LE NUCLEAIRE US EN SARDAIGNE DANGER...
Alors que les frappes nucléaires préventives vont être approuvées par Rumsfeld, il est clair et net que l'Europe est en danger. L'arsenal nucléaire US est disséminé dans toute l'Europe et plus particulièrement en Sardaigne où il est absolument impossible de savoir ce qu'il s'y trame. Des millions de mètres cubes sont creusés, dans quel but ? Il est clair et net que les néo cons ont l'intention d'attaquer l'Europe. Nous les gênons par notre trop grande liberté.
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MENACES NUCLEAIRES US A 12 KM DE NOS CÔTES
par Gilles Millet et Marie-Anne Andréani
En octobre 2003, un sous-marin nucléaire américain s’échouait dans la baie de la Maddalena. A cette occasion, on redécouvrait l’existence d’une base américaine quasi secrète, opérationnelle depuis 1972, et dont le gouvernement sarde ainsi que l’opposition italienne exigent le démantèlement. Cette tête de pont US dans la Méditerranée n’a cessé de se développer, le nombre de sous-marins devant passer de trois à huit, celui des soldats de 5 000 à 8 000. Ainsi, à 12 kilomètres de nos côtes, les Américains transportent et entassent des dizaines de missiles nucléaires, dont chacun a une puissance équivalente à dix bombes Hiroshima. Avec les dangers que ce type de stockage fait courir aux populations locales. Enquête
De loin, c’est Snoop Doggy Dog. Même taille, même look, même fringues, mêmes cheveux nattés. De près, c’est toujours Snoop, sauf sa tête. Normal, c’est Jimmy. Et Jimmy n’est pas le rappeur noir-américain le plus connu du monde, mais un simple Marine.
Le soir au « Cristal bar », avec ses potes militaires comme lui, mais sapés rappeur, il vient boire une bière et mater son idole sur l’écran vidéo. Entre Eminem qui dégueule sur Michaël Jackson dans « Just live it » et les trois splendeurs noires de « Destiny’s child » qui tentent d’échapper à la mort dans « Survivor ». Ce clip-là, Jimmy et les autres l’aiment bien. A cause des filles, c’est sûr, mais aussi à cause de l’hélicoptère qui vient les récupérer au sortir de la jungle dans une ambiance à la « Apocalypse Now ». Normal pour des Marines.
Mais nous ne sommes pas au Vietnam, comme « dans le temps », ni dans une base aux Philippines ou dans le golfe persique, voire en Irak. Ni même au pays, à San Diego ou Norfolk, mais à côté de Bonifacio, à douze kilomètres des côtes corses, donc françaises. Dans l’île sarde de la Maddalena où stationnent – pour le compte de l’OTAN – plus de 5 000 militaires américains près d’un complexe nucléaire qui ne cesse de se développer autour d’un « point d’appui » constitué par un énorme navire amiral abritant quelque 1 500 hommes, trois sous-marins nucléaires équipés de missiles de même nature qui devraient bientôt accueillir cinq de leurs petits frères et, plus discrètement, d’une base, en partie souterraine, installée dans l’îlot de San Stefano, en face de la Maddalena sur laquelle se trouve la ville du même nom et de sa petite sœur sauvage, l’île de Caprera. Tout cela à deux pas de l’archipel des Lavezzi et de l’île de Cavallo. Dans un décor de rêve où une mer bleutée s’abîme sur des entassements de roches granitiques alignées en dominos avant de se donner, sur les hauteurs, des silhouettes d’animaux préhistoriques. D’ailleurs, tout cet environnement idyllique devrait bientôt devenir un parc marin naturel jouxtant celui des environs de Bonifacio. C’est en tout cas la volonté du « gouvernement » autonome de la Sardaigne, et un sérieux paradoxe lorsqu’on connaît la base militaire et nucléaire qu’il abrite actuellement.
Si, en Corse, plus que sur le continent, on connaît l’existence de cette base de l’OTAN, donc américaine, on ignore son importance et surtout ce qu’elle abrite exactement. Il a fallu attendre l’hiver 2003 pour qu’elle se rappelle au bon souvenirs des insulaires.
