Réseaux conservateur, doctrine américaine 2ème partie
Voilà donc la seconde partie qui ne fait que nous conforter dans le sens que ces individus poursuivent le but qu'ils se sont fixés voilà des années et que rien ne les en détourne. Ils font bien sûr partie des hautes sphères, ont tout pouvoir au Congrès où ils ont à leur botte 191 sénateurs, on comprend donc que les lois votés sont souvent concoctés par eux pour Israël et contre les musulmans en premier lieu et pour le pire mais pas pour le meilleur, nous permettons nous d'ajouter. Une grande partie sont des pontes de l'industrie de la défense. Tout est lié. Absolument tout. N'oubliez pas de lire les notes, elles sont aussi très instructives...
Réseaux conservateurs et nouvelle doctrine américaine de sécurité
par Bernard Sionneau
Aux origines conceptuelles
de la doctrine Bush Jr de sécurité nationale
Trois documents officiels permettent de saisir la portée des orientations retenues par l'Administration de G.W. Bush en matière de défense et de sécurité. Voici leur titre : The National Security Strategy of The United States of America (septembre 2002), qui porte le sceau présidentiel et regroupe un ensemble de discours prononcés entre septembre 2001 et 2002 par George W. Bush sur les priorités de son administration en matière de sécurité ; Quadrennial Defense Review Report (septembre 2001), document rédigé par les responsables civils et militaires du Pentagone sous l'autorité du Secrétaire à la Défense, en consultation étroite avec le Président des Etats-Unis ; Nuclear Posture Review (décembre 2001), audit de la stratégie et des forces nucléaires américaines réalisé par le Pentagone à la demande du Parlement. Les directives proposées dans ces documents officiels sur la sécurité n'ont pas été élaborées en réponse au nouveau contexte international issu des attentats terroristes du 11 septembre 2001 ; elles ont été formulées entre le printemps 1997 et septembre 2000 dans le cadre d'un projet (« Project for The New American Century ») piloté par un aréopage de néo-conservateurs et soutenu par un groupe important de personnalités impliquées dans les mêmes réseaux. Plusieurs d'entre elles occupent aujourd'hui les plus hautes responsabilités dans l'équipe de G.W. Bush [22], parmi lesquelles Richard Cheney, Donald Rumsfeld, Paul Wolfowitz et I. Lewis Libby (23) ; d'autres appartiennent à des think tanks conservateurs (Heritage Foundation, Hoover Institution, High Frontier, Center for Security Policy, etc.) qui, depuis vingt ans, ont codifié et diffusent inlassablement ces directives auprès des élites et du grand public américain, dont Norman Podhoretz, William Kristol, Richard Perle, Frank Gaffney, Midge Decter [23] (24) Rédacteur en chef de la revue Commentary de 1960 à 1995, Podhoretz est également Senior Fellow au think tank Hudson Institute. William Kristol a été Chief of Staff to Secretary of Education William Benett dans l'Administration Reagan, Chief of Staff to Vice-President Dan Quayle, Editor and Publisher of The Weekly Standard, co-fondateur et Chairman of the Project for the New American Century. Richard Perle a été Assistant Secretary of Defense for International Security Policy dans l'Administration Reagan, Resident Fellow au think tank American Enterprise Institute, et aujourd'hui Chairman Defense Policy Board du Pentagone. Frank Gaffney, Assistant Secretary of Defense for International Security Policy dans l'Administration Reagan et fondateur du très influent think tank Center for Security Policy en matière de défense antimissiles. Midge Decter, fondatrice de la Coalition for a Democratic Majority (cf. nos précisions sur cette coalition dans le texte), Executive Director of the Committee for a Free World dans l'Administration Reagan (Rumsfeld en est alors Chairman), membre du conseil d?administration du think tank Heritage Foundation. ]] (cf. supra).
