Quand des soldats américains sortent de la réserve pour critiquer la guerre en Irak
Quand des soldats américains sortent de la réserve
pour critiquer la guerre en Irak
par Daphné Benoit
Des voix se sont élevées ces derniers jours au sein de l'armée américaine pour contester publiquement la gestion de la guerre en Irak, ouvrant une rare brèche dans le devoir de réserve face aux décisions des autorités politiques.
En moins d'un semaine, un général en retraite et d'anciens capitaines en Irak ont pris la parole dans les médias pour attaquer les failles stratégiques d'une guerre qui, en plus de quatre ans, a fait plus de 3.800 morts dans les rangs de l'armée américaine.
Douze ex-capitaines de l'armée de terre américaine, ayant tous servi en Irak entre 2003 et 2006, ont appelé mardi les États-Unis à quitter l'Irak immédiatement ou augmenter considérablement leur présence militaire en rétablissant la conscription.
«Pour continuer cette opération (...) il faudrait abandonner le service militaire sur la base du volontariat pour un service obligatoire. Sans cela, notre meilleure option est de quitter l'Irak immédiatement», écrivent-ils dans une tribune publiée par le Washington Post.
«Un retrait échelonné ne permettra pas d'éviter une guerre civile et sera coûteux en sang et en argent», affirment-ils, en réponse au plan de l'administration Bush de faire rentrer quelque 30 000 soldats d'ici à l'été.
Quelques jours auparavant, dans un exposé sans concession de la part d'un ancien haut responsable du Pentagone, le général de corps d'armée en retraite Ricardo Sanchez qualifiait les dirigeants politiques américains d'«incompétents» et estimait que la guerre était «un cauchemar sans fin».
M. Sanchez a quitté ses fonctions à la tête des forces américaines en Irak en 2004, après le scandale de la prison d'Abou Ghraïb.
Alors que l'armée est normalement tenue à un devoir de réserve sur la scène publique, ses prises de parole critiques sont très remarquées, en particulier à l'heure où la guerre en Irak est devenue impopulaire aux États-Unis.
«Les militaires en retraite ont le droit de s'exprimer en vertu du Premier amendement de la Constitution. Lorsqu'ils sont encore en service, ce droit est restreint par le Code de l'uniforme», explique Peter Feaver, professeur de sciences politiques à l'université de Duke en Caroline du Nord (sud-est).
Mais «la question est surtout de savoir si et quand ces interventions sont appropriées», car elles peuvent avoir «un effet corrosif sur les rapports entre l'armée et le pouvoir civil», estime-t-il, en rappelant que «l'armée a l'obligation de donner son opinion en privé, mais c'est au politique de prendre les décisions».
En 2006, la «révolte des généraux» contre l'ex-secrétaire à la défense Donald Rumsfeld est l'un des exemples les plus frappants de contestation publique d'officiers supérieurs vis-à-vis du pouvoir.
Six généraux à la retraite avaient réclamé la démission de M. Rumsfeld (depuis remplacé par Robert Gates), l'accusant d'être responsable des erreurs commises en Irak et de ne pas accepter l'avis des militaires.
Parmi eux, l'ancien chef d'état-major de l'armée de terre, le général Eric Shinseki, mis à l'écart après avoir prévenu le Congrès que l'occupation de l'Irak nécessiterait plusieurs centaines de milliers de soldats.
«Les circonstances doivent être exceptionnelles pour que des officiers en retraite s'expriment publiquement», a estimé lundi le général Gregor Newbold, l'un des «révoltés», démissionnaire fin 2002, et auteur en 2006 d'un article au vitriol contre M. Rumsfeld.
«Il n'était pas question de remettre en cause le contrôle exercé par le pouvoir civil», a-t-il fait valoir. Mais «il y avait à l'époque d'énormes interrogations au sein de l'armée sur ce que nous faisions et pourquoi».
Et «quand Rumsfeld, interrogé sur les premiers corps rapatriés d'Irak, a répondu: 'C'est une tragédie, mais ces hommes étaient volontaires', la ligne était franchie».
Sources Cyberpresse
Posté par Adriana Evangelizt