En effet, le 25 octobre 2003, un sous-marin d’attaque à propulsion nucléaire, le US HARTFORD a heurté le fond de l’archipel de la Maddalena, incident qui a été l’objet de la plus grande discrétion. Le Pentagone, dans un premier temps, a fait « le canard » en ne révélant pas l’affaire. Il a fallu attendre des rumeurs, finalement avérées, de limogeage d’une partie de l’équipage, dont le commandant de bord et son second qui auraient été rapatriés aux USA, pour que l’histoire soit finalement connue en Sardaigne, en Corse et en Italie.
Le 12 novembre, soit dix-huit jours après, les États-Unis finissaient par reconnaître, par communiqué, le bien-fondé de ces informations, tout en minimisant leur importance. Affirmant que le réacteur nucléaire n’avait pas été touché, le Pentagone ne faisait état que de simples « éraflures sur la coque et l’hélice » de l’engin.
Pourtant, le sous-marin n’a pu rejoindre seul la base de San Stefano puisqu’il a dû être remorqué ce dont témoignent les observateurs locaux. Par ailleurs ces derniers ont pu constater que la coque du sous-marin était totalement cabossée (emboutie ?) ce qui dément la mise au point américaine évoquant « des éraflures ». Une photo, publiée à l’époque par le journal « La Nuova Sardegna », en a d’ailleurs témoigné.
La base que l’on avait fini par oublier, ce qui ne pouvait que satisfaire les autorités américaines qui ne cessaient de la développer afin de restructurer leurs forces en Méditerranée, surtout depuis le 11 septembre 2001, repassait alors de l’ombre à la lumière. Ce dont elle se serait bien passé en ces périodes de terrorisme et de lutte anti-terroriste.
C’est en 1972, en pleine guerre froide qu’elle avait vu le jour. Le gouvernement du démocrate chrétien Giulio Andreotti avait alors autorisé un « droit de mouillage » pour les sous-marins américains et pour leur « appui logistique », le navire Emory Land. A en croire Bernard Prezlin, auteur de Flotte de combat – un ouvrage qui recense tous les navires de guerre existant – les Américains auraient disséminé sur les océans et les mers plusieurs bateaux de ce type afin d’assister leurs sous-marins qui patrouillent au quatre coins du monde. Depuis la fin de la guerre froide, on n’en dénombrerait plus que deux en activité, le Guam, basé aux Philippines et donc le fameux Emory Land dont a hérité la Sardaigne.
Alors que l’accord originel ne prévoyait pas une implantation territoriale, mais juste un droit de mouillage, l’Emory Land est devenu une véritable base flottante. Jaugeant 23 000 tonneaux, il peut accueillir, à son bord, près de 13 000 hommes qui assurent la maintenance et l’intendance des sous-marins. Dont leur réapprovisionnement en « carburant », c’est-à-dire en barres de combustible nucléaire qui alimentent leurs réacteurs. Une partie des missiles qui arment les submersibles seraient également stockés à bord du navire, d’autres étant entreposés dans les galeries qu’ont finalement creusées les Américains dans l’îlot de San Stefano, toujours au mépris de l’accord initial.
Quant aux sous-marins, ce sont des engins d’attaque appartenant à la « classe » dite Los Angeles. A la différence des sous-marins lanceurs d’engins qui sont équipés de missiles thermonucléaires à têtes multiples, ces sous-marins sont équipés de torpilles, de missiles anti-navire (Exocet) et de missiles de croisière (Tomahawk), comme ceux qui ont été lancés sur l’Irak.
C’est en fait un véritable arsenal qui est entreposé à deux pas des côtes corses puisque la puissance de chaque missile équivaut à dix bombes type Hiroshima. Et chaque sous-marin pouvant être équipé de seize missiles, sans compter ceux qui sont stockés ainsi que les barrettes de combustible et les déchets radioactifs des propulseurs nucléaires des sous-marins, les populations locales sont en droit de s’inquiéter… Inquiétude d’autant plus justifiée qu’il n’y a aucun contrôle sur cette zone et qu’on ne sait pas exactement, outre ce qui est contenu par le navire ou les sous-marins, ce qui est entreposé dans les fameuses galeries. Déjà en 1974, le magazine Kyrn s’inquiétait de cette situation, on imagine ce qu’il en est en 2005. Alors qu’à San Stefano, « ça a creusé » et ça continue à creuser. Il suffit d’observer la base de l’île de la Caprera, ou mieux, d’y passer au large, discrètement, en petit bateau…
Fin janvier, c’était d’autant plus facile que le « monstre » Emory Land qui cache habituellement la base était parti le 15 au matin se ravitailler à Naples, siège de la 6e flotte US, comme il le fait tous les mois, à des dates qui, sans doute pour des raisons de sécurité, changent en permanence. Le « gros » filant vers l’Italie accompagné de deux escorteurs (voir photo), la base se retrouvait « toute nue » pour quelques jours.
