Tarik Aziz : « Les Etats-Unis vont se retirer et l’Irak redeviendra uni ! »

Publié le par Adriana Evangelizt

« Les Etats-Unis vont se retirer et l’Irak redeviendra uni ! »

déclare le Vice-premier ministre emprisonné

par Lokman Iskender (Al Arab Al Youm et Chabaket Al Basrah - 1/4/07)


Dans un entretien donné au journal Al Arab Al Youm de sa prison de Camp Cropper, par l’intermédiaire de son avocat Jordanien Issem Al Ghazaoui, l’ancien Vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères irakien, Tarik Aziz a déclaré que les Etats-Unis allaient se retirer et que les Irakiens redeviendront unis comme ils le furent auparavant. Il a vu la pendaison télévisée du Président Saddam Hussein et cela a été, di-il, le moment le plus difficile de sa vie. Il a révélé, d’autre part, avoir commencé la rédaction de ses mémoires et que s’il est libéré, il séjournerait quelque temps en Jordanie avant de partir en Italie.

L’avocat jordanien raconte (…) qu’à peine entré dans la salle et s’être assis, Tarek Aziz s’est mis à parler de Saddam Hussein, dont il a dit fièrement
« qu’il était son commandant, qu’il avait eu l’honneur de travailler à ses côtés ». (…)

L’avocat raconte qu’après avoir prié pour la paix de l’âme du défunt Saddam, Aziz a demandé comment « les gens avaient réagi à son propre témoignage devant le tribunal ». L’avocat lui a répondu « que tout le monde était unanime à reconnaître votre courage et votre audace, et que personne n’attendait moins de quelqu’un comme vous ». Il en a été très heureux !

Aziz nous a confié : « nous avons milité pour les peuples arabes et nous avons fait ce que nous avions pu ». Il a aussi exprimé l’espoir que les gens se rendent comptes des conspirations auxquelles l’Irak avait dû faire face, de la guerre avec l’Iran, à l’affaire du Koweït et à l’occupation actuelle du pays. Ce sont des affaires compliquées, ajouta-t-il, les gens ont besoin de le savoir pour comprendre que ce qui est arrivé était honorable, qu’il nous a été imposé et que nous avions fait notre devoir, indépendamment des résultats ». (…)

Lokman Iskender : Vous êtes appelé à témoigner dans l’affaire d’Al Anfal. Quel est votre rapport à cette affaire ?


Tarek Aziz : En tant que ministre des Affaires étrangères, je n’avais rien à voir avec les actions militaires ou toute affaire intérieure.

L.I : Vous êtes en prison depuis 4 ans. Est-ce que vous vous attendiez à cela ?


T.A : Non, mais pour ma famille j’accepte tout, même d’y rester 15 ans.

L.I : Avez-vous regretté de vous être livré aux Américains en échange du départ de votre famille ?

 
Tarek Aziz
: nullement !

L.I : Mais ils vous ont détenu 4 ans sans la moindre inculpation.


T.A : Le départ de ma famille était prioritaire pour moi. D’autre part, mes chances de pouvoir me cacher en Irak étaient très faibles. Je suis très connu en ma qualité de diplomate et j’avais dans l’idée qu’il valait mieux me rendre aux Américains que d’être arrêté par les Irakiens. Ceci me donne l’occasion en tout cas d’écrire l’histoire véritable de l’homme Saddam, de l’Irak et de ses relations étrangères depuis les années quatre-vingt dix jusqu’à nos jours

 
L.I : On a annoncé le 15/3/7 que l’Irak allait étudier sérieusement l’abolition de la peine de mort.
T.A (En riant): Oui , maintenant qu’ils ont fait ce qu’ils voulaient, ils peuvent abolir la peine de mort !

L.I : Avez-vous commencé la rédaction de vos mémoires ?


T.A : Oui.

L.I : Est-ce qu’il y aurait des détails à nous fournir à ce sujet ?

Oui.


T.A : Plus tard ! Plus tard !

L.I : Quel est le moment le plus difficile que vous ayez passé en détention ?


T.A : Quand j’ai vu à la télévision l’exécution du Président !

L.I : D’autres moments aussi difficiles ?


T.A : Oui, lors de mon témoignage au procès. Le Président du tribunal était très agressif ce qui m’avait beaucoup dérangé. Je lui ai rappelé que j’étais en prison et demandé ce qu’il pouvait faire de plus, que de me mettre dans deux prisons !

L.I : Quelle est la première personnalité que vous verrez à votre sortie de prison ?


T.A : Le roi Abdullah II, puis le Président yéménite et l’Emir du Qatar

L.I : Quel est le chef d’Etat, arabe ou d’un autre pays, dont l’attitude vous semble bonne vis-à-vis de l’Irak ?


