Réseaux conservateur, doctrine américaine 1ère partie

Publié le par Adriana Evangelizt

 Voila une excellente analyse qui explique la racine des réseaux conservateurs, les méthodes qu'ils emploient pour propager leurs idées dangereuses, la main mise sur le gouvernement américain et d'autres choses encore... nous avons été obligés de couper cette analyse en trois parties car elle est très longue. Il faut savoir que les néo-conservateurs sévissent depuis plus de 30 ans dans la politique américaine, que leurs réseaux s'infiltrent dans le monde entier et qu'ils sont pratiquement tous sionistes et pro-israéliens.

 

Réseaux conservateurs et nouvelle doctrine américaine de sécurité

 

par Bernard Sionneau

1ère partie

 

Résumé

Dans un ouvrage paru en 1984, John S. Saloma avertissait les Américains de la présence d'une nouvelle force majeure sur l'échiquier politique des Etats-Unis. Il prédisait que si cette force n'était pas contrée, le « nouveau labyrinthe conservateur allait faire basculer le centre politique du pays vers la droite ». Aujourd'hui, ce labyrinthe est plus important, plus sophistiqué, et, comme nous avons pu le voir dans le domaine de la défense, plus puissant qu'il ne l'a jamais été. Les réseaux conservateurs contrôlent le Pentagone et ont réussi à imposer leurs choix en matière de stratégie de défense et de sécurité nationale.

 

--------------------

 

Quels sont les liens entre l'interne et l'externe [1] ? Dans les processus de décision et l'élaboration des stratégies des grands systèmes organisationnels, dont on connaît la structure complexe, quelle est la part de l'Etat en tant qu'entité relativement homogène et quelle est celle de réseaux porteurs de puissants intérêts privés ? Qui a la capacité de prendre des décisions considérées par la légitimation démocratique comme représentant « l'intérêt général  », dont les effets affectent de façon parfois irréversible les administrations qui en sont la source et le contexte ? Quels sont les enjeux et les intérêts identifiables à l'origine de ces décisions ? Quelles sont les conséquences de ces décisions en termes de sécurité pour les pays, les sociétés et, par ricochet, pour le système des relations internationales, c'est-à-dire pour la planète ? De telles questions relèvent à la fois de la sociologie politique, à travers l'analyse des réseaux de politiques publiques, des mécanismes de pouvoir et d'influence et de leurs effets sur les territoires, de celle des élites et des choix publics, mais tout autant de la sociologie politique externe quand les décisions considérées déterminent les relations interétatiques, les relations transnationales ou les relations internationales (bien différenciées par Raymond Aron) [2].

Nous tenterons de conjuguer brièvement ici les dimensions inséparables de l'interne et de l'externe à travers une étude de cas portant sur le poids des réseaux conservateurs et néo-conservateurs américains en relation avec le complexe militaro-industriel (Pentagone et industrie de la défense), sur la politique de sécurité de l'Administration G.W. Bush. Ces réseaux ont porté le nouveau Président dans ses fonctions. Ils ont orienté également sa politique de défense antimissiles, élément clef de la nouvelle doctrine stratégique des Etats-Unis. Qui compose ces réseaux ? Leur doctrine, portée par une idéologie combative forgée bien avant le 11 septembre 2001, devenue celle de l'Etat américain, est-elle continue ou profondément différente de celle des administrations antérieures ?

Les origines lointaines de la doctrine « la paix par la force »

On peut situer dans les premières années de la Guerre froide l'origine intellectuelle et sociale du « réseau de réseaux » auquel appartiennent l'actuel Secrétaire de la Défense Donald Rumsfeld et le vice-Président Richard (Dick) Cheney. Ce réseau rassemble les partisans d'une ligne dure unilatérale pour la superpuissance américaine, hostile à tout traité de réduction des armes stratégiques, qui, selon lui, ne permettrait pas aux dirigeants des Etats-Unis de négocier en position de force et d'imposer une « paix américaine  » conforme aux seuls intérêts de sécurité du pays.

Bien qu'on associe souvent cette ligne politique au Parti républicain, l'adhésion aux idées et préconisations qui s'y rattachent dépasse les frontières des formations traditionnelles et réunit, sous les étiquettes « conservateurs  » et « néo-conservateurs », tous ceux (des Démocrates et des Républicains) qui veulent en assurer la promotion. Le terme « faucons » (hawks) pour désigner les membres de ce groupe est d'autre part souvent utilisé par les commentateurs aux Etats-Unis, dans la mesure où il transcende les clivages partisans. Les stratégies d'influence que ceux-ci déploient pour parvenir à leurs fins sont d'ailleurs une spécificité, tout comme une capacité à défendre leurs thèses sans pratiquement jamais les modifier sur le temps très long. Commissions, connexions dans les plus hautes instances du gouvernement, des affaires et des milieux académiques, coalitions ad hoc et campagnes médiatiques qui ne s'embarrassent guère de détails lorsqu'il s'agit de convaincre le public de la justesse des arguments défendus, en sont des éléments déterminants.

