Le syndrome américain
Le syndrome américain
par Amine Lotfi
En filigrane de l’agression israélienne contre le Liban, ce sont les desseins américains pour la région du Proche-Orient qui transparaissent. Le président George Bush a ainsi martelé de longue date sa détermination à priver le Hezbollah de tout rôle sur l’échiquier militaro-politique libanais. L’Administration américaine voit dans le mouvement chiite le cheval de Troie qui permettrait à l’Iran d’atteindre Israël. L’Etat hébreu n’a de réelle puissance que parce qu’il est porté à bout de bras par la puissante Amérique qui lui fournit tout son arsenal militaire et finance son équilibre budgétaire sans regarder à la dépense. En l’état actuel des choses, les Américains qui sont embourbés en Irak, où leur présence militaire est éligible à la durée, ne disposent que d’une capacité de manœuvre limitée à l’égard de l’Iran qui a mis en œuvre un programme nucléaire, dont s’inquiètent tous les Occidentaux. Si l’Iran parvient à s’imposer comme une puissance atomique, c’est l’équilibre de cette partie du monde - si ce n’est de tout le monde - qui s’en trouvera profondément modifié. Sur un second palier, les Américains voient dans la Syrie un autre danger, car ils ne sont pas en mesure de déterminer si l’axe Damas-Téhéran ne se constituera pas autour de l’irruption de l’Iran dans le cercle atomique. C’est un avenir incertain qu’entrevoient les Américains qui, toutefois, n’excluent pas le scénario du pire pour leur allié israélien. Washington et Tel-Aviv donnent le plus grand retentissement aux déclarations du président iranien Mahmoud Ahmadinejad, qui multiplie les menaces de détruire Israël. Les surenchères verbales du président Ahmadinejad sont associées aux efforts déployés par l’Iran en vue de finaliser un programme nucléaire, dont la dimension militaire est mise en avant par les Américains.
Après avoir envahi successivement l’Afghanistan et l’Irak, l’Amérique ne dispose pas des effectifs nécessaires à une action militaire contre l’Iran. Le président George Bush aurait besoin, pour cela, que l’Afghanistan et l’Irak soient définitivement pacifiés. Ce n’est pas le cas et pour entreprendre une éventuelle offensive contre l’Iran, il faudrait qu’il puisse convaincre un maximum d’Etats de le suivre et cela n’a pas été le cas lors de sa décision unilatérale d’envahir l’Irak. Aux difficultés du président Bush sur le terrain irakien, s’ajoute le fait que durant tout son premier mandat et une partie du deuxième, il n’a pas favorisé une ère de paix au Proche-Orient. Bien au contraire, il a encouragé un raidissement d’Israël face à la création d’un Etat palestinien, ce qui a réduit à néant les initiatives de la communauté internationale et conduit à une radicalisation de la résistance dont Hamas est devenu un symbole adoubé par le vote populaire. La victoire électorale du mouvement islamiste palestinien a été sanctionnée par un plus grand durcissement, si cela était possible, d’Israël et de l’Amérique envers les Palestiniens. L’enlèvement d’un soldat israélien par la branche armée du Hamas - qui le détient d’ailleurs encore - a entraîné des représailles sanglantes de l’Etat hébreu. L’enlèvement par la branche militaire du Hezbollah a donné lieu à l’agression israélienne contre le Liban, dont le monde entier a vécu les tragiques séquences. L’Amérique, qui a privilégié l’option militaire en cautionnant l’agression israélienne contre le Liban, n’a pas vraiment tiré les enseignements de l’histoire passée et immédiate. Si force devait rester aux armes, le sort de l’Irak aurait été scellé au premier jour de son invasion par l’Amérique et ses alliés. Le président Bush, qui a compté sur une victoire rapide et écrasante d’Israël, n’avait pas hésité à exprimer son hostilité personnelle à toute idée de cessez-le-feu. La tragédie de Qana aurait peut- être été évitée si, par la voix de son président, l’Amérique avait tenu un discours d’apaisement. On voit bien où se situe la responsabilité d’un si effroyable crime de sang.
Sources : EL WATAN
Posté par Adriana Evangelizt