Si l’îlot de San Stefano n’est visible que « de profil » du port de la Maddalena, d’où l’on ne voit habituellement que la gigantesque masse de l’Emory Land, de l’île de Caprera, on peut apercevoir la base de face. A gauche, en bordure de mer, les bâtiments de la marine italienne, sortes de casernements arborant le drapeau vert-blanc-rouge. A côté, la base américaine, beaucoup plus anonyme (pas de drapeau), surmontée d’épis de radars et une masse confuse de divers matériaux de travaux publics visiblement destinés à agrandir les galeries existantes et à évacuer les roches et la terre retirée de la montagne. Lorsqu’on s’approche en bateau, on peut d’ailleurs apercevoir l’entrée d’au moins deux galeries qui mènent dans les entrailles de San Stefano. Mais attention, des patrouilleurs, transportant sans doute des vigies équipées de jumelles, veillent, et il n’est pas question de s’approcher. Parce que les bateaux de passage ne doivent pas dépasser l’espace d’environ un kilomètre qui isole l’île et qui est délimité par de gros corps morts rouillés matérialisant la frontière. Et si l’on dépasse les bornes, un patrouilleur s’approche pour inviter l’intrus à faire demi-tour. Seuls de petits bateaux militaires venus de la Maddalena ou des îles environnantes peuvent la passer afin d’amener les militaires qui viennent travailler à la base.
Les bases italiennes et américaines sont isolées du reste de l’île par un mur qui les cerne en empêchant, l’été, les locaux et les touristes d’approcher. Parce qu’en effet, de l’autre côté de l’îlot, surplombé par un fort construit par Napoléon (il a été partout celui-là) existe encore une sorte de village comprenant quelques bâtiments résidentiels désertés l’hiver et un petit port. Le tout rappelant l’île noire où Tintin découvrait des méchants protégés par un énorme gorille. Mais la Sardaigne n’est pas l’Écosse, la mer Méditerranée pas l’Atlantique, et le ciel est bien plus bleu. Quant à Tintin et le gorille, ils sont morts depuis longtemps. Passons.
Restent ces fameuses galeries dont on n’entrevoit que les béantes ouvertures. A quoi servent-elles ? A quoi va servir leur extension ? S’agit-il de dépôts destinés à accueillir les déchets nucléaires que les Américains n’arrivent pas (ou ne veulent pas) évacuer ailleurs ? Installent-ils de gigantesques dépôts pour les matériaux militaires (dont les missiles) destinés aux sous-marins ? A moins que la Navy ne prévoie d’installer là une véritable base souterraine en forme de port qui pourrait accueillir une petite partie de ses forces en Méditerranée, à commencer par les sous-marins supplémentaires qui doivent compléter leur flotte actuelle. Il est trop tôt pour le savoir et, pour l’instant, il ne semble pas exister de voie d’accès maritime à ces galeries… Si c’était le cas, on passerait de Tintin à James Bond (« On ne vit que deux fois »)
En tout cas, les « gros » travaux ont débuté le 15 septembre 2004 et un espace de 50 000 m3 aurait été dégagé dans la roche. Des observateurs « avertis » de la région évoquant, eux, le chiffre de 200 000 m3. Ce qui n’est pas rien.
On comprend qu’à la Maddalena, les Américains qui séjournent avec leur famille (ils restent en général deux ans) se fassent discrets. Non seulement pour éviter les polémiques locales sur leur présence. Mais, surtout, depuis le 11 septembre 2001, pour éviter de constituer une cible trop voyante pour d’éventuelles attaques terroristes. Comme ils en ont été victimes, ces dernières années, en Afrique ou au Moyen-Orient.