C'est en fait en 1950 que s'est réuni pour la première fois, au Metropolitan Club de Washington, le Comité sur le danger présent (Committee on the Present Danger - CPD). Les membres de l'establishment qui en sont à l'origine le présentèrent comme un « groupe de pression citoyen » (citizen's lobby) dont l'objectif était d'alerter la nation sur le danger soviétique actuel [3]. Ils appuyèrent leur propos sur l'analyse des faits suivants : en 1948, les Soviétiques organisent le blocus de Berlin et sont à l'origine du coup de force en Tchécoslovaquie ; en 1949, la Chine bascule dans le camp communiste et les deux pays constituent ce qui est appelé alors le « bloc sino-soviétique ». Pour faire face à ce qu'ils considérèrent comme un « péril rouge » (red scare) et une tentative de déstabilisation de l'Occident capitaliste, les faucons du CPD n'envisagèrent qu'une alternative : convaincre le gouvernement Truman d'adopter la directive no 68 du National Security Council (NSC 68) qui proposait d'engager les Etats-Unis dans un programme d'armement massif destiné à refouler l'influence communiste (roll-back), à atteindre et à maintenir la suprématie américaine dans le monde.

A l'époque, les Etats-Unis possédaient sur l'URSS une supériorité incontestable dans le domaine des armements nucléaires. Ils considéraient la dissuasion comme un moyen économique leur permettant de ne pas augmenter la taille des forces armées conventionnelles. Soumis au Président en février 1950, NSC 68 remit en cause cette analyse. Deux idées furent alors avancées par Paul Nitze, un ancien banquier d'affaires qui, en tant que responsable de la planification politique pour le département d'Etat [4], en était l'auteur  : les Soviétiques avaient acquis la bombe atomique depuis 1949 et les forces communistes s'étaient imposées en Chine la même année. Aussi insista-t-il sur l'absolue nécessité pour les Etats-Unis d'investir plus d'argent dans la défense conventionnelle afin de pouvoir intervenir dans les situations où l'usage de la dissuasion nucléaire était inapproprié. Pour rendre ces idées incontournables, Paul Nitze décida alors, avec James Bryant Conant, Tracy Voorhees et Robert Patterson, de les faire diffuser par l'intermédiaire du "Comité sur le danger présent" qu'ils avaient créé. En 1951, le Comité lança une campagne de spots radiodiffusée de trois mois, par l'intermédiaire du réseau NBC. Elle se poursuivit chaque dimanche soir sur Mutual Broadcasting System. Appuyées par le déclenchement des hostilités en Corée et le durcissement de la Guerre froide, les propositions de Nitze en matière d'armements devinrent rapidement celles du gouvernement. Les initiateurs du Comité sur le danger présent, dont les idées en matière de militarisation de l'endiguement et de refoulement du communisme finirent par s'imposer dans le grand public et les cercles de la prise de décision, estimèrent alors que leurs objectifs avaient été atteints. Ils mirent un terme aux activités du Comité.

C'est donc à cette époque, et à partir de l'expérience du Comité sur le danger présent, que furent mises au point et testées les méthodes qu'utiliseront les conservateurs pour convaincre grand public et élites d'adhérer à leur vision d'un monde non communiste pacifié par la suprématie incontestable d'une Amérique « superpuissante », seule à même de dire le « bien » et le « mal » : constitution ponctuelle de groupes de pression (advocacy groups) organisés et fonctionnant en réseaux ; présence au gouvernement et au Congrès de partisans actifs leur permettant de placer des experts acquis à leurs idées dans des commissions de spécialistes sur la sécurité et la défense [5] ; fuites savamment organisées des travaux de ces commissions - seules les conclusions favorables à leurs thèses étant diffusées en direction des organes d'information les plus influents ; propos alarmistes et toujours maximalistes (« scénarios du pire ») sur les questions de sécurité généreusement propagées dans les médias, suivis d'appels pressants à encourager certains programmes militaires et leur financement par des augmentations massives des budgets ; financement, toujours par le même groupe, de fondations  [6] et sur le très long terme, des groupes de pression, commissions, centres d'expertise (think tanks) et intellectuels acquis sans réserve aux causes défendues. Totalement sûres de la justesse de leurs idées concernant la place des Etats-Unis dans le monde et les moyens d'en assurer la sécurité et la prospérité, les analyses diffusées par ces groupes n'étaient pas destinées à ouvrir des débats, mais à les clore sur des convictions inébranlables, quitte à « habiller » parfois la réalité pour la faire rentrer dans le rang. Comme le déclara le leader conservateur Richard Viguerie, « nous n'avons pas besoin de nouvelles idées, mais nous avons besoin de nouvelles techniques pour diffuser des idées vraies qui ont fait leurs preuves » [7].

