Comment les néo-conservateurs pèsent sur la politique américaine
Voilà un article qui a été publié dans le Monde le 2 octobre 2002 et qui explique bien le danger des hommes comme Kristol dont nous avons parlé précédemment... si cet article est paru en 2002, il est bien évident que les dirigeants européens savent très bien qui influence et gouverne vraiment aux USA. On se retrouve là dans la même situation que lorsque Hitler a été fait chancelier en 1933. Tout le monde était au courant de ce qu'était vraiment le nazisme et de quoi ses apologistes étaient capables mais personne n'a rien fait. Ils n'ont rien fait car ils ne pensaient pas qu'Hitler mettraient en pratique sa doctrine. Là, c'est la même chose depuis que Bush est au pouvoir. Ils ont laissé faire et maintenant, on est au pied du mur.
Comment les néo-conservateurs pèsent sur la politique américaine
William Kristol est-il l'homme le plus puissant de Washington ? Dans son bureau du Weekly Standard, encombré de livres, de journaux et de papiers, le souriant rédacteur en chef semble désolé de s'entendre poser une question aussi banale. "S'il vous plaît, donnez-moi un répit ! Cette administration ne m'aime pas particulièrement. Et je vous rappelle que je soutenais McCain."
Pourtant, au long des deux mois qu'a duré le débat sur l'Irak, William Kristol et ses amis ont paru omniprésents. L'un d'entre eux, Elliot Cohen, professeur à l'université Johns-Hopkins, a publié un livre sur le pouvoir militaire. En quatrième de couverture, on peut lire l'avis de William Kristol sur l'ouvrage : "Le livre que le président Bush devrait lire." A Crawford, dans son ranch du Texas où il prenait des vacances, en août, George W. Bush s'est montré avec le volume recommandé sous le bras.
Alors que le débat sur l'Irak faisait rage, en août, dans les médias, William Kristol déclenchait un tir nourri de fax vers les rédactions. Après le discours du vice-président, Richard Cheney, à Nashville, le 26 août, il a sifflé la fin de la partie : "Le débat dans l'administration est terminé. Il faut maintenant aller au Congrès pour lui demander d'approuver une action contre l'Irak." Un autre jour, il envoie son nouvel éditorial du Weekly Standard, demandant que le secrétaire d'Etat, Colin Powell, s'il n'est pas d'accord avec la politique du président Bush, "se retire et laisse quelqu'un d'autre faire le travail". Estimant que le New York Times classe à tort Henry Kissinger parmi les adversaires d'une guerre, il met en garde les journalistes contre cette "désinformation".
Tantôt, le message émane du seul "Bill" Kristol ; tantôt, c'est un éditorial cosigné avec ses acolytes Fred Barnes ou Robert Kagan. Dans les moments graves, ils peuvent être trente à apposer solennellement leurs noms au bas d'une lettre ouverte adressée à M. Bush. Cela avait été le cas, après les attentats du 11 septembre, pour s'étonner que les groupes palestiniens organisant des attentats-suicides ne figurent pas sur la liste des organisations terroristes combattues par les Etats-Unis.
ROMPRE AVEC LES HABITUDES
"Ils ne sont pas nombreux, mais la Maison Blanche fait très attention à ce qu'ils disent", observe Jim Hoagland, principal chroniqueur de politique étrangère du Washington Post. Lorsque Brent Scowcroft, conseiller pour la sécurité nationale du premier président Bush, ou bien l'ancien président démocrate Jimmy Carter dénoncent ceux qui introduisent des "changements fondamentaux" dans la politique étrangère des Etats-Unis, c'est d'abord à ce groupe qu'ils pensent. Qu'il s'agisse du Proche-Orient, de l'Irak, de l'Arabie saoudite ou, encore, des Nations unies, ils veulent rompre avec les habitudes de la politique américaine. On les appelle, pourtant, les "néoconservateurs".
Au fil des années, cette école de pensée a conquis un espace considérable dans la galaxie des groupes de réflexion républicains. A Washington, plusieurs instituts, pourvoyeurs d'idées et d'analyses pour les ministères, les administrations fédérales, les parlementaires, sont animés ou contrôlés par des membres de cette tendance politique. "L'important, c'est le capital intellectuel", explique Michael Horowitz, l'un des dirigeants du Hudson Institute. Or, selon lui, ce "capital" ne se trouve plus dans les universités, enlisées dans de vaines entreprises idéologiques.
"Roosevelt ou, trente ans plus tard, Kennedy pouvaient s'entourer d'universitaires pour inventer le New Deal ou la Nouvelle Frontière. Kissinger était un universitaire quand Nixon l'a pris pour conseiller. Aujourd'hui, les universitaires n'ont rien à apporter aux politiques", affirme ce juriste engagé dans des combats pour les libertés religieuses ou contre l'exploitation sexuelle dans le monde.
Les néoconservateurs sont influents dans les médias. Ils donnent le ton sur Fox News, la chaîne d'information de Rupert Murdoch - qui finance le Weekly Standard -, et leurs idées dominent la page "Débats" du Wall Street Journal.
Certains des plus talentueux commentateurs du New York Times, du Washington Post, de Time ou de Newsweek - William Safire, George Will, Charles Krauthammer - appartiennent à ce courant. Celui-ci est présent, enfin, au gouvernement. Paul Wolfowitz, le numéro deux du Pentagone, en fait partie, de même que John Bolton, l'un des assistants de Colin Powell au département d'Etat. Le vice-président Richard Cheney a auprès de lui une sympathisante de cette famille de pensée en la personne de son épouse, l'essayiste Lynn Cheney.
Depuis les attentats du 11 septembre 2001, la position des néoconservateurs s'est renforcée dans l'opinion publique et dans les cercles du pouvoir. Pour une raison simple, disent-ils : ils ont, eux, les idées claires.
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"Néo" et "paléo"
Le succès des néoconservateurs dans leur entreprise de redéfinition de la droite américaine leur a valu l'hostilité des conservateurs "traditionnels". Ceux-ci, qui se définissent eux-mêmes comme "paléoconservateurs", s'étaient rassemblés, en 1996, autour de la candidature de Pat Buchanan, qui avait obtenu 21 % des voix dans les "primaires" républicaines, remportées par Bob Dole.
L'un des partisans de M. Buchanan, le journaliste Samuel Francis, avait alors résumé les griefs de la droite ancienne contre les néoconservateurs. "Ils ont conservé, écrivait-il, leur foi en l'Etat tout-puissant [big government] créé par la gauche. (...) Même s'ils en critiquent certains aspects, ils continuent à croire qu'un Etat-providence est à la fois légitime et inévitable." Samuel Francis reprochait aussi aux néoconservateurs de "continuer à considérer le maccarthysme, c'est-à-dire les enquêtes légitimes et nécessaires sur la subversion intérieure, comme un mal". Depuis la fin de la guerre froide, ajoutait-il, "exporter la démocratie et refuser l'isolationnisme sont devenus [leurs] principaux objectifs de politique étrangère".
Sources : Le Monde
Posté par Adriana Evangelizt