George W. Bush est une divinité américaine

Publié le par Adriana Evangelizt

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Etats-Unis : "Georges W. Bush est une divinité américaine"

 

INTERVIEW • Le photographe Christopher Morris témoigne du climat d'idolâtrie et d'intolérance régnant à la Maison-Blanche.

Courrier international : Vous couvrez l'activité de la Maison-Blanche depuis cinq ans. Vous êtes un familier du président ?

Christopher Morris : Je ne me sens pas très à mon aise pour parler de George W. Bush. Je travaille officiellement pour le magazine Time en tant que photographe, je suis leur photographe pour le président, c'est mon activité principale. J'ai commencé juste avant le 11 septembre. Le 11 septembre a personnellement changé l'homme George Bush, en profondeur. C'est véritablement quelqu'un dont j'ai connu et connais plusieurs visages, qui se sont modifiés avec le basculement de tout le pays vers la droite, de façon très nationaliste, après le 11 septembre. Comme président, je ne l'apprécie pas. En tant qu'homme ça va, il est aimable, se souvient du nom des gens. Mais ici, aux Etats-Unis, d'une manière générale, on doit faire très attention à ce qu'on dit de l'Irak ou de la guerre. D'autant plus qu'avec ce travail je vis au cœur des républicains. C'est un univers sans distorsion, propre et lisse. Il donne l'image d'une société parfaite et parfaitement américaine, celle d'un monde plat.

Comment vous est venue l'idée de ces photos, de ce livre ?

Le déclencheur du livre, c'est quand j'ai commencé à voir chez les gens qu'ils regardaient le président comme Dieu lui-même, le divin Bush. C'est comme une nation de zombies, devenue paranoïaque. A leurs yeux, peu importe les choix de Bush, sa manière d'agir. Pour eux, il ne peut se tromper ou être critiqué : c'est vraiment Dieu… alors, même s'il commet des erreurs, quelle importance ? Quand j'ai vu cela, j'en ai été fasciné, à mon tour. Avant, je ne prêtais même pas attention aux membres des services spéciaux qui tout à coup se sont multipliés et sont apparus dans les endroits les plus inattendus, les plus étranges. A partir de là, les drapeaux gigantesques, la qualité des chaussures de Barbara Bush, les gâteaux affublés d'emblèmes nationaux, la texture des costumes, les tenues des militaires : toutes ces choses ont commencé à m'intriguer.

Vous avez montré le livre à la Maison-Blanche ?

Oui, j'ai montré la maquette du livre à la Maison-Blanche et aussi à un conseiller du président. Ils n'ont pas laissé voir d'émotion particulière et ont trouvé ça beau. Ils reçoivent les photos comme le strict reflet de leur image, comme dans un miroir. Ils n'ont pas noté de différence : le monde auquel ils appartiennent les en empêche. Désormais, le pays me paraît irrémédiablement divisé entre libéraux et républicains. C'est un fossé difficile à vivre. Cette division est par exemple très présente dans les médias. Pour les gens qui regardent Fox TV, c'est Fox et rien d'autre. Et quand ils parlent de l'autre bord, comme sur Fox, c'est avec un certain ton, l'expression de la colère, même en donnant les informations… C'est très particulier. Ainsi, dans Air Force One – l'avion présidentiel est sous le commandement direct de l'armée et non de l'administration présidentielle –, les journalistes peuvent regarder des vidéos ou la télé par un réseau satellitaire. Pour choisir un programme, on est obligé d'appeler les militaires, de les faire venir depuis la cabine de pilotage. Ils ne regardent que Fox TV et ne tolèrent pas même CNN. Au dernier moment, dans le livre, j'ai éprouvé le besoin de rajouter deux images prises à Guantánamo, dans cette petite Amérique-là que nous avons implantée à Cuba.

Propos recueillis par Pascal Philippe
Courrier international
Sources : Vox Dei
Posté par Adriana Evangelizt
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