Les « conservateurs » allaient être rejoints par des « néo-conservateurs » à la faveur de plusieurs événements. Au cours de la période qui suivit la fin de la guerre du Vietnam, le public américain ne se montra pas favorable à une politique interventionniste. Et, au Congrès, de nouvelles politiques de contrôle des armements témoignèrent d'une attitude plus conciliante dans les relations Est-Ouest. Ces évolutions se trouvaient en opposition complète avec la vision bipolaire et manichéenne du monde toujours soutenue par les membres fondateurs de l'ancien Comité sur le danger présent.

Sous la conduite d'Eugene V. Rostow et de Paul Nitze, ces derniers redonnèrent vie au Comité. Dès 1975, des conversations eurent eu lieu entre plusieurs membres éminents d'un groupe de « faucons » qui voulaient en finir avec la Détente. En supplément des deux premiers susmentionnés, ils se nommaient Henry Fowler, Max Kampelman, Charles Walker, Richard Allen, Lane Kirkland et Elmo Zumwalt. Ils rencontrèrent également le Secrétaire à la Défense d'alors, James Schlesinger, et décidèrent, lors d'une réunion au Metropolitan Club de Washington (lieu de naissance du premier CPD) de mettre sur pied une organisation destinée à « permettre la tenue d'un débat national sur les questions de sécurité afin que les Etats-Unis puissent connaître une paix sûre ». La réunion, présidée par Eugene V. Rostow, fut consacrée à la préparation d'un document fondateur, destiné à expliquer la raison d'être de l'organisation qui allait reprendre le nom de Comité sur le danger présent. Il faudra une dizaine de réunions et près de treize moutures avant que le document, intitulé « Le Sens commun et le Danger commun » (Common Sense and the Common Danger) soit communiqué au public (le 11 novembre 1976). C'est au National Press Club de Washington que la présentation officielle en fut faite, marquant de même le lancement des activités du Comité (« bis ») sur le danger présent (CPD II). Le tout se produisit deux jours après l'élection du Démocrate Jimmy Carter à la présidence des Etats-Unis. La machine à torpiller les accords stratégiques et la Détente se mettait en place. De fait, elle avait déjà été amorcée pendant l'été 1976, lorsque Gerald Ford et son directeur de la CIA d'alors, George H. Bush, approuvaient l'idée de voir une équipe de spécialistes externes au gouvernement (Team B) avoir accès aux informations classées des services secrets pour évaluer le potentiel stratégique de l'Union soviétique. Précisons ici que des membres de cette commission parallèle formée en mai 1976, à savoir Paul Nitze, Richard Pipes, Daniel O. Graham, William Van Cleave et Paul Wolfowitz, seront membres du CPD II.

Le second CPD-CPD II, comme les spécialistes appellent la structure rénovée, bénéficia du support d'un élément essentiel : la création d'une Coalition pour une majorité démocrate (Coalition for a Democratic Majority, CDM). On observe que treize des dix-huit membres de la cellule de politique internationale de CDM emmenés par Eugene V. Rostow rejoignirent d'ailleurs le CPD II, parmi lesquels Jeane Kirkpatrick, Leon Keyserling, Max Kampelman, Richard Shifter et John P. Roche. Formée en 1972 par des partisans d'une ligne dure antisoviétique au Sénat, conduite par Henry « Scoop » Jackson, la Coalition pour une majorité démocrate était composée de « Démocrates conservateurs » pour lesquels le communisme symbolisait un mal absolu que les Etats-Unis avaient un devoir moral d'éradiquer afin de parvenir à répandre la démocratie partout dans le monde. La Coalition prôna ainsi la suprématie militaire des Etats-Unis et introduisit le concept de « paix par la force » [8]. Elle fut appuyée par un ensemble d'associations ultra-conservatrices (American Security Council [9], Committee on the Present Danger II, Coalition for Peace Through Strength [10], etc.), qui appelaient le gouvernement américain à renoncer, de façon unilatérale, à tous les traités sur la limitation et le contrôle des armements, et à se doter des moyens militaires les plus sophistiqués (en particulier des dernières technologies) pour mettre en échec ce que leurs membres percevaient comme une tentative de domination mondiale de la part de l'URSS. Les adhérents de la Coalition pour une majorité démocrate étaient en majorité des juifs new-yorkais, des intellectuels libéraux (de gauche aux Etats-Unis) abhorrant l'Union soviétique qu'ils associaient au totalitarisme le plus extrême, ainsi que les concessions que l'Amérique semblait faire à ses dirigeants à travers la politique de Détente et les négociations sur la limitation des armes nucléaires. Décidés à remettre l?interventionnisme à l'ordre du jour et professant un soutien sans faille à l'Etat d'Israël et aux factions dures du Likoud qu'ils présentaient comme « l'avant-garde » de la lutte contre l'URSS au Moyen-Orient, ils allaient s'engager aux côtés de ceux des Républicains conservateurs partageant les mêmes idées [11] dans une croisade pour « sauver la politique étrangère américaine ». Sous l'étiquette « néo-conservateurs », et autour des revues Commentary, The National Interest et The Public Interest, leurs principaux chefs de file qui avaient pour nom Norman Podhoretz, Irving Kristol, Midge Decter, Jeane Kirkpatrick et Walter Laqueur [12], jetèrent toutes leurs forces dans cette entreprise en s'appuyant sur une croyance commune : les mots et les idées comptent ; leur utilisation a des conséquences et il faut donc les considérer de façon sérieuse [13].

