Fin de la diplomatie Cowboy, acte deux ?

Publié le par Adriana Evangelizt

Fin de la diplomatie Cowboy, acte deux ?


Analyse par Jim Lobe

Traduction Karim Loubnani pour Contre Info.

L’accord avec la Corée du Nord, la tenue de la conférence de Bagdad marquent-elles le retour en grâce des réalistes sous la houlette de Rice et Gates et la défaite des faucons emmenés par Cheney ? Jim Lobe passe en revue les indices du changement en cours à Washington, et pointe la plus grande inconnue de cette nouvelle équation : George Bush.

WASHINGTON, 9 mars (IPS) - Il y a tout juste neuf mois que le magazine Newsweek en appelait au retour au bon sens lorsqu’il a annoncé « la fin de la diplomatie cowboy ».

L’expression signalait la victoire apparente — enfin — de l’aile « réaliste » du Département d’Etat sur les faucons menés par le vice-président Dick Cheney et Donald Rumsfeld, alors à la tête du Pentagone, pour le contrôle de la politique étrangère du Président George W. Bush.

Un mois plus tard, cependant, la guerre éclatait entre le Hezbollah libanais et Israel, et les faucons, en particulier les néoconservateurs autour de Cheney et Rumsfeld, ont fait un retour en force.

Bush a non seulement rejeté les appels des alliés européens et arabes de Washington pour qu’il exerce des pressions sur l’état juif en faveur d’un cessez-le-feu, mais son principal conseiller pour la région du Moyen-Orient, Elliott Abrams, l’aurait encouragé, au grand dam de ses collègues du département d’état et de ses interlocuteurs israéliens, à étendre la guerre à la Syrie. Maintenant, après le tremblement de terre électoral en faveur des démocrates, le départ de Rumsfeld, et le record d’impopularité le plus durable qu’ait jamais connu un président des États-Unis en plus de 50 ans, le bon sens en a encore conclu que les réalistes ont de nouveau pris les rênes du pouvoir.

Qu’une telle évaluation ait coïncidé, mardi, avec l’accusation par un jury de l’ancien chef du personnel de Cheney et néoconservateur le plus puissant du premier mandat de Bush, I. Lewis « scooter » Libby, pour avoir menti aux enquêteurs fédéraux n’était probablement pas entièrement un hasard, si l’on considère l’« ombre » - pour employer l’expression utilisée par le procureur en chef Patrick Fitzgerald - planant de nouveau sur le bureau du vice-président.

Le fait est que ce dossier - dont l’élément majeur est l’implication des hommes de Cheney et de la Maison Blanche pour discréditer les critiques qui accusaient les faucons de l’administration d’avoir manipulé le renseignement afin de convaincre le pays d’envahir l’Irak en 2003 — pourrait probablement devenir bientôt l’objet d’auditions menées par le Congrès, ce qui allongera presque certainement cette « ombre ».

Même avant l’accusation de Libby, cependant, la notion que les réalistes avaient finalement triomphé se développait déjà.

« La diplomatie pourrait devenir déterminante en fin de mandat de Bush : la politique se teinte de pragmatisme jugent les experts, » titrait « USA Today » la semaine dernière, alors que le même jour, le New York Times publiait une analyse intitulée « pragmatisme en diplomatie » au sujet des récents efforts de la secrétaire d’état Condoleezza Rice pour approcher la Corée du Nord, l’Iran et la Syrie.

« La politique étrangère de la Maison Blanche a changé de cap, » notait le « Los Angeles Times » en première page cette semaine, tout en affirmant que les récents développements reflètent »... l’ascendant pris par Rice et de son équipe du Département d’Etat sur les faucons autrefois menés par (Cheney et Rumsfeld). »

« Bush fait preuve d’une volonté nouvelle de renverser le cours des choses » proclamait un autre titre du Washington Post plus tôt cette semaine, alors qu’un des chroniqueurs du journal, David Ignatius, arguait du fait que Bush a apparemment repris à son compte les recommandations du Groupe d’Etude bipartisan de l’Irak (ISG-Iraq Study Group ) dans un article intitulé « après le roc, la diplomatie ». Dans un autre article, Jim Hoagland, dans un éditorial titré « qu’est-il arrivé à Dick Cheney ? » a suggéré que le vice-président a été efficacement marginalisé par Rice qui « a gagné l’accord et l’appui total du président sur les objectifs et méthodes stratégiques qu’elle et ses diplomates poursuivent. »

Tandis que Hoagland lui-même indiquait que cette opinion devrait être confirmée par les événements, l’impression que le pouvoir a changé en faveur des réalistes est en effet de plus en plus convaincante depuis le mois dernier, ne serait-ce que parce que les faucons, tels que l’ancien Ambassadeur de l’ONU et favori de Cheney, John Bolton et ses collègues à l’American Enterprise Institute (AEI), expriment leur trouble devant le changement du rapport de forces.

