IRAK LE GRAND FIASCO
LA GUERRE AMERICAINE EN IRAK :
CHRONIQUE D'UN FIASCO ANNONCE
par Mourad Akalay
Quand les bombes américaines commencent à pleuvoir sur Bagdad quelques jours avant le début de l¹invasion terrestre de l¹Irak, partout, les peuples ressentent cette agression comme un défi lancé par la première puissance militaire à la face du monde entier. Mis à part quelques intellectuels fascinés par le rêve américain et généralement sympathisants sionistes, nul ne croit à la pureté des intentions proclamées par les Yankees, à savoir le renversement d¹un tyran sanguinaire présenté comme un danger pour toute l¹humanité. Une mobilisation sans précédent depuis la guerre du Vietnam exprime alors l¹indignation populaire face à l¹arrogance américaine et son mépris le plus total pour la légalité internationale. Près de trois ans après le début de l¹expédition, quel bilan peut-on tirer de l¹invasion américaine ?
Les USA ont perdu la guerre de l¹image
Les terribles images de la guerre meurtrière déclenchée par Bush et ses acolytes, retransmises en direct par les chaînes paraboliques exhibant bâtiments détruits, cadavres d¹innocents pris par dizaines de milliers entre les feux de l¹armée américaine, ceux de la résistance et des groupes terroristes, scènes de torture et actes de barbarie ont tôt fait de prendre à témoins les téléspectateurs des quatre coins du monde. Leur impuissance face à cette horreur n¹a eu d¹égal que leur rejet des prétentions américaines de ramener la démocratie dans la région moyen-orientale. Celles-ci sont ressenties comme un diktat de ceux qui veulent dominer le reste du monde et mettre ses peuples à genoux. Dès lors la sympathie pour les victimes se transforme très vite en colère et même souvent ici et là en une haine implacable des USA et de leurs alliés.
Depuis sa destruction par les Mongols en 1258, Bagdad n¹a jamais autant souffert qu¹avec l¹invasion américaine. Une vieille civilisation, un grand peuple de 25 millions d¹habitants disposant d¹un niveau d¹éducation parmi les plus élevés du monde arabe, un pays doté de prodigieuses ressources naturelles mais un pays et un peuple frappés par le malheur d¹avoir été asservis pendant 35 ans par une dictature d¹un autre âge.
Comme s¹ils n¹avaient pas eu déjà assez de malheurs pour leur en ajouter d¹autres, les Irakiens sont atterrés de voir le drapeau américain flotter dans le ciel de leur pays. Certains en arrivent même à regretter l¹ancien régime pourtant honni. Aussi, nul ne se presse-t-il dans les rues pour applaudir ces « libérateurs « . Si les bouquets de roses, le lait, les dattes et les youyous ne sont pas au rendez-vous sous le regard interloqué des caméras, celles-ci deviendront très vite des témoins gênants pour l¹occupant. Les journalistes, faisant honneur à leur métier, rendent compte des manifestations hostiles, de la répression puis très vite des actes de résistance et des dégâts causés par les bombes artisanales et les kamikazes. La communication explose ainsi comme un boomerang entre les mains des apprentis stratèges de la guerre robotisée qu¹ils pensaient vouloir mener à distance ou par procuration.
Les journalistes devenus indésirables pour les deux bords seront tirés comme des lapins. Soixante sept d¹entre eux sont morts depuis le début de l¹invasion soit davantage que pendant les vingt ans que dura la guerre du Vietnam.
Une levée de boucliers sans précédent
A la tristesse de voir déclencher une guerre encore plus stupide que les autres, les peuples du monde entier vont réagir spontanément et faire pression sur leurs dirigeants. L¹image US ainsi que celle de ses alliés en sortiront fortement écornées. Alors qu¹il visait à dénoncer le sort réservé aux indiens, la ségrégation raciale et le maccarthisme, l¹anti-américanisme d¹antan reprend des couleurs.
