Qui est responsable de l’impuissance de l’Europe ?

Publié le par Adriana Evangelizt

Qui est responsable de l’impuissance de l’Europe ?

Par Ekaterina Kouznetsova

du Centre d’étude de la société

Le 18 mai, la Russie accueillera le sommet Russie-UE dans la région de Samara. Les principales nouvelles à la veille de ce forum sont attendues de la Pologne qui n’a toujours pas levé son veto sur le lancement des négociations UE-Russie concernant un nouvel Accord de coopération et de partenariat.


Qui plus est, la Lituanie a déclaré, très "opportunément", qu’elle userait éventuellement de son droit de veto, car, depuis juin 2006, la Russie ne fournit pas de pétrole à l’unique raffinerie des pays baltes. A la veille de la rencontre, le parlement européen a adopté une résolution invitant à considérer les droits de l’homme comme "le principe fondamental des rapports russo-européens". Selon les données de la presse russe, le comportement de l’Estonie sera examiné au sommet à la lumière du récent déplacement du monument aux soldats soviétiques. Quant à la Russie, elle sera présentée comme un "coupable" qui refuse de se repentir.

Les rapports actuels Russie-UE se ramènent à deux points essentiels : premièrement, dans le dialogue avec la Russie, le ton est donné par les pays d’Europe de l’Est, dont la plupart, pour reprendre l’expression de Sergueï Iastrjembski, assistant du président russe, sont atteints du "virus" de la russophobie ; deuxièmement, en l’absence de politique étrangère unique à l’égard de la Russie, Bruxelles, Strasbourg et les capitales nationales en profitent pour donner des leçons de morale et sermonner le voisin de l’Est au lieu d’engager le dialogue concret.

Les rapports entre la Russie et les Etats de l’UE ont été souvent assombris par des litiges, mais lors des sommets aucun des grands pays de l’UE n’a jamais érigé les problèmes mineurs en objet de vastes débats, quoique l’interdiction frappant l’importation en Russie de fleurs en provenance des Pays-Bas "pour des raisons phytosanitaires", ou encore la mort énigmatique d’Alexandre Litvinenko, à l’automne dernier à Londres, aient pu figurer parmi les thèmes principaux.


En Europe de l’Est, la situation est tout à fait différente : n’ayant pas les possibilités diplomatiques des Européens de l’Ouest, la Pologne ou les pays baltes ne souhaitent pas parvenir à un compromis avec la Russie. Bien plus, ils ont tendance à l’offenser, en exploitant l’unique élément incontestable de l’identité nationale : la victoire sur le fascisme. Pourquoi Bruxelles a-t-il gardé le silence, lorsque la Pologne a fermé l’exposition russe à Oswiecim (Auschwitz) ? Pourquoi l’Estonie a-t-elle décidé de déplacer le Soldat de bronze juste à la veille du 62e anniversaire de la Victoire, et pas plus tard, lorsque les passions se seraient apaisées et les cérémonies commémoratives achevées ?

Cependant, la Commission européenne et les ministres passent sous silence, au cours de leurs réunions, les arguments effectivement sérieux pour reporter le lancement des négociations : les droits politiques des citoyens, les difficultés de l’opposition, le refus de la Russie de réformer le système pénitentiaire. Ces "inquiétudes" sont exprimées par les membres du parlement européen en mélangeant les problèmes de la défense antimissile et des droits de l’homme, du Soldat de bronze et des prisons tchétchènes, de la viande polonaise et du vin géorgien.

La conclusion s’impose : l’Europe unie ne sait pas et ne veut pas assumer la responsabilité de la création d’un nouveau modèle de rapports avec la Russie.
En fin de compte, l’"ordre du jour" européen est terne pour la Russie. Parmi les sujets à aborder, il comporte les obstacles à la conclusion d’un nouvel Accord de coopération et de partenariat (problèmes posés par les agrariens polonais et les "pétroliers" lituaniens) ; la sécurité énergétique ; l’adhésion de la Russie à l’OMC ; la ratification du traité sur la simplification du régime des visas. Parmi les problèmes internationaux, les Européens ont l’intention d’examiner ceux du Kosovo, de l’Iran, du Proche-Orient, ainsi que les perspectives des conflits gelés en Transnistrie et dans le Caucase.

