La stratégie des néoconservateurs derrière la guerre contre la terreur - 2ème partie

Publié le par Adriana Evangelizt

Voilà donc la deuxième partie de la stratégie des néoconservateurs où l'on apprend comment la presse s'est faite l'instrument de la peur pour les Américains, comment à partir du 11 septembre les libertés ont toutes été supprimées les unes après les autres sous l'impulsion des lois liberticides de Cheney et Rumsfeld...

La stratégie des néoconservateurs derrière la guerre contre la terreur

par Michel Nesterenko

2ème partie

1ère Partie

 

Les journaux télévisés, alliés conscients et inconscients de la stratégie de la peur

Les journaux télévisés des grandes chaînes américaines telles que NBC et CBS ont joué un rôle non négligeable dans l’amplification de l’impact du 11 septembre dans le psychisme américain. Cette amplification correspond parfaitement aux concepts de la « Guerre de l'information » telle qu’elle a été conçue par les services du Pentagone. Après avoir vu et revu les images des personnes se jetant dans le vide pour échapper aux flammes, nous avons été soumis à plusieurs centaines d’heures de diffusion des quelques minutes de l’effondrement des tours. Mais c’est surtout l’attaque à l’anthrax qui a été le point d’orgue de la terreur. Ce dernier événement n’a pas vraiment frappé les esprits européens, car contrairement aux Etats-Unis nos services de presse n’ont pas dramatisé cet événement. L’amplification de la peur est surtout le fait du journal télévisé plus que de la presse écrite. L’image est beaucoup plus porteuse d ‘émotion que les mots écrits qui incitent l’esprit à l’analyse.

L’excellent ouvrage de Gavin de Becker, Fear Less1, souligne très bien les effets destructeurs des hyperboles verbales des ténors de la presse télévisée américaine. Le 12 octobre 2001, l’assistante de Tom Brokaw, le présentateur vedette du journal télévisé de la chaîne NBC, est hospitalisée pour une infection cutanée due à l’anthrax. Tom Brokaw, choqué, demande à changer de studio d’émission. Cet événement survient trois jours avant la contamination des bureaux du Congrès à Washington. S’ensuivit une série de commentaires plus alarmistes les uns que les autres. Tom Brokaw diffusa un « documentaire » soulignant que « plus de 500 laboratoires aux Etats- Unis entreposent des échantillons d’Anthrax et autres agents biologiques. Les accès sont contrôlés, mais pas d’une manière infaillible ». Un expert renchérit que le vol est chose facile car personne « ne pourrait voir le voleur sortir un échantillon du laboratoire ». Tout cela assorti de suggestions pour obtenir de l’anthrax. Le jour de la contamination de la chaine NBC, cette dernière passa à l’écran l’image d’un homme portant un masque à gaz avec le commentaire : « La préoccupation de l’anthrax se répand à travers les Etats-Unis ». Puis d’autres commentaires suivirent : « l’anthrax jamais loin (…) la préparation à la terreur (…) les limitations des vaccins contre l’anthrax (…) les hôpitaux mal préparés ». Puis le summum pour des nouvelles télévisées : « 100 kilos répandus au vent de Washington D.C. pourrait tuer 3 millions de personnes ». Le reportage n’expliquait pas comment il était possible, pour des terroristes ne disposant pas de moyens militaires, de vaporiser une telle quantité de spores dans l’atmosphère ; ni comment cette substance (non militarisée) pouvait se déplacer par la voie des airs, sur de longues distances, sans retomber au sol ; et enfin, comment inciter tous les habitants de Washington à sortir de chez eux et de leurs bureaux pour aller respirer les spores.

Dan Rather, le présentateur vedette de la chaîne CBS, dont un des collaborateurs a aussi été contaminé indépendamment des autres cas, déclarait : « notre plus grand problème aujourd’hui n’est pas l’anthrax. Notre plus grand problème c’est la peur ». Mais un reportage sur l’Irak soulignait : « L’Irak a approximativement trois fois la quantité (d’anthrax) nécessaire pour tuer toute la population humaine de la planète par inhalation ». La méthode de distribution de cette substance, si elle existe, pour affecter « toute la planète » était absente du reportage.

Pour avoir une idée exacte du conditionnement des Américains par la télévision, aux programmes nationaux, il faut ajouter les 40 heures quotidiennes de journal télévisé des télévisions locales. Le business de la peur qui fait vendre les émissions a donc un bel avenir. Gavin de Becker2 critique sévèrement les excès de la télévision : « Ils nourrissent notre faim d’anticiper avec des scénarios catastrophe et des prédictions d’un futur sombre, comme si ces résultats étaient des conséquences logiques. Souvent ce ne sont pas des conséquences logiques. En voyant des détails empilés sur des détails, en regardant des experts sérieux confirmer les plus folles hypothèses, en voyant des séquences et en écoutant les descriptions étape par étape de l’évolution vers le Jugement Dernier, l’audience se retrouve avec des images très fortes qui poussent nos pires peurs une étape plus loin que notre propre imagination (…). Comme il n’existe pas de vidéo de ce qui se passe, ils nous montrent les séquences terribles d’un incident d’il y a 5 ans. S'il n’y a pas de survivants à la tragédie, ils nous montrent l’interview d’un psychologue qui spécule sur "leurs derniers moments". Si rien du même genre ne s’est passé dans l’histoire de notre planète, ils nous montrent une simulation animée ».