Si l'Administration Carter n'accorda, lors de sa prise de fonctions, que peu d'attention aux revendications des « conservateurs » et « néo-conservateurs  », ces derniers parvinrent néanmoins à lui imposer certaines de leurs priorités. L'une des victoires politiques majeures que leurs associations remportèrent à l'époque contre la détente concerna le Traité SALT II. Pour y parvenir, elles dépensèrent ensemble plus de 6 millions de dollars dans une campagne nationale destinée à l'éradiquer. Environ 15 millions de documents distribués par courrier furent envoyés et 150 orateurs se virent mobilisés sur le sujet dans tout le pays. Des films furent également tournés. L'un d'entre eux, réalisé par l'American Security Council (ASC) pour la Coalition for Peace Through Strength (CPTS) s'intitula « SALT Syndrome ». Il fut diffusé sur les ondes plus de mille fois [14]. Les 191 membres du Congrès qui étaient membres à l'époque de CPTS en 1979 n'hésitèrent pas quant à eux à se prononcer en faveur de la supériorité militaire des Etats-Unis sur l'Union soviétique, en violation flagrante de leurs obligations de réserve par rapport au Traité SALT II qui était examiné par le Congrès à l?époque [15].

Dans cette campagne - et division du travail oblige - CPD II s'affirma très vite comme étant l?association la mieux organisée et la plus capable de faire entendre ses arguments auprès des milieux « autorisés » ; se présentant comme une entité au service de l'édification du public (public education group), elle parvint à ouvrir le débat sur l'opportunité ou non d'une ratification dudit Traité, bien avant que l'Administration Carter n'ait pu le faire. Tout au long de l'année 1977, et à partir des travaux de certains de ses membres au sein d'une équipe d'experts chargés d'évaluer le potentiel des forces stratégiques de l'URSS (Team « B » [16]), les responsables de CPD II mirent au point une série d?interventions publiques sur la puissance militaire soviétique. Ils débutèrent par des entretiens distillés savamment auprès des rédacteurs en chef des publications les plus influentes. Puis s'opéra une montée en puissance. L'un des vecteurs d'accroche en fut les séminaires de type académique que Paul Nitze organisa à l'intention d'une poignée de journalistes de Washington, spécialistes des questions de sécurité nationale. Comme leurs écrits alimentaient ceux des supports d'information nationaux, les thèses de CPD firent tache d'huile. Portées par une offensive médiatique tous azimuts, à la fin de l?année 1978, on les présenta comme celles de l'opinion publique. Un sondage, organisé par CPD II en mars 1979, fut ainsi utilisé pour confirmer la tendance d?une opposition générale à la ratification. Cette réalité poussa Eugene Rostow, l'un de ses principaux animateurs à déclarer quelque dix ans plus tard : « nous en avions fini avec SALT II dès la deuxième quinzaine du mois d'août [1979] » [17]. Le résultat confirma la capacité des associations conservatrices et du CPD « bis » à toucher un public large grâce à l?organisation d'actions concertées particulièrement efficaces. Entre 1976, date de réactivation du CPD et la fin du mois de décembre 1979, les troupes de cette association distribuèrent plus de 200 000 copies de leurs pamphlets et rapports, les membres du comité exécutif et du comité directeur de cette association participèrent à 479 émissions de radio et de télévision, à de multiples conférences de presse, des débats et des réunions publiques. Au cours des auditions organisées par le Sénat sur SALT II, ils eurent l'occasion de témoigner à dix-sept occasions différentes devant les très influentes Armed Services Committee et Foreign Relations Committee [18].

Le climat international de l'époque, associé à la faculté des réseaux conservateurs à en tirer profit, joua également un rôle important dans la légitimation de leurs thèses sur la vulnérabilité des positions américaines et les responsabilités de l'Administration Carter par rapport à cette situation : découverte d'une brigade de combat soviétique à Cuba, prise de l'ambassade américaine à Téhéran début novembre 1979 et, parachevant le tout, invasion soviétique de l'Afghanistan la même année. Signés par Carter et Brejnev le 18 juin 1979 à Vienne, les accords SALT II ne furent pas ratifiés par le Sénat des Etats-Unis. A la fin des années 1970, « conservateurs » et « néoconservateurs  » obtinrent ce qu'ils voulaient : en sus de la non-ratification de SALT II, les principales conclusions de l'« équipe Pipes » (Team « B »), relayées par CPD II, furent rendues publiques à de très nombreuses reprises et laissèrent une impression durable. « Fenêtre de vulnérabilité » et déclarations sur la « supériorité soviétique » permettaient de justifier le programme d'armement massif qui débuta à la fin de l'Administration Carter et atteignit son apogée au cours des deux Administrations Reagan. L'Amérique s'embarqua alors dans un effort sans précédent qui fit passer le pays d'une situation de plus important créditeur mondial à celle de plus important débiteur, et cela, dans le seul but d'acquérir des armes pour se protéger contre un pays qui s'effondrait déjà [19].

