LIBBY, UN HOMME D'OMBRE
Un homme d'ombres et d'influence
Le directeur de cabinet du vice-président américain, Lewis «Scooter» Libby, impliqué dans l'affaire Plame-Wilson, fait figure d'éminence grise de Richard Cheney, aussi discret qu'il serait influent. Associé au mouvement néo-conservateur, ancien élève et protégé de Paul Wolfowitz, l'ex-numéro deux du Pentagone et actuel président de la Banque mondiale, cet homme de l'ombre a été l'une des sources de la journaliste du «New York Times» Judith Miller dans la révélation de l'identité d'un agent secret.
A peine visible sur des photos du vice-président Dick Cheney, toujours en retrait, Lewis Libby, 55 ans, mince et élégant, formé dans les écoles de l'élite de la côte est américaine, aurait été surnommé par son père «Scooter» au berceau, en raison de son énergie. La gauche américaine le place au centre de «tous les scandales de l'administration liés à la sécurité nationale: la débâcle du renseignement sur l'Irak, les réunions secrètes sur l'attribution de contrats à Halliburton en Irak, la fuite à la presse sur l'identité d'un agent de la CIA, sans compter d'autres encore inconnus», comme le résume le Center for the American Progress.
«Un centre de pouvoir»
Pour le journaliste Bob Woodward, «Lewis Libby fait partie d'une catégorie à part parmi les responsables de Washington - l'homme passe-muraille, toujours présent en coulisses». Il est aussi connu pour entretenir de discrets contacts avec certains journalistes, dont il serait une source anonyme précieuse au sein de l'administration. Réunissant trois titres à la Maison Blanche, y compris celui de conseiller du président, «Scooter était à lui tout seul un centre du pouvoir, et du coup un démultiplicateur du programme et des idées de Cheney» en 2001, ajoute Woodward dans son livre sur l'entrée en guerre contre l'Irak, «Plan d'attaque».
Vision néoconservatrice
En février 2003, c'est lui qui prépare pour le secrétaire d'Etat Colin Powell une synthèse sur l'armement irakien, avant un discours au Conseil de sécurité des Nations unies: il est l'un des plus fervents partisans de la thèse de l'existence d'armes de destruction massives irakiennes, qui n'ont jamais été trouvées. Dans son livre sur l'influence des néo-conservateurs, «Rise of the vulcans», James Mann explique qu'en 1992, Lewis Libby avait inscrit la vision du monde néo-conservatrice dans le document stratégique des Etats-Unis, mis à jour pour la première fois depuis la chute de l'empire soviétique. Ce document «expliquait que les Etats-Unis devaient “empêcher toute puissance hostile de dominer une région essentielle à nos intérêts”. Cela laissait penser que tout pays venant rivaliser avec la puissance américaine pourrait être jugé “hostile” si sa politique n'était pas alignée avec celle des Etats-Unis», résume notamment James Mann.
Diplômé de l'Université de Yale, fréquentée avant et après lui par Cheney et Bush, Libby était venu pour la première fois à Washington en 1981 à l'initiative de Paul Wolfowitz, intégrant le département d'Etat. Il a ensuite alterné une carrière d'avocat - il a notamment défendu le financier controversé Marc Rich, proche des démocrates -, d'intellectuel, et de conseiller des républicains. Il y a neuf ans, ce passionné de ski a écrit un roman situé dans un village reculé du Japon en 1903, «The apprentice». Le supplément littéraire du New York Times avait salué «une prose délicate et des passages descriptifs saisissants».
Sources : LIBERATION
Posté par Adriana Evangelizt