Bouclier antimissile : la Russie renâcle
Bouclier antimissile :
les propositions de l'américain Gates mal accueillies en Russie
La Russie a fraîchement accueilli l'offensive de charme du secrétaire américain à la Défense Robert Gates, en visite lundi à Moscou pour tenter de venir à bout de son opposition farouche à l'installation d'un bouclier antimissile en Europe centrale.
Dès la première rencontre, avec le ministre de la Défense russe Anatoli Serdioukov, les propositions renouvelées de coopération de Washington avec la Russie dans la défense antimissile ont été reçues sèchement ."Nous estimons que le système de défense antimissile stratégique est un grave facteur déstabilisateur, pouvant exercer une influence considérable sur la sécurité régionale et mondiale", a déclaré le ministre russe au cours d'une conférence de presse commune.
M. Gates devait encore rencontrer le président Vladimir Poutine et le Premier vice-Premier ministre Sergueï Ivanov.
"Dans mes discussions avec les dirigeants russes, je rappellerai que les Etats-Unis souhaitent explorer des domaines de coopération avec la Russie à travers tout l'éventail d'activités de défense antimissile", a-t-il déclaré au cours de la conférence de presse.
Le Pentagone prévoit d'installer en Pologne une dizaine de missiles d'interception et un radar en République tchèque. Ces deux pays proches du territoire russe étaient à l'époque de la Guerre froide, il y a à peine vingt ans, sous l'influence de Moscou et lui servaient de glacis.
La Russie affirme que ces projets risquent de susciter des tensions et une course aux armements.
L'affaire a également divisé les alliés de Washington, l'Allemagne appelant les Etats-Unis à apaiser les inquiétudes russes tandis que la Pologne et la République tchèque estiment que Moscou n'a aucun droit de regard sur la question.
Washington a préparé avant la visite de M. Gates un ensemble de propositions destinées à calmer les réticences russes, ont expliqué des responsables accompagnant M. Gates.
"Cela comprend notamment le partage de données de détecteurs pour une première alerte, des projets communs de recherche et développement, des tests de divers composants et systèmes", a déclaré un haut responsable américain aux journalistes présents dans l'avion de M. Gates.
Les Etats-Unis affirment que les systèmes actuels de défense doivent être étendus pour être capables de contrer des attaques potentielles en provenance "d'Etats voyous" tels que l'Iran et la Corée du Nord et que leur projet de bouclier n'est pas dirigé contre la Russie.
Sergueï Ivanov avait rejeté jeudi dernier l'idée d'une coopération avec les Etats-Unis, deux jours après que Washington eut affirmé avoir fait des propositions en ce sens.
"Je ne vois à vrai dire pas de fondement à des discussions sur la possibilité d'une coopération dans la défense antimissile", avait déclaré M. Ivanov à des journalistes. "Nous ne comprenons pas pourquoi ce système doit être déployé en Europe de l'est, en Pologne et en République tchèque", avait-il martelé.
Ce que Moscou souhaite réellement, c'est commencer des négociations sur de nouveaux accords limitant la quantité d'armes nucléaires, dont un renouvellement du traité START 1 entré en vigueur en 1994 et dont la durée est de 15 ans, a commenté lundi le quotidien russe Vedomosti.
"Des négociations sur ce sujet sont nécessaires à la Russie en raison du retard croissant de son arsenal stratégique par rapport à celui des Etats-Unis et parce qu'il s'agit de la seule question internationale où Moscou peut apparaître comme un partenaire discutant d'égal à égal avec les Etats-Unis", écrit Vedomosti en citant l'analyste russe Mikhaïl Barabanov, du Centre d'analyse des stratégies et des technologies.
M. Gates doit se rendre mardi à Varsovie pour discuter de la question avec les dirigeants polonais, puis à Berlin.
Sources : Tribune de Genève
Posté par Adriana Evangelizt