Le 4 novembre 1980, le candidat républicain Ronald Reagan remporta largement la victoire contre le Président démocrate sortant, Jimmy Carter. Par la même occasion, la vision du monde des organisations conservatrices dont Reagan était membre (Committee for the Present Danger, American Security Council) devint celle de la nouvelle Administration. Ce ne furent pas moins d?une trentaine de personnalités appartenant au CPD « bis » qui intégrèrent ses rangs, dont vingt se virent confier des postes de responsabilité en relation avec la sécurité nationale. Précisons aussi que nombre d'entre eux étaient des Démocrates (on les appelait les « Démocrates de Reagan  ») qui avaient participé - dans le cadre de la Coalition pour une majorité démocrate du sénateur Jackson - à la création de CPD II. Richard N. Perle (actuel Chairman of the Defense Policy Board) devint Assistant Secretary of Defense for International Security Policy ; Paul Wolfowitz (actuel Deputy Defense Secretary) se vit attribuer un poste de diplomate de haut rang en Indonésie (Perle et Wolfowitz étaient des amis de longue date et des disciples d'Albert Wohlstetter, un spécialiste des stratégies nucléaires au Rand à l'origine, en 1974, de l'analyse selon laquelle les analystes de la CIA sous-estimaient l'ampleur du potentiel stratégique de l'URSS, et donc à l'origine des thèses de « Team B » B et de CPD II) ; Eugene V. Rostow obtint le poste de director of Arms Control and Disarmament Agency (un comble, vu son rôle en tant que responsable du CPD « bis » dans le blocage final des accords SALT II) ; Richard Pipes, l'un des hommes-clefs de « Team B » (cf. Pipes Report) et du CPD II fut nommé au National Security Council ; Jeane J. Kirkpatrick, quant à elle, fut chargée de représenter les Etats-Unis à l?ONU.

A cette liste de « néo-conservateurs » s'ajoutèrent les noms de « conservateurs traditionnels », des anciens de la première Guerre froide et les organisateurs de la seconde, dont les noms avaient été associés à la version originelle de CPD, à « Team B » et au CPD « bis ». Il s'agit, pour les plus connus, de Paul H. Nitze, qui accéda à la fonction de chief negociator for Theater Nuclear Forces et de William R. Van Cleave, désigné pour assumer les fonctions de chairman designate of the General Advisory Committee, Arms Control and Disarmament Agency ou de Fred Iklé, un ancien du RAND qui devint Under Secretary of Defense for Policy. Pour terminer, si le directeur de la Coalition for Peace Through Strength, le brigadier général Daniel O. Graham n'apparut pas dans la liste des nouvelles nominations, il n'en exerça pas moins une influence déterminante dans la construction de la doctrine de sécurité de la nouvelle Administration ; cet ancien Deputy Director of the Central Intelligence Agency (1973-1974) puis Director of Defense Intelligence Agency (1974-1976) fut aussi le conseiller militaire des deux campagnes présidentielles de Reagan (1976 et 1980) ; personnage incontournable des coalitions conservatrices les plus engagées dans la lutte contre le communisme (American Security Council, Coalition for Peace Through Strength, etc.), il est à l'origine d'une remise en cause de la logique de la Mutual Assured Destruction (MAD) et représente l'un des principaux inspirateurs de la Strategic Defense Initiative (SDI).

La vision manichéenne du monde (un monde en « noir et blanc » et « sans contrastes ») portée par ces réseaux ultra-conservateurs depuis la seconde moitié des années 1970, est aujourd'hui celle de l'Administration de G.W. Bush. Si certains des stratèges conservateurs de la première heure (Paul Nitze [20]) avaient appelé les Etats-Unis à se débarrasser des armes nucléaires de façon unilatérale, d'autres continuent d'en affirmer l'absolue nécessité, mais cela, dans une logique différente de celle de la dissuasion (cf. infra). Comme le notent deux commentateurs : « il faut remonter à l'Administration Reagan pour trouver une vision de la politique étrangère américaine qui est aussi confiante, déterminée et agressive que celle véhiculée par l'administration Bush » [21]. Nulle surprise pourtant dans ce constat. De même que pour l'Administration Reagan, ce sont les « réseaux conservateurs », dont certains membres avaient occupé des postes aux plus hauts échelons des Administrations républicaines (au Pentagone en particulier, comme Cheney et Rumsfeld), qui écrivent la partition de la politique et de la stratégie de sécurité nationale de la nouvelle équipe.

