Irak : des problèmes de leadership ?

Publié le par Adriana Evangelizt

Des problèmes de leadership ?

par Hugo de Grandpré

 

Les allégations rendues publiques à Washington rappellent que les risques de bavure guettent toujours, surtout lors de longues campagnes comme celles de l'Irak, indiquent les experts consultés par La Presse.

« Ce genre de chose est rarement le fait d'individus précis. C'est malheureux à dire mais, souvent, c'est un malaise de l'organisation en place », croit le lieutenant-colonel à la retraite Rémi Landry.

Selon l'ancien militaire, qui était de la mission en Bosnie-Herzégovine dans les années 90, l'épuisement, d'abord, ainsi qu'un problème de leadership pourraient être la cause de tels incidents.

Le fait qu'on ait pu mentir pour camoufler certains faits « laisse croire que le malaise n'est pas seulement du côté de la troupe mais que, pour cette unité bien précise, il est en train d'atteindre les grades subalternes et même certains officiers supérieurs », note-t-il.

Ce malaise, c'est celui causé par les traumatismes, la résistance des populations locales et la dénonciation à l'échelle internationale des actions militaires, entre autres choses. « Je peux comprendre, sans nécessairement l'accepter, que c'est très dur pour les gens. Il arrive un moment où les gens souffrent de ce qu'on appelle la battle fatigue. Leur jugement peut en être compromis », fait-il remarquer.

Selon certains quotidiens américains, une enquête militaire pourrait révéler qu'environ 25 civils irakiens ont été tués de sang froid par un groupe de marines en novembre dans la ville de Haditha. On soupçonne des militaires d'avoir délibérément menti pour cacher les faits.

L'incident n'est pas sans rappeler ceux survenus en Somalie en 1993, ajoute l'ancien militaire. Des soldats canadiens y avaient torturé et tué des civils somaliens. En 1997, le rapport de la commission d'enquête Létourneau avait accusé les chefs militaires d'avoir tenté de camoufler l'histoire.

« Il suffit de se souvenir de ce qui est arrivé en Somalie, de voir le laxisme qui s'était installé dans les sous-unités du commando pour réaliser que, si les autorités ne sont pas en mesure de faire respecter les règles de base d'humanité, il y a un problème », dit M. Landry.

Jocelyn Coulon, du Centre d'études et de recherches internationales, voit plutôt un lien avec My Lai. Dans les années 60, des troupes américaines avaient massacré les habitants de ce petit village vietnamien. « L'armée les avait défendus jusqu'à ce que leur culpabilité soit prouvée hors de tout doute », rappelle M. Coulon.

Aujourd'hui encore, on ne peut pas dire que les soldats américains soient sévèrement punis pour les gestes fautifs qu'ils commettent sur le terrain, ajoute le chercheur.

« Le mot d'ordre semble avoir été: tirez et, de toute façon, nous allons vous couvrir. Ils sont très peu nombreux, les soldats américains qui passent en cour martiale. Lorsqu'ils y passent, je crois qu'il y en a deux ou trois qui ont écopé de peines de prison de cinq ou 10 ans. Tous les autres sont soit rétrogradés, soit expulsés de l'armée. »

Le politologue de l'Université de Sherbrooke Sami Aoun juge pour sa part que l'incident est susceptible d'alimenter l'hostilité des Irakiens contre les troupes militaires sur leur territoire.

« Les Américains ont perdu la légitimité morale pour être en Irak », dit-il. En fait, l'incident accentuerait le fiasco et l'échec de cette invasion.

Sources : Cyberpresse Canada

Posté par Adriana Evangelizt

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