L'oncle Sam lorgne sur les hydrocarbures du Sahel
L'Oncle Sam lorgne sur les hydrocarbures du continent
En Algérie et dans le Sahel se profilent en fait les nouvelles ambitions pétrolières et gazières américaines.
L’existence supposée d’al Qaeda dans la région sahélo-saharienne menaçant la stabilité de la région et, partant, le monde occidental, fut au centre d’une rencontre entre experts américains, européens et représentants des pays de cette région, le 20 février à Alger. Elle était organisée par le CESA (Centre africain d’études stratégiques de l’Afrique), organisme dépendant du Pentagone et le CAERT (Centre africain d’études et de recherche sur le terrorisme) dépendant de l’Union africaine. Pour les faucons de Washington, l’enlèvement de 36 touristes allemands et suisses dans le Sahara algérien par le GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat) en 2003, dissident du GIA, qui aurait fait allégeance à Ben Laden, suivi par l’attaque le 3 juin 2005 d’une base militaire mauritanienne, en sont bel et bien la preuve.
Ces faits sont exploités par les États-Unis pour justifier leur présence militaire et inciter les dirigeants de la région à intégrer leur politique sécuritaire. Pour certains cercles dirigeants des pays de la région, qui veulent prendre leurs distances avec la France, allié traditionnel, l’intrusion américaine n’est pas pour leur déplaire. Concernant l’Algérie, il est admis que le président Bouteflika tente de tirer profit de la rivalité entre Washington et Paris, et plus généralement avec l’UE.
L’administration Bush, elle, poursuit un tout autre objectif : l’existence d’un fort potentiel pétrolier et gazier dans le Sahara algérien et libyen et, tout récemment dans le Sahel explique ses nouvelles ambitions pétrolières dans cette région, recelant par ailleurs des gisements d’uranium, d’or, de cobalt... D’où ce besoin d’assurer la protection et le contrôle de ses approvisionnements énergétiques et, partant l’organisation de conférences et de séminaires réunissant des experts pétroliers, militaires, en sécurité et des officiels africains, vite suivis de programmes militaires à destination des pays maghrébins et africains.
Dans ce scénario pétro-stratégique, l’Algérie, en raison de son poids en Afrique, de son adoption de la loi libéralisant les hydrocarbures, de sa proximité avec l’Europe, représente désormais un intérêt particulier pour les États-Unis. Assurer la sécurité de la construction du pipeline devant acheminer le pétrole du Nigeria à travers le Sahara vers les ports algériens, réalisé par l’entreprise Bechtel, filiale d’Halliburton, participe de cette stratégie dite de sécurisation en amont de ses approvisionnements.
Autre exemple et non moins important, l’Europe est alimentée en gaz algérien par deux gazoducs - l’un transitant par le Maroc et le second par la Tunisie - et un troisième en voie de réalisation transitant par les Baléares. Les entreprises américaines étant en position dominante sur le marché de l’énergie algérien, elles sont plus qu’intéressées à la sécurisation des gazoducs. Et quand entrera en vigueur la libéralisation du marché algérien de l’énergie, elles sont bien placées pour s’assurer le gros du marché des livraisons de gaz. Sans doute est-ce cette raison qui vient de pousser Gaz de France à prendre les devants, afin de revoir à la hausse la part du gaz algérien, actuellement de 12,5 %, en France, à travers la conclusion d’accords avec l’entreprise publique algérienne, Sonatrach : cette dernière dispose encore du monopole de la commercialisation des produits énergétiques. Mais pas pour longtemps !
Sources : L'Humanité
Posté par Adriana Evangelizt