LE CHAOS IRAKIEN
Le chaos irakien
par Jocelyn Coulon
Les troupes américaines vont entamer leur retrait d’Irak dès l’an prochain. N’ayez crainte, les États-Unis ne se sauvent pas. Ils sont en Irak pour les dix prochaines années, sinon plus. Les républicains cherchent simplement à retirer les boys des rues de Bagdad, le temps de faire oublier la guerre, et ce, dans l’espoir de sauver leur majorité au Congrès aux élections de novembre 2006. En Irak, les tortionnaires ont changé.
Les Américains ont mis huit ans à se tourner contre la guerre au Vietnam. Avec l’Irak, il a suffi d’un an. Pourtant, les gouvernements en place ont utilisé les mêmes subterfuges pour tromper l’opinion publique : ils ont menti sur les causes, exagéré les menaces, prédit la chute de l’Occident advenant une défaite, accusé de trahison ceux qui ont osé élever la voix. Il y a 40 ans, en pleine guerre froide, ce procédé d’intimidation a fonctionné pendant un temps. Aujourd’hui, ça ne marche plus. Personne ne croit le président américain lorsqu’il affirme que si les choses tournent mal en Irak, ni l’Europe ni l’Amérique ne seront à l’abri. À l’abri de quoi ? L’échec américain ne serait que le leur, pas le nôtre.
L’opinion publique américaine ne suit plus et les élus républicains viennent de sonner la retraite d’Irak. Dimanche dernier, on manquait de chaises sur les plateaux de télévision des émissions d’affaires politiques pour accueillir tous ceux qui réclament un quinze secondes d’antenne afin de proposer un plan de retrait et de se faire voir de leurs futurs électeurs. Après avoir traité de lâche le représentant démocrate John Murtha, ancien du Vietnam, qui proposait le redéploiement des troupes américaines, c’était à qui pouvait offrir la meilleure formule pour améliorer sa proposition.
La Maison-Blanche est aussi entrée dans la danse. La taille du contingent américain en Irak diminuera et passera de 150 000 à 100 000 soldats d’ici la fin de l’année prochaine. Cette réduction se fera par étape, tout au long de l’année électorale, jusqu’en novembre 2006. Cette démarche séquentielle devrait permettre au président de redorer son image et aux républicains d’éviter le pire lors des élections. Mais les troupes américaines vont rester en Irak car, dit-on à Washington, les Irakiens ne peuvent assurer seuls leur sécurité. Il serait plus honnête de dire que les Américains font tout pour que les Irakiens ne puissent être suffisamment entraînés et armés pour assurer seuls la défense de leur pays. Si cette situation devait se produire, elle obligerait les États-Unis à partir, compliquant un peu plus le plan de la Maison-Blanche dans la région : exporter la guerre en Syrie, " démocratiser " certains régimes arabes ou, à défaut, démanteler leur territoire, frapper le programme nucléaire iranien, contrôler les voies d’accès au pétrole. Tout cela demande un point d’appui et du temps, et l’Irak offre les deux pour le plus grand malheur des peuples irakien et américain fournisseurs de chair à canon d’une entreprise démentielle.
Pire que sous Saddam
Pendant qu’à l’étage on cherche la meilleure façon de pérenniser l’occupation de l’Irak, au sous-sol les choses se dégradent. Révélations sordides et déclarations spectaculaires révèlent le tableau d’une situation intenable et chaotique. Les États-Unis ont envahi l’Irak pour se débarrasser d’armes de destruction massive. Cela ne les empêche pas d’utiliser des armes dévastatrices contre les " terroristes " irakiens. Le phosphore blanc est une arme incendiaire qui brûle jusqu’à l’os. Le Pentagone a nié l’avoir utilisé directement contre les positions ennemies, seulement pour les " éclairer ". Puis, devant les révélations de journalistes italiens sur l’utilisation de cette arme contre des Irakiens à Falloujah en novembre 2004, les militaires ont admis s’en être servis contre des " ennemis combattants ", jamais contre des civils même si certains d’entre eux ont pu être atteints. Comme au Vietnam, quoi.
Les États-Unis ont aussi envahi l’Irak pour mettre fin au régime de terreur de Saddam Hussein. Eh bien, selon l’ancien premier ministre Iyad Allaoui, un bandit notoire transformé par la CIA en Charles de Gaulle d’occasion, le gouvernement actuel fait " la même chose qu’à l’époque de Saddam Hussein, et pire encore ". De nombreux Irakiens sont torturés et tués au cours d’interrogatoires, affirme le grand perdant de l’élection de janvier dernier, qui espère redevenir premier ministre aux élections du 15 décembre. Quelle fripouille que cet Allaoui. Installé par les Américains, c’est sous son règne que les prisons n’ont pas désengorgé, la torture s’est propagée et le phosphore blanc a été utilisé à Falloujah.
Et pourquoi s’indigne-t-il, puisque l’exemple vient de ses amis ? Aux États-Unis, la torture est maintenant intégrée à l’arsenal des moyens de lutte contre le terrorisme. À tel point d’ailleurs que le sénateur républicain John McCain, seul homme politique emprisonné et torturé au Vietnam, vient de convaincre 90 de ses 100 collègues du Sénat d’adopter une motion pour l’interdire. Bush menace d’utiliser son veto pour annuler l’initiative car, selon son directeur de la CIA, l’Amérique ne torture pas, elle utilise simplement " un éventail de mesures particulières et innovatrices " afin d’obtenir des informations. Oui, l’Irak s’enfonce chaque jour dans le chaos et le sang.
Sources : CERIUM
Posté par Adriana Evangelizt