Papa Bush avait raison
Papa (Bush) avait raison
par Alexandre Sirois
George W. Bush a enfin écouté son père. Si tous les yeux sont aujourd'hui tournés vers Bagdad, où les États-Unis discuteront enfin avec l'Iran et la Syrie dans le cadre d'une conférence internationale, c'est en partie grâce au géniteur de l'actuel président américain.
On a appris cette semaine que papa Bush aurait exhorté fiston à être plus réceptif au rapport du groupe d'études sur l'Irak de James Baker, paru l'automne dernier. Et l'une des principales recommandations de Baker, ancien secrétaire d'État de Bush père et diplomate chevronné, était d'engager les discussions avec l'Iran et la Syrie.
La participation à la conférence en Irak a été annoncée la semaine dernière par Condoleezza Rice. Craignant de subir les foudres des faucons du Parti républicain, la secrétaire d'État s'est défendue d'avoir modifié la politique de l'administration, qui refuse généralement de parler à ses « ennemis».
Il s'agit pourtant bel et bien d'une volte-face. Washington sera notamment représenté à Bagdad par le principal conseiller de Rice sur l'Irak, David Satterfield, qui vient de laisser entendre que des discussions bilatérales avec l'Iran et la Syrie seront menées en marge de la conférence.
« Si, au moment des jus d'orange, nous sommes abordés par les Syriens ou les Iraniens pour discuter d'une question liée à l'Irak (...), nous ne nous détournerons pas», a-t-il dit 48 heures avant le début des pourparlers.
Personne ne s'attend à un miracle. Au mieux, on réussira à Bagdad à s'entendre sur les bases d'une éventuelle collaboration. Si tout se passe bien ce week-end, il y aura une suite : des pourparlers de haut niveau en avril. Rice pourrait y participer, avec ses homologues iranien et syrien.
Cela dit, la seule rencontre d'aujourd'hui représente un changement d'attitude notable de la Maison-Blanche. Qui fait d'ailleurs suite aux succès obtenus avec la Corée du Nord grâce à la diplomatie.
Rice, dont le parcours idéologique a été particulièrement difficile à suivre ces dernières années, semble avoir redécouvert les bienfaits du pragmatisme.
Quelques jours après qu'elle eut donné le feu vert à la participation de son pays à la conférence de Bagdad, on a appris qu'elle allait aussi dépêcher une de ses proches collaboratrices en Syrie. Ellen Sauerbrey, secrétaire d'État adjointe responsable des questions d'immigration, a quitté Washington jeudi pour Damas, où elle doit discuter du problème des réfugiés irakiens.
L'ouverture de Rice tombe à pic. Les autorités iraniennes font maintenant preuve de plus de pragmatisme, souligne le directeur du département de sciences politiques du Collège militaire royal du Canada, Houchang Hassan-Yari. En Iran, les modérés sont graduellement en train de prendre le dessus dans l'appareil gouvernemental, au détriment des radicaux comme le président Mahmoud Ahmadinejad. « En particulier dans le domaine des relations internationales», explique le spécialiste de ce pays.
Le conseiller iranien à la sécurité nationale, Ali Larijani, a même soutenu récemment que « la normalisation des relations avec les États-Unis peut être utile».
Les parallèles à faire avec les jeux de coulisses à Washington sont saisissants. À la Maison-Blanche, c'est le vice-président Dick Cheney et sa garde rapprochée, opposés au dialogue avec les ennemis du pays, qui sont marginalisés.
Bush fils n'a jamais véritablement été son propre maître en matière de politique étrangère. Jusqu'à l'automne dernier, il s'inspirait avant tout de Cheney et de Donald Rumsfeld, alors secrétaire à la Défense, et... de Dieu! Après le déclenchement de la guerre en Irak, il avait révélé que c'est à l'Être suprême qu'il préférait demander conseil.
Même les plus féroces détracteurs de la famille Bush jugeront rassurant de voir que l'actuel président suit dorénavant les conseils de son père.
Sources Cyberpresse
Posté par Adriana Evangelizt