Les mercenaires à la rescousse de l'US Army

Publié le par Adriana Evangelizt

Voilà un article qui tombe à pic alors que nous avons posé précédemment une vidéo sur les mercenaires en Irak. Le chiffre est à la hausse, il serait 100 000 sur le terrain. Et le général Petraeus vient carrément de déclarer qu'il ferait appel à eux pour le "nettoyage" en Irak. Car pour nous, c'est du "nettoyage". Inutile de se poser des questions sur leur manière de procéder. Il semble que l'armée a de plus en plus de mal à recruter des hommes et de surcroît, les mercenaires ne sont pas comptés bien évidemment dans les morts US.

 

Les mercenaires à la rescousse de l'US Army

par Bernard Estrade

Pour la première fois dans l’histoire de l’armée américaine, l’un de ses commandants en chef a publiquement déclaré compter sur des forces mercenaires pour mener à bien la mission dont il a été chargé par le Président des États-Unis. « C’est une conséquence de l’évolution moderne de la stratégie contre l’insurrection », a même estimé le général David Petraeus devant le Sénat américain lors de l’audition préalable à sa confirmation de commandant suprême des forces américaines en Irak.

Présenté par la Maison Blanche comme l’homme providentiel, mi-guerrier mi-intellectuel, seul capable de trouver la sortie du bourbier irakien ; le général David Petraeus a supervisé la première révision en vingt ans du manuel de contre insurrection de l’armée américaine.

Selon cette nouvelle doctrine, l’effectif nécessaire pour reprendre le contrôle d’une ville comme Bagdad ne peut être inférieur à un soldat pour 50 habitants. 

Dans le cas de la capitale irakienne, où rétablir l’ordre et la sécurité constituera la mission première du général Petraeus, cela signifie 120.000 hommes. Beaucoup plus que les 40.000 à 85.000 qui seront, dans le meilleur des cas, à sa disposition.

« Ne vous inquiétez pas », a-t-il répondu aux sénateurs John McCain et Jack Reed qui soulignaient la contradiction, il y a en fait « des dizaines de milliers de personnels de sécurité supplémentaires, occidentaux et irakiens, sur lesquels je peux compter ».

Aux sénateurs lui faisant remarquer que les employés des compagnies privées n’étaient pas placés sous ses ordres et que les gardes irakiens armés étaient souvent en fait des miliciens, l’officier supérieur a répondu que les tâches qu’ils accomplissent « libèrent les soldats » (voir ici sur CBS News des extraits vidéos de l'audition du général Petraeus devant le Congrès)

Ces propos du général Petraeus jettent une lumière crue sur un aspect de la guerre que l’administration américaine, qui a de plus en plus de mal à aligner 140.000 soldats en Irak, préfère tenir dans l’ombre : la sous-traitance au secteur civil de missions relevant des armées.

Un rapport de l’organisme du Congrès chargé d'auditer l’administration (Government Accountability Office) a ainsi établi que les entreprises privées sous contrat avec le Pentagone ou le département d’État alignaient 100.000 employés civils en Irak, dont 48.000 pour des missions qui en font des « soldats privés ». Avec les dérives que l’on connaît – voir sur ce point les révélations de www.geopolitique.com relatives aux activités d’Halliburton en Irak.

Le plus souvent anciens militaires, ils assurent la garde rapprochée des personnalités et des officiels, pilotent des hélicoptères de combat ou des drones de reconnaissance et d’attaque, interrogent les prisonniers. Ils construisent aussi les bases américaines dont ils assurent le ravitaillement et l’intendance.

Leurs cadres sont en majorité américains, britanniques ou sud-africains mais les rangs subalternes comptent des ressortissants d’une myriade de nationalités, des Fidji à la Corée du sud en passant par l’Amérique Latine. 

Deux des six hélicoptères de combat abattus en Irak depuis la mi-janvier appartenaient à Blackwater USA, une compagnie basée en Caroline du nord dont les contrats en Irak atteindraient 300 millions de dollars.

L’un des avantages du recours à ces personnels civils, qui, en d’autre temps étaient qualifiés de « mercenaires », est que leur mort n’alourdit pas les bilans des pertes du Pentagone. Entre 400 et 600 ont été tués en Irak depuis l’invasion américaine en 2003, mais ils sont comptabilisés à part –quand ils le sont. 

Ils ne relèvent aussi d’aucune autorité autre que celle de leur employeur et, jusqu’à une modification récente du code militaire américain, ils se trouvaient de fait à l’abri de toute poursuite judiciaire.

Une inconnue subsiste pourtant et elle est de taille : comment ces personnels et leurs employeurs se conduiraient-ils en cas d’aggravation dramatique sur le terrain ? Fort-Alamo ou le sauve-qui-peut façon Saigon 1975 ?

Les mercenaires, que l’on aurait pu croire relégués dans les coulisses de l’Histoire par l’émergence des armées nationales au XIXe  réinvestissent les champs de bataille de ce nouveau siècle. La conséquence d’une réalité incontournable. Elle a été très clairement exposée par Erik Prince, le fondateur de Blackwater USA maintenant milliardaire : « Le Pentagone est consterné : ils estiment que pour augmenter les effectifs de 30.000 hommes, ils ont besoin d’ entre 3.6 et 4 milliards de dollars. J’ai fait le calcul, c’est 135.000 dollars par soldat : nous sommes en mesure de le faire pour beaucoup moins ».

 Sources : Geopolitique com

Posté par Adriana Evangelizt

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