RAPPORT MEHLIS 4ème partie
L'ENQUÊTE DE LA COMMISSION (suite)
Conclusion :
Il existe de bonnes raisons de croire que la décision d’assassiner l’ancien Premier ministre Rafic Hariri n’aurait pas pu être prise sans l’assentiment de responsables sécuritaires syriens haut placés, et n’aurait pas pu être menée plus avant sans la complicité de leurs homologues dans les services de sécurité libanais.
Écoutes téléphoniques sur Hariri
124 – Selon un témoin, des ordres ont été donnés au personnel des FSI de garder M. Hariri sous surveillance à la fin de janvier et au début de février 2005. Aucune documentation à ce sujet n’a été trouvée durant l’enquête de la commission d’enquête internationale indépendante des Nations unies.
125 – Le colonel Ghassan Toufeili était responsable du département technique du service de renseignements de l’armée libanaise. Ce département comprend le service de télécommunications et d’écoutes téléphoniques. Il surveillait des personnalités politiques, militaires et des personnes suspectes. Son supérieur était le chef du service de renseignements de l’armée, le général Raymond Azar. Le colonel Toufeili recevait les ordres de son supérieur oralement et non par écrit. Plusieurs personnalités importantes tels des anciens présidents, Premiers ministres et députés étaient mises en permanence sous écoute. Même si M. Hariri n’était plus Premier ministre au début de 2005, il demeurait une figure politique et économique très importante au Liban et au Moyen-Orient. D’où le fait qu’il était constamment mis sous écoute. Le département technique surveillait et enregistrait les conversations. Une équipe de la Sûreté générale libanaise aidait l’unité militaire de Toufeili. Les protocoles étaient transmis quotidiennement au général Raymond Azar et au commandant en chef de l’armée, le général Michel Sleimane. Le chef de la Sûreté générale, Jamil al-Sayyed, était également notifié des résultats. Selon les déclarations du colonel Toufeili, le général Raymond Azar envoyait les protocoles au président libanais et au général Ghazalé, le chef des services de renseignements syriens au Liban.
126 – Le colonel Toufeili a mentionné que la garde républicaine possédait également son propre service d’écoutes téléphoniques.
Conclusion :
À travers les écoutes continuelles sur les lignes téléphoniques de M. Hariri, les services de renseignements et de sécurité syriens et libanais étaient informés en permanence de ses mouvements et de ses contacts.
Travaux de routes
127 – La commission a également investigué s’il y avait eu des travaux d’excavation sur la route devant l’hôtel Saint-Georges avant l’assassinat. Il avait été suggéré que d’inhabituels travaux de routes – comprenant l’installation de câbles et de bouches d’égout – avaient eu lieu sur la route devant l’hôtel Saint-Georges peu avant l’assassinat, ce qui induit que des individus impliqués dans l’assassinat auraient pu avoir l’opportunité d’installer une bombe ou un dispositif de bombe à télécommande sous la route, causant ainsi l’explosion.