 

[1] Les liens entre l'interne et l'externe, qui forment système, doivent être perçus en Science politique de façon réciproque et non unilatérale. Cf. Aristide R. Zolberg, « L'influence des facteurs 'externes' sur l'ordre politique interne », Traité de Science politique, t. 1, PUF, Paris, 1985.

[2] Cf. Raymond Aron, Leçons sur l'histoire, De Fallois/Le Livre de Poche, Paris, 1989, pp. 337-338.

[3] Cf. Gregg Herken, Counsels of War, Alfred A. Knopf, New York, 1985. Comme l'indique Jerome Everard, le « Comité sur le danger présent » tire son nom d'une remarque attribuée à Oliver Wendell Holmes, selon laquelle « personne n'a le droit de crier au feu dans une pièce remplie de personnes, à moins qu'il n'y ait un danger réel » : O.W. Holmes, Arms Control Discourse : The SALT Standing Consultative Commission, Thesis for the degree of Doctor of Philosophy of the Autralian National University, janvier 1992.

[4] Après avoir été banquier, et avant de travailler pour le Département d'État (comme Head of Policy Planning), Paul Henry Nitze a servi, entre 1944 et 1946, comme Vice-Chairman of The US Strategic Bombing Survey.

[5] L'une de ces premières commissions de ce type est la fameuse Gaither Committee, du nom de son président H. Rowan Gaither, un avocat éminent de San Francisco qui était aussi le président du directoire de l'Institut de recherche Rand. Il sera le directeur de la Fondation Ford et un membre du très conservateur Bohemian Club de San Franciso. La Commission Gaither est officiellement chargée en novembre 1957, soit un mois après le lancement du spoutnik soviétique, d'évaluer l'état général d'avancement du programme nucléaire stratégique de l'URSS et ses évolutions possibles ; elle doit également situer le potentiel américain par rapport à ces données et définir un certain nombre de choix prioritaires pour les États-Unis. En réalité, les travaux de la Commission Gaither ont commencé environ un an auparavant, à une époque où les « faucons  » faisaient circuler aux États-Unis des rumeurs de retard américain en matière de bombardiers stratégiques (Bomber Gap) et juste après que les Russes ont conduit leurs premiers essais d'un missile stratégique à longue portée. Le rapport Gaither est donc pratiquement écrit au moment de spoutnik. Une centaine de personnes y ont participé, dont l'incontournable Paul Nitze. Le témoignage d'Herbert York, directeur à l'époque du Livermore Laboratory est sur ce point intéressant (York intègre la Commission en sa qualité de directeur de Livermore, mais aussi pour avoir participé à la Commission Neumann sur les missiles à longue portée) ; il déclare, dans un entretien : « le rapport Gaither surestimait complètement les capacités soviétiques, la nature exacte de leurs forces et la façon dont les États-Unis devaient répondre. Moi et tous ceux qui étaient impliqués faisions du mieux que nous pouvions avec les informations dont nous disposions, mais la plupart d'entre nous n'étaient pas préparé à ce type d'exercice... Quelques individus comme Nitze avaient plus d'expérience... Mais au final, il y avait peu d'expertise réelle sur la question de savoir ce que les Russes étaient en train de faire et sur ce que la réponse américaine devait être. C'était [le rapport Gaither] une étude rapide, effectuée par un nombre important de gens brillants. Mais le jugement d'Eisenhower comme quoi ses conclusions étaient exagérées était dans le vrai » (« Interview with Herbert York », Episode 8 Spoutnik, The National Security Archive, 15 novembre 1998).

[6] Il s'agit des fondations Koch (Charles G. Koch, David H. Koch, Claude R. Lambe), John M. Olin, Lynde and Harry Bradley, des fondations de la famille Scaife (Sarah Scaife, Carthage et Allegheny), des fondations Adolph Coors, Smith Richardson, Phillip M. McKenna, Henry Salvatori et Earhart.

[7] Cité par David Callahan, « One Billion Dollars for Ideas : Conservative Think Tanks in the 1990 s », A Report of The National Committee for Responsive Philanthropy, mars 1999, p. 9.

[8] « Group Watch : Coalition for a Democratic Majority », The Public Eye, Political Research Associates, septembre 1989.

[9] Créée par le général en retraite Robert Wood, président de la société Sears, Roebuck & Co avec l'aide de Robert R. McCormick du Chicago Tribune, l'organisation démarre en fait ses activités en 1955 sous l'appellation de « Mid-America Research Library ».. Les soutiens financiers de l'opération sont, à l'époque, l'entreprise Sears, avec Motorola Corp. et Marshall Field and Company. Robert Wood décide de fonder ce projet à partir d'une analyse : les États-Unis ont perdu la guerre de Corée en raison de soutiens communistes sur le sol américain. Pour combattre leurs activités, il met sur pied la « Mid-America Research Library », dont la finalité sera de réunir des dossiers sur tous les individus soupçonnés de sympathies communistes, susceptibles de rechercher du travail dans le secteur privé. Au plus fort de ses activités, la Librairy compte quelque 3 500 entreprises parmi ses clients et met en fiches plus de 6 millions de personnes. Elle coopère avec le House UnAmerican Activities Committee, le FBI, l'Immigration and Naturalization Service, et le Treasury Department. Cf. « Group Watch : American Security Council », The Public Eye, Research Associates, 1989.

