RAPPORT MEHLIS 3ème partie
L'ENQUÊTE LIBANAISE (Suite et fin)
80 – Quelque temps après la diffusion de la cassette, les autorités libanaises avaient rassemblé un nombre important d’informations à propos de M. Abou Adass et ont commencé à interroger sa famille et ses associés. La majorité de ces informations proviennent apparemment de cheikh Ahmed Abdel-Al, des Ahbaches, un groupe islamique actif dans le secteur des camps palestiniens où M. Abou Adass aurait vécu. Cheikh Abdel-Al a déclaré devant la commission internationale d’enquête qu’il avait reçu un appel téléphonique du palais présidentiel, quelque temps après la diffusion de la vidéocassette d’Abou Adass, lui demandant s’il avait des informations sur M. Abou Adass. Selon M. Abdel-Al, ce dernier avait obtenu des informations sur la vie de Abou Adass, dont son adresse, le fait qu’il se rendait souvent à Aïn el-Héloué, qu’il était instruit, ayant probablement suivi des cours de sciences informatiques, qu’il était un wahhabite et qu’il avait visité Abou Obeyda (chef adjoint de Jound el-Cham). Cheikh Abdel-Al a également obtenu les noms des membres de la famille et des amis de M. Abou Adass. Il a envoyé ces informations par fax au président Lahoud, à Ali Hajj, à Albert Karam, à Jameh Jameh et Maher al-Toufayli. Cheikh Abdel-Al aurait, en outre, tenu une réunion avec un officier des services de renseignements syriens, Jameh Jameh, le 14 février 2005 au soir, et lui aurait remis des informations relatives à M. Abou Adass et que Jameh Jameh devait, par la suite, relayer aux Forces de sécurité intérieure.
81 – Les FSI ont perquisitionné la maison de Abou Adass, accompagnées d’un membre des Ahbaches. Ils ont saisi de chez lui un ordinateur, ainsi qu’un certain nombre de disques compacts qui étaient tous à caractère islamique fondamentaliste. Bien que le rapport de perquisition précisait que les documents trouvés étaient pour la plupart téléchargés d’Internet, il n’y avait aucune indication sur un accès à Internet dans la maison de Abou Adass. Plusieurs membres de la famille et amis de Abou Adass ont été interrogés par les autorités (dont les Forces de sécurité intérieure et les services de renseignements de l’armée) au cours des jours qui ont suivi l’attentat. M. Abou Adass n’a pas pu cependant être localisé. Le jour de l’attentat, 10 personnes ont été interrogées et une quarantaine d’autres au cours des deux mois qui ont suivi. L’enquête libanaise a révélé que M. Abou Adass a été employé, au cours de l’été 2004, dans un magasin d’ordinateurs qui appartenait en partie à cheikh Ahmed al-Sani, un membre du réseau d’Ahmed Mikati et d’Ismaël al-Khatib.
82 – Dans un rapport datant du 17 février 2005 et soumis par le général Sayyed au juge Mezher, le général Sayyed affirme que la vidéocassette est authentique et que « Ahmed Abou Adass, qui apparaît dans la cassette était… clairement impliqué dans l’attentat ». Le seul élément fourni pour étayer cette conclusion est que « la façon avec laquelle il avait fait sa déclaration et s’était montré sans se cacher le visage est adoptée par les kamikazes dans des cas similaires. Le fait qu’il n’ait pas dissimulé son visage en faisant sa déclaration prouve qu’il devait être personnellement responsable de l’attentat » (information relative à des faits en rapport avec la diffusion par al-Jazira, de la vidéocassette sur laquelle l’attentat avait été revendiqué, n° 606/A’A, 17 février 2005).
L’enquête australienne
83 – Le 15 février 2005, une demande a été transmise à la police fédérale australienne de la part du procureur général exigeant l’arrestation de six individus en tant que suspects dans l’assassinat de Hariri. Le responsable des Forces de sécurité intérieure à l’aéroport international de Beyrouth a informé le directeur des Forces de sécurité intérieure, le général al-Hajj, du cas de ces six individus. Le général al-Hajj a directement transmis l’information au procureur général, la juge Rabiha Kaddoura, qui a contacté les autorités australiennes. L’investigation australienne a écarté toute implication de ces six suspects dans ce crime, une position que les autorités libanaises en charge de l’investigation ont approuvée.
