Russie, grande puissance version pétrocratie

Publié le par Adriana Evangelizt

Russie, grande puissance version pétrocratie

par Serge Enderlin

Vladimir Poutine a presque réussi son pari. En s'emparant du Kremlin il y a six ans, l'espion du KGB avait promis que la Russie allait se redresser, que c'en était fini de l'humiliation post-soviétique, interminable agonie de la puissance pauvre. Aujourd'hui, la Russie fait à nouveau peur.

Elle a remplacé ses missiles pointés vers l'Ouest par des pipelines, dotés d'une arme de persuasion massive plutôt fruste: le robinet. La flambée des cours du brut a permis au Kremlin de mettre de côté 145 milliards de dollars en moins de quatre ans, de quoi faire oublier les années de honte pendant lesquelles Boris Eltsine tendait la main au FMI.

La restauration de puissance promise par Poutine est là: elle a pris la forme d'une Russie devenue un formidable émirat. Les gisements d'or noir et de gaz qui sommeillent sous le désert glacial de Sibérie font de la Russie l'équivalent de l'Arabie saoudite. Peu démocratique, liberticide, mais courtisée de toutes parts. Et décisive sur un marché mondial de l'énergie au bord de l'asphyxie.

Les Russes ont très vite compris l'avantage stratégique qu'ils pouvaient tirer de cette manne. Dans un premier temps, le pouvoir a mis au pas ceux des oligarques qui lui résistaient. Dans un deuxième temps, il a affirmé son emprise sur les réserves, sur les tuyaux et sur les compagnies. Enfin, il y a quelques mois, il s'est servi pour la première fois de l'arme énergétique, en coupant le gaz à l'Ukraine, et donc à toute l'Europe. Qui a découvert à cette occasion que l'outil le plus redoutable de la politique étrangère russe s'appelait désormais Gazprom. Le géant gazier est aujourd'hui le troisième groupe mondial, toutes catégories confondues. Il nourrit ouvertement des rêves d'hégémonie sur l'Eurasie.

Premiers concernés par cette montée en puissance, les Européens réagissent pour le moment en ordre dispersé. Ils ont trop besoin de l'énergie russe pour oser formuler quelques réserves sur le rouleau compresseur Gazprom. Ils manquent surtout cruellement d'expérience pour anticiper le grand jeu des guerres de l'énergie qui animera le XXIe siècle.

La réaction est évidemment différente à Washington. Obsédés par cette «sécurité énergétique» qui fonde depuis un demi-siècle leur vision du monde, les Américains redoutent autant la mise sous tutelle de l'Europe par la pétrocratie russe que le pacte énergétique scellé progressivement entre Moscou et Pékin.

Sources : LE TEMPS

Posté par Adriana Evangelizt

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Publié dans Poutine Bush

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