Le signe le plus fort jusqu’ici de l’ascendant pris par les Réalistes est l’accord du mois dernier entre la Corée du Nord et les États-Unis par lequel Washington a accepté de commencer à normaliser les relations et à reprendre l’approvisionnement de carburant en échange de l’arrêt par Pyong Yang de sa production de plutonium et la reprise des inspections internationales.

L’accord, semblable à un traité bilatéral de 1994 dénoncé par Bush dés le début de sa présidence— quoique dans le cadre d’un accord régional impliquant la Corée du Sud, le Japon, la Chine, et la Russie — a marqué une revirement radical de la position de l’administration et a eu l’accord de Bush après une demande directe de Rice, qui aurait évité le processus normal de médiation qui aurait garanti une participation plus forte pour Cheney et les faucons.

En même temps, le soutien persistant, même essentiellement tacite, du Département d’Etat aux efforts de l’Arabie Saoudite le mois dernier a la Mecque pour favoriser un gouvernement palestinien d’unité nationale auquel le Hamas et le Fatah du Président Abou Mazen participeraient — contre la volonté des faucons, dans ce cas-ci menés par Abrams — a été vu par certains analystes aux USA comme la manifestation d’une nouvelle flexibilité qui aurait été tout simplement inconcevable il y a quelques mois et qui était conforme aux recommandations de l’ISG.

Ce qui a le plus retenu l’attention jusqu’ici, a été cependant l’annonce de Rice a la fin du mois dernier disant que Washington participera au moins à deux conférences régionales organisées par le gouvernement du premier ministre irakien Nouri Al-Maliki qui réuniront également la Syrie et l’Iran. La première a lieu ce week-end à Bagdad, et la seconde, tenue au niveau ministériel, et à laquelle Rice elle-même participerait, au début du mois prochain soit à Istambul, soit au Caire.

Son annonce a confirmé l’impression croissante que Rice essayait en effet de mener l’administration vers la prise en compte des recommandations de l’ISG, qui a été présidé par l’ancien secrétaire d’état James Baker, et l’ancien représentant de la Chambre Lee Hamilton, qui demandait explicitement à Washington d’approcher Téhéran et Damas dans le cadre d’une plus grande stratégie régionale qui comprendrait aussi un engagement renouvelé en faveur d’un processus de paix Israelo-Palestinien crédible.

De manière significative, son annonce est venue alors que Cheney était hors du pays, et, le jour qui a suivi son retour, le porte-parole de la Maison Blanche Tony Snow a nié que l’annonce de Rice constituait un changement de politique, affirmant que, quoi qu’il arrive, « il n’y aurait pas d’entretiens bilatéraux entre les Etats-Unis et l’Iran, ou les Etats-Unis et la Syrie, dans le cadre de ces réunions. »

Mais lors d’une autre apparition publique, les porte-parole du département d’état ont été moins catégoriques. Tout en insistant sur le fait que les officiels des États-Unis participant aux réunions resteront concentrés sur la question principale — la stabilisation de l’Irak — ils ont également à plusieurs reprises refusé d’éliminer la possibilité de discussions directes avec leurs contre-parties syriennes et iraniennes au sujet des questions « connexes ».

D’ailleurs, la présence de diplomates de haut rang des quatre autres membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU — auxquels il faut ajouter le groupe des huit ministres des affaires étrangères lors de la deuxième rencontre — augmente la probabilité de plus larges discussions telles que préconisée par l’ISG. En attendant, les réalistes ont remporté d’autres succès, à commencer par le remplacement de Rumsfeld par Robert Gates, qui, jusqu’à sa nomination comme secrétaire de la défense en novembre dernier, a servi à l’ISG et est censé partager ses vues.

Gates et Rice — et concernant le sujet qui nous intéresse, les nouveaux directeurs du renseignement national [National Intelligence] et de la Central Intelligence Agency (CIA), respectivement l’Amiral John McConnell et le général Michael Hayden, — ont servi ensemble au Conseil de Sécurité Nationale sous les ordres de l’ancien Président George H.W. Bush et de son conseiller de sécurité nationale, le général Brent Scowcroft, qui, encore plus que Baker, est considéré comme la bête noire des néo—conservateurs, en particulier en ce qui concerne la politique du Moyen-Orient.

C’est Gates qui, contrairement à Cheney qui persiste à grommeler que « toutes les options sont sur la table », a été le plus insistant ces dernières semaines sur le fait que Washington n’a aucun plan pour attaquer l’Iran en dépit de l’ampleur du déploiement militaire dans le Golfe. En prenant cette position, Gates reflèterait les positions de l’élite militaire. Libérés de l’intimidation et du mépris de Rumsfeld, les militaires sont devenus bien plus expressifs au cours des discussions internes concernant leur propre opposition à de nouvelles actions militaires aussi longtemps que les forces des États-Unis demeurent embourbées en Irak.

