LE BOMBARDEMENT US AU PAKISTAN
On notera la similitude des procédés entre les américains et les israéliens. Ils utilisent des drones -sans pilote- pour bombarder en territoire ennemi. Et dans l'ingérence c'est la même chose, les avions israéliens ont bombardé le Liban la semaine dernière et les Américains eux, c'est le Pakistan. Qui dit mieux ? En attendant, il y a 18 victimes innocentes et le fameux Zawahiri, il rit et court toujours...
PAKISTAN. L'action dirigée contre le No 2 d'Al-Qaida a été menée par un drone armé. Le pilote et le tireur étaient près de Las Vegas
State of War, de James Risen, qui a paru la semaine dernière, raconte des bavures et des échecs récents de la CIA. Il en manque forcément un: le tir de missiles Hellfire sur le village de Damadola, au Pakistan, près de la frontière afghane, qui a tué vendredi 18 personnes, dont des femmes et des enfants. Les Américains restent muets, mais des officiers pakistanais disent que la CIA était convaincue de la présence de Ayman al-Zawahiri dans une des maisons du village. Le No 2 d'Al- Qaida, qui a épousé une femme dans la région tribale, était invité à un repas pour l'Eid al-Adha, une fête musulmane. Plusieurs de ses hommes y seraient allés, mais pas lui.
Quand la nouvelle de la possible mort de Zawahiri s'est répandue vendredi soir, les télévisions américaines ont été prises de frénésie. Des brochettes d'experts en terrorisme commentaient sans reprendre leur souffle les conséquences prévisibles de la disparition de l'Egyptien. Sur des images qui montraient des maisons effondrées, des hommes brandissant des morceaux tordus d'un missile, et une chaussure d'enfant. Deux jours après cette action manquée et meurtrière, le Pakistan dénonce, bien forcé, cette violation de son territoire. Dans toutes les grandes villes, les militants islamistes ont organisé des manifestations de protestation, et on imagine l'effet de Damadola dans l'opinion arabe et musulmane.
La bavure est d'autant plus spectaculaire qu'elle est l'effet de la plus extrême sophistication, pour un résultat totalement contre-productif. Les missiles ont été tirés par un drone armé Predator, dont le pilote était confortablement installé, devant des écrans, près des casinos de Las Vegas.
Ellis Air Force Base, domicile permanent de cette nouvelle arme que les Etats-Unis développent à grande vitesse depuis cinq ans, est en effet installée à la sortie nord de la ville. Les appareils, quand ils ne sont pas en mission, ont là, et sur la base voisine d'Indian Springs, leurs hangars.
En pleine sécurité
Les pilotes, eux, sont toujours à Ellis, depuis que le Pentagone s'est rendu compte de l'économie réalisée en n'envoyant pas ses opérateurs près du front. Et dans le Nevada, ils sont en sécurité, près de leur villa et de leur piscine. Le Las Vegas Sun et le magazine Time ont pu se faire ouvrir les portes de la base. Ils décrivent des pilotes, et leurs assistants viseurs, en sous-effectif, travaillant 24 heures sur 24, stressés.
En automne 2000, un Predator qui survolait les bases d'Al-Qaida en Afghanistan avait repéré Oussama ben Laden. Ses caméras sont capables de lire une plaque minéralogique à 3000 mètres de distance. Mais à ce moment-là, le drone n'était pas armé. Aujourd'hui, 80 sont munis de deux Hellfire.
Trois escadrilles de reconnaissance sont équipées de l'UAV. En 2010, il devrait y en avoir 15 ou 17, réparties autour du monde. Un officier dit dans Time que l'engin pourrait en vingt ans déclasser les chasseurs pilotés. Le Predator coûte 4 millions de dollars. Le F-22, dernier né de l'armée de l'air, 354 millions.
Les appareils déployés ont des bases près du front, mais tous les pilotes sont à Ellis. Ils ont devant les yeux des écrans qui montrent avec grande précision le terrain filmé par le Predator, qui peut voler à 240 km/h, à 13 000 km du Nevada. L'assistant (sensor operator) dirige la caméra et le système de visée par laser des Hellfire. L'équipage, à Las Vegas, est en communication directe avec les troupes au sol et le commandement régional.
Le Pentagone affirme qu'un Pretador a joué un rôle majeur dans la capture de Saddam Hussein, le 13 décembre 2003. Un cadre élevé d'Al- Qaida a été tué par un Hellfire au Pakistan au début de l'an passé, et un autre au Yémen auparavant. En septembre dernier, un autre appareil a tué onze combattants de la résistance irakienne qui venaient d'attaquer une base américaine. Et l'armée de l'air espère que ses drones seront bientôt capables de détecter d'en haut les IED, les charges explosives qui tuent la plupart des soldats de la coalition. Exploit militaire? Mais si le Predator sert à tuer, de Las Vegas, des femmes et des enfants dans un village de montagne au Pakistan, c'est une arme aussi dangereuse pour les Etats-Unis que pour leurs adversaires.
Sources : LE TEMPS
Posté par Adriana Evangelizt