Ainsi, les bâtiments qu’ils contrôlent ne sont surmontés d’aucun drapeau et ne sont généralement pas signalés par des panneaux rédigés en anglais, à moins qu’il ne soient très discrets. Ce qui est le cas à l’entrée de la caserne qu’ils partagent avec la marine italienne non loin du port de la Maddalena dans le centre (« US Navy Support Activity »), dans le village où la majorité d’entre eux habite, en bord de mer, à quelques kilomètres de la ville, aux abords de leur supermarché entouré de grilles et classé « zone militaire » et dans plusieurs groupes d’immeubles qui abritent une église, une crèche, une salle de jeux pour les enfants ou un hôpital qui leur est réservé. C’est là, seulement, qu’en plein jour on peut apercevoir de jeunes Marines, mâles ou femelles, en tenue de combat camouflée, mais toujours non armés, monter la garde, à un ou deux, devant les bâtiments jugés « sensibles ». Si leur allure est généralement débonnaire, on constate cependant qu’ils sont extrêmement attentifs au passage de la moindre voiture ou du moindre piéton qu’ils détaillent scrupuleusement. Comme si tout passant inconnu pouvait se transformer, en un instant, en agresseur terroriste.
Passé minuit, par contre, il peut arriver que les camouflés prennent moins de précaution et traversent la ville, en groupe, pour se rendre d’un poste de vigie à un autre, d’une cité à un bateau, d’un bateau à une caserne. Ils peuvent même s’installer à la terrasse de certains bars de la place Umberto 1er, au centre de la ville, face au port. Là où, l’après midi, leurs femmes viennent faire jouer les enfants sous les palmiers tandis qu’elles papotent en buvant des capuccini à la terrasse de « l’Angelo’s » ou du « Milano ». Dans la journée des dizaines, voire des centaines d’Américaines ou d’Américains circulent en ville en se mêlant de manière trop évidente à la foule pour que cette attitude ne résulte pas de consignes données par la hiérarchie militaire. Pas de vêtements trop voyants, pas d’allure trop yankee, pas de cris et, surtout, pas trop de communication avec la population locale. Par ailleurs, tout ce petit monde ne fréquente pas d’endroit attitré. Même si certains bars jouent visiblement la carte de la clientèle américaine en passant des vidéos ou des musique « venues de là-bas », en embauchant des serveuses ou des serveurs qui parlent anglais et, parfois, en faisant figurer, côte à côte, les drapeaux italiens et américains autour de celui de l’OTAN. Les menus étant parfois rédigés en anglais. Comme au « Cristal bar » où les Marines noirs viennent écouter du rap. Non loin des jeunes branchés sardes qui préfèrent Piero Pela ou Vasco Rossi, deux chanteurs qui, là-bas, ont actuellement la cote.
A la Maddalena, les rapports entre Américains et Sardes n’apparaissent pourtant pas particulièrement tendus. Certes, une partie de la population semble vouloir leur départ : outre les sentiments européens naturellement anti-américains présents ici comme ailleurs, la présence US apparaît comme un danger. Aux risques supposés de pollution nucléaire s’ajoute la volonté de ne pas être confondus avec les Américains en les accueillant et d’être éventuellement pris pour cible en cas d’attaque terroriste. Tout celà s’exprime assez discrètement puisque les slogans anti-américains sont quasiment inexistants à la Maddalena. Quant aux manifestations anti-nucléaire qui ont eu lieu par le passé, elles ont surtout été le fait de militants sardes ou italiens extérieurs à l’île. A l’inverse, ceux qui, à un titre ou à un autre, profitent de la présence américaine (les retombées commerciales paraissent minimes tant ils vivent en circuit fermé) ne sont évidemment pas opposés à la présence US.
Aujourd’hui, en Sardaigne et en Italie, ceux qui protestent contre la base américaine insistent sur le fait que la population, pas plus que le parlement italien n’ont été consultés sur son existence ce qui est, selon eux, en totale contradiction avec la constitution. Les Sardes n’admettent pas davantage que l’Italie se soit débarrassée du nucléaire civil et que Rome leur impose les armes et les déchets nucléaires américains. Au prétexte d’un supposé développement économique d’une région pauvre qui pourrait tout aussi bien profiter de l’extension du tourisme. En effet, les splendides paysage de la région qui attirent déjà beaucoup de monde (en été, la Maddalena passe de 15 000 à 100 000 personnes) restent encore sous-exploités, surtout si la région finit par être classée en parc maritime naturel
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L’opacité qui entoure le fonctionnement de la base, les risques que ce type d’activité fait peser sur l’environnement et sur la sécurité des personnes, l’absence d’études épidémiologiques pour évaluer d’éventuelle répercussion sur la santé des populations sont autant de signes d’exaspération qui unissent les verts, les communistes, les nationalistes sardes ou le parti du nouveau président de la région, Renato Sorru. Même Giulio Andreotti, signataire des accords de 1972 déclarait le 29 octobre dernier à la « Nuova Sardegna », que « en raison de la fin de la guerre froide, la base américaine n’avait plus de raison d’être ». Quant au président Sorru, il est on ne peut plus explicite : « Les Américains sont nos amis, mais ils doivent partir » a-t-il déclaré lors de sa visite à la Maddalena le 21 octobre 2004.