[10] Le brigadier général Daniel O. Graham dirige cette « coalition ». Conseiller militaire des campagnes de Ronald Reagan, ancien directeur de la CIA et de la DIA, futur homme clef de l'Initiative de Défense Stratégique (IDS) et soutien actif au concept de « paix par la force », il s'engagera sur tous les « fronts » par rapport à cette idée. La Coalition for Peace Through Strength, dont il est responsable, a été mise sur pied par le « Conseil de Sécurité Américain » (American Security Council), une officine créée en 1956 pour repérer les sympathisants communistes susceptibles d'infiltrer l'économie américaine. Au fil du temps, elle élargira ses activités aux questions de sécurité internationale et de stratégie nucléaire. Pour la seule année 1976, en sus de sa participation à l'équipe « B » et aux associations précitées, Graham sera également partie prenante du Comité « bis » sur le danger présent et à l'origine d'une Coalition d'urgence contre le désarmement unilatéral (Emergency Coalition Against Unlilateral Disarmament). Abritée, comme le Comité sur le danger présent, dans les locaux de la Coalition pour une majorité démocrate, cette « Coalition d'urgence » réussira à faire renoncer le Président Carter à nommer Paul C. Warnke comme Secrétaire à la Défense et obligera ce dernier à quitter son poste de directeur de l'Arms Control and Disarmament Agency (ACDA).

[11] Il est à préciser que de nombreux Républicains conservateurs sont plutôt isolationnistes et hostiles à des budgets militaires en expansion, synonymes de dépenses publiques en hausse.

[12] Norman Podhoretz, ancien trotskyste, membre du Council on Foreign Relations et du chapitre du très influent New York American Jewish Committee, est à l'origine du magazine Commentary ; Irving Kristol, ancien trotskyste, vétéran de l'American Committee for Cultural Freedom, fondateur de National Affairs Inc. édite The National Interest et The Public Interest ; Midge Decter est l’épouse de Norman Podhoretz et une personnalité à part entière des médias, mais aussi la mère de John Podhoretz, qui a été l’un des assistants à l’édition du Weekly Standard, un titre qui est la propriété du milliardaire américain Rupert Murdoch et dont William Kristol (le fils d’Irving) est l’éditeur. Cf. Michael Collins Piper, « Trying to subvert the war on terrorism », American Free Press, 2002 ; « La galerie des portraits du mouvement et un exposé détaillé de leurs objectifs et motivations », Neoconservatism Online, sur le site Internet http://www.homestead.com/neo conservatism/indexn¨ s4.html.

[13] John Ehrman, The Rise of Neoconservatism : Intellectuals and Foreign Affairs, 1945-1994, Yale University Press, 1995.

[14] Amanda Spake, « Time to talk back to your TV set », Mother Jones, juin 1981.

[15] Jerry W. Sanders, Peddlers of Crisis : The Committee on The Present Danger and The Politics of Containment, South End Press, Boston, 1983.

[16] Très vite, après l’installation de l’équipe Ford à la Maison-Blanche, les conseillers du Président en matière de renseignement (President’s Foreign Intelligence Advisory Board - PFIAB) réclamèrent une étude approfondie et indépendante de celle des services de renseignement américains sur les forces et les objectifs nucléaires de l’Union soviétique. Parmi eux figurent John Foster, Clare Booth Luce, John Connally, William Casey (directeur de la CIA sous Reagan) et Edward Teller (l’un des futurs inspirateurs de l’Initiative de Défense Stratégique). Tous estimèrent que les rapports préparés par la CIA et les services de renseignement sur la question (National Intelligence Estimates) sous-évaluaient le potentiel stratégique de la superpuissance communiste. Ford autorisa alors, en mai 1976, la formation d’une commission parallèle d’analyse, la fameuse « équipe B » (Team B). Nombre de personnalités de l’équipe « B » étaient déjà impliquées dans des associations ultra-conservatrices militant contre la Détente. Le document qu’ils remirent à l’issue de leurs travaux (Pipes Report) servit de référence pour rédiger la profession de foi à l’origine du CPD II. L’équipe « B » obtint d’installer son quartier général dans les bureaux de la Coalition pour une majorité démocrate.

[17] Eugene Rostow (interview avec Dan Caldwell), « The SALT II Treaty Ratification Debate », International Studies Association, 31st Annual Convention, 10-14 avril 1990, p. 3, cité in Jerome Leo Everard, Arms Control Discourse : The SALT Standing Consultative Commission, chapitre 4, op. cit.

[18] Jerome Leo Everard, op. cit.