84 – Les dossiers indiquent que les autorités libanaises ont basé leurs soupçons sur les facteurs suivants :
a) Les six personnes en question sont parties de l’aéroport international de Beyrouth une heure et demie après l’explosion de la bombe ;
b) les six personnes n’avaient pas de bagages ; et
c) l’une des six personnes présentait une ressemblance avec M. Abou Adass, qui avait été filmé dans une vidéo d’un groupe extrémiste ayant revendiqué l’attentat.
85 – Les autorités australiennes ont mené une investigation extensive pour assister les autorités libanaises. Dans le cadre de l’enquête, des alertes ont été données à l’aéroport, les six individus et d’autres membres du groupe ont été interrogés, des relevés de résidus d’explosifs ont été effectués (explosive residual swabbing), incluant les individus, leurs sièges de passagers et leurs bagages, et l’avion a été examiné à la recherche d’explosifs possibles. Bien qu’il ait été reporté que les six personnes identifiées comme « suspectes » n’avaient pas de bagages, en fait elles avaient des bagages.
86 – Les résultats de l’investigation australienne ont révélé : (1) le groupe voyageait à Djeddah dans le cadre d’un pèlerinage religieux ; (2) aucune trace d’explosifs, organiques ou non organiques, ou de résidus post-explosifs n’a été détecté dans aucun des échantillons prélevés ; et (3) aucune personne interrogée par les autorités australiennes n’était impliquée ou au courant de la moindre implication dans l’assassinat de Hariri.
Sources : LORIENT LE JOUR
L'ENQUÊTE DE LA COMMISSION
Aperçu général
87 – La commission d’enquête internationale (UNIIIC) des Nations unies a été déclarée opérationnelle par le secrétaire général le 16 juin 2005. Entre le 16 juin et le 6 octobre, 244 déclarations de témoins, 293 notes d’investigateurs et 22 déclarations de suspects ont été publiées. Un certain nombre de recherches ont été menées et 453 éléments de la scène du crime ont été saisis. Un total de 16 711 pages de documents a été produit. Trente investigateurs venus de 17 pays différents ont été impliqués dans les mesures d’investigation de la commission d’enquête internationale des Nations unies, ainsi que des experts externes.
88 – Au départ, il faut souligner que le facteur temps a affecté le travail de la commission. La commission d’enquête internationale a été déclarée opérationnelle quatre mois après le crime, ce qui signifie que les auteurs du crime et leurs complices avaient eu largement de temps de détruire les preuves et/ou de se concerter. La possibilité de rappeler les témoins potentiels avait été réduite, et les précédentes omissions et inadvertances ou la perte délibérée et la destruction de preuves ne pouvaient pas être rattrapées.
89 – Le premier mois après que le secrétaire général eut déclaré la commission opérationnelle a consisté à mettre à jour les investigateurs sur le statut courant de l’enquête, et évaluer les mesures prises par les autorités libanaises. Beaucoup de temps a été consacré à l’analyse des éléments transmis à la commission par le procureur général, suivi d’interrogatoires pour clarifier les propos de témoins-clés, basés sur des éléments écrits concernant les sujets suivants :
– La reconstitution des actions et déplacements de M. Hariri avant l’explosion.
– Les résultats des actions menées par les autorités libanaises sur la scène du crime et les régions voisines.
– La manipulation des preuves.
– Les travaux de la route sur la scène avant l’explosion.
– La piste Abou Adass.
– La camionnette Mitsubishi Canter.
– La collecte et l’analyse de listes téléphoniques.
– La collecte et l’analyse de matériel CCTV, vidéo et photos collectés par divers propriétaires dépeignant la scène avant et après l’explosion.
– Les transactions financières.
90 – Ces mesures tour à tour ont mené à de nouveaux témoins. Une « hot line » a été mise à la disposition de quiconque souhaite contacter la commission à propos de l’affaire : cette initiative a entraîné de nouveaux témoignages et de nouveaux indices qui ont eu besoin d’être suivis.
91 – La compilation et l’organisation des documents et des preuves ont pris du temps, notamment la maintenance et l’amélioration du système de stockage et d’enregistrement des données, des milliers de pages de documents et témoignages ainsi que de nombreuses vidéos et photos. Les questions judiciaires ont nécessité des recherches sur la loi criminelle libanaise et les procédures afin d’appliquer le protocole approprié pour les recherches, les arrestations, l’interrogatoire des suspects et les documents à charge. L’aide des autorités libanaises dans ce domaine a été précieuse.
