Zarqaoui, le grand fantôme
Zarqaoui continue de sévir contre vents et marées. Il est incroyable cet homme. Incroyable. Même à six pieds sous terre il continue de sévir en Irak. On ne compte plus le nombre d'attentats qui lui sont attribués. On se demande bien comment il peut faire de l'endroit où il se trouve. Les miracles existent donc, même les trépassés sont capables de faire sauter des bombes. Juste en Irak. N'oublions pas qu'il a fait son apparition en Irak pratiquement en même temps que l'armée américaine. Comme par hasard. Comme par hasard, la soldatesque US aurait trouvé une lettre de lui destinée à Oussama Ben Laden... mais la véritable histoire de Zarqaoui a commencé, comme par hasard encore en Afghanistan lorsque Bush a donné l'ordre d'envahir ce pays. Et là franchement le hasard fait bien les choses quand on sait pourquoi réellement Bush ne veut pas que ses troupes dégagent. Il y a encore la Syrie à attaquer. Et là, ma foi, on est à deux pas. Que personne ne soulève ce problème est grave, très grave.
ZARQAOUI, LA VIOLENCE COMME CREDO
La tête du Jordanien Abou Moussab Al-Zarqaoui est mise à prix pour 25 millions de dollars par l'armée américaine. Il est considéré par les États-Unis comme le « suspect numéro un » dans une longue liste d'attentats meurtriers en Irak depuis la chute du régime de Saddam Hussein, notamment celui contre les bureaux de l'ONU à Bagdad, en août 2003.
Des groupes affiliés à Zarqaoui ont revendiqué l'enlèvement et la décapitation de plusieurs otages, dont de nombreux Occidentaux.
Pourtant, plusieurs observateurs croient qu'on exagère le rôle de Zarqaoui dans ces attentats. Certains doutent même de l'existence de cet homme insaisissable. À quelques reprises, les forces américaines ont annoncé l'avoir encerclé, mais il leur a toujours échappé.
Pour ajouter au mystère, les informations biographiques qui circulent sur Zarqaoui sont souvent contradictoires et leurs sources, plus ou moins crédibles.
Qui est Abou Moussab Al-Zarqaoui ?
Zarqaoui est né à Zarqa, en Jordanie, en 1964, dans une famille modeste, sous le nom d'Ahmed Fadil Al-Khaleyleh. Son pseudonyme Abou Moussab Al-Zarqaoui signifie « père de Moussab, de Zarqa », une forme employée couramment au Moyen-Orient.
L'adolescence de Zarqaoui est ponctuée de violence, de délinquance et d'abus d'alcool, selon de nombreux témoignages recueillis par son biographe Jean-Charles Brisard. Il se serait fait tatouer tout le corps, ce que l'islam proscrit.
Dans les années 80, il commence à fréquenter les séances d'enseignement religieux d'une mosquée d'Amman qui prône le salafisme, c'est-à-dire le conservatisme le plus strict et le rejet de toute innovation dans l'islam. Zarqaoui obéit désormais à l'islam et rêve d'aller faire le djihad (guerre sainte) contre les Soviétiques en Afghanistan.
Il s'y rend en 1989, après que les Soviétiques eurent quitté le pays, y rencontre des théoriciens du djihad proches du réseau Al-Qaïda, et adopte des positions de plus en plus extrémistes. Après le départ des Soviétiques, il participe à la guerre civile au côté des talibans, contre l'Alliance du Nord, dirigée par le commandant Massoud.
Il reçoit également une formation militaire dans le camp terroriste de Sada. Il retournera en Afghanistan en 2000, pour y diriger, à Herat, un camp d'entraînement d'Al-Qaïda.
Entre-temps, il est condamné à 15 ans de prison, en 1996, par la justice jordanienne, pour son appartenance à un groupe terroriste. Il est libéré en 1999, à la faveur d'une amnistie décrétée par le roi Abdallah, qui vient de succéder au roi Hussein.
En 2002, il reçoit une nouvelle peine de 15 ans de prison, par contumace, pour avoir fomenté des complots en Jordanie. En 2004, la justice jordanienne le condamne à la pendaison, toujours par contumace, pour sa participation à l'assassinat de Lawrence Foley, un diplomate de l'Agence américaine internationale pour le développement, tué à Amman en octobre 2002.
Le djihad en Irak
Après la chute des talibans, en 2001, Zarqaoui se replie sur le Kurdistan irakien, où foisonnent de nombreux groupes islamistes. Au fil des mois, il tisse des liens avec le groupe extrémiste Ansar Al-Islam, dont il prendra même le contrôle, selon son biographe.
En 2004, il crée le groupe Tawhid Wal Djihad (Unité et djihad), qui serait une coalition de plusieurs groupes djihadistes. Le groupe adoptera ensuite le nom de Comité Al-Qaïda pour le djihad en Mésopotamie. Un enregistrement attribué à Oussama ben Laden désigne Zarqaoui, en décembre 2004, comme le chef du réseau Al-Qaïda en Irak.
En Irak, Zarqaoui et ses fidèles sont devenus virtuoses de l'utilisation des technologies de la communication pour répandre leur message de terreur.
En mai 2004, le monde est frappé d'horreur par la diffusion, sur un site islamiste, de la décapitation de l'otage américain Nicholas Berg. La vidéo s'intitule « Cheikh Abou Moussab Al-Zarqaoui abat un infidèle américain ». La mise en scène sera répétée de nombreuses fois par la suite avec des otages de nationalités diverses.