T.A : Son Altesse le Roi Abdullah II. Son attitude vis-à-vis des Irakiens est excellente. C’est lui qui a pris en charge ma famille, enfants et petits enfants et traite très bien les Irakiens en Jordanie.
L’attitude du Président yéménite Ali Abdallah Salah est aussi très honorable à ce niveau puisqu’il a reçu beaucoup d’irakiens et a donné des opportunités de travail à plus de 3000 professeurs qui risquaient d’être liquidés s’ils étaient demeurés en Irak.
D’autre part, sont au Yémen de nombreuses familles de la direction irakienne et j’ai appris récemment que ma femme y est aussi.
(…) la position espagnole favorable aux Américains était plutôt très curieuse, compte tenu des bonnes relations historiques entre l’Irak et l’Espagne. Aznar a entraîné son pays dans la guerre en Irak mais le peuple espagnol s’est réveillé, a fait partir le gouvernement et a retiré les troupes espagnoles.

L.I : Vous paraissez en mauvaise santé ? (Il était secoué par de fortes quintes de toux)


T.A : Les Américains ne m’assurent pas de bons soins et les médicaments qu’ils me donnent sont de simples tranquillisants. J’ai attendu deux ans pour avoir un dentier.

L.I : A votre avis quels sont les véritables ennemis de l’Irak ?


T.A : L’administration américaine et le gouvernement britannique et non pas leurs peuples, l’Iran et certains arabes qui ont participé d’une manière directe à introduire les Américains en Irak et les ont aidés.
Dans la France d’aujourd’hui, la classe politique est très jeune et je ne la connais pas. En revanche, je connais Chirac qui m’a très bien reçu lors de ma dernière visite et a même transgressé le protocole en m’accompagnant jusqu’au perron de l’Elysée. J’ai aussi été reçu par le Premier ministre Jospin qui m’a accompagné jusqu’au perron de Matignon, transgressant lui aussi le protocole. Tout cela témoigne de leur amitié et de leur respect pour l’Irak. La position de la Russie est bonne aussi et l’actuel ministre des Affaires étrangères ainsi que le représentant aux Nations Unies, Serge Laffrof, sont excellents.

L.I : Avez-vous des relations avec le Président américain Georges Bush ?


T.A : J’avais des relations avec Bush père et non le fils. En 1984, j’avais fait une visite à la Maison Blanche et nous nous sommes rencontrés à plusieurs reprises dont une fois lors des obsèques du Président yougoslave Tito.

L.I: Avec qui discutez-vous et passez-vous le temps maintenant que vos compagnons de prison ont été exécutés


T. A : Je reste avec mes camarades Akla Al Kebissi, Latif Ab Mahal, un général ancien gouverneur, le professeur Jamel, époux de Hella Saddam Hussein. Il m’a confié une sacoche contenant deux exemplaires du Coran, une Bible et d’autres livres politiques et de philosophie, n’ayant plus de place dans sa cellule et possédant quelques uns d’entre eux en double même plus.

L.I : Quel est l’avenir de l’Irak après tout ce qui s’est passé ?


T.A : Je suis convaincu que la coalition va se défaire, que les Américains vont se retirer et que le peuple irakien est un peuple vivant qui refuse l’injustice et enfin que l’Irak redeviendra uni. Le peuple irakien est un peuple scolarisé et éduqué et tout se remettra sur la bonne voie.

L.I : Quel est le rôle actuel du Vatican dans l’affaire irakienne ?


T.A : Je ne connais pas le nouveau Pape et ma dernière visite au Vatican était en tant que ministre des Affaires étrangères de l’Irak. J’avais de bonnes relations, officielles et personnelles avec l’ancien Pape mais actuellement je ne connais pas la nouvelle politique du Vatican.

L.I : Où irez-vous vivre si vous sortez de prison ?
T.A :
Je séjournerai quelque temps avec ma famille en Jordanie puis je partirai en Italie !

Traduction de l’arabe : Ahmed Manai - http://www.tunisitri.net  (revu : AFI) - Photo : Tarek Aziz au procès du Président Saddam Hussein. Les médias occidentaux n’ont pas bien rendu compte de son témoignage.   

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Tarek Aziz : l’homme qui en sait trop…

Badie Aref, avocat de Tarek Aziz, ne croit pas que son client sera jugé : « Il en sait trop, a trop de charisme et parle bien », dit-il. Il ajoute : « Lors du procès de Saddam Hussein, sa déclaration a mis le juge dans l’embarras. Il l’a menacé de l’expulser du tribunal. Par conséquent je pense qu’ils le laisseront mourir en prison ou qu’ils trouveront un moyen de le tuer ». (Interview, Damas le 12 avril 2007)


http://dahrjamailiraq.com/weblog/archives/interviews/000569.php

Envoyé par Gilles Munier

Posté par Adriana Evangelizt

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Publié dans IRAK

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