L¹opinion exprimée jadis décrivant les Etats Unis comme une belle pomme à l¹extérieur mais pourrie à l¹intérieur, est plus actuelle que jamais. Mais déjà la leçon infligée aux USA est magistrale :
- protestation sans précédent des peuples du monde entier rappelant la mobilisation de l¹époque des années 60/70 pendant la guerre du Vietnam mais avec une prise de conscience beaucoup plus grande aujourd¹hui, du fait de la clarté des enjeux et de la disparition des préjugés et des peurs entretenus par le climat de guerre froide. Dorénavant, les USA et Israël sont identifiés partout comme les principaux fauteurs de guerre à l¹échelle internationale.
- refus de l¹OTAN d¹obtempérer aux injonctions US visant à l¹engager ouvertement dans le conflit.
- refus du parlement turc malgré l¹offre alléchante de 30 milliards $, de permettre le transit par son territoire des forces US ravies de pouvoir prendre en tenailles leurs adversaires irakiens.
- refus des six pays membres non permanents du Conseil de Sécurité de s¹aligner sur les positions US.
- opposition frontale des dirigeants des plus grandes nations du monde.
- prise de conscience internationale du drame palestinien, de la responsabilité de l¹ONU dont les résolutions adoptées depuis 1948 n¹ont jamais reçu un début d¹application et de l¹urgence d¹une solution équitable du problème.
Une perte de crédibilité
Les alibis voire les mensonges qui devaient « justifier « la guerre en Irak tombent les uns après les autres. Pas de traces d¹armes nucléaires ou bactériologiques mais des restes de stocks d¹armes
chimiques livrées par les USA et leurs alliés à Saddam Hussein pour mener sa guerre d¹agression contre l¹Iran.
Pas de liens avec Al Qaida mais l¹Irak est devenu, depuis l¹invasion américaine, son terreau principal de recrutement. Loin de régresser, le terrorisme islamiste a fait tâche d¹huile dans la région et au de-là en s¹attaquant également aux pays considérés comme amis des USA.
Jadis laïc et multiconfessionnel le pays a revêtu, depuis, les oripeaux d¹un cléricalisme et un statut dont s¹accommoderaient volontiers les milieux les plus obscurantistes. La résurgence des conflits interconfessionnels visant d¹abord les minorités chrétiennes s¹oriente de plus en plus vers une confrontation entre Chiites et Sunnites. Une véritable guerre de religions menace l¹unité du peuple irakien.
Le projet du Grand Moyen Orient ou la démocratie à la sauce américaine est rejeté en masse par les peuples concernés. Car comment croire aux bonnes intentions américaines alors que le président Bush a refusé, depuis son élection, de rencontrer le président de l¹autorité palestinienne, seul chef d¹Etat arabe à avoir été choisi démocratiquement par le suffrage universel et que son administration boycottait cyniquement en appelant ouvertement à son renversement ? L¹image d¹un président assiégé par les forces d¹occupation israéliennes avec la bénédiction américaine jusqu¹à ce que mort s¹en suive, ne pouvait laisser l¹opinion publique arabe et musulmane indifférente. A l¹indignation s¹ajoutait l¹humiliation! Comment dans ces conditions le peuple d¹Irak, un pays considéré depuis toujours comme l¹un des plus ardents foyers du nationalisme arabe, pouvait-il regarder l¹Amérique autrement que comme son ennemi juré ?
Les mauvais calculs US
Le coût politique est désastreux pour les USA et leurs alliés. La moitié des pays formant partie de la coalition l¹ont quitté. Les autres ont, pour la plupart, réduit leurs effectifs et s¹apprêtent à rapatrier leurs contingents. La psychose de la prolifération des armes nucléaires a mis à nu les faiblesses de la diplomatie américaine incapable de gérer ce dossier frontalement sans le concours de l¹Europe, de la Chine et de la Russie. La Libye, jugée il y a peu encore infréquentable, a fini certes par rentrer dans le rang, mais quelle bien piètre consolation !
Le coût humain du conflit irakien est désastreux pour la population civile qui paie un lourd tribu à l¹invasion : pour chaque soldat américain tué, des dizaines de passants innocents sont fauchés par les bombes ! Mais les GI et leurs auxiliaires paramilitaires ne s¹en tirent pas non plus à bon compte puisqu¹on dénombre dans leurs rangs environ 2.000 tués et plus de 15.000 blessés.
