Poutine jette un froid

Publié le par Adriana Evangelizt

Poutine jette un froid


Par Katell PRIGENT

Ce n'est pas encore le retour de la guerre froide mais cela y ressemble de plus en plus. Pour sa dernière allocution solennelle, Vladimir Poutine a accusé les Occidentaux d'ingérence et a annoncé un moratoire sur le Traité des forces conventionnelles en Europe. Premiers visés: les Etats-Unis.

Pour sa dernière allocution solennelle en tant que président de la Russie, Vladimir Poutine n'a pas mâché ses mots. Il s'en est d'abord pris aux "Occidentaux". Ils "utilisent des slogans sur la démocratisation, mais le but est le même: l'acquisition de manière unilatérale d'avantages destinés à assurer leurs intérêts propres " a-t-il lancé. Vladimir Poutine n'a pas cité de noms de pays, mais le ministère russe des Affaires étrangères s'était plaint abondamment ce mois-ci du financement américain d'organisations de défense de la démocratie en Russie.

Dans un pays où le président a réussi à museler la presse audiovisuelle et à mettre au pas le Parlement, Vladimir Poutine semble maintenant craindre la pression de la rue. A la mi-avril, des manifestations organisées par l'opposition - dont le mouvement L'Autre Russie, dirigé par Garry Kasparov, ancien champion du monde d'échecs- ont été violemment réprimées par la police. Des centaines de manifestants ont été arrêtés. Depuis le mois d'avril, une loi place les organisations non gouvernementales sous le contrôle des autorités. Plusieurs d'entre elles se sont plaintes de la difficulté d'obtenir de l'aide étrangère depuis la promulgation de cette loi. Elles soupçonnent le Kremlin de vouloir éliminer les ONG jugées hostiles au pouvoir.

La France a réagi à demi-mots au discours de Vladimir Poutine. "Sans qu'il s'agisse d'une ingérence, le dialogue entre les sociétés civiles peut utilement contribuer à la consolidation de la démocratie russe", a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Jean-Baptiste Mattéi.

Le retour de la Guerre froide ?

Vladimir Poutine a surtout jeté un froid en annonçant un gel du Traité sur les Forces conventionnelles en Europe (CFE). Le dirigeant russe a déclaré un moratoire sur ce traité conclu en 1990 entre les 22 membres de l'Otan de l'époque et les pays du Pacte de Varsovie après la chute du Mur de Berlin pour parvenir à un désarmement réciproque vérifié dans le domaine conventionnel. Moscou est irrité du refus des Occidentaux de ratifier la nouvelle version de ce traité tant que la Russie maintiendra des bases russes en Géorgie et en Moldavie, ce qui est selon eux contraire aux arrangements conclus entre les deux parties. En fin politique, Vladimir Poutine a lancé ce pavé dans la mare au moment où se réunissent à Oslo les pays de l'Otan.

Le maître du Kremlin n'a pas caché que sa décision était surtout due au projet américain de bouclier antimissiles qui prévoit l'installation d'ici 2012 de dix missiles d'interception en Pologne et d'un radar en République tchèque. Ce bouclier est destiné, selon les Etats-Unis- à les protéger contre une éventuelle attaque de l'Iran ou de la Corée du Nord.

Contrant les arguments de Poutine, le secrétaire général de l'Otan, Jaap de Hoop Scheffer a déclaré que les pays de l'Otan entendaient ratifier la version adaptée du Traité dès que la Russie aura souscrit à ses engagements. L'Otan a appelé par le passé la Russie à retirer ses dernières troupes de Géorgie et de Moldavie. La secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice s'est montrée perplexe en commettant un lapsus peut-être révélateur du climat lorsqu'elle a évoqué l'Union soviétique au lieu de la Russie. "L'idée que dix intercepteurs et quelques radars en Europe orientale risquent de menacer la dissuasion stratégique soviétique est purement et simplement absurde, comme chacun le sait", a-t-elle déclaré. "Les Russes disposent de milliers d'ogives. L'idée que l'on puisse d'une façon ou d'une autre donner un coup d'arrêt à la dissuasion nucléaire stratégique russe avec une poignée d'intercepteurs n'a aucun sens", a ajouté la secrétaire d'Etat américaine.

Mais Rice ne devra pas convaincre que les Russes, qui ont refusé toutes les offres américaines de participation au projet ou d'inspection des sites prévus en Europe de l'Est. Tous les Européens ne sont pas aussi enthousiastes que la Pologne ou la République tchèque à propos du bouclier américain. Le ministre norvégien des affaires étrangères, Jonas Gahr Stoere, n'a pas hésité à faire part de son scepticisme lors de sa rencontre avec la secrétaire d'Etat américaine. Les alliés n'étalent toutefois pas leurs divisions afin de ne pas offrir à Moscou l'occasion de les exploiter.

Testament politique

Enfin, le président russe a de nouveau fermement assuré qu'il ne briguerait pas un troisième mandat. Il n'a toutefois pas donné d'indication sur son candidat favori pour sa succession. Le second et dernier mandat du président russe, conformément à la Constitution, s'achève en 2008 et de nombreux observateurs s'accordent pour dire que Poutine pourrait essayer d'amender la Constitution pour se maintenir au pouvoir.

Le mois dernier, le président de la Chambre haute du Parlement avait poussé en faveur d'un tel amendement. Alors qu'il rejette cette idée depuis des mois, lors de son discours, Poutine a été on ne peut plus clair: "le prochain discours sur l'état de nation sera prononcé par un autre chef de l'Etat". Il a ensuite noté que nombre de Russes s'attendaient à ce que ce discours fournisse à Poutine l'occasion de désigner ouvertement son successeur. Au lieu de cela, il a esquissé un sourire avant de souligner qu'il "était prématuré pour lui de faire son testament politique".

Sources le JDD

Posté par Adriana Evangelizt

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Publié dans Poutine Bush

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