L'AFFAIRE PLAME

Publié le par Adriana Evangelizt

Lewis Libby inculpé vendredi, Karl Rove toujours dans le collimateur du procureur : Bush échappe au pire mais reste sur la défensive.

 

L'affaire Plame éclabousse la Maison-Blanche

Le procureur fédéral Patrick Fitzgerald n’a retenu qu’une cible, mais il l’a clouée au mur. Lewis « Scooter » Libby, 55 ans, le directeur de cabinet du vice-président Dick Cheney, a été mis en examen hier sous cinq chefs d’inculpation : deux pour «parjure», deux pour «fausses déclarations» et un pour «obstruction à la justice». Sa démission a été acceptée «avec profond regret» par la Maison-Blanche moins de quinze minutes plus tard.

Karl Rove, le principal conseiller politique de George W. Bush, a échappé pour l’instant au couperet, mais il reste apparemment sous le coup de l’enquête. Le procureur spécial a indiqué hier que «le gros du travail est achevé» et que « le mandat du grand jury a expiré». Mais il a ajouté : «Ce n’est pas fini. Il est habituel qu’un grand jury reste ouvert à l’examen d’autres aspects» d’un tel dossier. Le supplice de la Maison-Blanche n’est donc pas nécessairement terminé dans cette affaire, ouverte il y a vingt-deux mois après qu’une «fuite» eut dévoilé l’identité d’une espionne de la CIA.

Patrick Fitzgerald a exposé en termes sévères l’acte d’accusation dressé hier contre Lewis Libby. Lors de son interrogatoire par le FBI et durant ses dépositions sous serment devant le grand jury, le plus proche collaborateur du vice-président a menti sur toute la ligne, affirmant avoir appris le nom de Valerie Plame d’un journaliste, alors qu’il le tenait d’au moins trois responsables officiels, dont Dick Cheney lui-même. «Il a prétendu être à la fin d’une longue chaîne (de fuites), mais il fut le premier à dévoiler l’information à la presse, a accusé le procureur. C’est un crime très sérieux. La sécurité nationale est en jeu.» Laissé en liberté, Libby encourt jusqu’à 30 ans de prison et 1,25 million de dollars d’amende s’il est condamné.

Moindre mal

Rove, lui, était dans le collimateur du grand jury pour avoir « oublié », lors de sa première audition, de mentionner une conversation avec Matthew Cooper, du magazine Time. Ces poursuites pour des comportements liés à l’enquête, et non aux faits initialement incriminés, sont devenues classiques dans les affaires politico-judiciaires aux États-Unis : un scénario similaire avait conduit au procès en destitution de Bill Clinton en 1999.

En comparaison, l’inculpation d’hier représente un moindre mal pour George Bush. Karl Rove devrait conserver ses fonctions de secrétaire général adjoint de la Maison-Blanche et de conseiller du président. S’il est distrait par la poursuite de l’enquête, ou doit maintenir un profil bas, cela pourrait avoir des conséquences politiques : la mauvaise gestion de l’ouragan Katrina et la nomination avortée de Harriet Miers à la Cour suprême sont déjà mises sur le compte de ses démêlés avec la justice. Cette éminence grise du président reste sans égal pour conjuguer la petite et la grande politique, les calculs électoraux et la mise en œuvre des réformes.

Semaine noire

L’inculpation de Libby n’a pas le même impact, même si elle est embarrassante. Il était l’ombre portée d’un vice-président beaucoup plus influent que ses prédécesseurs, mais dont l’image publique est ternie. Ce que mettent en lumière les conclusions du procureur, les Américains le savent déjà depuis longtemps : que la Maison-Blanche a manipulé les faits pour justifier sa guerre en Irak, fait pression sur la communauté du renseignement, intimidé ses opposants et menti au public. C’est beaucoup, pour une Administration qui avait bâti son image sur la probité et un changement des mœurs à Washington. Mais il est peu probable que cela bouleverse les équilibres politiques nationaux.

Le président vient d’enchaîner l’une des semaines les plus noires de son double mandat : le cap des 2000 victimes américaines a été franchi en Irak et sa candidate pour la Cour suprême a dû se retirer sous les critiques de son propre camp. Sur la défensive, il a salué hier un ex-collaborateur « présumé innocent » qui avait « travaillé sans relâche au service du peuple américain. » Mais il a cherché à se distancer de la polémique, rappelant que « du travail » l’attend et qu’il « nommera très bientôt un candidat à la Cour suprême. » Selon des stratèges républicains, l’une des façons de détourner l’attention consisterait à lancer des initiatives politiques spectaculaires : le processus de paix israélo-palestinien pourrait ainsi bénéficier des mésaventures de Lewis Libby.

Le vainqueur du jour, Joseph Wilson, époux de Valerie Plame, a eu pour sa part le triomphe modeste : «Lorsque la fonction présidentielle est abaissée, a-t-il fait dire par son avocat, c’est un triste jour pour l’Amérique.»

Sources : LE FIGARO

Posté par Adriana Evangelizt

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Publié dans CHENEY-RUMSFELD

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