92 – Le deuxième mois a été caractérisé par un changement de direction et de priorité dans les investigations, dans le sens où les enquêteurs ont suivi de nouvelles pistes et de nouveaux témoins en se basant sur les conclusions des mesures précédentes et de leur analyse professionnelle. Plusieurs sources différentes ont approché la commission et fourni des informations utiles. Une grande majorité de responsables haut placés au niveau des autorités libanaises a été interrogée pour clarifier l’attribution des compétences, le commandement, l’étendue de leurs implications, ainsi que les décisions prises (ou celles qui ont été négligées). Pendant cette période, la base de support de la commission a été renforcée et de nouveaux logiciels informatiques ont été installés, ce qui a rendu la base de données plus opérationnelle.
93 – Pendant le troisième mois, un examen à grande échelle de la scène a été mené par une équipe d’experts germano-anglo-japonaise sur le site et dans les régions voisines, incluant les fonds marins adjacents à la scène de l’explosion. Le but de cette opération était de trouver des preuves matérielles sur la scène du crime, de reconstruire le dispositif explosif improvisé (improvised explosive device IED) utilisé et d’identifier la camionnette Mitsubishi Canter. L’opération a été menée in situ en septembre.
Planification de l’assassinat
94 – Dans le cadre des mesures et des efforts entrepris par la commission internationale d’enquête, aucune nouvelle trace concernant les motifs ou les raisons de l’assassinat de M. Hariri n’a émergé pour compléter celles qui peuvent être attribuées aux événements qui ont eu lieu au cours de la seconde moitié de 2004 et qui ont culminé avec la décision de M. Hariri de démissionner de son poste de Premier ministre et le pronostic des résultats des élections au Liban. De très forts indices concernant cette dernière question est la campagne électorale massive du Courant du futur ; la réaction des autorités libanaises concernant l’affaire de l’huile d’olive, en février 2005, lorsque les distributeurs ont été arrêtés (par les autorités libanaises alors qu’ils distribuaient gratuitement des olives selon les ordres de M. Hariri) (notes de l’enquêteur) : enfin les résultats des élections. De nouveaux témoins ont approché la commission, hésitant de prendre contact avec les autorités libanaises en raison de leur méfiance, et ont déclaré que l’assassinat de l’ancien Premier ministre ne pouvait pas avoir eu lieu à l’insu des autorités libanaises et sans l’approbation de la Syrie.
95 – La structure et l’organisation des services de renseignements libano-syriens au Liban au moment de l’attentat montrent un impact pesant sur la vie quotidienne du Liban. Des exemples probants demeurent les documents recueillis de l’ancien poste des services de renseignements syriens, villa Jabre, au Bois de Boulogne, et une conversation téléphonique interceptée entre le général Ghazalé et une éminente personnalité libanaise le 19 juillet 2004, à 09h45 (extraits) :
« Ghazalé : Je sais qu’il est encore tôt, mais j’ai pensé que nous devons vous tenir au courant. Le président de la République m’a dit ce matin qu’il y a deux personnes qui régissent le pays, le Premier ministre et lui-même. Il a dit que les choses ne peuvent pas continuer de cette façon. Le Premier ministre ne cesse de l’irriter et nous sommes en train de le faire taire et nous lui hurlons dessus. Il a été clair que les choses ne peuvent pas continuer ainsi.
(…)
X : Ménagez-moi. Vous pouvez désigner un nouveau gouvernement maintenant ?
Ghazalé : Oui, nous pouvons en désigner un. Quel est le problème ? Nous pouvons nommer Boutros Harb.
(…)
Ghazalé : Laisse-moi te dire un truc. Que des manifestations soient organisées le 20 à Solidere et à Koraytem.
X : Reprenons. Doucement. Je dois prendre en considération les intérêts de la Syrie et du Liban.
Ghazalé : Nous sommes soucieux des intérêts de la Syrie, mais je parle maintenant de Rafic Hariri.
X : Alors, la décision est prise.
Ghazalé : J’aimerais te dire une chose. À chaque fois que nous avons besoin de parler à Hariri, nous devons lui faire la lèche et il ne répond pas toujours.
X : Qu’il aille au diable. Pourquoi dois-je me soucier de lui ?
Ghazalé : Pourquoi dois-je me soucier de lui ? Le président ne peut pas le supporter, alors pourquoi devrais-je le faire ?
X : Bon, qu’il brûle en enfer…
(…)
Ghazalé : Non. Qu’il soit la risée de tous et qu’on le désigne comme étant la personne qui a ruiné et endetté le pays. Que les gens manifestent à Koraytem et à Solidere ; que les manifestations continuent jusqu’à ce qu’il soit obligé à démissionner comme un chien.