Pour l’instant, ces derniers, soutenus par Berlusconi et son gouvernement, n’en ont pas l’intention. Quelles sont leurs véritables intentions en ce qui concerne la base de la Maddalena qu’ils ne cessent de développer ? Les hypothèses sont nombreuses. Il s’agit sans doute pour eux de contrôler les voies maritimes de cette région de la Méditerranée en garantissant ainsi « la route du pétrole » face à une Union européenne encore bien faible. Tout en consolidant une tête de pont supplémentaire vers les pays arabes. Par ailleurs, à en croire les opposants italiens ou sardes à la base, les Américains s’apprêteraient, en la renforçant, à la transformer en une sorte de camp d’entraînement pour lutter contre le terrorisme. Et diverses unités d’élite anti-islamistes seraient installées dans la région. Évidemment, tout cela n’est en rien confirmé par les Américains qui restent très discrets sur leurs véritables projets en ce qui concerne la base.
En tout cas, vrais ou faux, ces scénarii renforcent le point de vue de ceux qui, dans la région, ne voudraient pas, en étant amalgamés aux Américains, servir de cible à des terroristes moyen orientaux. Un fantasme ? Possible. Cependant, du 17 au 13 août 2005, une « alerte rouge » a déjà été déclenchée dans l’archipel. En effet, à l’occasion du séjour du premier ministre britannique, Tony Blair, dans la région d’Olbia, en Sardaigne, les services secrets anglais ont été informés par leurs homologues israéliens du Mossad d’un risque d’attaque terroriste sur la base. La menace a été prise suffisamment au sérieux pour que le navire Emory Land et sa cargaison de missiles quitte San Stefano et aille croiser pendant quelques jours dans des eaux plus tranquilles. Le temps que le premier ministre britannique termine son séjour, dans la propriété locale du premier ministre italien Silvio Berlusconi.
La Corse qui avait échappé aux essais atomiques prévus dans l’Argentella avant que le gouvernement ne se rabatte sur l’océan Pacifique, se trouve également confrontée, compte tenu de sa proximité avec la base, au même problème nucléaire que les Sardes. Cependant, jusqu’ici les autorités se sont montrées pour le moins effacées.
La préfecture de la région corse s’est contentée, au moment de l’incident du Hartford, de reprendre le communiqué de la préfecture maritime de Toulon, pâle copie des explications fournies par le service de presse de l’état-major américain. La consigne a sans doute été de ne pas affoler les populations et surtout ne pas indisposer le gouvernement des États-Unis.
On serait en droit d’attendre un peu plus de courage de la part de la France qui, on le sait, par la grâce du général de Gaulle, est sortie depuis longtemps de l’OTAN et se démarque de la politique internationale des Américains, notamment depuis leur dernière intervention en Irak. Pas simplement parce qu’il s’agit de protéger sa population d’éventuels risques nucléaires, mais parce que l’existence même de la base ne peut que gêner les militaires français qui doivent voir d’un mauvais œil les « grandes oreilles » américaines (il y a visiblement beaucoup de matériel d’écoute et de transmission à San Stefano et à la Maddalena) se développer en face des leurs. En effet, un centre d’écoute et de transmission du ministère des Armées (contrôlé par la DGSE) « couvrant » la Méditerranée est installé depuis longtemps à côté de Santa Manza, dans la région de Bonifacio.
Mais la « guerre souterraine » que se livrent les Français et les Américains, dans le domaine militaire, comme dans celui de l’économie, ne doit surtout pas être rendue publique. Et les autorités françaises se sont réfugiées derrière le sacro-saint principe de souveraineté pour ne pas intervenir plus fermement.
Ce sont donc les « civils » qui, en Corse et en Sardaigne, ont réagi les premiers à l’incident du Hartford. Les organisations écologistes des deux îles ont demandé à un laboratoire français indépendant (hors de la tutelle des ministères de la Santé, de la Défense et de l’Industrie) de procéder à des analyses afin de détecter d’éventuelles contaminations.
