Washington en quête de soutiens
La tournée du vice-président américain dans les pays arabes alliés des Etats-Unis était dominée par la situation dans ce pays et le rôle exercé par l’Iran dans la région.
Washington en quête de soutiens
par Rania Adel
C’était une visite axée sur les moyens d’aider à la stabilisation de l’Iraq et de faire face à l’influence de l’Iran dans la région. Tel était l’objectif de la tournée du vice-président américain Dick Cheney, une tournée qui l’a rendu en Iraq, aux Emirats, en Arabie saoudite, en Egypte et en Jordanie. Bilan de la visite : la disposition américaine d’avoir un dialogue avec l’Iran, mais un dialogue exclusivement centré sur l’Iraq. Une reconnaissance implicite de l’incapacité américaine de réduire la violence sur le terrain sans l’aide de l’Iran. A l’issue de l’entretien du responsable américain avec le président égyptien Hosni Moubarak, le porte-parole de M. Cheney, Lea Anne McBride a confirmé que les Etats-Unis étaient prêts à parler de l’Iraq avec l’Iran. Elle a fait part de la « volonté (américaine) d’avoir cette discussion limitée aux questions de l’Iraq, au niveau des ambassadeurs. Vous avez entendu que nous sommes prêts à avoir cette conversation », a-t-elle dit aux journalistes qui accompagnent M. Cheney, précisant que ces entretiens seraient en conformité avec les offres précédentes des Etats-Unis. Selon le porte-parole du Conseil à la sécurité nationale de la présidence américaine, Gordon Johndroe, l’ambassadeur des Etats-Unis à Bagdad, Ryan Crocker, pourrait se réunir avec des diplomates iraniens dans les prochaines semaines. « Toute rencontre réunissant des responsables américains et iraniens sera axée sur la nécessité pour l’Iran de jouer un rôle positif en Iraq », a dit M. Johndroe dans un courrier électronique à l’AFP. De telles discussions visent à « exhorter l’Iran à jouer un rôle utile, non pas à entraîner des milices et à fournir des armes à utiliser en Iraq », a-t-il dit. Des officiels américains avaient lancé des appels à une discussion sur ce sujet dès l’an dernier, mais la République islamique a toujours insisté sur le fait que le retrait des forces américaines était la première condition à un rétablissement de la sécurité en Iraq. Une condition qui n’est plus puisque le porte-parole de la diplomatie iranienne, Mohammad Ali Hosseini, a affirmé de son côté dimanche que son pays était d’accord pour parler de l’Iraq avec les Américains en les rencontrant en Iraq.
Le contrepoids sunnite
En effet, le règlement de la crise iraqienne semble être impossible sans un dialogue avec l’Iran. Celui-ci est soupçonné d’alimenter les violences confessionnelles entre sunnites et chiites en aidant ces derniers, ce qui pousse les Etats-Unis à chercher un contrepoids sunnite, à savoir l’Arabie saoudite. Raison pour laquelle M. Cheney a rencontré le roi Abdallah pour solliciter l’aide de ce puissant pays du Golfe pour la pacification de l’Iraq.
Le vice-président américain entendait mettre à profit ses liens avec l’Arabie saoudite, noués lors de la guerre du Golfe en 1991 et des accords pétroliers, pour apaiser les relations entre les deux pays, mises à mal par la crise iraqienne. Il travaillait samedi à surmonter le scepticisme des Saoudiens quant à la stratégie militaire américaine pour la sécurisation de Bagdad et aux capacités du premier ministre iraqien Nouri Al-Maliki. Le souverain wahhabite ne cache pas qu’il juge Al-Maliki faible et trop proche des partis chiites pro-iraniens et a refusé de le rencontrer lors de sa tournée dans la région à la fin du mois dernier.
Bien plus, fin mars et dans une rare attaque publique contre son allié américain, le roi Abdallah a dénoncé « l’occupation étrangère illégitime » de l’Iraq et accusé « des forces étrangères à la région » de vouloir tracer l’avenir du Moyen-Orient, lors du sommet arabe à Riyad. « La visite du vice-président américain intervient au moment où les relations saoudo-américaines commencent à connaître une certaine tension. L’Arabie saoudite ne cache plus son inquiétude quant à l’inefficacité de la stratégie américaine et la crainte d’une dégénération en guerre civile. Cette visite a été précédée par celle de la secrétaire d’Etat américain qui n’a mené à rien. Cheney est donc venu assainir les climats entre l’Administration américaine et les pays arabes modérés », confirme un politologue.
Certes, les Etats-Unis ont besoin de l’aide de leurs alliés pour instaurer la sécurité en Iraq, mais aussi pour contrer l’influence grandissante de Téhéran. Ils cherchent à isoler l’Iran et à brider les ambitions nucléaires de ce pays accusé par Washington de vouloir développer l’arme atomique sous couvert d’un programme civil.
« Nous allons nous mettre aux côtés d’autres (pays) pour empêcher l’Iran d’avoir des armes nucléaires et de dominer cette région », a ainsi déclaré vendredi M. Cheney devant des milliers de marins à bord d’un porte-avions qui croise dans le Golfe.
L’Iran a une nouvelle fois été appelé à geler ses activités d’enrichissement d’uranium, au dernier jour d’une réunion internationale de deux semaines visant à améliorer l’efficacité du Traité de Non-Prolifération nucléaire (TNP), dont Téhéran est signataire.
Téhéran est engagé dans un bras de fer avec l’Occident sur son programme nucléaire depuis des mois. Déjà sous le coup de deux séries de sanctions du Conseil de sécurité de l’Onu à cause de son refus de suspendre l’enrichissement de son uranium, l’Iran risquerait de nouvelles sanctions s’il n’obtempérerait pas d’ici le 23 mai. Cheney est-il venu pour avoir un appui arabe à une éventuelle frappe contre l’Iran ? Pas du tout. Les Américains pris dans le bourbier iraqien ne peuvent pas s’enliser davantage dans un autre conflit. « Tant que les forces américaines se trouvent en Iraq, les Etats-Unis ne peuvent pas envisager une frappe contre l’Iran. Une éventuelle frappe ne sera possible qu’une fois que les forces américaines se seront retirées. Néanmoins, on regrette que les Arabes n’ont pas évoqué de calendrier de retrait bien qu’il soit la solution », a souligné le politologue Mohamad Sayed Saïd du Centre d’Etudes Politiques et stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram.
Sources El Ahram
Posté par Adriana Evangelizt