[19] Contrairement à ce que les conservateurs affirment, leurs experts se sont trompés dans leurs évaluations de la puissance soviétique (comme ils l’avaient fait auparavant dans NSC 68 et pour la Commission Gaither). Pour Anne Hessing Cahn, qui obtint en octobre 1992 de consulter les archives de l’équipe « B » (après de multiples démarches administratives entreprises dès 1989, dont un recours en justice), les failles de la démarche sont évidentes : « les rapports de l’équipe B rappellent la virulence et l’engagement militant des conservateurs dans les années 1970 ». Le biais idéologique l’emporte largement sur la démarche scientifique et conduit à surestimer de façon systématique les capacités de l’adversaire. L’un des exemples est celui des estimations relatives aux dépenses militaires soviétiques. C’est l’un des sujets favoris du général Daniel O. Graham, une personnalité de l’équipe « B » et de CPD II. Au cours des débats d’experts, lui et ses collègues accusèrent les analystes de la CIA de sous-évaluer le niveau des dépenses militaires de l’URSS. Un document secret, subtilisé à l’époque aux Soviétiques, indiquait en effet un niveau de dépenses militaires russes de l’ordre de 1 113 % du PNB, à la place des 68 % proposés par les services de renseignement. Toutefois, les membres de l’équipe B n’abordèrent pas pour autant la question centrale : celle du fardeau que faisait peser ce niveau de dépenses sur l’économie et la société soviétiques. Leurs convictions les poussèrent à affirmer qu’aucune contrainte économique ne pouvait empêcher Moscou d’atteindre son objectif de supériorité stratégique sur les États-Unis. Ils critiquèrent d’ailleurs sévèrement les analyses qui affirmaient le contraire. Ni les tentatives passées de Nikita Khrouchtchev pour réformer l’appareil militaire et limiter ses dépenses, ni les difficultés quotidiennes de vie de la population russe, ni le fait que malgré le niveau phénoménal de ses dépenses militaires dans le PNB, l’URSS ne dominait pas les États-Unis (prouvant ainsi l’absence d’efficacité de l’effort de défense) - ne furent des données retenues par l’équipe B comme sujets de questionnement. Là encore, l’histoire allait leur opposer un démenti cinglant : à l’époque même où ils dénonçaient « l’effort soviétique sans précédent consenti dans les forces nucléaires et conventionnelles qui ne fait aucun cas ni des accords SALT, ni de la modération que s’imposent les pays de l’Ouest », s’amorça en URSS un ralentissement de la croissance des dépenses militaires, reconnu d’ailleurs en 1983 par Robert Gates, le directeur de la CIA. La contraction de l’économie soviétique, qui est une constante de l’ère Brejnev, fit sentir ses effets. Au milieu des années 1980, la communauté du renseignement divisa par deux ses évaluations sur le potentiel de destruction (notamment en matière de précision) des missiles intercontinentaux soviétiques les plus performants. La fameuse « fenêtre de vulnérabilité » attribuée aux États-Unis disparut avec cette réévaluation. L’appel de Mikhail Gorbatchev à moderniser l’économie de son pays au début des années 1990 mit un terme aux analyses sur la supériorité stratégique de l’URSS, tout comme la décision des Soviétiques d’accepter une série de propositions sur le contrôle des armements et de se dégager de l’Afghanistan. Au final, le fardeau représenté par les dépenses militaires sur l’ensemble de l’économie soviétique - un fardeau dont l’impact a été complètement négligé par les membres de l’équipe « B » - aurait ruiné l’économie de l’URSS et provoqué l’implosion de la superpuissance. Cf. Central Intelligence Agency, Intelligence Community Experiment in Competitive Analysis : Soviet Strategic Objectives, An Alternate View : Report of Team B, décembre 1976 (déclassifié en september 1992), p. 1 (« Obtained under the Freedom of Information Act by Anne Hessing Cahn ») ; Anne Hessing Cahn, « Team B : The Trillion Dollar Experiment », Part 1, Bulletin of The Atomic Scientists, 1993 ; John Prados, « Team B : The Trillion Dollar Experiment », Part 2, Bulletin of the Atomic Scientists, 1993.

[20] Cf. « Paul Nitze succumbs to ‘Nuclear Retirement Syndrome’ », New York Times, 28 octobre 1999. Ajoutons qu’au cours du premier mandat de l’Administration Reagan, Paul Nitze faisait partie, avec George Schultz, alors Secrétaire d’État, de ceux qui ne croyaient pas dans la défense antimissiles. Il s’opposait en cela à Caspar Weinberger, Secrétaire de la Défense et à ses proches, Richard Perle, Assistant Secretary of Defense for International Security Policy, et Frank Gaffney, Deputy Asistant Secretary of Defense for Nuclear Forces and Arms Control Policy, un protégé de Perle.

[21] Tom Barry/Jim Lobe, « US Foreign Policy - Attention, Right Face, Forward March », Foreign Policy in Focus, avril 2002.

2ème partie

Posté par Adriana Evangelizt

 

 

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article