Le magot des Moudjahidine
Qui finance les Moudjahidine du Peuple ? Lors de la dernière perquisition, près de 8,5 millions de dollars en espèce ont été trouvé sur les sites d'Auvers-sur-Oise. Une armée de combattants se trouvent en Irak sous la férule étatsunienne bien qu'ils soient dans la liste noire des organisations terroristes. Que font-ils en Irak ? Puisqu'ils se battent contre le régime des mollahs en Iran, il est donc permis de supposer qu'ils se livrent à des actions sur le sol irakien et qu'ils accusent les services secrets iraniens de ces faits. Lorsque Maryam Radjavi -leader autoproclamé "présidente de la république élue (???) du Conseil National de la Résistance Irakienne- accuse les iraniens d'avoir fait sauter certaines mosquées... elle nous fait rire. Car nous savons pertinemment que ce n'est nullement l'Iran qui a commis cela.
Le magot des Moudhahidine
par Eric Pelletier, Jean-Marie Pontaut
Ce très opaque mouvement d'opposants iraniens avait d'étranges circuits de financement. Les enquêteurs épluchent ses comptes
La police recherche l'origine des millions de dollars découverts au siège et sur les comptes de l'Organisation des moudjahidine du peuple iranien (OMPI), un mouvement d'opposants iraniens établi depuis plus de vingt ans à Auvers-sur-Oise. A la fin du mois de juin 2003, 17 membres de l'OMPI sont mis en examen pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Toutes les personnes incarcérées ont, depuis, été remises en liberté.
Le juge Jean-Louis Bruguière et les enquêteurs de la Brigade de recherches et d'investigations financières (Brif) commencent à mettre au jour les étranges circuits de financement de l'organisation. Lors de la perquisition de 2003, près de 8,5 millions de dollars en espèces, et non déclarés en douane, ont ainsi été saisis. Certaines liasses portaient encore les bandes de banques allemandes, suisses et britanniques. Les spécialistes, qui ont fait traduire du persan près de 1 million de documents retrouvés dans la mémoire des 300 ordinateurs saisis, épluchent aujourd'hui les éléments comptables de l'OMPI. Ils s'intéressent particulièrement aux collectes organisées en France et à l'étranger par l'organisation. Les sommes versées transitaient par Iran Aid, une association présentée comme une organisation caritative, dont l'engagement humanitaire est sujet à caution. Les donateurs de l'OMPI domiciliés en France devraient être prochainement entendus. Ceux en particulier dont on a retrouvé les chèques dans les coffres de l'organisation.
Les policiers, intrigués par des documents détaillant la méthodologie mise en place pour les collectes, suspectent en effet l'existence de pressions ou de harcèlement, bien qu'aucune plainte n'ait été retrouvée jusque-là. Quant aux collectes à l'étranger, elles auraient, à elles seules, rapporté quelque 20 millions de dollars en 2002. Pour démêler ce circuit financier complexe entre les Etats-Unis, l'Allemagne, la Grande-Bretagne et la Turquie, suivi de décaissements à Dubaï, le juge Bruguière a récemment entendu des «témoins protégés» à Los Angeles. Parallèlement aux investigations sur les sources de financement, les enquêteurs s'intéressent aux factures réglées par l'OMPI, notamment à un contrat passé avec une société de vente de moyens satellitaires, à hauteur de 2 millions de dollars par an.
Avec la chute de Saddam Hussein, les Moudjahidine du peuple ont perdu leur principal bailleur de fonds. La DST dispose à ce titre d'un document historique: une cassette authentifiée montrant Maryam Radjavi, l'épouse du fondateur de l'organisation, serrant la main du dictateur irakien. Et l'étude des comptes pourrait apporter d'autres surprises.
Les Moudjahidine du peuple sous pression en France
La surprise est totale. Quelques minutes plus tard, quelques cent soixante-cinq personnes sont interpellées et dirigées vers différents centres pour interrogatoire. Parmi elles figure Myriam Radjavi, l’épouse du principal dirigeant des Moudjahidine du peuple, Massoud Radjavi qui ne fait pas partie des interpellés. La plupart d’entre eux affirment qu’ils ne parlent pas le français ; une trentaine d’interprètes a donc été requis. Du «très gros matériel informatique» est saisi, annonce la police, ainsi qu’une centaine de paraboles et un million trois cent mille dollars, en liquide.