La grande peur : les armes de destruction massive

Depuis le 9/11, l'opinion américaine a été largement préparée à l’éventualité d’un attentat nucléaire aux Etats-Unis, par les déclarations régulières de l’exécutif gouvernemental. En 2002, le pays a été traumatisé par les déclarations du vice-président Cheney sur l’utilisation possible par l’Irak d’armes nucléaires, biologiques ou chimiques. Le Premier ministre britannique, Tony Blair, affirma - largement relayé par la presse internationale - que ces armes pouvaient être mises en œuvre en moins de 45 minutes. Ce n’est que fin 2003, une fois l'occupation de l'Irak par les troupes américaines effectuée, que l'inconsistance de la menace des armes de destruction massive (ADM) de Saddam Hussein fut révélée. Pourtant l'exploitation de ce thème va perdurer, d'autant que la menace n’est pas totalement fictive.

Le risque nucléaire et radiologique

Certains experts prétendent que les terroristes n’ont pas la capacité technologique de faire exploser une bombe atomique. Cependant, le gouvernement néoconservateur du président Bush a pris la menace très au sérieux. Le financement d'études dans ce domaine a été largement accru dès l’arrivée au pouvoir de l’administration Bush. Fin 2003, le vice-président Cheney s’est fait remettre les résultats d’une étude1 du Pentagone, classée "secret défense", sur la propagation d’un nuage radioactif suite à une explosion nucléaire sur le territoire américain. Cette étude analyse les risques dus aux bombes nucléaires comme aux bombes sales.

Ce n’est pas l’uranium qui manque et il n’est pas nécessaire d’aller chercher du minerai de contrebande en Afrique. La sécurisation des stocks nucléaires de l’ex-Union soviétique suscite quelques inquiétudes. Il n’est pas inconcevable que les mafias de l’Est aient accès à quelques approvisionnements, bien qu'en quantité probablement limitée. De plus, le pillage des centres nucléaires irakiens suite à l’invasion américaine a mis entre les mains des terroristes et sur le marché mafieux du matériel de laboratoire et des substances radioactives.

Le plus grand risque vient des programmes commerciaux américains. L’audit du département de l’Énergie de février 2004(2) dépeint un tableau autrement plus inquiétant. Depuis 1964 les Etats-Unis vendent de l’uranium hautement enrichi sans garantie de récupération des déchets. En mai 1996, les Etats-Unis ont commencé la récupération des déchets au sein du programme de non-prolifération. Sur les 17,5 tonnes d’uranium hautement enrichi vendues à 51 pays, seulement 1,1 tonne a été récupérée dans 22 pays. Les Etats-Unis n’ont pas prévu de récupérer 12,5 tonnes dans 12 pays dont l’Iran, le Pakistan, l’Afrique du Sud et la Jamaïque. Pour référence, une bombe de type Hiroshima ne nécessite que 5 kilos de matière radioactive.

En plus de l’uranium hautement enrichi vendu par le gouvernement américain - dont on a perdu la trace - il y a aussi des pertes aux Etats-Unis même. En juillet 2004, la centrale nucléaire électrique Eurêka en Californie a reconnu avoir enregistré la disparition, depuis 1976, de trois barres de combustible radioactif3. En avril 2004, c’était une centrale nucléaire du Vermont qui reconnaissait avoir perdu deux barres de carburant radioactif, depuis 1979(1). En 2002, une centrale du Connecticut payait 288 000 $ d’amende pour une perte similaire. En septembre 2004, une bombe de l’armée de l’air américaine a été retrouvée devant les plages de l'Etat de Géorgie2. Cette bombe avait été perdue suite à un accident en 1958. Elle contenait près de 200 kilos d’explosifs et de matières radioactives. Une étude du Pentagone3 liste 32 accidents nucléaires américains entre 1950 et 1980. Il y aurait près de 50 bombes atomiques égarées et perdues en divers lieux du globe.

Il y a donc abondance de matières radioactives pour confectionner une bombe. Un organisme tel qu’Al-Qaeda, dont les capacités financières se chiffrent en milliards de $, peut facilement acheter le matériel et équiper un laboratoire nucléaire. Les ingénieurs musulmans expérimentés peuvent être recrutés dans les ex-républiques soviétiques ou au Pakistan. On comprend aisément pourquoi le vice-président Cheney s’est fait construire à grands frais un bunker de guerre thermonucléaire sous son domicile à Washington (identique à celui de la Maison-Blanche). Malgré la vigilance accrue des autorités américaines, il demeure relativement aisé de déplacer une bombe nucléaire ou une bombe sale dans l’un des 16 millions de containers qui voyagent chaque année aux Etats-Unis, par route, par train, par bateau ou par avion.