Abou Moussab Al-Zarqaoui s'est opposé avec véhémence à la tenue d'élections en Irak, menaçant la population de représailles si elle se prêtait à l'exercice. Malgré ces menaces, 60 % des électeurs inscrits ont voté.
Des ramifications internationales
Les réseaux de Zarqaoui bénéficient, selon les autorités américaines et irakiennes, du soutien actif de la Syrie et de la tolérance de l'Iran, où Zarqaoui aurait longuement séjourné. Ils seraient financés par des donateurs saoudiens et des organisations caritatives islamiques.
Ces réseaux se ramifient bien au-delà du Moyen-Orient. Les services secrets allemands et italiens ont démantelé, sur leur territoire, des cellules qui leur étaient affiliées.
Les membres du réseau Zarqaoui sont également actifs dans plusieurs pays d'Europe - France, Royaume-Uni, Espagne -, de même qu'en Russie, selon un exposé de l'ex-secrétaire d'État américain Colin Powell au Conseil de sécurité des Nations unies, le 5 février 2003.
À la mi-mars 2005, le magazine américain Time affirmait que Zarqaoui envisageait de commettre des attentats sur des cibles « faciles » aux États-Unis, comme des restaurants, des cinémas et des écoles.
L'idéologie de Zarqaoui
Zarqaoui s'oppose vigoureusement à toute forme de démocratie, qu'il considère comme une hérésie. Il souhaite l'instauration d'un pouvoir religieux basé sur les préceptes de l'islam le plus fondamentaliste, à l'image du régime taliban.
Il prône également le rejet de la modernité, le retour aux sources de l'islam, la destruction de l'État d'Israël et l'élimination de tous les « infidèles ».
Il en veut tout particulièrement à la monarchie jordanienne qui, selon lui, ne respecte pas l'islam.
En Irak, ses discours haineux visent spécialement les chiites, qui composent la majorité de la population. Dans un message qui lui est attribué, il les qualifie de « scorpions malicieux et rusés », de « serpents sournois » et « d'obstacles insurmontables ».
Ce message, qui serait destiné à Oussama ben Laden, aurait été intercepté par les forces américaines, qui l'ont diffusé en février 2004. Zarqaoui y déplore également la mise sur pied d'une armée irakienne. Selon lui, les forces irakiennes connaissent mieux les activités des groupes terroristes que les forces américaines, et gagnent plus facilement l'appui de la population.
Il s'acharne également contre les chrétiens, les juifs et les Américains. Mais en fait, tous ceux qui ne pensent pas comme lui sont considérés comme des ennemis.
Ainsi, il déplore la faiblesse des principes des Frères musulmans, mouvement politique islamiste présent dans plusieurs pays arabes, mais interdit dans d'autres.
Chronologie
Octobre 1966 : Naissance à Zarqa, en Jordanie, sous le nom d'Ahmed Fadil Al-Khaleyleh
1989 : Départ pour l'Afghanistan
1993 : Condamnation à 15 ans de prison en Jordanie pour possession d'armes
1999 : Libération à la faveur d'une amnistie
2000 : Direction d'un camp qui regroupe des combattants jordaniens à Herat en Afghanistan; condamné en son absence à 15 ans de prison en Jordanie, pour y avoir planifié des attentats
Octobre 2002 : Accusation d'avoir orchestré le meurtre du diplomate américain Lawrence Foley, à Amman, en Jordanie
2003: Création en Irak de liens entre son mouvement Al-Tawhid wa'l-Jihad (Unité et guerre sainte) et le mouvement terroriste kurde Ansar Al-Islam (Partisans de l'islam)
2003-2005 : Revendication par son groupe d'une série d'attentats et de meurtres, dont plusieurs décapitations, en Irak
Janvier 2004 : Interception par les forces américaines d'une lettre attribuée à Zarqaoui et destinée à Oussama ben Laden
Avril 2004 : Condamnation à mort en son absence en Jordanie pour le meurtre de Lawrence Foley
Octobre 2004 : Serment d'allégeance à Al-Qaïda sur un enregistrement audio qui lui est attribué, adoption par son groupe du nom Comité Al-Qaïda pour le djihad en Mésopotamie
Décembre 2004 : Reconnaissance par Oussama ben Laden comme chef d'Al-Qaïda en Irak
Avril 2005 : Le magazine américain Time l'inscrit dans sa liste des 100 personnes les plus influentes au monde
Sources :
Le nouveau visage d'Al-Qaïda
Jean-Charles Brisard et Damien Martinez
Fayard, 2005
Courrier International, 21 au 27 octobre 2004
Dossiers :
Irak, le bourbier
Notre dossier sur la période qui a précédé les élections de janvier 2005
Irak: élections à hauts risques
Guerre en Irak - Un an plus tard
Notre dossier sur le premier anniversaire de l'invasion américaine en Irak
Guerre en Irak
Notre dossier qui présente le bilan du conflit: analyses, documents en audio et vidéo, cartes interactives.
Texte de la lettre attribuée à Zarqaoui par les forces américaines et destinée à ben Laden
globalsecurity.org
Institut de recherche américain sur les politiques publiques
Zarqaoui cherche le démembrement de l'Irak
Interview de Jean-Charles Brisard, biographe de Zarqaoui
Sources : RADIO CANADA
Posté par Adriana Evangelizt