Bush en guerre contre la presse
Bush en guerre contre la presse
Par Linda Feldmann
The Christian science monitor (extraits) Bostons
Exaspéré par les révélations à répétition sur ses programmes secrets, le gouvernement américain multiplie les tentatives d’intimidation et les attaques contre les journalistes.
La révélation, le 23 juin, par le New York Times et plusieurs autres grands quotidiens, qu’un programme mis en place par le gouvernement Bush pour surveiller les transactions financières de présumés terroristes n’a en soi rien de surprenant. Le 24 septembre 2001, le président Bush l’avait annoncé lui-même en déclarant : “ Nous avertissons les banques et les institutions financières du monde entier que nous allons travailler avec leurs gouvernements pour leur demander de geler ou de bloquer l’accès des terroristes aux fonds déposés sur des comptes étrangers ”. Cependant, en décidant de révéler les détails du Terrorist Finance Tracking Programme (Programme de traque du financement du terrorisme de la Cia), le New York Times s’est attiré des attaques particulièrement virulentes de la part de hauts responsables du gouvernement Bush, de leurs alliés au congrès et des commentateurs du camp conservateur. Le vice-président Dick Cheney a ainsi qualifié de “ très préjudiciable ” l’initiative du quotidien new-yorkais et de “ honteux ” le fait qu’il ait récemment remporté le prix Pulitzer pour des révélations similaires (le prix a été attribué aux journalistes James Risen et Eric Lichtblau pour leur enquête sur les écoutes téléphoniques de l’agence nationale de sécurité “ Nsa ”). Peter King, député républicain de l’Etat de New York et président de la commission de sécurité intérieure de la chambre des représentants, a dénoncé ce geste comme une “ trahison ” et réclamé que les poursuites soient engagées contre le quotidien. La très conservatrice National Review a pour sa part exhorté le gouvernement à retirer aux journalistes du New York Times les accréditations officielles qui leur donnent accès à la Maison Blanche.
Quelques jours plus tard, des responsables républicains de la chambre des représentants ont même rédigé une résolution condamnant les récentes révélations. Si “ une presse libre et indépendante est nécessaire au maintien de la liberté, le New York Times et d’autres organes de presse qui recherchent des informations sensibles et décident unilatéralement de les publier mettent des vies en danger ”, souligne leur résolution.
Le dernier rempart contre les abus de pouvoir
Derrière ces phrases grandiloquentes se cachent des questions autrement plus sérieuses. Les révélations de la presse ont-elles vraiment mis à mal les efforts du gouvernement, en révélant aux réseaux terroristes les méthodes qui sont utilisées pour suivre leurs mouvements financiers ? Et les poursuites que les hommes politiques et les militants conservateurs réclament contre les journalistes qui révèlent des secrets d’Etat peuvent-elles vraiment avoir un effet dissuasif sur les médias ?
Tony Snow, le porte-parole de la Maison-Blanche, affirme qu’il faudra un certain temps pour déterminer l’ampleur des préjudices subis par les services de renseignement. Le 27 juin, le sénateur républicain du Kansas, Pat Roberts, a adressé un courrier officiel au directeur national du renseignement, John Negroponte, en lui demandant d’évaluer les conséquences de la divulgation du programme de surveillance des transactions financières et des révélations antérieures sur le programme d’écoutes téléphoniques et électroniques mené par l’agence nationale de sécurité.
Pour Jonathan Turley professeur de droit à l’université George Washington, la polémique sur la divulgation d’informations est surtout le signe que le système d’équilibre des pouvoirs présente des dangereuses faiblesses et que les médias représentent désormais le seul rempart contre les abus de pouvoir de la Maison Blanche. Selon lui, les récentes révélations de la presse – y compris celles du Washington Post sur l’existence de prisons secrètes de la Cia dans les pays étrangers – sont “ des exemples flagrants de la raison d’être du 1er amendement de la constitution (qui protège la liberté de la presse) et de l’importance d’une presse libre pour une bonne gestion des affaires publiques. Ce qui rend cette période si exceptionnelle, c’est la quasi-absence d’autres mécanismes permettant d’éviter les abus de pouvoir du gouvernement. ” Pour ce professeur, des journaux comme le New York Times et le Washington Post ont les reins suffisamment solides pour livrer des batailles juridiques contre le gouvernement. Mais la menace de poursuites “ aura un effet dissuasif sur les autres journalistes, en particulier sur ceux qui travaillent pour les petits journaux. Il est beaucoup plus facile de dissuader quelqu’un qui écrit pour le River Bend Times que pour le New York Times ”, souligne-t-il.
Sources : Le Messager
Posté par Adriana Evangelizt