La menace biologique et chimique

 

L’analyse de la menace biologique suit les mêmes grandes lignes que l’analyse de la menace nucléaire. Il existe quelques particularités supplémentaires. La difficulté de détection est accrue à cause de « l’usage double ». Ce sont les mêmes laboratoires qui sont utilisés pour le développement des biotechnologies civiles et la recherche militaire. Il est aussi plus facile de dissimuler des agents biologiques que des matières radioactives. Contrairement à la menace nucléaire il n’est pas nécessaire d’utiliser le transport de fret pour positionner les substances nécessaires lors de l'attentat. La menace est donc réelle. Parce qu’une grande partie de l’infrastructure de défense - notamment les hôpitaux et les médecins - sont dans le secteur privé, il est indispensable pour l’État d’organiser une coopération public/ privé pour être véritablement efficace. Cela n’est pas encore le cas. Malgré un investissement annuel de 11 milliards de $, les tests et simulations du gouvernement américain montrent son incapacité à gérer, ou même à circonscrire, une crise. Le choix de privilégier la défense contre des pathogènes « militaires » - tel que l’anthrax - au détriment de pathogènes plus connus et causant déjà des dommages dans la population, a soulevé l’indignation de la communauté des chercheurs américains4. La menace du bioterrorisme et le manque de préparation des forces de police ont été le thème central de la conférence d’Interpol de mars 2005. La menace est prise très au sérieux par les autorités spécialisées même si les budgets ne sont pas à la hauteur des enjeux.

La menace chimique est sans doute la plus présente en raison sa facilité de mise en œuvre. C’est sans doute pour cela que, quatre ans après le 9/11, fort peu a été fait pour protéger les pays occidentaux contre cette menace. En 1995, la secte Aum a fait 12 morts dans le métro de Tokyo avec du gaz Sarin. Cette secte disposait de plus d'un milliard de dollars et des laboratoires bien équipés. Or, Al-Qaeda a des moyens financiers largement supérieurs et les services occidentaux ont trouvé une partie du matériel nécessaire et des manuels dans les camps d’entraînement afghans. D'autant que le pillage systématique des laboratoires irakiens et le laisser-faire de l’armée américaine ont permis aux terroristes d’acquérir du matériel sophistiqué à bon marché.

Une autre modalité d'attentat chimique est possible : l’attaque à l'aide de camions-citernes. Elle a déjà été largement testé en Irak, où elle devient l'une des armes favorites des terroristes. Les accidents impliquant ces véhicules sont monnaie courante aux Etats-Unis, mais leurs effets n'auraient rien de commun avec ceux d'un d'attentat avec des camions-citernes contenant des produits toxiques. Le risque d’attentat utilisant des wagons-citernes du secteur ferroviaire est également une menace des plus concrètes. Une série d’accidents ferroviaires récents, aux Etats- Unis, a forcé l’évacuation de communautés entières pendant plusieurs jours pour échapper au nuage toxique de chlore ou autres substances. Le maire de Washington a signé une loi1 qui impose une autorisation préalable au transport ferroviaire de matières toxiques dans l’agglomération. Il est déjà annoncé que ces autorisations seront rares. Les associations de transporteurs ferroviaires et routiers se battent contre l’application de cette règle qui menace d’être dupliquée par toutes les agglomérations américaines, ce qui rendrait le transport de matières dangereuses pratiquement impossible, ou au minimum excessivement coûteux. Pour mémoire, l’accident de Ryongchon (Corée du Nord), le 22 avril 2004, a produit deux cratères de 10 mètres de profondeur et détruit toutes les habitations sur un rayon de 4 km. A titre de comparaison, il s’agirait ni plus ni moins de la destruction de Paris intra-muros par l’explosion accidentelle de ce qui a été décrit comme des wagons d’engrais ! Chaque nuit, les gares de triage ferroviaires au sein de nos grandes agglomérations abritent l’équivalent de plusieurs usines Seveso. Il n’est pas nécessaire de rappeler l’ampleur des dégâts de l’accident de l’usine AZF à Toulouse, en septembre 2001.

L'exploitation du climat de peur : la préparation des élections de novembre 2004

En 2004, pendant la campagne électorale des élections présidentielles, le gouvernement Bush a largement utilisé la menace d’attaques terroristes avec des armes nucléaires, biologiques ou chimiques, comme l'illustrent les nombreuses déclarations des membres de son administration :

• 19 avril : Condoleeza Rice, la National Security Adviser du président Bush annonce : « je pense qu’il faut prendre au sérieux le fait qu’ils vont essayer de faire quelque chose pendant le cycle préélectoral. D’une certaine manière c’est une trop belle occasion pour eux 2 ».

• 21 avril : lors d’une convention de journalistes, le président Bush déclare : « Oui, je comprends pourquoi ils (la majorité des Américains) pensent qu’ils vont encore être attaqués. Ce pays est difficile à défendre. Nos services de renseignement sont bons, ils ne sont jamais parfaits, c’est là le problème3 ».

• 26 mai : le ministre de la Justice, John Ashcroft, rapporte au cours d’une conférence de presse dans les bureaux du FBI, avec photos de terroristes à l’appui : « un porte-parole d’Al-Qaeda a annoncé que les préparatifs pour une attaque contre les Etats-Unis étaient complets à 90 %4 ».

• 8 juillet : le ministre de la Sécurité intérieure (Homeland Security), Tom Ridge, suite à « des interceptions récentes », déclare : « Nous savons qu’ils ont la capacité de réussir et qu’ils pensent par erreur que leurs attaques auront un impact sur nos résolutions5 ».