Selon la commission rogatoire émise par le juge anti-terroriste Jean-Louis Bruguière, les policiers agissent dans le cadre d’une enquête pour «association de malfaiteurs en vue de préparer des actes de terrorisme et de financement d’entreprise terroriste». D’ailleurs, outre la gendarmerie et les troupes d’élites de la police nationale, participent également à l’opération des fonctionnaires de l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière. Des sources proches des milieux du renseignement français, cités par l’AFP, déclarent qu’il n’existe «aucun élément permettant de les soupçonner de vouloir commettre des attentats en France». Les mêmes sources n’écartent pas, en revanche, la possibilité que les Moudjahidine du peuple préparaient des attentats à l’étranger.
«Ces accusations sont complètement grotesques», déclare un porte-parole de l’organisation, joint à Londres par l’AFP. Ali Safavi déclare que des militants de l’organisation sont établis en France depuis de nombreuses années «et il n’y a eu aucun problème». «Où qu’ils soient, précise-t-il, ils ne sont absolument pas impliqués dans des activités illégales dans leur pays d’accueil». Selon Ali Safavi, la France «tente de s’attirer les bonnes grâces du régime fondamentaliste en Iran» et l’opération de ce 17 juin fait partie d’un «complot concerté» entre Paris et Téhéran.
«Noircissement» d’argent
L’explication est certainement un peu courte en raison du principe de séparation des pouvoirs et de l’indépendance dont le juge Bruguière a déjà fait preuve en d’autres occasions. Néanmoins ce dernier épisode n’en constitue pas moins un spectaculaire coup de théâtre dans les relations entre Paris et le groupe d’opposants iranien. Les Moudjahidine du peuple apparaissent en 1965 et la plupart de ses fondateurs périrent dans les prisons du Chah. Ils accompagnent la révolution de 1979 mais leur projet politique, qui associe islamisme et marxisme, n’est pas compatible avec le régime des mollahs qui s’est emparé du pays. En 1981, ils sont déclarés hors-la-loi et s’installent en France où ils demeureront jusqu’à l’épuisement du contentieux franco-iranien et la normalisation des relations entre Paris et Téhéran, en 1986. Contraint de quitter la France avec un millier de ses partisans, Massoud Radjavi s’installe en Irak et engage son mouvement sur le terrain militaire : l’Armée de libération nationale d’Iran (Alni) est créée et mène des opérations spectaculaires. Aujourd’hui, les Moudjahidine du peuple sont toujours le principal mouvement d’opposition armée au régime iranien et, malgré les pressions de Téhéran, ils restent solidement implantés en France où, interdits, ils travaillent désormais sous le couvert d’une organisation politique, qui est leur émanation : le Conseil national de la résistance iranienne (Cnri).
Comme nombre d’organisations de ce type, le Cnri cultive la clandestinité et le secret et, dans un contexte international marqué par l’actualité au Proche et au Moyen-Orient, ses activités intéressent au plus haut point les autorités du pays-hôte. Ainsi, l’enquête du juge Bruguière a démarré voici deux ans et porte essentiellement sur les flux financiers dont les mouvements auraient pu alimenter «des achats d’armes et des actions terroristes», déclare une source judiciaire à l’AFP. Le Cnri passe pour être une formidable machine à lever des fonds auprès de ses militants et sympathisants. Le juge Bruguière le soupçonne d’être également un instrument exceptionnel au service du «noircissement» de l’argent en l’acheminant vers des projets illégaux comme le financement du terrorisme.
Enfin cette affaire survient dans une situation générale toujours marquée par l’ambivalence. Depuis 2002, les Moudjahidine du peuple figurent sur la liste des mouvements terroristes de l’Union européenne et sur celle du département d’État américain. Mais dans le même temps, l’armée américaine s’accommode parfaitement d’un mouvement avec lequel elle a conclu un accord de désarmement et de non-intervention dans le conflit irakien, au grand désarroi de Téhéran qui attendait de la guerre contre l’Irak qu’elle le débarrasse aussi de son opposition armée en exil. Aujourd’hui des militaires et des personnalités politiques américaines s’interrogent même sur la question de la pertinence de le maintenir sur leur liste noire.
Les autorités iraniennes ont salué l’«Opération Théo» comme un «pas positif» de la part de la France. Dans l’après-midi, devant les députés français, le ministre de l’Intérieur a assuré que «les Moudjahidine voulaient faire de la France leur base arrière, nous ne pouvions l’accepter». Nicolas Sarkozy a précisé que cent cinquante-neuf interpellés étaient maintenus en garde à vue en fin de journée.