Tous ces personnages en vue bénéficient aujourd?hui d'un contexte particulièrement propice pour faire passer leurs idées sur la défense et la sécurité. De fait, malgré leur présence massive dans les Administrations Reagan et Bush, ils n'avaient pu réussir, à l'époque, à empêcher ces mêmes Présidents de conclure des accords sur les armements stratégiques qu'ils jugeaient incompatibles avec leur conception de « la paix par la force ». Ronald Reagan avait en effet signé un accord avec l'URSS sur les armes nucléaires de moyenne portée en Europe (Intermediate Range Nuclear Forces) et engagé les Etats-Unis dans les négociations START. Quant à George Bush (Sr.), il avait fait retirer en 1991 les armes nucléaires tactiques des unités terrestres opérationnelles et des unités navales de surface des Etats-Unis partout dans le monde. D'autre part, les deux Présidents républicains avaient maintenu la posture stratégique des Etats-Unis dans le cadre des grands traités de non-prolifération et de défense antimissiles (pour Reagan, malgré des engagements contraires dans ses campagnes électorales). Avant les attentats du 11 septembre 2001, l'Administration de George W. Bush eut du mal à faire passer les principales propositions de son agenda : la transformation de la doctrine stratégique des Etats-Unis, celle des forces de sécurité et des opérations selon les impératifs de la « Révolution dans les Affaires Militaires » (RMA), la sortie du Traité ABM, la défense antimissiles, etc., toutes ces mesures rencontraient des résistances auprès des militaires du Congrès et l'indifférence du grand public. Les attentats terroristes du 11 septembre 2001 ont bien sûr changé la donne politique ; ils ont surtout offert à la nouvelle équipe présidentielle et aux « faucons » la possibilité de justifier la définition et la mise en oeuvre d'une nouvelle doctrine de sécurité dont les axes les plus importants avaient été définis entre 1997 et 2000 par une plateforme conservatrice (« The Project for The New American Century ») dans un rapport spécial intitulé « Rebuilding America's Defenses : Strategy, Forces and Resources, For a New Century » [24], à partir de propositions faites depuis près de 30 ans par les grandes fondations et think tanks conservateurs, puis « relookées » au début des années 1990, pour prendre en compte la disparition de l'Union soviétique. Au début des années 1990, plusieurs responsables de ces réseaux avaient proposé quelques concepts destinés à justifier la prééminence militaire des Etats-Unis dans le monde de l'après-Guerre froide [25]. On retrouve ces analyses et la philosophie qui les sous-tend dans le rapport du PNAC susmentionné ; de même, sans surprise (vu la composition de la nouvelle administration américaine), dans les déclarations officielles du Président George W. Bush sur le rôle des Etats-Unis dans le monde et la nouvelle doctrine américaine de sécurité nationale. Depuis un peu plus de dix ans, le sénateur Malcolm Wallop (Républicain, Wyoming) plaidait en faveur d'une interprétation plus activiste du concept de « nouvel ordre mondial ». Ronald Reagan ayant décrit l'URSS comme « l'empire du mal », Wallop n'hésitait pas à parler d'« empire du bien » pour désigner les Etats-Unis : selon lui, l'Amérique est le seul pays attaché à défendre les notions universelles de liberté et de justice, qui lui donnent des responsabilités mondiales ; contrainte par sa géographie à rester engagée et active au-dehors, elle devait préserver les atouts de la puissance maritime et spatiale. La maîtrise de ce deuxième champ stratégique représentait pour Wallop le nouveau défi pour les Américains, la « nouvelle frontière » : tout au long des années 1990, Wallop milita de façon active en faveur de ces thèmes et de leur traduction militaire. Avec un autre sénateur républicain et des députés du même bord, Christopher Cox et Curt Weldon, il défendit le projet de défense antimissiles en tant que conseiller du Center for Security Policy, un think tank ultra-conservateur spécialisé dans ce domaine (cf. infra) et comme Distinguished Fellow de Heritage Foundation, dégagé de ses obligations parlementaires, il participa plus tard à la deuxième Commission Rumsfeld [26] sur « l'évaluation du management et de l'organisation de la sécurité nationale des Etats-Unis dans l'espace » [27]. Trois des thinks tanks parmi les plus conservateurs étaient représentés dans cette commission d'experts (Heritage, CSP, Empower America) dont les conclusions appelaient les Etats-Unis à « développer les moyens de dissuader et de se défendre contre des actes hostiles dans et à partir de l?espace » [28].