• 8 juillet : les directeurs de la CIA et du FBI, dans une réunion confidentielle avec les Sénateurs et représentants du Congrès, affirment que la menace terroriste contre les Etats-Unis n’avait jamais été aussi élevée depuis le 11 septembre 20016.

• 31 juillet : de hautes personnalités du gouvernement annoncent de nouvelles menaces contre les entreprises et le secteur bancaire de New York7. Le système d’alerte de New York passe à orange.

• 1er août : le ministre de la Sécurité intérieure, Tom Ridge, pendant une conférence de Presse révèle : « cet après-midi nous avons des informations nouvelles et particulières sur les lieux qu’Al- Qaeda voudrait attaquer (…) c’est alarmant tant en ce qui concerne la quantité d’information que sa précision1 ». Il faut rappeler que la convention du Parti républicain était programmée pour le 30 Août à New York.

• 8 septembre : pendant une conférence électorale le vice-président Cheney déclare : « si nous faisons le mauvais choix alors le danger est que nous serons à nouveau attaqués d’une manière qui sera dévastatrice pour les Etats-Unis ». Le sénateur John Edwards (démocrate) explique : « Ce qu’il (Cheney) a dit au peuple américain, était que si vous allez voter en Novembre et élisez quelqu'un d’autre que nous (Bush), alors il y aura une nouvelle attaque terroriste et ce sera de votre faute2 ».

• 14 octobre : le Washington Post confirme que l’instrumentalisation de la menace terroriste par le gouvernement Bush permet à ce dernier de gagner des points électoraux3.

• 19 octobre : lors d’une réunion électorale sur invitation seulement, le vice-président Cheney déclare : « La plus grande menace pour notre nation à laquelle nous devons faire face maintenant, est la possibilité que les terroristes se trouvent au milieu d’une de nos villes avec des armes plus mortelles que tout ce que nous avons connu jusqu'à présent – des agents biologiques ou une bombe nucléaire ou une arme chimique quelconque pour menacer la vie de centaines de milliers d’Américains. C’est là la menace ultime…4 ».

• 31 octobre : moins de 100 heures avant les élections, la cassette vidéo de Ben Laden est distribuée à la presse américaine. Il semblerait que cet événement ait été favorable au camp du président Bush5.

• Depuis les élections du 2 novembre 2004 et la réélection de G.W. Bush, le brouhaha « politicoterroriste » des néoconservateurs s’est estompé. Les disciples de Strauss et de Bloom ont su tirer le meilleur parti politique d’un terrorisme international qu’ils n’ont certainement pas créé, mais tout au plus attisé volontairement ou par ignorance.

Les conséquences pour la société américaine et les libertés civiles

Devant l'ampleur de l'agression humaine, matérielle et psychologique, subie par les Etats- Unis, les autorités néoconservatrices ont réagi avec une grande célérité et ont imposé des mesures d'exception, parfois sans l'accord des Chambres.

L'imposition du Patriot Act

Le Patriot Act, la première loi liberticide motivée par les attentats du 11 septembre a été présentée au Congrès le mercredi 19 septembre. Compte tenu de l’évacuation de Washington des responsables du gouvernement et du Congrès, suite aux attaques, ce texte de 342 pages fut écrit en seulement 2 ou 3 jours par l’Assistant Attorney general Viet Dinh1 ! Dès sa rédaction achevée, une pression très forte a été exercée par le ministre de la Justice, John Ashcroft, pour faire approuver ce texte sans discussion ni changement2. Le vendredi 12 octobre, le texte commence la phase de négociation entre le Sénat et la Chambre des représentants3. Le lundi 15 octobre, des lettres piégées à l’anthrax imposent l’évacuation du Congrès jusqu’au lundi 22 octobre. Pas de bureau, pas de standard téléphonique et pas de courrier pour les élus du peuple qui sont soumis à des tests de dépistage ! Le mercredi 24 octobre le texte est mis au vote et approuvé pratiquement sans modification. Le président Bush signera cette loi le vendredi 26 octobre 2001. La coïncidence interpelle car les enquêtes du FBI semblent indiquer que les souches de cet anthrax proviennent du laboratoire de guerre biologique de l’US Army à Fort Dietrick tout près de Washington4. Dans son livre Biological Weapons, Jeanne Guillemin5 indique que les spores de la « lettre du sénateur Dashle etaient exceptionnellement sans résidus bactériens et se dispersaient facilement. La technique de préparation était sophistiquée et indiquait une production par un scientifique expérimenté au sein d’un programme étatique. L’anthrax envoyé par la poste fut identifié comme une souche d’Ames, le programme américain qui existait depuis des années et qui est toujours actif. D’autres tests réalisés par le FBI en 2002 indiquaient que les spores avaient été préparées dans les deux années précédent l’envoi6 ».