128 – Les archives de la municipalité ont montré que les derniers permis de travaux dans le secteur proche de la scène du crime octroyés avant la déflagration avaient été délivrés en janvier 2005. Par exemple, du 3 au 8 janvier 2005, l’Office des eaux de Beyrouth s’était vu accorder des permis de creuser pour une conduite d’eau et de procéder à des excavations sur les routes principales autour de l’hôtel Saint-Georges. Ogero, la compagnie de télécommunications, s’était vu accorder un permis pour installer un câble de télécommunications entre le 13 et le 20 jjanvier 2005. Cependant, certains témoins ont déclaré qu’il a pu y avoir en fait des travaux de routes dans le secteur devant le Saint-Georges à une date plus rapprochée du jour de l’explosion, y compris la nuit d’avant. Par exemple, un chauffeur de taxi a rapporté qu’il avait déposé deux passagers à l’hôtel Phoenicia le 12 février 2005 à 06h15 du matin environ. Comme il tournait à gauche vers Minet el-Hosn, il a réalisé que la route était coupée juste devant l’hôtel Saint-Georges, en face de la banque HSBC, et que quelques travaux de routes étaient en train, comprenant deux regards devant le Saint-Georges, et que des ouvriers et des militaires étaient présents sur les lieux. Un autre témoin, un travailleur de marina, a noté que pendant que l’installation des câbles de téléphone avait commencé à la marina, ils n’étaient pas en service car ils n’avaient pas été connectés à un câble extérieur et qu’il n’y avait pas de câbles connectés pour la télévision ou les computers. Un autre individu a rapporté que dimanche après-midi, le jour avant l’assassinat, comme lui et sa femme s’approchaient du site de l’explosion, ils avaient vu trois jeunes gens travaillant au milieu de la route et glisser dans un trou dans le terrain près de l’hôtel Saint-Georges, ce qui semblait être un grabat, observant également que deux câbles noirs d’un inch de diamètre environ couraient du trou à l’hôtel Saint-Georges. Par contraste, d’autres témoins étaient sûrs qu’il n’y a pas eu de travaux de routes dans le voisinage les jours précédant l’explosion.
Conclusion :
La question de savoir s’il y a eu des excavations devant l’hôtel Saint-Georges demeure ouverte, la commission n’ayant pu la résoudre ni aller au-delà de certaines réminiscences de témoins qui n’ont pas été substantielles de manière indépendante. Les archives de la municipalité semblent apparaître comme rendant clair, cependant, que des excavations proches du lieu du crime n’étaient pas conduites par les détenteurs de permis délivrés par l’hôtel de ville.
L’exécution de la déflagration
129 – Une branche de la banque HSBC est située près de la scène de l’explosion. Elle disposait de son propre système de sécurité CCTV, contrôle télévisé, qui a enregistré les mouvements du cortège Hariri immédiatement avant l’explosion, mais n’a pas enregistré la scène de la déflagration elle-même. En scrutant, la séquence enregistrée a montré un van blanc Mitsubishi Canter pénétrant dans le secteur de l’explosion peu avant le convoi de M. Hariri.
130 – L’enregistrement a montré clairement que cette Mitsubishi Canter évoluait à peu près six fois moins vite que tous les autres véhicules traversant le même tronçon. Une analyse chrono indique que pour environ 50 mètres de route couverte par la caméra, une voiture normale met 3-4 secondes, tandis qu’un poids lourd met 5-6 secondes pour couvrir la distance. La Mitsubishi Canter a mis à peu près 22 secondes pour traverser la distance et elle est entrée dans le secteur une minute et 49 secondes avant le convoi Hariri.
131 – Des échantillons recueillis sur la scène du crime pour des examens légistes ultérieurs ont réussi à identifier le van Mitsubishi Canter. À travers une partie du bloc moteur, trouvée et recueillie sur la scène du crime, l’on a pu conclure que le moteur vient d’un véhicule Mitsubishi volé le 12 octobre 2004 à Sagamathira City, Japon.
132 – La commission a interviewé tous les survivants qui se trouvaient dans le cortège Hariri, les témoins oculaires présents sur les lieux et dans les secteurs adjacents aussi bien que les propriétaires de magasins, les employés, les vendeurs, les résidents, etc. dans le voisinage de la scène du crime.
133 – Aucune des personnes interrogées n’a fait des observations sortant de l’ordinaire le 14 février 2005, dans la rue Minet el-Hosn ou dans les secteurs adjacents, concernant des activités différentes de la situation normale dans ces lieux.
134 – L’une des interrogations principales pour la commission était de déterminer comment l’on avait su que M. Hariri emprunterait la route côtière pour retourner de sa réunion parlementaire au palais de Koraytem.
135 – Il était notoire que M. Hariri allait assister à la séance de préélection au Parlement ce matin particulier. Il était également connu qu’il regagnerait le palais de Koraytem après la réunion, car il avait invité à déjeuner, au palais, plus de vingt personnes.