Le National Journal rapportait vendredi que Gates se prépare également à limiter la capacité des forces spéciales des États-Unis de conduire des opérations secrètes dans les pays étrangers, tels que l’Iran, sans accord du Congrès ou supervision de la CIA et qu’il « démantèle » certains des programmes des services de renseignement qui ont aidé à préparer le terrain de la guerre en Irak, suggère qu’il est en train de prendre des initiatives personnelles pour contrecarrer certaines des innovations les plus controversées de Rumsfeld.

« Bob Gates est sur le point de détruire un bastion essentiel du vice-président Cheney en termes de renseignement — et à un certain degré, une capacité injustifiée à aider à conduire des actions secrètes, » selon Steven Clemons, directeur du programme American Strategy au New America Foundation (NAF). Mais tandis que les réalistes sont clairement renforcés, ils ne sont pas encore dominants, en particulier en ce qui concerne la politique du Moyen-Orient où ils restent otages des événements en Irak, en Iran, en Israel, en Syrie, au Liban, et dans les territoires occupés — et des provocateurs potentiels — qui à bien des égards échappent de plus en plus à leur contrôle.

Cheney, dont le bureau reste un bastion néoconservateur, maintient une influence considérable, en particulier dans sa coordination avec des collègues qui partagent ses idées à la Maison Blanche, sur le personnel du Conseil de sécurité nationale, notamment Abrams et d’autres concernés dans les affaires du Moyen-Orient, et le conseiller de sécurité nationale le député J.D. Crouch.

Et une grande question se profile sur la volonté propre à Rice quant à prendre des risques, en particulier en suivant l’agenda des Réalistes ou celui de l’ISG. Quelques observateurs notent qu’elle a fait très attention à permettre à d’autres acteurs — L’Arabie Saoudite et les Européens dans le cas des Palestiniens et de la Syrie, le gouvernement irakien dans le cas de l’Iran — de prendre l’initiative diplomatique, la laissant moins vulnérable aux attaques des faucons.

« Elle comprend qu’elle a une très faible marge de manoeuvre, » a dit Joshua Landis, un expert du Moyen-Orient à l’université d’Oklahoma. « Elle sait qu’elle ne peut pas aller trop loin. » Ainsi, alors qu’elle remplaçait un faucon néoconservateur, Robert Joseph, par un réaliste dans la position-clé de sous-secrétaire d’état pour la limitation des armements et la sécurité internationale, elle a également nommé Eliot Cohen, un néoconservateur pure souche qui est considéré proche d’Abrams et de Cheney, à un poste consultatif de premier ordre, celui de Conseiller du Département d’Etat. « C’est toujours deux pas en avant, un pas en arrière avec elle, », note un observateur.

Une question encore plus importante se profile concernant Bush lui-même. Tandis qu’il a clairement laissé à Rice une marge de manoeuvre beaucoup plus grande que son prédécesseur Colin Powell aurait jamais pu l’imaginer, en particulier en ce qui concerne la Corée du Nord, ses propres vues, particulièrement sur le Moyen-Orient, demeurent un sujet de spéculation incessante parmi les observateurs avertis, autant parmi les faucons que les réalistes.

Pas plus tard que la semaine dernière, par exemple, il a accueilli « un déjeuner littéraire » en l’honneur d’Andrew Roberts, auteur de l’« histoire des peuples anglophones depuis 1900 ». Dans une entrevue récente, Roberts a invité Bush à combattre en Irak et en Afghanistan « aussi longtemps que cela prendra pour vaincre complètement l’Islam radical... (et) de ne pas avoir peur de menacer d’élargir la lutte pour inclure les pays étrangers qui aident et encouragent les insurgés (là-bas). »

D’autres invités concernaient certains des néoconservateurs les plus bellicistes du pays, y compris Norman Podhoretz ; Paul Gigot, le rédacteur de la page éditoriale du Wall Street Journal ; et le membre de l’AEI Michael Novak.

« Roberts a dit que l’histoire jugerait le président sur la question de la nucléarisation du Moyen-Orient, » a écrit un des invités.

Comme l’a noté le Financial Times dans un article de cette semaine intitulé « quatre ans d’agitation ont mis les pragmatiques aux commandes », le groupe Eurasia, un cabinet d’experts-conseils, a indiqué à ses clients qu’il évalue les chances d’une attaque militaire américaine et/ou israélienne sur l’Iran avant septembre 2008 à 60 pour cent.

Sources Contre Info

Posté par Adriana Evangelizt

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Publié dans IRAN ISRAEL

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