Des poux et des Tchétchènes

Publié le par Adriana Evangelizt

The Three roooms of Melancholia : des poux et des tchétchènes

par Luc Perreault

Tourner un film engagé en Russie de nos jours paraît tout aussi impossible que pour un chameau de passer par le trou d'une aiguille. Depuis le 11 septembre 2001, les aspirations autonomistes tchétchènes passent aux yeux du régime Poutine pour des actes terroristes avec les conséquences que cela entraîne sur le plan des droits humains. Comment rendre compte dans un film de tels abus? Tel était l'enjeu auquel était confrontée l'équipe qui a mené à bien ce projet original et audacieux ayant pour titre The Three Rooms of Melancholia.

Ce film, réalisé par une femme cinéaste, Pirjo Honkasalo, est le résultat d'une initiative finlandaise, soutenue par des fonds scandinaves et européens ainsi que par Arte. L'avantage des Finlandais, si c'en est un, c'est d'être les voisins immédiats du géant russe. Cela autorise une certaine familiarité, des affinités réelles, une approche commune de certains sujets, sans parler d'un goût commun (notamment pour la vodka...) Mais pour ce qui est de s'attaquer directement au sujet délicat de la guerre en Tchétchénie, niet! Il fallait trouver le moyen d'attirer l'attention sur un sujet neutre, l'enfance, par exemple, quitte, par un éclairage rasant, à faire ressortir ces ombres embarrassantes qui finissent par se détacher tout au fond.

Ces trois chambres - tour à tour intitulées nostalgie (longing), respiration (breathing) et souvenir (remembering) - correspondent aux trois mouvements de l'oeuvre, à trois ambiances: trois façons différentes, en somme, de conjuguer cette mélancolie dissimulée au coeur du projet.


La première partie, la plus longue, traite d'orphelins russes, certains venant de foyers disfonctionnels, d'autres de familles victimes du conflit tchétchène. Il s'agit officiellement de décrire l'entraînement des cadets de Kronsdadt, cette île bloquant l'accès à la Baltique devant Saint-Pétersbourg où Pierre le Grand fit édifier une forteresse. Mais un commentaire discret attire l'attention sur un certain nombre de ces enfants. Outre leur âge, on découvre leur origine et le pourquoi de leur présence ici.

Sans jamais accuser, le film présente ces enfants comme des victimes, des agneaux immolés sur l'autel de la politique russe. Car impossible de ne pas déduire de ces images somme toute plutôt anodines qu'il s'agit d'un véritable incubateur. Ces enfants sont appelés à faire partie de la terrible armée russe.

La véritable horreur nous attend toutefois dans la seconde et la troisième partie. D'abord cette promenade dans les rues de Grozny: l'abomination de la désolation. Des pâtés complet de maisons trouées d'obus où il semble que la vie soit devenue impossible. Seuls des chiens errants aux flancs amaigris semblent survivre.

Troisième acte: l'Ingouchie. À quelques kilomètres de la frontière tchétchène, après avoir traversé une ville de tentes peuplée de réfugiés, on gagne la maison de cette femme qui y a recueilli de nombreux orphelins. L'aînée, 19 ans, a été violée à 12 ans par son père. Pendant que la femme épouille l'un des nouveaux petits arrivants, la télé montre à nouveau des images de soldats russes en train de faire la chasse aux «terroristes.» Ainsi donc, poux et Tchétchènes pour les Russes, même combat: de la vermine à exterminer.

C'est par de telles images que ce film condamne. On revoit également cette scène récurrente du massacre du théâtre Dubrovka. Des dizaines d'enfants abattus par erreur lors de l'opération, pas un mot, pas une image.

Il est certain qu'un tel film tourné par des Russes n'aurait jamais pu exister bien qu'on ait à son propos fait allusion à Tarkovski, le plus récent exemple de maestro russe. L'influence m'apparaît avérée dans la mesure où Honkasalo fait appel à cette manière lente, contemplative, d'exposer son vrai sujet, de tourner autour sans jamais l'aborder de front tout en l'explorant de la manière la plus éthiquement acceptable.

The Three Rooms of Melancholia apporte une vision renouvelée du cinéma politique, un film qui retrouve par des voies détournées le véritable engagement au cinéma et qui se retrouvera sans doute un jour à côté de classiques du genre comme le célèbre Cuirassé Potemkine.

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THE THREE ROOMS(...)

Documentaire de Pirjo Honkasalo.
1h46

Depuis l'entraînement de jeunes cadets à Kronsdadt, de la misère régnant à Groszny jusqu'aux réfugiés d'Ingouchie, un regard terrible sur le sort que la Russie réserve à ses enfants.

Par son ton unique et sa façon indirecte de dénoncer, ce film finlandais renouvelle le cinéma d'auteur engagé.

Sources : Cyberpresse

Posté par Adriana Evangelizt

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Publié dans Poutine Bush

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