Militaires américains assiégés par des babouchkas ukrainiennes en Crimée
Yankee go home»: dans une rue poussiéreuse de Féodosia (Crimée, sud de l'Ukraine), des manifestants anti-Otan assiègent depuis plusieurs jours, sous un soleil de plomb, quelque 200 militaires américains logés dans un établissement de cure.
Trois tentes de l'opposition pro-russe, décorées d'une pancarte demandant en caractères cyrilliques »Yankee go home», sont plantées à l'entrée du sanatorium appartenant au ministère ukrainien de la Défense et où se sont réfugiés les Américains.
Dans la journée de lundi, une dizaine de manifestants restent à leur poste, certains font la sieste devant les tentes. Dans la soirée, des habitants locaux, des retraités majoritairement, viendront grossir leurs rangs, qui atteignent parfois plusieurs centaines de personnes.
»Tirez-vous d'ici, la terre de Crimée brûlera sous vos pieds», crie dans un porte-voix Irina Sokolova. Cette babouchka de 68 ans, coiffée d'un panama, s'est retrouvée seule avec quelques jeunes de moins de 20 ans, les autres manifestants âgés ayant fuit des températures de +30°C. Elle lance ses slogans en russe, puis les lit en anglais approximatif sur des bouts de papier.
»Nous voulons que les Américains s'en aillent», lui fait écho Igor Smirnov, âgé de 17 ans. »Notre ville vit grâce au tourisme et les Américains le gênent», affirme-t-il.
A l'origine des protestations se trouvent les manoeuvres militaires internationales »Sea Breeze 2006», prévues en Crimée à partir de la mi-juin et qui doivent renforcer la coopération entre Kiev et l'Otan.
Si l'Ukraine souhaite officiellement adhérer à l'Alliance, cette organisation est souvent perçue avec hostilité par la population, surtout en Crimée russophile, rattachée à l'Ukraine seulement en 1954 et qui accueille la flotte russe de la mer Noire.
Or, un navire américain, arrivé à Féodosia le 27 mai pour y acheminer, selon les autorités, du matériel de construction pour préparer ces exercices, a reçu un accueil glacial des opposants locaux qui, soutenus par des députés ukrainiens et certains de leurs collègues russes, ont bloqué la cargaison dans le port et les lieux d'accueil des soldats.
Le Parlement de la république autonome ukrainienne de Crimée s'est opposé lundi à la tenue de ces manoeuvres. Pour l'opposition pro-russe, l'arrivée des Américains est illégale et relève d'une »occupation» en vue d'établir une base militaire de l'Otan.
Les autorités ukrainiennes et américaines ont démenti, mais les protestations, qui seraient inspirées, selon l'influent hebdomadaire ukrainien Dzerkalo Tyjnia, par les services spéciaux russes, se sont poursuivies.
La semaine dernière, les manifestants ont bloqué la voie et brisé des vitres dans des autobus qui transportaient des militaires américains à Féodosia, en insultant ces derniers de mots les plus grossiers.
»Ils ont lancé des propos racistes à un sergent noir et encore ce n'était pas les pires injures», a raconté à l'AFP un porte-parole de la Marine ukrainienne, Volodymyr Bova.
Une centaine d'Américains n'ont pu rejoindre qu'à la nuit tombée leurs confrères arrivés plus tôt dans cette ville.
Face aux protestations, les militaires ont décidé de ne pas quitter l'établissement de cure, même pour aller dans un magasin à côté ou se promener au bord de la mer Noire, à quelques dizaines de mètres de là.
Entre-temps, ils ont nettoyé le terrain autour du bâtiment, bêché les gazons et proposé de créer un terrain de sport pour les écoliers.
En attendant que les tensions baissent, les militaires ont même pris des leçons du russe, données en plein air par une de leurs consoeurs, originaire du Kazakhstan.
»Zdravstvouïte» (bonjour), répétaient-t-ils sous les regards des manifestants. »Vous ferez mieux d'apprendre +do svidania+ (au revoir)», ont lancé ces derniers.
Sources : Tageblatt
Posté par Adriana Evangelizt