X : Que penses-tu d’une alternative. Je lui envoie un message lui disant : Démissionne, bon Dieu.
Ghazalé : Non, ne lui envoie pas un message ni rien d’autre, il dira qu’on l’a obligé à démissionner. Que les manifestations… tu comprends ce que je veux dire. Sinon, il jouera cette carte avec ses maîtres américains et français.
X : Alors, est-ce qu’il faut s’en remettre à la rue ?
Ghazalé : C’est mieux.
X : Fonçons alors. »
96 – Un témoin d’origine syrienne mais résidant au Liban, indique qu’environ deux semaines après l’adoption de la résolution 1559 par le Conseil de sécurité, de hauts responsables officiels libanais et syriens ont décidé d’assassiner Rafic Hariri. Il a prétendu qu’un haut responsable libanais de sécurité s’est rendu à plusieurs reprises en Syrie pour planifier le crime, se réunissant une fois à l’hôtel Méridien à Damas et plusieurs fois au palais présidentiel et au bureau d’un haut responsable syrien de sécurité. La dernière réunion s’est tenue à la maison du même haut responsable syrien de la sécurité environ sept à dix jours avant l’assassinat et comprenait un autre haut responsable libanais de sécurité. Le témoin entretenait des relations étroites avec des officiers syriens supérieurs en poste au Liban.
97 – Au début de janvier 2005, l’un des officiers supérieurs a dit au témoin que Rafic Hariri constituait un grand problème à la Syrie. Près d’un mois plus tard, l’officier a dit au témoin qu’un « tremblement de terre » se produira bientôt et qu’il aura pour effet de réécrire l’histoire du Liban.
98 – Le témoin a visité plusieurs bases militaires syriennes au Liban. Dans l’une de ces bases, à Hammana, il a remarqué une camionnette Mitsubishi de couleur blanche, avec une bâche blanche couvrant le plateau. Les observations ont été faites les 11, 12 et 13 février 2005. La Mitsubishi a quitté la base militaire de Hammana le 14 février 2005 au matin. La camionnette Mitsubishi Canter, qui avait été utilisée comme porte-bombes, est entrée au Liban en provenance de Syrie, par la frontière de la Békaa et une voie militaire le 21 janvier 2005, à 13h20. Elle était conduite par un colonel syrien de la dixième division de l’armée.
99 – Le 13 février 2005, le témoin a conduit les officiers syriens dans la région du Saint-Georges à Beyrouth dans une opération de reconnaissance, comme il l’a plus tard compris, après que l’attentat a eu lieu.
100 – En ce qui concerne M. Abou Adass, le témoin a déclaré qu’il n’a joué aucun rôle dans le crime, sauf qu’il a été un appât. Il a été détenu en Syrie et forcé sous la menace d’un pistolet d’enregistrer la vidéocassette. Plus tard, il a été tué en Syrie. La vidéocassette a été envoyée au Liban le 14 février 2005 au matin, et remise à Jamil al-Sayyed. Un civil au passé criminel et un officier de la Sûreté générale ont été chargés de mettre la cassette quelque part à Hamra et d’appeler ensuite Ghassan ben Jeddo, un reporter de la chaîne télévisée al-Jazira.
101 – Le général Jamil al-Sayyed, selon le témoin, a coopéré étroitement avec le général Moustapha Hamdane et le général Raymond Azar dans la préparation de l’assassinat de M. Hariri. Il a également coordonné avec le général Ghazalé (et, entre autres, des personnes proches de M. Ahmed Jibril au Liban). Le général Hamdane et le général Azar ont assuré le soutien logistique, l’argent, les téléphones, les voitures, les talkies-walkies, les armes, les cartes d’identité, etc. Ceux qui étaient au courant du crime à l’avance étaient, entre autres, Nasser Kandil et le général Ali Hajj.
102 – Quinze minutes avant l’assassinat, le témoin était dans les environs de la région du Saint-Georges. Il a reçu un appel téléphonique de l’un des hauts officiers syriens, qui lui avait demandé où il se trouvait. Quand il a répondu, il lui a conseillé de quitter la région immédiatement.
103 – Un autre témoin a approché la commission et déclaré qu’il a rencontré le général Hamdane à la mi-octobre 2004. Le général Hamdane a parlé négativement de M. Hariri, l’accusant d’être pro-israélien. Le général Hamdane a mis fin à la conversation, en déclarant : « Nous allons l’envoyer dans une promenade, bye bye Hariri. » Après l’assassinat, on lui a enjoint vivement de n’évoquer cette conversation avec personne.