En mars 1992, un document rédigé par des fonctionnaires du Département d'Etat et du Pentagone, sous la direction de Paul Dundes Wolfowitz, alors Undersecretary of Defense for Policy dans l'Administration de George Bush Sr. (actuel Deputy Secretary of Defense), provoquait de nombreuses réactions, en raison de son interprétation particulière du concept d'« ordre mondial » [29]. Cette version du Defense Planning Guidance, non destinée à la publication et rédigée en liaison avec le National Security Council, affirmait en effet la volonté des Etats-Unis de garder leur statut de superpuissance unique et soulignait le rôle particulier, à cette fin, de la puissance militaire, qui pouvait éventuellement être utilisée de façon unilatérale par l'Amérique, car celle-ci était le garant de l?ordre international ; l?Europe et le Japon devaient être empêchés de faire de l'ombre à la domination américaine et il fallait que l'OTAN, véhicule des intérêts américains en Europe, restât le premier garant de la sécurité sur le continent. Si les réactions au Rapport Wolfowitz furent vives, le contenu du document était pourtant en droite ligne avec les thèses que Wolfowitz défendait avec ses collègues conservateurs et néo-conservateurs depuis la seconde moitié des années 1970 (au sein, entre autres de « Team B » et du Committee to Maintain a Prudent Defense Policy, etc.). Ces thèses le poussaient, dans l'Administration Bush Sr., à affirmer que la Russie de Boris Eltsine constituait la plus grave menace pour la sécurité des Etats-Unis [30] : il envisageait ainsi une guerre possible entre l'OTAN et les Russes, motivée par leur désir de s'en prendre aux Etats baltes nouvellement indépendants. Pendant la guerre du Golfe, Wolfowitz fut également un opposant farouche des thèses de Colin Powell et d?autres qui affirmaient que puisque les forces de Saddam Hussein avaient été expulsées du Koweït, le mandat des Nations Unies prenait fin tout comme la guerre. Wolfowitz préconisait déjà d'aller à Bagdad pour se débarrasser du chef de l'Etat iraquien.
Autre exemple de concept significatif proposé au début des années 1990, que l'on retrouve dans la philosophie qui sous-tend la doctrine de sécurité de l'Administration Bush Jr., est celui de « nouvelle destinée manifeste ». Ben Wattenberg en est à l'origine. Ayant présidé en 1988 aux destinées néo-conservatrices de la Coalition for a Democratic Majority (CDM), Wattenberg fut aussi membre de l'American Enterprise Institute (AEI), un think tank chargé de rédiger des documents permettant de justifier les choix politiques d'organisations comme CDM mais aussi le Committee on the Present Danger (CPD II) [31]. Lorsqu'il introduisit le concept de « nouvelle destinée manifeste », Wattenberg était alors vice-président de Radio Free Europe et de Radio Liberty [32]. En proposant cette idée, dans un monde encore marqué par la fracture Est-Ouest, il touchait une corde sensible dans l'imaginaire américain. De fait, le concept apparaît fondamental dans l'édification des Etats-Unis : créé par le journaliste J. O'Sullivan en 1845, il postule que l'Amérique est une expérience unique, un véritable laboratoire du progrès en matière de liberté et de démocratie ; ce faisant, les Américains ont le devoir moral d'en faire bénéficier le reste de la planète, telle est leur « destinée manifeste ». Dans une version actualisée du concept, Ben Wattenberg faisait donc de la « promotion de la démocratie de type américain » le principal objectif des Etats-Unis dans le monde : si l'Amérique était capable de vivre avec des démocraties sociales de type européen, elle pouvait néanmoins essayer d'en déterminer l'évolution ; le numéro un du monde qui s'annonçait serait celui qui déterminerait la « culture démocratique globale » ; en la matière, seuls les Américains avaient le sens de la mission, c'était leur « destinée manifeste » ; ils disposaient d'ailleurs des meilleurs « armes culturelles » (le monde du spectacle et des médias, la langue anglaise, l'immigration, le tourisme, les universités, le système d'information) ; il fallait donc encourager la diffusion des programmes télévisés américains, des films, de l'anglais, la venue des touristes et des étudiants aux Etats-Unis ; il fallait, encore, inclure l'entertainment business dans les négociations commerciales internationales ; l'information était également partie intégrante de la politique étrangère, comme la force armée, la diplomatie, le renseignement, et elle ne cessait de prendre de l'importance. Pour finir, Wattenberg défendait le principe de l'« unipolarité » dans le cas des Etats-Unis, principe qui lui apparaissait comme une bonne idée, mais à une condition : « si l'Amérique était réellement le seul pôle » [33].