136 – De la place de l’Étoile à Koraytem, il y avait trois options de trajets. La décision de prendre la voie côtière a été prise juste avant le départ par un cadre supérieur de l’équipe de sécurité privée de M. Hariri et communiquée à la voiture de tête, mais il avait été envisagé le matin que si le convoi pouvait regagner Koraytem avant 14h00, ils choisiraient la voie côtière. Sinon, un autre parcours aurait été suivi. Le cortège a quitté la place de l’Étoile et a suivi la rue Ahdab et l’avenue Foch. À la jonction de l’avenue Foch et de la rue du Port, le convoi a été retardé pendant plusieurs minutes à la suite d’un encombrement de trafic. À la susdite jonction, le convoi a tourné à gauche et a pris la voie côtière vers Aïn Mreyssé et l’hôtel Saint-Georges.
137 – Le cortège se composait de six voitures. La première, une Toyota Land Cruiser, avait à son bord quatre officiers des Forces de sécurité intérieure, la seconde était une Mercedes S avec trois personnes de l’équipe de sécurité privée de M. Hariri. La troisième voiture était une Mercedes blindée conduite par M. Hariri, avec M. Fleyhane comme passager. La quatrième et la cinquième voiture étaient des Mercedes 500 S, chacune ayant trois éléments de la garde de sécurité privée de M. Hariri, et elles roulaient sur les flancs de la troisième voiture. La dernière voiture du convoi était une Chevrolet, complètement équipée en ambulance et transportant trois membres de l’équipe Hariri, dont deux étaient des paramédicaux. La deuxième, la quatrième et la cinquième voiture étaient équipées de systèmes de brouillage qui étaient ouverts et fonctionnaient.
138 – Quand le convoi a passé l’hôtel Saint-Georges rue Minet el-Hosn, une énorme explosion s’est produite, tuant M. Hariri et 21 autres personnes. De plus, plus de 220 personnes ont été blessées et les immeubles ou véhicules du voisinage ont subi de lourds dégâts. M. Hariri a été transporté à l’hôpital de l’Université américaine, où sa dépouille mortelle a été identifiée, la cause de la mort étant une immédiate lésion du cerveau consécutive à un arrêt cardiaque.
139 – Une Opel qui avait suivi le cortège de la place de l’Étoile à la jonction de l’avenue Foch et de la rue du Port n’a pas été identifiée. L’on devrait noter que parce que le cortège avait été retardé à un croisement, il avait pour un court moment emprunté un sens interdit dans une rue à sens unique allant de la place de l’Étoile à l’avenue Foch, suivi par l’Opel. La commission n’a pas réussi à savoir pour quelle raison le cortège avait été retardé au croisement.
140 – Le rapport Fitzgerald avait indiqué que dans les trois mois précédant l’explosion, M. Hariri avait emprunté la voie côtière à six reprises, mais il faut se souvenir que durant la même période il était apparu en public, dans la région de Beyrouth, moins d’une dizaine de fois.
141 – La commission n’a pas trouvé d’indications qu’il y ait eu des fuites, ou des complicités, parmi les proches membres de l’équipe de M. Hariri. Cependant, la commission a déterminé que M. Hariri était sous surveillance au moins un mois avant l’explosion, par des gens planifiant le crime (voir l’analyse téléphonique dans la section plus haut).
142 – La faiblesse des mesures initiales prises par les autorités libanaises et le traficotage des indices durant le premier examen de la scène du crime ont entravé l’identification du type d’explosifs utilisés dans la déflagration. Les premiers échantillons de résidus ont été testés dans un « itemizer », un indicateur de genre d’explosifs qui ne donne pas d’autres indications. Dans ce cas, il indiquait le TNT, mais il n’y a pas eu d’examen légiste en laboratoire des échantillons. Ce fait a entravé l’investigation car il a été impossible de retracer l’origine des explosifs, ce qui aurait pu conduire aux auteurs du crime.
