Redevenir raisonnable
Redevenir raisonnable
par Alain Campiotti
Mahmoud Ahmadinejad avait écrit sa lettre de 18 pages à George Bush, le président américain n'avait presque pas desserré les dents. Cette bafouille théologique, hautaine, légèrement insultante, n'appelait pas de réponse, puisque l'Iranien n'abordait pas la «vraie question»: le nucléaire. Et pourtant, un courrier est parti mercredi dans l'autre sens, grâce aux bons soins de la Suisse.
La secrétaire zélée, Condoleezza Rice, a pris la peine, hier matin, d'expliquer que rien n'avait fondamentalement changé. C'est qu'il y a des virages difficiles à négocier. Mais la réponse, indirecte, est claire. Les Etats-Unis sont prêts à ce qu'ils refusaient jusque là : négocier directement avec la République islamique. Pour donner plus de chances à une sortie diplomatique du défi nucléaire iranien, a dit Rice. Ce n'est peut-être pas un grand marchandage. Mais c'est un début.
Les précautions oratoires de la secrétaire veulent écarter l'idée que les Etats-Unis sont en position de faiblesse. C'est pourtant leur situation. Dans son effort pour faire reculer Téhéran, et l'amener à renoncer à son ambition nucléaire militaire, le temps travaille contre l'Amérique. Chaque jour qui passe rapproche l'Iran de son objectif. Les pressions pour l'amener à plier sont illusoires: un pays dont le pétrole cher remplit les coffres n'a pas trop de souci à se faire. Seul un embargo sur le brut iranien aurait un effet. Mais regardez rire les Chinois, avides.
La force? Le Pentagone a beau dresser des plans, l'hypothèse est suicidaire. Comme dit le directeur de l'agence atomique, le Proche-Orient est déjà dans en assez piètre état sans qu'on aille en plus jeter de l'huile sur son feu. Et la force, les Américains apprennent, dans la région, sa puissance de boomerang. Les foyers pour leur brûler les pieds sont allumés de Kaboul à Mogadiscio. Ça brise les corps et les âmes. Le pays n'en veut déjà plus.
Que faire alors? Redevenir raisonnable, et modeste. Accepter, comme les Européens le disent depuis des années, et des voix de plus en plus nombreuses aux Etats-Unis depuis des semaines, de négocier avec l'adversaire qu'on n'a aucune chance d'abaisser. Cette faiblesse-là, parce que l'Iran est aussi fragile, pourrait être une force. La région meurtrie changera mieux par les paroles que par les bombes.
Sources : Le Temps
Posté par Adriana Evangelizt