Dernier exemple de concept qui sera utilisé par les faucons pour justifier une « militarisation » de la politique étrangère des Etats-Unis face à un contexte international identifié comme porteur de conflits échappant aux seules logiques souveraines : celui proposé par Samuel P. Huntington en 1993 de « choc des civilisations » [34]. Huntington n'est pas un auteur anodin, mais plutôt un « intellectuel organique », directeur de l'Institut Olin pour les études stratégiques à l'Université Harvard : ses recherches et enseignements sont financés par la Fondation John M. Olin, l'une des plus conservatrices, qui, avec une quinzaine d'autres fondations partageant les mêmes idées en matière d'économie et de sécurité [35] Lynde and Harry Bradley, des fondations de la famille Scaife (Sarah Scaife, Carthage et Allegheny), des fondations Adolph Coors, Smith Richardson, Phillip M. McKenna, Henry Salvatori et Earhart.]], soutient depuis près de 30 ans les activités des réseaux ultra-conservateurs (entre autres, les think tanks précités Heritage, American Enterprise Institute, Hoover Institution...). Par conséquent homme engagé, dont les contributions sont considérées par certains comme appartenant au genre littéraire des « pamphlets stratégiques » plutôt qu'à celui des « travaux scientifiques » [36]. A la fin des années quatre-vingt, ces liens apparaissent d'ailleurs de façon très claire : il faisait en effet partie d'une équipe qui produisit un rapport consacré au concept de « Disciminate Deterrence ». Les directeurs de la recherche n'étaient autres qu'Albert Wohlstetter et Fred C. Iklé : le premier, ancien spécialiste des questions de stratégie nucléaires au Rand, était le mentor de Perle et de Wolfowitz (desquels ils avaient été les étudiants à l'Université de Chicago) ; le second fut Undersecretary of Defense for Policy dans l'Administration Reagan, directeur de l'Arms Control and Disarmament Agency sous Bush Sr et membre du Board of Advisors du très conservateur think tank Center for Security Policy [37], support indéfectible d'une défense antimissiles. Dans le rapport consacré à la « dissuasion discriminante », Huntington et les contributeurs susmentionnés réunissaient en une seule conception stratégique deux écoles : celle de « la dissuasion par menace de mort massive et instantanée » et celle qui postulait « la possibilité d'un ciblage des objectifs infiniment précis et discriminants, rendus pensables, gérables et réalisables par la révolution électronique » [38]. Comme nous le verrons, cette seconde école préfigurait les préconisations avancées par les tenants de la Révolution dans les Affaires Militaires (RMA) au milieu des années quatre-vingt-dix et reprises dans le volet militaire du PNAC, comme dans la doctrine nucléaire de l'Administration Bush Jr. Dans son article de juin 1993 intitulé « Le Clash des Civilisations », Samuel Huntington postulait que, dans le monde nouveau qui s'annonçait, les principales causes de division de l'humanité et les principales sources de conflit seraient de nature culturelle. Opposant « le monde de la Guerre froide », divisé en trois espaces (le premier, second et Tiers-Monde), à « un monde divisé en civilisations » (entités culturelles), il proposait une nouvelle grille de lecture : le monde y était façonné par les interactions de sept ou huit « civilisations majeures » (occidentale, confucéenne, japonaise, islamique, hindouiste, slave-orthodoxe, latino-américaine et, peut-être, africaine) ; sa théorie affirmait que les plus importants conflits à venir se produiraient le long des lignes des fractures culturelles séparant ces civilisations, mais précisait que l'axe central de la politique mondiale s'articulerait essentiellement autour du conflit entre l'Occident et le reste du monde et autour des réponses que les civilisations non occidentales apporteraient à la puissance et aux valeurs occidentales ; dans ce contexte, il préconisait que l'Occident conserve la puissance économique et militaire nécessaire à la protection de ses intérêts, tout en s'efforçant de comprendre ce que la civilisation occidentale et les autres civilisations avaient en commun. Au final, et comme un commentateur le note, dans l'article de Huntington, il faut surtout retenir l'idée selon laquelle « le nombre des civilisations à prendre en compte doit être plus grand que deux et que les identités culturelles doivent être considérées en tant que source de conscience collective violente » [39].
