La démocratie à marche forcée
La démocratie à marche forcée
La démocratisation de l'Irak relève de la gageure. Un éventail de risques menace le destin du pays dont l'unité est, selon l'Envoyé spécial de son Premier ministre en Iran, broyée.
Ceci étant, Ali al-Adib croit encore à une cohésion nationale et un possible retour à la paix. Dans un entretien accordé au journaliste de FARS, il accuse ouvertement Ryiad et le Caire de soutenir les terroristes. " Les pays qui financent ces violences, en seront les futures victimes, affirme Al- Adib, qui préside le bureau politique du parti "Al Dawa" et membre du parlement irakien.
Al Adib s'est rendu la semaine dernière en Iran en qualité d'émissaire spécial de Noori al Maliki pour, a-t-il dit, franchir un pas de plus dans le sens de la longévité du premier gouvernement démocratique de toute l'histoire de l'Irak. voici un extrait de l'entretien :
Fars- Quel a été l'objectif de votre visite à Téhéran ? Etiez-vous porteur d'un message particulier de votre Premier ministre ?
Al Adib- Non, je n'avais aucun message à remettre aux autorités iraniennes. Deux objectifs ont présidé à cette visite. J'ai voulu d'abord donner suite aux accords signés entre les deux pays à l'époque de M. Jafari et qui sont restés lettre morte et puis je souhaitais transmettre le message d'amité du Premier ministre irakien aux responsables iraniens et s'entretenir avec eux de la future visite de M Maliki en Iran. Le Premier ministre est désireux de se rendre en Iran à la première occasion, dans le cadre de sa tournée dans les pays de la région. Notre politique consiste à prôner l'entente avec nos voisins, ce qui fait toute notre différence avec Saddam et ses politiques bellicistes.
Q- Comment analysez-vous les relations de Téhéran avec le gouvernement de M. Maliki ?
R- Ma foi, bonnes et constructives. Je crois que nos liens sont aux beaux fixes et que nos ambassadeurs respectifs s'activent pour qu'il en soit ainsi. L'Ambassadeur de Téhéran à Bagdad entretient de très bonnes relations avec l'ensemble des autorités irakiennes et notre bonne coopération économique est, elle aussi, l'objet de réjouissance.
Q- Le parlement irakien se penche en ce moment même sur une question litigieuse, celle du limogage ou de la démission de son Président Al Machhadani. Démissionera-t-il ou bien sera-t-il limogé ?
R- Cette polémique agite surtout les rangs de la coalition Al Tawafogh, fraction sunnite du parlement dont M. Al Machhadani est le Représentant et pour l'instant, les débats n'ont rien donné.
Q- Quelle est la raison de sa démission ou de son limogage ?
R- C'est lié, je crois, aux défaillances de ses méthodes en matière de direction des séances. Al Machhadani manque de maturité. Dés qu'un député finit de s'exprimer, il prend la parole et donne son avis, ce qui est contraire aux règlements. Ces interventions se produisent parfois en plein discours des députés. Celui qui occupe le perchoir est censé rester neutre ; il n'a pas le droit de s'exprimer. S'il veut le faire, il faut qu'il quitte son fauteuil et qu'il aille se mettre aux côtés des députés. Chaque député a son propre opinion et il est l'un des éléments d'un ensemble. Souvent, les débats ne sont pas limités dans le temps alors qu'il faut une répartition exacte pour que le parlement puisse remplir convanablement sa fonction qui est celle de voter des lois. Depuis l'investiture de l'Assemblée, aucune loi impartante n'a pas été adoptée et l'essentiel de nos efforts a été consacré aux débats stériles et sans fin.
Q- Qu'en pensent-elles, les autres fractions parlementaires, par exemple, l'Alliance pour un Irak uni ou encore les Kurdes du bilan de Machhadani ?
R- Tout le monde est mécontent. C'est surtout les méthodes de M. Al Machadani qui les génent sinon ils n'ont rien contre sa personne.
Q- Le remaniement ministeriel est un autre sujet qui fait débat au parlement. Quel est le degrès de la détermination de M Noori al Maliki à ce sujet ?
R- Ce n'est pas la personne du Premier ministre qui a décidé de ces changements. Chaque ministre représente en effet un courant politique au sein du gouvernement et ce sont ces même courants qui réclament des changements.
Q- Pourquoi ?
R- Et bien, c'est toujours la question de compétence des ministres concernés qui est en jeu. Ces ministres ont été souvent désignés à la hate sans que leur compétence soit soumise à un examen approfondi.
Q- Pourriez-vous évoquer quelques noms ?
R- J'évoquerais par exemple, le nom des ministres du Transport, celui du Tourisme ou encore son collègue des Affaires des provinces. Il y a aussi le Ministre de l'Interieur contre qui polémiquent certains milieux sans que leur polémique fait consensus.
Q- Il y a quelques jours de cela , le quotidien Al Ray al Alam spéculait sur une possible chute du gouvernement Maliki qui n'a su, je cite, satisfaire aux exigences des Américains. Qu'en pensez -vous ?
R- Aucune information officielle n'a été publiée à ce sujet et quand bien même ces speculations soient vraies, les Américains n'en diraient rien. Il est possible que certains cherchent à couper l'herbe sous le pieds du Premier ministre pour s'attirer le soutien de Washington.
Q- Quels sont ces gens ?
R- le Front Maram a ouvertement exprimé sa volonté de renverser le gouvernement de Maliki et de former un gouvernement de "sauvetage national". Sous ses couleurs, milite l'ex premier ministre Yiad Alaoui. Il est chiite baathiste et membre du parlement; un membre qui brille par sa perpétuelle absence aux séances de l'Assemblée. Les reglementations parlementaires ne se prononcent malheureusement pas sur le cas des députés absentéistes.
Q- Quelle est la nature des relations qu'entretiennent les Américains avec le gouvernement de Maliki ?
R- Ce sont d'excellentes relations que nous entretenons avec les Américains qui sont nos partenaires sécuritaires, militaires et politiques.
Q- L'amplification de la violence en Irak a –t-il compromi le fonctionnement du gouvernement ?
R- Sans doute. Les affrontements armés ont ralenti notre marche en avant. Certains ministres évoquent les dossiers qui affaiblissent le consenus. Le vice premier ministre, Salam al Robaii qui est un sunnite en fait d'ailleurs partie. Son discours diverge de celui tenu par le Premier ministre.
Q- Pendant longtemps, les Américains ont accusé Zarkaoui d'être à l'origine des attentats terroristes en Irak mais ces attentats n'ont rien perdu de leur intensité après sa mort. Quelle est votre analyse ?
R- La mort de Zarkaoui n'a rien changé. Son action en Irak était certes trop vaste mais les terroristes se sont trop vite remis de sa perte. C'est un Irakien du nom de Abdellah Djenabi qui lui a succédé à présent. Les Zarkaoui prolifèrent partout avec autant sinon plus de capacité de nuisance. Sa mort n'a pas servi à grande chose, si ce n'est qu'à une campagne propagandiste.
Sources : IRIB