143 – De plus, il n’y a pas eu dans le secteur de saisie, à part ceux de la banque HSBC, d’autres prises par CCTV, système de contrôle télé vidéo. Cette négligence aurait conduit à la perte d’indices importants.
Conclusion :
Il n’aurait pas été difficile pour des individus hors le premier cercle de Hariri de prévoir le trajet que son convoi devait suivre le 14 février 2005. Le van Mitsubishi Canter montré sur la vidéo du système de sécurité CCTV de la banque HSBC transportait les explosifs. La négligence des autorités libanaises à prendre les mesures d’enquête appropriées et un examen professionnel total de la scène du crime immédiatement après l’explosion ont rendu difficile la solution de questions-clés concernant l’exécution de l’attentat à la bombe, comme le type d’explosif utilisé, ou a pu produire la perte d’indices importants, comme d’utiles vidéos CCTV.
L’utilisation de cartes de téléphone prépayées
144 – Les investigations des FSI et du renseignement militaire ont conduit à six cartes d’appel prépayées, avec des enregistrements téléphoniques montrant l’utilisation de ces instruments dans la planification de l’assassinat. Commençant à environ 11h00, le 14 février 2005, les complications de sites cellulaires montrent que des portables utilisant ces six cartes d’appel ont été localisés dans un secteur allant de la place de l’Étoile à l’hôtel Saint-Georges, dans un périmètre limité à quelques blocs, et ont communiqué plusieurs fois entre eux, et uniquement entre eux. Les téléphones étaient placés de manière à couvrir chaque route menant du Parlement au palais de Koraytem : les enregistrements cellulaires démontrent que ces appareils étaient placés pour couvrir tout parcours que M. Hariri aurait pu suivre ce jour-là. L’un des téléphones localisé près du Parlement a appelé quatre fois les autres lignes téléphoniques à 12h53, au moment où le convoi de M. Hariri quittait la place de l’Étoile. Les appels – et tout usage des cartes – ont pris fin à 12h53, le 14 février, quelques minutes avant l’explosion. Les lignes ont été toutes désactivées depuis lors.
145 – Des investigations supplémentaires ont révélé que ces six lignes – ainsi que deux autres – ont été mises en circulation le 4 janvier 2005, après qu’un numéro d’appel 1456 les eut activées. Elles ont été toutes enclenchées en un même lieu au Liban-Nord entre Terbol et Minié. Bien qu’elles aient été achetées début janvier 2005, jusqu’au moment de l’explosion, ces lignes n’ont communiqué qu’entre elles. Durant cette période jusqu’à l’assassinat, il semble qu’il y ait une corrélation entre leur localisation et les mouvements de Hariri, ce qui laisse penser qu’elles ont pu être utilisées pour suivre les mouvements de Hariri pendant cette période.
146 – La commission, en conjonction avec les autorités libanaises, a continué les investigations sur l’origine de ces lignes téléphoniques. Les six cartes prépayées, et quatre autres, provenaient de la Powegroupe Company, Beyrouth, un établissement possédé par un membre actif des Ahbache, étroitement lié à cheikh Ahmed Abdel-Al. Selon les livres de la compagnie, les lignes ont été délivrées au magasin de la branche de Tripoli. L’un des employés de ce magasin de Tripoli a rapporté que le 30 décembre 2004, il a reçu un appel téléphonique de Raed Fakhreddine, le propriétaire d’une autre échoppe de cellulaires à Tripoli, neveu de Tarek Ismat Fakhreddine, un notable homme d’affaires conseiller de l’ancien Premier ministre Omar Karamé. Selon les indications, Raed Fakhreddine avait urgemment besoin d’acheter 10 cartes prépayées ; l’employé du magasin de Tripoli a noté que la requête elle-même était inhabituelle, car Raed Fakhreddine n’achetait pas ordinairement des lignes du magasin de Tripoli et il n’avait pas non plus des échanges commerciaux avec cet établissement autres que les achats d’équipements de mobile. Cependant, les dix cartes d’appel portant ces lignes particulières ont été localisées et Raed Fakhreddine a envoyé un messager pour prendre ces cartes d’appel portant ces lignes du magasin de Tripoli. Le messager a indiqué à la commission qu’il a payé cash 700 dollars américains pour ces dix cartes au magasin de Tripoli et les a remises à Raed Fakhreddine.Cependant, les formalités légales requises pour acheter des lignes de cellulaire n’ont pas été remplies ce jour-là, mais quelque deux semaines plus tard après la vente, le 12 janvier 2005. L’identification de base requise pour l’achat fournie par Raed Fakhreddine est apparue falsifiée. Le 14 septembre 2005, les FSI ont arrêté Raed Fakhreddine, qui a été subséquemment interrogé en tant que suspect par la commission. Dans cet interrogatoire, il a admis avoir acheté les lignes mais a nié toute connaissance de l’utilisation de six d’entre elles en rapport avec l’assassinat de Hariri.
