à l'inventeur du téléphone cellulaire qu'on peut même faire des photos avec.
Après une parodie de procès, on donc livré Saddam Hussein à la vengeance de ses anciennes victimes, sous les insultes et probablement dans un lieu où l'on avait exécuté des multitudes d'opposants au régime baasiste. En la matière, on ne mesurera jamais assez la force des symboles.
On aura beau dire et répéter que la mort à la sauvette de l'ancien tyran est une affaire intérieure irakienne, il s'agit bien d'un crime américain. Capturé par des soldats US, emprisonné sous garde américaine et transporté jusqu'au gibet dans un hélicoptère de l'armée d'occupation, Saddam Hussein a bien été condamné à mort par George Bush qui n'a pas raté l'opportunité d'ajouter une fois de plus la barbarie à la barbarie. Qui s'en étonnera? Longtemps boucher du Texas, il persévère puiqu'après tout qu'est-ce que le monde sinon le Texas en plus grand? La belle leçon qu'à notre corps défendant nous occidentaux venons de jeter à la face du monde c'est que nous pouvons descendre aussi bas que ceux dont nous réprouvons officiellement les méthodes. Depuis le départ, le combat du bien contre le mal ressemble d'ailleurs à un mauvais western. On envoie la cavalerie contre les méchants, on en pend quelques-uns pour leur apprendre à vivre et on tire sur tout ce qui bouge en attendant le duel final dans la grand-rue: George Bush contre Oussama Ben Laden. Rendez-vous à OK Corral.
Dans ce que l'on a présenté comme un choc de civilisations, quelles valeurs a-t-on opposées là sous cette trappe à ceux qui ne rêvent que de mort et de destructions? Quelle justice? Quelle raison? On a pendu un homme entravé au lieu d'examiner ses crimes un par un et d'étaler les complicités qui les ont rendus possibles. Dans le matin sordide d'une pendaison précipitée, nous avons perdu une part de notre dignité, celle qui ne punit pas le crime par le crime quelle que soit la monstruosité du coupable. Pays dans lequel les familles des victimes assistent à l'exécution du meurtrier d'un de leurs proches et quelquefois s'en délectent, les USA sont en retard d'une civilisation, toujours au stade du "oeil pour oeil, dent pour dent". Cette philosophie, ils l'exportent partout où ils passent apporter la bonne parole et leurs préceptes civilisateurs. Il faudrait que l'Europe d'une seule voix se fasse entendre: "pas ça et pas en notre nom". Ce serait bien le moins.
Sources Le Journal du Mardi
Posté par Adriana Evangelizt