Dans la foulée, le FBI emprisonne des milliers de non-citoyens aux noms à consonance moyen-orientale, sans qu'ils aient accès à la justice et aux avocats. Puis le Pentagone et les conseillers de la Maison-Blanche mettent au point un territoire de non-droit appelé « prison de Guantanamo ». Des études juridiques sont diligentées par la Maison-Blanche pour trouver des méthodes afin de contourner les interdictions de tortures existant dans la loi américaine. Cela ne suffit pas, et pour les interrogatoires extrêmes la CIA et le Pentagone mettent en œuvre le programme de Rendition : des agents américains kidnappent des suspects dans n’importe quel pays du monde, y compris en Europe1, les transportent pieds et poings liés à bord d’un jet privé vers un pays ami pratiquant la torture. Les représentants américains dirigent alors l'interrogatoire sans se salir les mains, légalement parlant. Un citoyen canadien kidnappé alors qu’il était en transit à l’aéroport de Kennedy a ainsi bénéficié d’un séjour d’un an dans les geôles syriennes grâce à la CIA. Il a ensuite été relâché sans explication. Ce n’est pas un cas isolé, malheureusement.

Le Patriot Act est une fantastique arme orwellienne. Il a permis de suspendre un grand nombre des libertés constitutionnelles des citoyens américains qui peuvent maintenant être espionnés, voire même être emprisonnés, sans procédure judiciaire. On est loin des principes fondateurs de la plus grande démocratie : « Les hommes nés libres sont naturellement vigilants pour combattre les limitations à leur liberté, imposées par dirigeants aux mauvaises intentions. Les plus grands dangers pour la liberté sont cachés sous l’aspect d’un empiétement insidieux proposé par des hommes zélés, bien intentionnés mais sans compréhension"2.

Le renforcement des moyens d'investigation, de surveillance et de contrôle

C’est devenu un lieu commun de dire que le 9/11 est la résultante de la faillite du renseignement américain. En fait il s’agit moins d'une faillite du renseignement, qui a relativement bien fonctionné, que de la faillite du gouvernement et de la bureaucratie américaine, qui ont refusé de prendre en compte la menace terroriste malgré les informations à leur disposition. Le rapport3 de la commission du 9/11 décortique admirablement les causes des dysfonctionnements.

Richard Clarke4, l’expert de l’antiterrorisme à la Maison-Blanche, a décrit son incapacité à attirer l’attention du Président G.W. Bush et de son équipe de néoconservateurs sur une menace imminente, qui venait de prouver sa capacité de destruction en Afrique5. Dans un mémorandum du 25 janvier 2001 (6), Clarke demande à Condoleeza Rice d’organiser de toute urgence une réunion ministérielle pour décider des actions à mener contre Al-Qaeda. Malgré de nombreux rappels, la première réunion n'aura lieu que le 4 septembre 2001. Peut-être peut-on expliquer ce manque d’attention par une focalisation excessive de la Maison-Blanche sur la préparation de la guerre d’Irak, ainsi que l’indiquent Bob Woodward, dans son livre d’interviews Plan of Attack7 et James Bamford dans A Pretext for War 8.

Au FBI, les multiples rapports, provenant de divers bureaux régionaux, cherchant à diligenter une enquête nationale, ont été ignorés par la hiérarchie. La CIA avait identifié les organisateurs de l’attentat, mais n’a pas su communiquer la criticalité de la situation au FBI et à la Maison-Blanche. La NSA, responsable de l’écoute des communications planétaires, était submergée par la quantité de documents à traduire. Les conversations des pilotes kamikazes la veille de l’attentat ont bien été enregistrées, mais n’ont été traduites qu’une semaine plus tard. Partout il y avait une pénurie d’agents maîtrisant les langues et dialectes moyen-orientaux.

Face à ces dysfonctionnements, la réaction du gouvernement a surtout consisté à mettre plus de moyens. Le budget du FBI (9) est passé de 3,3 milliards de $ en 2001, à 5,6 milliards en 2005. Plus de 500 millions de $ ont été investis pour la modernisation de son réseau informatique avec des fortunes diverses. 170 millions dépensés pour numériser le fichier des affaires en cours ont été perdus car le projet, après 2 ans d’efforts, n’a pu aboutir. Plusieurs centaines d’analystes et de traducteurs ont été embauchés (passant de 883 à 1 214). Mais les documents d’interception non traduits s’entassent encore et dépassent aujourd’hui 123 000 (1), représentant 30 % du total de la collecte. Parallèlement, le FBI a développé le recrutement d’espions, d’agents et d’officiels étrangers pendant leur séjour sur le territoire américain entrant en compétition directe avec la CIA dont c’était jusqu'alors la prérogative2.

La CIA a reçu ordre d’augmenter son staff d’analystes de 30 % et de doubler le nombre de ses agents à l’étranger. Avant 2001, l'agence comptait près de 20 000 employés, dont plus de 4 500 officiers de renseignement3. Il lui faut donc d’embaucher près de 7 000 spécialistes supplémentaires ! La CIA a également reçu l’autorisation de gérer des banques de données incluant des fichiers concernant des citoyens américains et de diligenter des enquêtes aux Etats-Unis dans les cas de suspicion d’aide au terrorisme, chose qui lui était interdite auparavant et qui était la prérogative exclusive du FBI. Porter Goss, son nouveau directeur, a forcé à la démission les 20 cadres supérieurs de l’Agence4 et près de 60 officiers expérimentés ont été remerciés. Les nouvelles règles édictées par Goss imposent à l’analyste : « d’étayer, par son travail, la politique du gouvernement »5, et « en tant qu’employés de l’Agence nous ne pouvons pas être d’accord, ni promouvoir, l’opposition au gouvernement et à sa politique ». Les études doivent se focaliser sur le long terme à l’exclusion des menaces immédiates6.