Pour le budget américain, le coût mensuel de la guerre en Irak dépasse déjà celui de la guerre du Vietnam. Pour ceux qui escomptaient, en retour de l¹engagement de leur armée, quelques retombées sur le front pétrolier, une douche froide les attendait au tournant puisque l¹évolution des prix du baril de brut leur a réservé une bien désagréable surprise. Car la hausse effrénée des cours a débuté dès avril 2003 au lendemain du déclenchement de la deuxième guerre du Golfe. Alors que les experts en la matière tablaient sur une augmentation de la production irakienne et le retour à un prix d¹équilibre autour de 25 dollars le baril, le prix du baril a pris son envol dès le mois d¹août 2003 en approchant les 30 $, puis les 50 $ en octobre 2004 et 70 en août 2005. Non seulement la production irakienne n¹a pas augmenté mais elle a baissé drastiquement ainsi que celle du Venezuela soumis à une paralysie de sa production pétrolière avec la complicité active des USA, ces derniers allant même jusqu¹à afficher ouvertement leur appui aux milieux putschistes attentant à la légalité institutionnelle du pays.
Le réveil des damnés
Mais les tentatives répétées de déstabilisation du président Hugo Chavez ayant lamentablement échoué face à la mobilisation populaire, la résistance du Venezuela a trouvé un large appui en Amérique latine où des majorités de gauche sont élues au Chili, au Brésil, en Argentine, en Equateur et en Uruguay. La plupart des pays latino-américains ont fini par enfreindre le boycott de Cuba imposé depuis 55 ans par les USA. Leur opinion publique est admirative de constater comment un petit pays comme Cuba malgré le boycott américain mais grâce aux mesures préventives et à la mobilisation populaire a su, depuis la chute de Batista en 1959, faire face à tous les cyclones qui s¹abattent périodiquement sur l¹île. Par contre, la gestion catastrophique du cyclone Katerina par les USA a démontré à leurs yeux le degré d¹imprévision des pouvoirs publics de ce pays, trop préoccupé par la guerre en Irak et ses projets déstabilisateurs en Amérique Latine et ailleurs.
L¹opposition à la guerre en Irak a réussi à fédérer en un réseau dense de solidarité, courants politiques, syndicaux et sensibilités diverses traversant les mouvements sociaux des pays du Nord et du Sud, donnant ainsi à l¹alter mondialisme une vision politique globale qui lui faisait jusque-là défaut. Si la perspective d¹une défaite de l¹Amérique en Irak trouble encore une large majorité de l¹opinion publique des pays du Nord (les 2/3 en France selon un sondage récent), celle des pays du Sud lui semble plutôt acquise. A ses yeux, le système de jugement moral à deux poids et deux mesures a vécu. Dorénavant les principes de l¹égalité des peuples en droits et en devoirs, du respect des cultures, des croyances religieuses et de l¹histoire de chacun, gagnent du terrain. En d¹autres termes il est inconcevable, par exemple, qu¹après avoir obligé les banques suisses à restituer en 1998 à leurs ayants droits les fonds, les valeurs et les ¦uvres d¹art déposés par les juifs fugitifs durant les années 1933-1943, les USA et la communauté internationale n¹oblige pas Israël à restituer leurs biens meubles et immeubles aux ayants droits des Palestiniens spoliés entre 1948 et 1967. Il serait aussi inadmissible qu¹après avoir obligé l¹Allemagne à verser des réparations annuelles à Israël pendant 50 ans, on n¹en exige pas autant d¹Israël et des USA en faveur de la Palestine et de l¹Irak. De même qu¹il est inadmissible d¹exiger de l¹Iran qu¹il renonce à son programme nucléaire sans désarmer le potentiel nucléaire israélien et faire du Moyen-orient une zone dénucléarisée. Car la paix ne saurait avoir de nationalité. Elle n¹est ni israélienne, ni américaine, elle est universelle.
Sources : AL BAYANE
Posté par Adriana Evangelizt