Triste constat en Irak

Publié le par Adriana Evangelizt

Ah Bush, Cheney, Rumsfeld, Wolfowicz, Perle et tous les autres peuvent être fiers de ce qu'ils ont fait en Ira.K, oui... ils peuvent parler de reconstruction, de démocratie... ils peuvent. Et Rumsfeld peut verrouiller le net, le mal est fait. On sait ce qu'ils valent. Pas les cinquante millions qu'ils ont volés à la Palestine en tout cas...

L'autre échec en Irak : l'économie

L'aveu, jeudi à Washington. Comme l'administration Bush s'apprête à demander aux parlementaires américains des dépenses supplémentaires pour les guerres en Irak et en Afghanistan, la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice est venue devant la commission des finances du Sénat expliquer que la situation irakienne s'améliorait malgré toutes les difficultés. Mme Rice s'est fait prendre de volée par le sénateur démocrate du Dakota du Nord : "L'inspecteur général de la construction irakienne nous a dit le contraire il y a quelques jours, a déclaré Kent Conrad. Les choses, dit l'inspecteur, empirent malgré tout l'argent versé. Alors, qui devons-nous croire ?" La ministre des affaires étrangères a bafouillé. Puis elle a dû admettre les faits.

Terribles, les faits. Stuart Bowen, l'inspecteur général, était venu les livrer devant le Sénat le 8 février. Nommé fin 2004 par le Congrès pour mettre un peu d'ordre dans les retards, la gabegie, les fraudes et les coulages qui ont caractérisé les premiers mois d'après la victoire militaire américaine, M. Bowen a reconnu que "les modifications intervenues, notamment les conditions de sécurité, ont changé les perspectives". Le décalage entre les objectifs de reconstruction du pays fixés lors du renversement de Saddam Hussein en 2003 et la réalité ne cesse d'augmenter.

Sur les 136 projets planifiés concernant l'eau, seuls 49, soit 36 %, ont été menés à bien. "La plupart des chantiers d'assainissement, d'irrigation et de barrage ont du être abandonnés." Un total de 2 200 mégawatts de capacités électriques supplémentaires ont été construites alors qu'il en eût fallu 3 400 mégawatts.

Conséquences : les infrastructures se sont dégradées par rapport à l'époque de Saddam Hussein et les services vitaux offerts à la population sont inférieurs. Moins d'électricité est produite et le courant n'est disponible que 3,7 heures par jour à Bagdad contre 16 à 24 heures avant-guerre. C'est un peu mieux pour le reste du pays : 10 heures contre 4 à 8 heures. Seulement un tiers de la population a accès à l'eau potable (8,25 millions) contre la moitié sous Saddam (12,9 millions). L'accès aux égouts est limité à 5 millions de personnes contre 6,2 millions.

L'échec le plus lourd concerne le pétrole : la production n'atteint que 2 millions de barils par jour (d'autres estimations donnent 1,7 million), alors qu'elle était de 2,58 millions. Heureusement que le prix du brut est monté à 60 dollars, les recettes ont suivi.

Mais, en parallèle, l'état d'insurrection ruine toute reconstruction. Le coût de la sécurité absorbe désormais de 20 à 50% des crédits des projets à cause des bombes, des attentats et des sabotages, sans compter les " intimidations permanentes" que subissent les personnels. On sait que 2 300 soldats américains sont morts. Il en est de même pour 467 contractants civils. Les forces américaines, 138 000 hommes, ne sont pas capables d'assurer la sécurité des installations pétrolières ! Les soldats irakiens, 227 000, même si "leur qualité" est désormais meilleure, ne feront pas mieux.

Le passage de témoin politique à un Parlement et un gouvernement irakiens est un élément positif. Concernant l'effet sur le redressement de l'économie irakienne, l'inspecteur a de sérieux doutes : "Il faut admettre que le gouvernement irakien n'est pas préparé à prendre en charge la gestion à court et à moyen terme des projets de reconstruction du pays."

Pour l'équipe Bush, la démocratie devait aller de pair avec la relance économique. Saddam renversé, les Irakiens devaient élire leurs représentants et se remettre au travail. La paix et la prospérité reviendraient ensemble, comme deux soeurs jumelles.

La guérilla des insurgés met à bas cet espoir. Trois ans après la victoire, la démocratie est là, vaille que vaille, mais l'économie végète. Pas de misère aggravée mais aucun développement non plus. En août dernier, le FMI était parvenu à la même conclusion : les violences ont dissuadé les investissements et atrophié le commerce.

L'échec américain à contrôler le pays se paie par un échec économique patent. Mais ce n'est pas tout. Le coût de la guerre a explosé. L'administration Bush l'avait évalué en 2003 entre 50 et 60 milliards de dollars. Or 251 milliards ont déjà été dépensés, selon une étude des économistes Laura Bilmes et Joseph Stiglitz (le Prix Nobel), cités par Martin Wolf du Financial Times. Si l'administration Bush décide d'un maintien des troupes encore cinq ans (même en plus faible nombre), il en coûtera encore de 200 à 270 milliards. En ajoutant le prix des soins aux blessés, des pensions versées et du remplacement des matériels militaires, la facture monte à 750 ou 1 200 milliards de dollars : dix fois le versement net annuel de l'ensemble des pays riches pour l'aide au développement.

Ajoutons, pour faire bonne mesure, que le manque à produire du pétrole irakien participe de la faiblesse de l'offre et pousse les cours à la hausse. Les auteurs chiffrent à 5 dollars le baril le surcoût. Enfin, ils avouent renoncer à calculer les autres conséquences, comme le prix d'avoir enragé les musulmans du monde entier et celui de la tache sur la réputation des Etats-Unis de Guantanamo.

Sources : LE MONDE

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans IRAK

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