Le ministre de la Défense, Ronald Rumsfeld, a créé son propre service de renseignement et d'action clandestine : les Strategic Support Teams (SST). Ces nouveaux espions et commandos peuvent opérer aussi bien dans les pays amis, ennemis qu'aux Etats-Unis7, bien que la loi du Posse Comitatus Act de 1878 interdise aux militaires américains toute opération offensive sur le territoire national. Un des effets du 9/11 a été d’estomper cette interdiction. Ces troupes d’élite ultrasecrètes dépendent directement du ministre et de ses proches assistants, sans aucune supervision du Congrès, contrairement à la coutume. Les SST sont entraînées pour le renseignement humain (Humint), notamment du recrutement de membres de gouvernements étrangers avec lesquels les Etats-Unis ne sont pas en guerre, ainsi que personnalités de gouvernements alliés. Un mémo du Pentagone indique que : « le recrutement d’agents peut inclure des personnalités connues dont l’association avec le gouvernement américain serait embarrassante si elle venait à être divulguée »8. Il y a là une concurrence évidente entre les SST, la CIA et le FBI.

Parallèlement, tous les autres services de renseignement dépendant du Pentagone ont vu leurs effectifs s'accroître : la Defense Intelligence Agency (DIA) a embauché plus de 1 000 analystes ; la National Geospatial-Intelligence Agency (NGA, satellites d'observation) en a recruté 900 et la National Security Agency (NSA, interceptions des communications) plus de 7 000 (9). Soit un total de plus de 9 000 nouveaux spécialistes du renseignement. Ces chiffres divulgués par la presse sont certainement très inférieurs à la réalité.

Une des conséquences du 11 septembre est donc le recrutement de près de 20 000 nouveaux spécialistes du renseignement qui vont être impliqués dans la lutte antiterroriste. Ils auront notamment pour mission d’alimenter les 22 banques de données du gouvernement fédéral. Pour donner un ordre d’idée de la tâche, le FBI, à lui seul, collecte plus de 2 millions d’heures d’écoutes téléphoniques par an1, uniquement pour l’antiterrorisme et le contre-espionnage. Le recoupement et le regroupement des informations entre les diverses banques de données étatiques ne pourront être réalisés à court ou moyen terme, car l’architecture électronique et les nomenclatures de chaque banque de données présentent des différences notoires. À cela, il faut ajouter la résistance naturelle de bureaucraties cherchant à préserver leurs prérogatives et leur pouvoir coûte que coûte. Surtout, les diverses agences sont en train de tester différents systèmes pour pouvoir croiser électroniquement leurs informations avec celles des grandes banques de données commerciales, financières ou autres. La question de la constitutionnalité d’un tel système d’espionnage globalisé contre les citoyens américains reste ouverte malgré le vote du Patriot Act.

La multiplication des contrôles dans le transport aérien

Pour filtrer les 650 millions de passagers voyageant chaque année aux Etats-Unis, il a été indispensable d’automatiser le processus avec l’informatique. La difficulté vient non seulement du nombre de passagers, mais aussi de la cadence à maintenir pour éviter un embouteillage systématique des aéroports qui fonctionnent déjà à la limite de leurs capacités. Les autorités américaines ont choisi de s’en remettre complètement à la gestion informatique. Ceci est parfaitement logique quand il s’agit de la gestion de processus mécaniques, mais, pour gérer des flux humains, il en va tout autrement. Les informations, issues des services de renseignement, relatives à l’antiterrorisme, sont autant protégées que les secrets nucléaires du temps de la Guerre froide. Il n’existe pas suffisamment d’agents habilités "secret défense" dans les aéroports pour traiter l'information classifiée. Certains diront que les données personnelles du citoyen sont bien protégées, mais c'est au prix d’un nombre incalculable d’erreurs qui menacent directement sa capacité de voyager et sans doute de travailler. Les autorités américaines buttent sur l’obstacle de l’incapacité à purger les erreurs d’un grand nombre de banques de données, certaines étatiques et protégées par le "secret défense", d’autres appartenant à des entreprises privées. Les autorités américaines ont pour l’instant choisi d’ignorer cet obstacle.

Dans son combat sécuritaire tous azimuts le gouvernement américain considère tous les citoyens comme des terroristes potentiels. Tous sans exception, personnes âgées, enfants, nouveaux-nés ou nones, représentants au Congrès ou sénateurs, ainsi que les pilotes de l’avion, sont soumis aux mêmes contrôles tatillons : déchaussage, déshabillage, palpation approfondie, etc. Petits ciseaux et autres limes à ongle sont confisqués, les ordinateurs portables sont inspectés au niveau des piles, tout est reniflé électroniquement pour trouver des résidus de poudre. Le bon sens est passé aux oubliettes : les détenteurs d’habilitation "secret défense" au plus haut niveau ne sont pas épargnés et certains ont été refoulés sans raison. On confisque les coupe-ongles des pilotes qui n’ont certes pas besoin de ces babioles pour prendre le contrôle de l’avion ! Bref, un pays entier navigue dans l’absurdité la plus totale. Deux choses sont certaines : le coût et l’anxiété latente des passagers.