Les différents concepts formulés par les auteurs précités apparaissent ou transparaissent dans les propositions militaires du « Project for the new American Century » (PNAC) ainsi que dans les documents officiels sur la sécurité nationale de l'Administration Bush Jr. On pourrait faire remarquer que l'« unilatéralisme global » était déjà contenu dans la vision proposée en 1993 par Anthony Lake, le Conseiller à la sécurité nationale du Président Clinton à travers le concept d'enlargement [40] qui devait se substituer à celui de containment. Le monde que Lake présentait était en effet déjà théorisé entre « extrême barbarie » et « pleine civilisation », où, dans les zones barbares, l'action unilatérale des Etats-Unis (humanitaire ou répressive) devait être engagée aussi souvent que nécessaire. Mais c'était avant tout, une vision dont le concept central (enlargement) concernait les sphères de l'« économie de marché » et de la « démocratie représentative ». Cet élargissement du monde libre était, certes, un processus offensif, mais avant tout économique. Il allait cependant fournir aux « faucons » de Bush Jr. des arguments sur la corruption des fonctions d'Etat (Failed States) ou les dérives aventurières d'Etats tyranniques (Rogue States) qui leur permettent aujourd'hui de proposer sans complexe, pour le monde, une version militarisée de l'empire américain : « un monde dans lequel la croyance dans la supériorité morale des Etats-Unis justifie l'exception américaine, son unilatéralisme global et son multilatéralisme à la carte » [41], un monde théorisé entre « les possédants » et les « dépossédés », entre des « cultures de progrès » et des « cultures du passé » pour lequel les Etats-Unis reconnaissent le besoin de droit international et de normes mais n'entendent pas s'y soumettre eux-mêmes lorsqu'ils estiment que c'est contraire à leurs intérêts. La vision du PNAC qui est celle des textes officiels de l'Administration Bush Jr.. (trois des principaux rédacteurs du volet militaire travaillent au Pentagone) [42] se déclare donc ouvertement en faveur d'une « paix américaine » qui s'appuie sur une puissance militaire supérieure et une volonté d'affronter - de façon unilatérale et préventive si nécessaires - toute puissance émergente, régionale, voire globale, toute « force de l'ombre », avant qu'elle ne menace les intérêts ou la position de Washington. Il s'agit bien de la vision stratégique du nouveau rôle américain qui est celle de l'« hégémonie globale » et de la « paix par la force ». Celle-ci s'exprime en termes de « guerres culturelles » menées contre des menaces (internes et externes) hostiles aux valeurs judéo-chrétiennes et démocratiques, où l'« antiterrorisme » se substitue à l'« anticommunisme ». Cela donne aux « faucons » de l'équipe Bush Jr. l'opportunité d'imposer, avec l'aval du Congrès, un agenda visant à établir la suprématie militaire américaine. L'appel à la « victoire sur le terrorisme » est en effet présenté de telle façon qu'il permet de justifier tous leurs choix politiques et militaires : « la supériorité nucléaire, la défense antimissiles, la contre-révolution en Colombie, le support aux extrémistes du Likoud israélien, le contrôle du pétrole en Asie centrale, le ciblage de Saddam Hussein et la lutte contre les dissidents américains, ceux qui accusent l'Amérique d'être la cause directe de ses problèmes internationaux » [43].
[22] Cf. « Statement of Principles », Project for The New American Century, 3 juin 1997, sur le site Internet http://www.newamericancentury.org.
[23] Quelques précisions sur I. Lewis Libby, dont le nom n’a pas encore été mentionné : entre 1989 et 1993, il est Deputy Undersecretary of Defense for Policy (Administration Bush Sr.), puis, en 1998, Legal Advisor to the US House of Representatives’Select Committee on US National Security and Military/Commercial Concerns with the People’s Republic of China (appelé également Cox Committee), avant d’être nommé Assistant to The Vice-President (Dick Cheney) for National Security Affairs (Administration Bush Jr).
[24] The Project for The New American Century, Rebuilding America’s Defenses : Strategy, Forces and Resources For a New Century, septembre 2000.
[25] Cf. Bruno Colson, « Concepts américains pour l’après-Guerre froide », Stratégique, no 57, 1995, p. 69.
[26] La première Commission Rumsfeld est constituée en 1997, sous la pression de parlementaires républicains, convaincus de la nécessité d’une défense antimissiles. Newt Gingrich à la Chambre des Représentants et Trent Lott au Sénat ont, en tant que leaders des deux chambres, le pouvoir de désigner les membres de la commission. Présidée par Donald Rumsfeld, celle-ci conclura en juillet 1998 la possibilité que des puissances balistiques émergentes puissent disposer des moyens d’atteindre le territoire des États-Unis dans un délai de cinq années suivant le décision de se doter de l’armement requis (dix ans dans le cas de l’Iraq). Cf. l’Executive Summary of the Report of the Commission to Assess The Balistic Missile Threat to The United States, 15 juillet 1998, Pursuant to Public Law 201, 104th Congress. Les évaluations du temps requises par les puissances balistiques émergentes frappent l’imagination de Gingrich : en effet, cinq ans, c’est entre le tiers et la moitié du délai annoncé dans les rapports de la CIA. En définitive, le lobby pro-NMD tient ce dont il a besoin pour refaire du projet (qui avait perdu l’intérêt des politiques et du public) une priorité : un document officiel, approuvé par le gouvernement et qui peut être interprété comme la preuve de la réalité de la menace posée par les « missiles du Tiers-Monde ».