Les premiers résultats attestent qu’aucune pollution par des radionucléides artificiels (c’est comme cela qu’on dit) n’est à déplorer, mais décèlent un excès de thorium 234 qui peut être naturel ou issu de l’activité humaine. Cet excès de thorium 234 est également confirmé par les analyses réalisées par les autorités italiennes. Par ailleurs, le mouvement écologiste italien Leganbiente a publié, en septembre 2004, des analyses qui identifient une concentration de plutonium au-dessus de la normale dans des algues prélevées dans l’archipel sarde et alerté les autorités sur le risque de contamination de la chaîne alimentaire. Face à ce danger potentiel, les populations sardes et corses sont-elles en mesure de défendre leurs intérêts ?
Interrogé, Mario Bettati professeur de droit international public à l’université Paris II et « inventeur » du droit d’ingérence avec Bernard Kouchner, explique : « Le droit d’ingérence ne s’applique pas dans ce type de situation. Il ne peut être mis en œuvre que dans le cadre d’actions humanitaires pour porter assistance à une population mise en danger par son propre gouvernement ».
Le principe de précaution ne peut pas davantage être actionné. Touchant à la santé et à l’environnement, et largement utilisé en droit communautaire, il est inapplicable en l’espèce parce que nous nous trouvons dans une situation de droit international public. Et seuls les États peuvent être acteurs de ce type de situation. Ainsi, selon le professeur Bettati, les motions votées tant par la région sarde que par la Collectivité territoriale de Corse n’ont de valeur que déclaratoire. Elles sont totalement inopérantes au point de vue juridique.
Tels les cahiers de doléances de l’Ancien Régime, les motions n’ont pour seul effet que de faire remonter jusqu’au pouvoir central les vœux de la population ou de leurs représentants. Mais, poursuit le professeur Bettati, « elles ont néanmoins une force politique. Transmises aux autorités nationales, relayées par des questions au gouvernement par (nos) députés, elles permettraient de faire bouger les responsables politiques ». Force est de constater que le texte, voté le 28 octobre 2004 par l’Assemblée de Corse et transmis un mois plus tard par le président de l’exécutif aux autorités françaises compétentes, n’aura pas eu l’impact souhaité. Aucun des différents points n’a à ce jour été pris en compte par les instances nationales. Nulle protestation contre la navigation des sous-marins dans le détroit de Bonifacio. Nulle demande officielle du Quai d’Orsay pour exiger le démantèlement de la base. Pas plus que la mise en œuvre d’un plan d’évacuation en cas de danger ou des analyses régulières effectuées par un laboratoire indépendant, type CRIIRAD. A leur décharge, les pouvoirs publics pourraient faire valoir que la Corse dispose de pouvoirs et d’une autonomie qu’elle n’utilise pas toujours.
Comme par exemple le contrôle de la qualité de l’air, obligatoire depuis l’an 2000 et qui se met lentement, très lentement en place, longtemps après les autres régions, départements et territoires d’Outre-mer. Et, alors que les risques de contamination nucléaire sont désormais connus de tous, cette officine n’envisage de ne détecter que les polluants industriels sans rechercher les substances radioactives gazeuses. Or, en cas de fuite ou de rejet, ce sont essentiellement des gaz qui sont rejetés dans l’atmosphère. Il est certain que si on ne cherche pas d’éventuelles retombées radioactives, on ne risque pas de les trouver. Et, ainsi en l’absence de toute investigation l’agence Qualit’Air pourra nous rassurer sur notre environnement « préservé » et en tirer un argument touristique supplémentaire. Reste que l’enjeu principal dans les années à venir est l’avenir même de la base. Son démantèlement ou non. Les évolutions institutionnelles en Italie seront déterminantes. Si l’ancien président de la commission européenne, Romano Prodi, à la tête de « la coalition de l’Olivier », venait à l’emporter contre Berlusconi à l’élection qui aura lieu dans quelques mois, les Américains seront selon toute vraisemblance invités à partir. C’est en tout cas ce qu’affirment Prodi et ses amis.
Dans ce cas-là, c’en serait fini de la base de San Stefano. Les milliers d’Américains qui séjournent à la Maddalena devraient plier bagages. Et Jimmy et ses potes du « Cristal palace » écouteront alors Snoop Doggy Dog au pays. Dommage pour eux. Mais sans doute pas pour la Corse et la Sardaigne. En attendant…
Sources : http://info.club-corsica.com/index.php?art=65soc001
Posté par Adriana Evangelizt