104 – Un autre « témoin » qui est devenu par la suite un suspect, Zouheir ibn Mohammed Saïd Saddik, a donné des informations détaillées à la commission concernant le crime, plus particulièrement en ce qui concerne la phase de planification. Les paragraphes de 105 à 110 présentent les principaux points de la déposition de M. Saddik.
105 – L’un des principaux faits relevés de la déposition de M. Saddik était un rapport écrit, selon ses propos, par Nasser Kandil. Selon ce rapport, MM. Hariri et Marwan Hamadé se sont réunis en Sardaigne. À la fin du rapport, Kandil déclare qu’une décision doit être prise pour éliminer M. Hariri. Nasser Kandil a été chargé de planifier et de mettre à exécution une campagne visant à ruiner la réputation de M. Hariri sur les plans religieux et médiatique. Le parti Baas au Liban a décidé qu’il devait se débarrasser de M. Hariri par n’importe quel moyen et de l’isoler, puisque la tentative du président Lahoud visant à l’éloigner de la scène politique a échoué.
106 – M. Saddik a déclaré que la décision d’assassiner M. Hariri a été prise en Syrie, suivie par des rencontres clandestines à Beyrouth entre de hauts officiers libanais et syriens, qui ont été chargés de planifier et de paver la voie pour l’exécution de l’attaque. Ces réunions ont commencé en juillet 2004 et duré jusqu’en décembre 2004. Les sept hauts responsables syriens et les quatre hauts responsables libanais sont accusés d’être impliqués dans le complot.
107 – Les réunions de planification ont commencé dans l’appartement de M. Saddik à Khaldé et déplacées par la suite dans un appartement à Dahié, une banlieue de Beyrouth. Certains de ces individus ont visité la région entourant le Saint-Georges sous différents déguisements et à des heures différentes pour des buts de planification et de préparation de l’assassinat.
108 – M. Saddik a de même donné des informations concernant la Mitsubishi, notant que le chauffeur éventuellement engagé était un Irakien induit en erreur. On lui a fait croire que la cible était le Premier ministre irakien Iyad Allaoui (qui était à Beyrouth avant l’assassinat).
109 – M. Saddik a été informé que du TNT et d’autres explosifs spéciaux ont été utilisés afin de diriger les soupçons vers les groupes islamistes libanais, puisque ces genres d’explosifs ont été utilisés uniquement dans les opérations en Irak.
110 – Un voyage entrepris par M. Saddik en compagnie de Adbel-Karim Abbas a mené à un camp à Zabadane. Saddik a prétendu avoir vu la camionnette Mitsubishi Canter dans ce camp : des mécaniciens travaillaient dessus et vidaient les côtés. Les côtés du plateau de la voiture ainsi que les portières de la Mitsubishi ont été agrandis et remplis avec des explosifs, qui ont également été posés sous le siège du chauffeur. Au camp, il a vu un jeune homme qu’il a pu identifier comme étant M. Abou Adass, après avoir vu la vidéocassette à la télévision le 14 février 2005.
111 – Le 30 août 2005, la commission a envoyé une lettre officielle à la Syrie avec des questions relatives au camp de Zabadane. La réponse a été remise personnellement au commissaire à New York, confirmant l’existence du camp, mais niant qu’il soit utilisé pour d’autres buts que ceux visant l’organisation d’activités éducatives destinées aux enfants. Toutefois, selon d’autres informations données à la commission, de forts indices montrent qu’il y a eu des activités au sein du camp durant la période allant du 5 au 9 septembre 2005, visant à changer les caractéristiques et les opérations au sein des lieux. Des images satellitaires montrent aussi de hauts murs et des tours d’observation dans la région.
112 – Le 26 septembre 2005, des enquêteurs de la commission internationale d’enquête avaient une réunion avec M. Saddik. Le 27 septembre, M. Saddik a avoué dans un document écrit à la main qu’il a participé à la phase de planification immédiate avant l’assassinat (janvier et février 2005) et qu’il a joué le chauffeur pour plusieurs des suspects ci-haut mentionnés tout au long de la journée du 14 février.
113 – Par conséquent, le 13 octobre 2005, à la demande de la commission, le procurer général libanais a émis un mandat d’arrêt contre M. Saddik, qui a abouti à son arrestation le 16 octobre.
114 – Au stade actuel de l’enquête, un certain nombre d’informations données par M. Saddik ne peuvent être confirmées par d’autres preuves.