[27] La deuxième Commission Rumsfeld est formée en conformité avec la section 1621 du National Defense Authorization Act for Fiscal Year 2000 (PL 106-65) et produit un rapport intitulé « Report of the Commission to Assess United States National Security Space Management and Organization », qui sera remis le 11 janvier 2001. A cette date, Donald Rumsfeld a déjà quitté la commission qu’il préside : il a pris en effet officiellement ses fonctions le 20 janvier 2001 comme 21e Secrétaire à la Défense. Douze des membres qui composent cette commission appartiennent aux cercles conservateurs partisans de la défense antimissiles et de la militarisation de l’espace ou à des entreprises étroitement liées au secteur de la défense.
[28] Report of the Commission to Assess United States National Security Space Management and Organization, 11 janvier 2001, http://www.defenselink.mil/pubs/spacebout.html.
[29] Cf. Bruno Colson, « Concepts américains pour l’après-Guerre froide », Stratégique, no 57, 1995, op. cit., p. 69.
[30] Jason Vest, « Bush’s war hawk », The American Prospect, vol. 12, no 19, 11 mai 2001.
[31] « Group Watch : Coalition for a Democratic Majority », The Public Eye, Political Research Associates, 1989.
[32] Cf. Bruno Colson, « Concepts américains pour l’après-Guerre froide », Stratégique, no 57, 1995, p. 74- 75.
[33] Bruno Colson, op. cit.
[34] Samuel P. Huntington, « The Clash of Civilizations ? », Foreign Affairs, été 1993. Cet article est également paru dans la revue française Commentaire, sous le titre « Le choc des civilisations ? », vol. 18, no 66 (no consacré à l’état du monde après la fin de la Guerre froide), 1994. On remarque dans le comité de patronage de la revue (dont le fondateur est Raymond Aron), les noms de deux membres éminents du mouvement américain néo-conservateur, à savoir Irving Kristol, fondateur de National Affairs Inc. qui édite The National Interest et The Public Interest, mais aussi celui de Norman Podhoretz, à l’origine de la revue Commentary. Huntington a publié un essai en français sous ce titre, Le Choc des civilisations, Odile Jacob, Paris, 2000.
[35] Il s’agit des fondations Koch (Charles G. Koch, David H. Koch, Claude R. Lambe), John M. Olin,
[36] Alain Joxe, L’Empire du chaos : Les républiques face à la domination américaine dans l’après-Guerre froide, La Découverte-Syros, Paris, 2002, p. 109.
[37] Cf. le rapport annuel du Center for Security Policy, « Board of Advisors », 1996.
[38] Alain Joxe, L’Empire du chaos, op. cit., pp. 107-108.
[39] Alain Joxe, L’Empire du chaos, ibid., p. 109.
[40] Anthony Lake, « From Containment to Enlargement », International Herald Tribune, 24 septembre 1993.
[41] Tom Barry/Jim Lobe, « US Foreign Policy - Attention, Right Face, Forward March », Foreign Policy in Focus, avril 2002.
[42] Parmi les participants à l’élaboration du volet militaire du PNAC (Rebuilding America’s Defenses, op. cit.), apparaissent à la dernière page les noms de Paul Wolfowitz, I. Lewis Libby et Dov Zakheim, qui occupent tous trois actuellement des postes aux plus hauts échelons de l’Administration Bush. Zakheim, qui n’a pour l’instant pas été cité dans notre propos, est « Comptroller » au Pentagone et fait partie, avec Wolfowitz, d’une équipe de sept membres (Senior Executive Council) chargée d’évaluer les programmes militaires. Six d’entre eux ont travaillé pour les industries de la défense.
[43] Tom Barry/Jim Lobe, « US Foreign Policy - Attention, Right Face, Forward March », Foreign Policy in Focus, avril 2002.
Posté par Adriana Evangelizt