Mais les positions des parties sont inconciliables sur la plupart de ces problèmes. On ne comprend pas, par exemple, pourquoi il faut discuter de l’adhésion de la Russie à l’OMC, si l’UE a déjà signé le protocole d’accord d’adhésion de la Russie à cette organisation ? Faut-il en déduire que les Européens ont l’intention de révoquer leur signature sous la pression de "forces inconnues" ? La discussion sur la sécurité énergétique sera probablement stérile : on dira que la Russie bâtit le capitalisme d’Etat en empruntant la voie des nationalisations et de la monopolisation du secteur des matières premières, qu’elle n’a nullement l’intention d’autoriser l’accès des étrangers aux gisements ou aux pipelines. Cet état de choses pourrait être révisé si les Européens manifestaient la volonté, en échange de ces concessions, d’ouvrir leur marché énergétique aux compagnies russes. Cependant, les Européens ont maintes fois laissé entendre qu’ils n’avaient pas l’intention de laisser les Russes "sauvages" débarquer sur le marché du commerce de détail.

Les débats sur les "problèmes" n’ayant pas de solution rapide détournent les parties des problèmes vraiment importants.


L’Europe rêve d’inclure les pipelines et les gazoducs russes dans le système de conduites paneuropéen fonctionnant en régime de libre accès. Seulement, les Européens n’ont jamais manifesté leur volonté de poser la question de l’adhésion de la Russie au réseau de transport Transeuropéen, surtout aux projets ayant pour objectif d’accroître le trafic passagers et stimulant la mobilité de la population, qui est en Russie, cinq fois inférieure à celle des pays occidentaux. Or, parmi les nombreux axes de la coopération, l’union de la Russie et de l’Europe au sein d’un espace unique de transports aux voies de communications intégrées est le terrain le plus naturel pour le rapprochement et la coopération mutuellement avantageuse. La Russie accepterait avec enthousiasme les propositions de coopération transfrontalière, y compris l’échange d’expérience, la coopération dans la lutte contre le trafic de drogue et la traite des êtres humains, la formation des policiers et des gardes-frontières russes aux règles de rapatriement dans le respect de la dignité humaine, le rééquipement aux normes européennes des postes de contrôle frontalier (surtout, si les Européens promettaient, en échange, de simplifier ou d’annuler le régime des visas).

En examinant les problèmes sempiternels et les "destinées du monde", on peut oublier que le calme sur le continent est précaire. Les sources officielles passent sous silence le problème de la défense antimissile. Cependant, les Européens ne parviennent pas à mettre de l’ordre chez eux dans ce domaine, en permettant aux Américains de transformer l’Europe de l’Est en instrument d’intimidation de la Russie. Vladimir Poutine a déjà réagi en proposant un moratoire sur l’application du Traité sur les forces conventionnelles en Europe, et ce signal a été envoyé aux Européens. Il se peut que le Vieux Monde considère sa réaction comme exagérée, mais que faut-il attendre d’un pays à qui l’Europe avait promis dès 1999 de l’intégrer dans l’espace économique et social européen unique et avec qui elle avait l’intention d’édifier un système de sécurité commun ?


Le prochain sommet suggère des pensées plutôt tristes. L’ordre du jour du sommet est établi par les Etats d’Europe de l’Est qui se vengent du passé et bloquent le dialogue entre les grands partenaires régionaux. Au lieu d’entamer des consultations - même informelles - sur de nouvelles formes de coopération avec la Russie, que ce soient un traité privilégié de partenariat, d’association ou sur le marché commun, les bureaucrates européens admettent que l’Accord de coopération et de partenariat "pourrait être prorogé". Reprochant à la Russie ses méthodes autoritaires d’administration, les fonctionnaires européens hésitent à présenter l’abandon de ces pratiques comme une condition du développement ultérieur des rapports. Il semble que Bruxelles ne contrôle pas la situation dans les rapports avec la Russie.

Sources
Armées com

Posté par Adriana Evangelizt

Publicité

Publié dans Poutine Bush

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article