147 – Sur les dix téléphones mobiles utilisés en connexion avec ces dix cartes de cellulaire, cinq ont été retracés dans un magasin à Tripoli.
Conclusion :
L’investigation sur les cartes de téléphone prépayées est l’un des fils conducteurs les plus importants de l’enquête en termes de savoir qui était physiquement sur les lieux, exécutant l’assassinat. C’est une ligne d’investigation qui a besoin d’être suivie à fond.
Les instruments de brouillage
148 – Le convoi de Hariri comprenait trois véhicules équipés d’instruments de brouillage ayant la capacité de fausser les signaux émis par les commandes à distance IED.
149 – La commission d’enquête internationale a reçu des informations d’une source, selon laquelle un proche de Hariri a manipulé les instruments de brouillage avant l’explosion, mais la commission n’a pas été capable de vérifier ces informations. De fait, tout porte à croire que ces instruments de brouillage étaient opérationnels et dans un bon état de fonctionnement au moment de l’attentat. Les personnes qui avaient la responsabilité de ces instruments ont affirmé qu’elles procédaient à des vérifications en détail de ces instruments chaque trois mois et que la dernière opération avait été effectuée au début de janvier 2005 sans qu’aucun problème ne soit détecté. De plus, le système a été vérifié par un membre de la garde de Hariri deux jours avant l’explosion et a été jugé en bonne condition. Des trois instruments de brouillage, l’un a été complètement détruit, un autre a été brûlé, mais a pu être réparé et est maintenu comme pièce à conviction. Quant au troisième, il était toujours opérationnel et, à la suite d’un test, a été trouvé en bon fonctionnement. De plus, le rapport établi par des experts néerlandais sur les deux appareils sauvés conclut sur le fait que l’appareil resté intact a été opérationnel. Enfin, les sociétés de télécommunications mtc touch et alfa ont affirmé que leurs réseaux ont été interrompus le 14 février entre 12h00 et 13h00 entre la place de l’Étoile et l’hôtel Saint-Georges. Les enquêteurs de la commission internationale ont procédé à une reconstitution, le 19 août 2005, en coopération avec mtc touch et alfa., en utilisant trois véhicules similaires à ceux du convoi de Hariri et en les équipant d’instruments de brouillage similaires. Les véhicules ont pris la même route que le convoi, de la place de l’Étoile à l’hôtel Saint-Georges. La reconstitution a abouti relativement aux mêmes conclusions concernant l’interruption provisoire des télécommunications qui s’est produite le 14 février, y compris en tenant compte d’autres facteurs qui auraient pu affecter les télécommunications dans le secteur. En conséquence, il peut être établi qu’au moins l’un des instruments de brouillage était opérationnel et fonctionnel au moment de l’explosion.
150 – Toutefois, même si au moins l’un des appareils était en fonction, l’enquête a révélé qu’il existe des moyens de passer outre ces instruments, de les éviter, d’y échapper ou même d’en utiliser.