115 – L’épouse de M. Saddik a affirmé que, durant la période allant de juillet à décembre 2004, son mari a rencontré un grand groupe de personnes à différentes occasions dans leur maison située à Khaldé, comme dans d’autres endroits. Il ne voulait pas qu’elle soit présente à ces réunions, puisque ces personnes ne voulaient pas être identifiées. Elle a également affirmé que Dhafer al-Youssef a effectué plusieurs visites à leur domicile en compagnie de trois autres hommes qu’elle ne connaissait pas.
116 – Le fait que M. Saddik se dise impliqué dans l’assassinat, ce qui a abouti plus tard à son arrestation, renforce sa crédibilité.
117 – D’autres témoins ont informé la commission qu’un jour avant l’assassinat de M. Hariri, le défunt responsable de la protection de M. Hariri (M. Yehia al-Arab, alias Abou Tareq), a tenu une réunion avec le général Ghazalé. Il semble que M. al-Arab ait été très secoué par cette réunion. Au lieu de faire un rapport immédiat à M. Hariri comme à son habitude, il est rentré chez lui, a éteint son téléphone et est resté à la maison durant plusieurs heures. La version donnée par le général Ghazalé sur cette réunion n’est pas compatible avec l’information fournie par d’autres témoins à la commission.
D’autres éléments devant être pris en compte
118 – D’autres circonstances devant être retenues sur la phase de planification du crime sont les mesures de surveillance exercées sur M. Hariri par les Forces de sécurité intérieure, et les écoutes sur les téléphones de M. Hariri effectuées par les services de renseignements de l’armée (voir la section Surveillance et écoutes téléphoniques sur M. Hariri).
119 – L’une des premières mesures prises par le général al-Hajj après sa nomination à la tête des Forces de sécurité intérieure a été de réduire de 40 à huit le nombre du personnel de sécurité officiel autour de M. Hariri en novembre 2004. La raison invoquée était une lettre du président et du Premier ministre libanais précisant que la loi libanaise devait être appliquée à tous les niveaux et en toutes circonstances. Selon un décret (n° 3509, datant de 1993), le nombre de personnel de sécurité pour une personne de la catégorie de Hariri devait être de huit. La commission n’a pu établir si le décret avait été appliqué sur d’autres personnalités.
120 – Des activités s’étant déroulées dans la rue Minet el-Hosn à Beyrouth peu avant l’explosion n’ont pas fait l’objet d’enquêtes approfondies, et pourraient fournir certains détails sur la planification, menant par le fait même aux coupables.
121 – L’enquête montre que huit numéros de téléphone et dix téléphones portables ont été utilisés pour exercer la surveillance sur M. Hariri et commettre l’assassinat. Les lignes ont été mises en circulation le 4 janvier 2005 au Liban-Nord, entre Terbol et Menié. Elles ont été utilisées quotidiennement pour surveiller les habitudes de M. Hariri, en grande partie dans la région de Beyrouth.
122 – Le 14 février 2005, six de ces lignes téléphoniques ont été utilisées dans le périmètre allant de la place du Parlement à l’hôtel Saint-Georges, et sur les axes de Zoqaq el-Blat et Bachoura. Les appels ont été effectués à 11h. Ils ont couvert toutes les routes menant du Parlement au palais de Koraytem. La ligne téléphonique localisée au Parlement a effectué quatre appels aux autres numéros à 12h53, heure à laquelle le convoi de Hariri a quitté la place de l’Étoile. Ces lignes n’ont plus été employées depuis l’explosion à 12h56. Elles ont seulement servi pour des appels entre elles pour toute la période allant de début janvier au 14 février 2005.
123 – En tenant compte de toutes ces circonstances, y inclus la conversation datant du 26 août 2004 précédemment rapportée, il est peu probable qu’une tierce partie ait pu exercer des mesures de surveillance et d’écoutes téléphoniques contre M. Hariri pour plus d’un mois avant l’explosion, tout en ayant pu continuer à avoir les ressources, la logistique et la capacité nécessaires pour prendre l’initiative de planifier et commettre un crime de cette ampleur, à l’insu des autorités libanaises compétentes. Cela inclut le fait de se procurer, de manipuler et d’entretenir une grande quantité d’explosifs très puissants et une camionnette Mitsubishi volée, ainsi que de recruter des ressources humaines et d’établir une station de base pour les préparations nécessaires.
4ème partie du Rapport
Sources : LORIENT LE JOUR
Posté par Adriana Evangelizt