Les contrôles tatillons à l’embarquement entraînent des files d’attente d’une demi-heure à une heure en moyenne. Trois et quatre heures de queue ont été enregistrées à l’aéroport de Las Vegas, pour des vols n’excédant pas cinq heures. L’inspection ne prend que quelques minutes, mais le phénomène de ralentissement du flux crée des attentes interminables. L’application stricte des règles, à terme, va rapidement provoquer la disparition des vols de moins d’une heure, les passagers leur substituant la voiture.

Le parcours du combattant, les tracasseries et l’inquiétude, voire la peur incitent déjà de nombreux passagers à ne pas utiliser la voie aérienne. Divers sondages indiquent une diminution de 25 % des intentions de prendre l’avion pour une perte annuelle de près de 3 milliards de $. Cette diminution de trafic dure depuis octobre 2001 et semble devoir continuer.  

La situation en Europe

Depuis les années 1980, la France dispose d'une grande expérience du terrorisme islamique. Notamment, le 26 décembre 1994, des terroristes du GIA algérien détournent un Airbus d'Air France sur l'aéroport d’Alger. S'ils ont été éliminés grâce à l'intervention du GIGN sur l'aéroport de Marignane où ils faisaient escale, leur cible finale n’était autre que la tour Eiffel. L’Espagne et la Grande-Bretagne ont eu respectivement l’ETA et l’IRA, et l’Italie et l’Allemagne n’ont pas été épargnées. C’est sans doute cette expérience qui a permis à l’Europe de résister à la pression hégémonique des Etats-Unis qui cherchaient à faire appliquer leurs procédures sur le vieux continent. La Commission européenne a cependant plié sous le diktat de Washington en ce qui concerne le transfert des données personnelles de tous les passagers européens à destination des Etats-Unis, faisant fi de la loi européenne de protection des données informatiques et des directives du Parlement européen.

En septembre 2001, les lois et procédures permettant le filtrage des passagers et des bagages aux aéroports étaient déjà en place et bien rodées. Il suffisait seulement d’en moduler les améliorations en fonction des résultats d’une analyse de risques récente. Le système de défense antiterroriste en France et dans les aéroports européens comporte vraisemblablement de nombreuses failles, comme Richard Reid l’a démontré. Mais globalement ce système de défense semble fonctionner et les passagers européens ne sont pas harcelés par la sécurité, ni terrorisés, comme aux Etats-Unis. Le coût de la sécurité n’est pas prohibitif et les compagnies aériennes se portent bien.

En Europe, les voyages en train représentent une réelle alternative aux voyages en avion. Il est donc logique que le transport ferroviaire soit ciblé par les terroristes, comme ce fut le cas le 11 mars 2004 à Madrid. L’Europe doit donc se défendre sur deux fronts. Une note positive est que les trains ne sont pas des instruments appropriés pour les kamikazes qui cherchent à percuter un gratte-ciel. Mais les trains peuvent exploser dans un tunnel sous le gratte-ciel et déclencher un effondrement. Dans le domaine de la sécurité ferroviaire tout reste à faire.

Il est possible de rendre la sécurité performante et efficace et par là même éviter les excès américains, qui eux sont inefficaces. Pendant plus de 30 ans, la compagnie aérienne israélienne El Al a été la cible privilégiée de tous les terroristes du Moyen-Orient, sans succès. Face à une quantité d’attaques sans égale, la compagnie aérienne est parfaitement sécurisée. De même, la grande majorité des attaques contre les autobus sont neutralisées. Le secret de l’efficacité israélienne réside dans le profilage basé sur un renseignement humain hors pair, des moyens électroniques s’ajoutant à une formation et des tests journaliers de tous les opérateurs. Entre l’extrême de l’efficacité israélienne et la lourdeur du système américain, l’Europe devra choisir sa voie pour refléter pleinement les attentes de ses citoyens.

Les nouveaux dispositifs de sécurité et l'atteinte aux droits civiques

C’est dans le domaine des libertés constitutionnelles des citoyens que les plus graves questions se posent. Tous les experts s’accordent à dire que le renseignement est un élément essentiel de la lutte contre le terrorisme. Contrairement aux enquêtes judiciaires qui sont faites à charge et à décharge, afin d’éviter les inexactitudes et les risques d’erreurs, le renseignement est l’art de percevoir des tendances contextuelles au travers du brouillard du champ de bataille. Les enquêtes judiciaires cherchent des preuves. Dans le renseignement, les rumeurs et les ragots, même non fondés, jouent souvent un rôle contextuel non négligeable. La difficulté surgit quand on utilise sans analyse contextuelle des données issues du renseignement dans un domaine ayant des répercussions judiciaires immédiates. C’est le cas des banques de données qui sont utilisées pour le filtrage des passagers aux aéroports américains. Le moindre soupçon, peut-être dû à un homonyme ou à une erreur, interdit l’embarquement dans un avion. Personne ne veut prendre le risque de laisser embarquer le prochain pilote kamikaze, identifié par la banque de données, même si le passager se trouve être le sénateur Kennedy !

