LES COUPES DANS LE SOCIAL DE BUSH
Quand George W. Bush programme l’austérité
Pour financer le militaire et réduire un déficit budgétaire abyssal, le président propose des coupes drastiques dans les dépenses sociales.
Bush frappe fort : santé, logement, environnement, éducation, transports, agriculture., subissent des coupes « sans concessions » dans le projet de budget qu’il vient de présenter. Censées réduire le déficit, elles vont l’accentuer tout en frappant les plus fragiles. Elles provoquent déjà les plus grands doutes dans les rangs démocrates comme chez les républicains sur l’objectif affirmé de relancer l’économie, et les plus vives protestations des syndicats.
Santé. Le Medicaid, qui indemnise les dépenses des plus démunis et des handicapés (50 millions d’Américains), est privé de crédits qui allaient à la prévention, aux soins, aux hôpitaux publics qui en tiraient 40 % de leur budget. Des services de santé d’urgence pour les enfants seront supprimés. Des centres ruraux fermés. Formation et prévention réduites. En tout 28 programmes d’aides passeront à la trappe. En décembre, les gouverneurs des deux partis s’étaient élevés contre ces mesures. Le républicain Mike Huckabee déclarait qu’elles étaient « inacceptables » et refusait d’éteindre « le feu » qui brûle déjà un quart de la population de son Arkansas. Les États consacrent aujourd’hui 22 % de leurs dépenses aux soins des plus pauvres contre 10 % en 1987. Les faillites personnelles pour cause de dettes médicales, inconnues en 1981, sont devenues la seconde cause de ce drame. Pauvreté. Les coupes vont avoir pour conséquence la réduction de la distribution des bons de repas. Deux cents à trois cent mille familles en seraient privées alors que la pauvreté s’étend ; l’assistance aux enfants est également la cible de ces mauvais coups. Quant aux chômeurs, ils verraient leur formation transformée en peau de chagrin, et les sommes prévues pour ceux dont les emplois sont transférés à l’étranger sont abolies.
Éducation. Pour la première fois l’éducation nationale est amputée de quarante-huit programmes. Les subventions seront proportionnelles aux tests de réussite, qui deviendront plus sévères dans le système public. La lutte contre la drogue perdra des moyens. Encore une fois les plus démunis seront les victimes de ces choix qui vont réduire à néant l’une des grandes promesses de Bush : ne pas laisser un enfant en arrière (« No children left behind »).
Logement. Les crédits du ministère du Logement et de l’Urbanisme jugés inefficaces - rongés qu’ils sont par la spéculation immobilière - sont purement supprimés, alors qu’ils étaient indispensables aux villes et aux États pour maintenir les projets de logements sociaux pour les jeunes à faibles ressources, par exemple, pour les sans-abri, ou encore pour revitaliser les sites industriels laissés en friche. Le ministère du Travail, et celui du Commerce seront chargés de trouver des solutions de rechange hypothétiques.
Transports. Les sommes nécessaires pour garantir l’avenir, la rénovation du réseau ferroviaire qui traversent les États-Unis, l’Amtrack, sont supprimées et il est conseillé à l’Amtrack de se mettre sous la protection de la loi sur les faillites.
Environnement. Les crédits sont en baisse de 5,6 % dans un pays qui est le champion du monde toutes catégories de la pollution. Une décision dans la logique du refus de signer l’accord de Kyoto.
Agriculture. Les subventions sont en chute de 9 %. Elles vont frapper les fermes de la vallée du Mississipi.10 % des fermiers (les plus grandes exploitations) recevaient 60 % des crédits.
Impôts. Les réductions qui profitent au plus fortunés sont pérennisées. Une association veillant sur la redistribution de la richesse (Responsable Wealth) a calculé que 257 000 millionnaires vont recevoir une moyenne de 123 592 dollars de cadeaux fiscaux. Les prévisions de Bush pour les dix prochaines années diminueraient de quelques centaines de milliards les « charges » des plus riches Américains.
Au total, on constate combien l’affirmation de Bush de réduire à zéro en neuf ans le déficit budgétaire qu’il a mené à un record (427 milliards de dollars cette année) est un coup de bluff de la taille du mensonge des armes de destruction massive. Le président n’a pas inscrit dans les comptes le coût de la guerre en Irak et en Afghanistan. Une paille. Il demande cette année une rallonge de 80 milliards pour le Pentagone et Condoleezza Rice vient de confirmer que l’occupation allait se poursuivre.
Autre dissimulation, l’ardoise de la privatisation des retraites qui prévoit que les salariés versent sur des comptes privés une partie des cotisations qui allaient au budget public dont le trou, qui devra être comblé par l’État, serait de 10 000 milliards de dollars en vingt ans (selon les calculs des syndicats AFL-CIO). Cette privatisation mise au point avec l’Association des assurances (Security Industry Association), qui regroupe des banques, des assurances, des courtiers, doit permettre à ceux-ci d’empocher 940 milliards en soixante-quinze ans, selon Anstan Golsbee, économiste de l’université de Chicago.
Même à Wall Street, des firmes spécialisées dans le courtage, comme Merryl Lynch, affiche le plus grand doute sur un budget qui, en réalité, va aggraver le déficit et accentuer la dépendance des États-Unis envers les capitaux étrangers au-delà de limites où il faudrait relever le taux des emprunts pour continuer à les attirer et ainsi relancer l’inflation, en freinant la croissance. Le président de l’AFL-CIO, John Sweeney, voit dans ces orientations budgétaires « un assaut contre les priorités fondamentales des familles de travailleurs. C’est un autre pas déstabilisant vers l’objectif de créer l’illusion que "vous êtes dans votre société de propriétaires" (citation de Bush) ». Il demande au Congrès de rejeter ce budget irresponsable, immoral.
Tous les représentants et un tiers des sénateurs doivent être renouvelés l’année prochaine, ce qui pourrait peser sur la suite du débat budgétaire. Républicains et démocrates craignent en effet les réactions des électeurs et ils ont commencé à demander des aménagements, en espérant que le président n’emploiera pas son veto pour forcer l’adoption de son projet dans une partie de poker menteur où les auteurs du déficit le brandissent comme un épouvantail afin d’obtenir la résignation de la population.
Jacques Coubard
Sources : L'HUMAN ITE
Posté par Adriana Evangelizt