Les diverses possibilités incluent l’attaque-suicide, l’explosion sans fil utilisant des fréquences différentes de celles des instruments de brouillage, ou utilisant les mêmes fréquences, une explosion sans fil par le recours à un téléphone satellitaire de Thuraya, la seule compagnie de téléphone opérant sur le territoire libanais avec des liens satellisables, une explosion par câble TNT, ou bien une explosion par l’utilisation d’un autre type de câble comme, par exemple, une ligne de téléphone servant de câble de connexion. Bien qu’il apparaisse à la commission, sur la base de ses investigations conduites jusqu’ici, et plus spécifiquement des conclusions de l’enquête des experts néerlandais, qu’il est possible que l’explosion soit le fait d’une attaque-suicide, les autres possibilités réclament un surcroît d’investigation afin de savoir s’il était possible qu’un seul homme ait pu les mener ou bien s’il fallait le concours d’un kamikaze.
Conclusion :
Il apparaît que les instruments de brouillage dans le convoi de Hariri étaient opérationnels et fonctionnels le 14 février au moment de l’explosion. Un surcroît d’enquête pourrait fournir des informations sur la façon dont l’IED a été activé.
Les interférences dans les télécommunications dans le centre de Beyrouth
151 – La commission d’enquête internationale a reçu des informations selon lesquelles des interférences ont été enregistrées le 14 février 2005 de 9h00 à 14h00 sur l’antenne de télécommunications couvrant le secteur de Riad el-Solh, comprenant le site du crime. La question a fait l’objet d’investigations avec le ministère des Télécommunications. Ces informations ont été confirmées par d’autres renseignements fournis par l’opérateur mtc touch. En conséquence, les usagers de téléphone mobile dans le secteur du crime n’étaient pas en mesure d’utiliser cette antenne et ont été déviés vers d’autres. Jusqu’ici, aucune preuve n’a été fournie établissant clairement l’existence d’une manipulation interne à mtc touch, mais une telle manipulation ne peut toujours pas être écartée. Il reste également possible qu’un individu de l’extérieur, une organisation criminelle, une compagnie ou une autorité ait pu générer ces interférences, par exemple avec des instruments de téléphonie mobile. Plus globalement, on ne peut écarter la possibilité d’un lien direct entre les interférences et l’attentat.
Conclusion :
Il apparaît qu’il y avait des interférences sur une antenne de télécommunications dans le secteur du crime et au moment du crime. Cela constitue une ligne d’enquête qui devra être approfondie.
La scène du crime
152 – Jusqu’à la formation de la commission internationale d’enquête, les autorités n’avaient pas encore procédé à un examen approfondi de la scène du crime. Or un examen de ce type étant à la base de toute enquête criminelle, la commission a estimé nécessaire de réclamer l’assistance de l’ONU pour seconder les experts dans le but de déterminer, d’abord, et entre autres, si l’explosion s’était produite en surface ou sous terre.
L’équipe médicolégale allemande
153 – Le 6 juillet 2005, l’équipe médico-légale allemande comprenant quatre experts soumit son rapport à la commission.
Voici les conclusions des paragraphes les plus importants :
« Les éléments et conclusions rassemblés par l’équipe d’experts suisses sont tout à fait crédibles. En raison de la distribution des pièces de la camionnette Mitsubishi retrouvées jusqu’à présent, on peut estimer que le véhicule a joué un rôle important dans le cours de l’action et a été probablement utilisé comme le véhicule porteur de la bombe.
« Tout bien considéré, la possibilité la plus forte c’est qu’il s’agit d’une explosion en surface. Et dans ce cas, le poids de la matière explosive devait être d’environ 1 000 kilos. Un puissant explosif a été utilisé. Le résultat d’un échantillon-A du mur du cratère montre que du TNT a été utilisé. Mais ce résultat n’a pas été obtenu en présence d’un expert de la mission d’enquête de l’ONU (Fact finding mission) et doit donc être considéré comme préliminaire et non définitivement confirmé. Notre travail sur la scène du crime ne nous a pas permis de détecter quel type de détonateur a été utilisé. »
Sources : LORIENT LE JOUR