Les droits des citoyens subissent les attaques constantes non seulement des services de renseignement étatiques, mais aussi des opérations de renseignement des entreprises privées. Les banques de données des entreprises américaines spécialisées sont tellement performantes que la communauté du renseignement étatique américaine, malgré ses moyens accrus, éprouve la nécessité de croiser ses données avec celles-ci. Nous assistons donc à un processus d’externalisation du renseignement - qui traditionnellement était un monopole étatique - qui vient s’ajouter à la privatisation des services de sécurité aériens. Ce double phénomène met entre les mains d’entreprises privées, dont la principale motivation est le profit, les moindres détails de la vie des citoyens. Il y a une différence importante quand l’État ou une banque collecte des informations confidentielles ou lorsque la collecte est le fait d’une entreprise commerciale. Le personnel assermenté de l’État ou des banques est soumis à un devoir de confidentialité sanctionné pénalement, ce qui n'est pas le cas du personnel de l’entreprise. Certaines entreprises américaines comme Choice Point ont vendu, par erreur sans doute, les données confidentielles 145 000 citoyens à des associations criminelles1.

Dans le domaine des libertés individuelles et des droits de l’homme, nous assistons donc à une schizophrénie américaine. Avant le 11 septembre 2001, nous avions une Constitution américaine qui était très favorable aux libertés des citoyens : fondée sur le principe fondamental de l’innocence présumée de tout citoyen, il incombait à l’État de prouver la culpabilité du délinquant avant de restreindre ses libertés. L’État ne pouvait pas espionner ses citoyens, sauf en cas de suspicion légitime validée par un mandat judiciaire. La Constitution garantissait l’équilibre des pouvoirs judiciaire, législatif et exécutif, chacun ayant droit d’enquête sur les agissements des deux autres. La transparence était de règle. Depuis le 26 octobre 2001 et l'adoption du Patriot Act, cet équilibre constitutionnel a volé en éclats. Le gouvernement opère en secret et sans supervision, il considère tous les citoyens, même les représentants élus, comme des terroristes potentiels. Les prisons secrètes et la pratique de la torture se sont développées. La raison d’État a pris le dessus dans un contexte de pleins pouvoirs et d'état d’urgence. Tout élu qui émet des doutes sur la nécessité de ces mesures est traité dans la presse comme un traître à la nation. Une telle dérive ne correspond pas à la philosophie des néoconservateurs. Par contre les divers ouvrages et sermons des Chrétiens intégristes indiquent clairement une volonté de bannir tout comportement individuel non « moral » et en particulier l’avortement et l’homosexualité. Il faut noter que le ministre de la Justice, John Ashcroft, et ses collaborateurs appartiennent à cette communauté religieuse. Son successeur Alberto Gonzales est réputé avoir mis au point, dès 2001, une méthode légale d’utilisation de la torture, tandis qu’il était conseiller du président Bush. Cependant, il est fort probable qu’un tel état de fait, dont la constitutionnalité n’a pas encore été testée, ne survive pas longtemps au deuxième mandat du président Bush.

(à suivre...)

 

1 De Becker, Gavin, Fear Less – Real Truth about Risk, Safety, and Security in a Time of Terrorism, Little Brown and Company, 2002.

2 Gavin De Becker, expert et conseil auprès de la CIA et de la Cour Suprême de Etats-Unis et Senior Fellow à l’University of California Los Angeles.

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1 The New York Times, Adressing the Unthinkable, U.S. Revives Study of Fallout, March 19, 2004.

2 U.S. Department of Energy – Office of Inspector General – Office of Audit Services, Audit Report – Recovery of Highly Enriched Uranium Provided to Foreign Countries, February 2004.

3 San Francisco Chronicle, Eureka Officials hope fuel rods are in pool, July 17, 2004.

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1 CNN.com, Fuel Rod Parts Missing From Nuclear Plant, April 21, 2004.

2 CNN.com, Lost Nuclear Bomb Possibly Found, September 14, 2004.

3 The Defense Monitor, US Nuclear Weapons Accidents : Danger in Our Midst, Center for Defense Information, Vol. X, Number 5, 1981.

4 The New York Times, US Germ Research Policy is Protested by 758 Scientists, March 1, 2005.

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1 GOVEXEC.com, Rules expected next week on DC toxic rail shipment ban, February 4, 2005.

2 The New York Times, Election could tempt attack by terror group Rice says, April 19, 2004.

3 The New York Times, Bush isn’t surprised Americans expect attack, April 21, 2004.

4 CNN.com, Ashcroft : Al-Qaeda intends to attack US, May 26, 2004.

5 CNN.com, Ridge says Al-Qaeda planning attack, July 8, 2004.

6 CNN.com, Senators warned on terror threat, July 9, 2004.

7 CNN.com, Official : Al-Qaeda intends to strike in New York, July 31, 2004.

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1 The New York Times, US warns of terror threat against financial buildings, August 1, 2004.

2 The New York Times, Cheney warns of terror risk if Kerry wins, September 8, 2004.

3 Washingtonpost.com, Terrorism threat narrows race, October 14, 2004.

4 The New York Times, Cheney evokes blasts in US as he questions Kerry’s leadership, October 19, 2004.

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