Le voyage initiatique de Bush en Inde et au Pakistan

Publié le par Adriana Evangelizt

Le voyage initiatique de George W. Bush

par Jean-Claude Courdy

George W. Bush a clos son périple asiatique après un baiser profond à l’Inde et une bourrade amicale au Pakistan, pour paraphraser l’expression d’un quotidien américain.


Inattendu et signifiant, ce voyage asiatique a certes été dominé par des préoccupations stratégiques qui forment depuis le 11 septembre 2001, la trame de la politique étrangère de Washington : la nucléarisation croissante du continent asiatique et la présence active du terrorisme international notamment au Pakistan sont des données fondamentales qui orientent la politique du Pentagone dans le sens d’un durcissement de la doctrine parallèlement à un assouplissement de la pratique.


Non seulement les Etats-Unis sont enlisés dans le bourbier irakien, dans l’imbroglio de la prolifération nucléaire, dans l’hostilité du monde musulman, dans les prémisses d’une nouvelle guerre froide avec la Chine, mais le peuple américain se demande pourquoi il suscite tant d’ explosions de haine dans le monde et pas seulement chez les islamistes fanatiques. Si encore il ne s’agissait que d’un conflit de civilisation ;  mais le doute s’est installé au sein même du camp occidental. L’Amérique s’est auto promue chef de file d’une croisade comme jadis Richard Cœur de Lion ou Godefroy de Bouillon au nom d’une chrétienté européenne.


Or la Croisade est vouée à l’échec. A cela plusieurs raisons :

-  d'une part les Etats-Unis ont encouragé une Europe divisée. Le refus de la Constitution européenne dans plusieurs pays dont la France, a affaibli l’ensemble du camp occidental ; dans un monde que l’on croyait soumis aux « diktat » des économies, on a soudain découvert qu’un quart de l’humanité ne faisait pas la guerre pour du pain mais pour imposer des systèmes de valeurs inacceptables du point de vue d’une société comme la notre qui aspire à une séparation totale du pouvoir et du sacré et à la reconnaissance de la primauté des individus sur les organisations collectives.


-  d’autre part, George W. Bush a montré qu’il ne défendait pas ce modèle de séparation du pouvoir avec la croyance et ses propagandistes, pas plus qu’il ne mettait en pratique son credo démocratique qui semble se réduire pour lui à l’organisation de consultations électorales.


Il n’est pas étonnant dès lors, qu’à l’échec irakien s’ajoute une série de déconvenues, qu’il s’agisse de l’Iran ou de la Corée du Nord et si l’on y regarde de plus près, de l’Inde et du Pakistan. L’embrassade sur la bouche avec M. Singh ou la bourrade amicale avec le général Pervez Musharraf cachent mal de la part de ces pays, des politiques que dans d’autres circonstances le Président des Etats-Unis aurait considéré comme des « casus belli ». On coopère avec l’Inde qui a jusqu’ici refusé de signer le traité de non prolifération nucléaire et on aide substantiellement le Pakistan dont les grandes villes ont été le théâtre avant même l’arrivée de Bush de violentes démonstrations anti américaines et d’exactions contre les biens et les personnes originaires d’outre-atlantique : un diplomate américain a même péri dans un attentat contre le consulat américain à Karachi.


Certains membres du Congrès tant républicains que démocrates, ne se sont pas privés de critiquer l’accord signé par G. W. Bush à New Delhi. Ils ont argué du fait que New Delhi poursuivait bien un programme secret de développement du nucléaire militaire comme le Pakistan, la Corée du Nord ou l’Iran qui seront d’autant plus difficiles à persuader d’abandonner leur propre programme. Les Iraniens, quant à eux, ont choisi de faire durer le plaisir en soufflant le chaud et le froid et en acceptant de revenir à la table des négociations avec l’Europe des trois (UE 3) : France, Allemagne et Grande-Bretagne.


Nombreux ont été les spécialistes américains de politique internationale à dénoncer les accords de New Delhi et d’Islamabad  comme inutiles et sans objet réel. D'autres ont estimé que G.W. Bush avait obtenu un accord historique. A ces derniers, on pourrait objecter, à l’opposé que c’est plutôt le Premier Ministre Indien qui a obtenu de G. W. Bush une renonciation aux principes qu’il avait lui-même fixés en matière de politique nucléaire. Selon les mêmes normes, jamais le Président des Etats-Unis n’aurait pu s’engager dans le conflit irakien


Entre G.W. Bush et ses interlocuteurs existe un fossé conceptuel.

Leurs priorités diffèrent comme diverge leur appréciation de la valeur des accords qu’ils sont amenés à signer au nom de leur pays ; non pas qu’ils considèrent leur signature comme une formalité sans importance mais l’objet même de leurs rapports d’Etat à Etat leur apparaît comme secondaire. La politique, qu’il s’agisse d’économie ou de nucléaire est subordonnée à un  système de valeurs spirituelles et religieuses qui régit la vie quotidienne : c’est vrai pour tous les pays d’Islam, pour les nations bouddhistes ou hindouistes à tel point que même le communisme chinois est obligé de composer avec une croyance enracinée au plus profond de l’âme de ces peuples.


Pour Singh, Musharraf ou l’Ayatollah Khamenei, tout Président des Etats-Unis qu’il soit, G.W. BUSH est un non initié. Sa rencontre avec la spiritualité telle qu’elle est conçue par les télé- évangélistes  américains comme Pat Robertson, le place en tête des charbonniers de la foi chrétienne mais  le fait en réalité apparaître comme l’initiateur des actions les plus démoniaques destinées à saper la cité de Dieu. Quel paradoxe, lui qui pointe du doigt l’axe du mal et se voit retourner le même anathème !


Mais quel est l’homme politique occidental qui accepterait d’assimiler la politique à ces balivernes ?

Sources :
GEOPOLITIS

Posté par Adriana Avangelizt

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