La menace nord-coréenne renforce la main des "faucons" à Tokyo
Nul doute que le nouveau premier ministre Japonais, Shinzo Abe est un homme d'envergure. On le surnomme "faucon" certes mais son objectif à long terme est de se défaire de la tutelle américaine...
La menace nucléaire nord-coréenne
renforce la main des "faucons" à Tokyo
TOKYO (AFP) - La menace d'un test nucléaire brandie par la Corée du Nord fournit des munitions aux "faucons" de la droite nippone pour justifier leur volonté de réformer la Constitution pacifiste du Japon et doter l'Archipel de véritables forces armées, selon les experts de défense.
Ces "faucons", à l'instar du nouveau Premier ministre Shinzo Abe, veulent réviser la Constitution de 1947 pour avoir une armée capable de protéger l'Archipel, éventuellement au moyen de frappes préventives, et de participer à des opérations de "défense collective".
Paradoxalement, l'avertissement nucléaire de Pyongyang offre un argument de poids à M. Abe, anticommuniste et qui doit sa popularité à la ligne intransigeante qu'il prône à l'encontre de la Corée du Nord.
"A plus d'un titre, cela va faciliter les choses pour Abe, ancré depuis toujours dans une position solidement anti-nord-coréenne. Aujourd'hui il peut dire: +Je vous l'avais dit+", souligne Phil Deans, professeur de relations internationales à Tokyo.
M. Abe pourra jouer sur la menace pour dire: "Regardez, nous ne pouvons pas éternellement dépendre des Etats-Unis. Le moment est venu pour le Japon d'agir, aux côtés de ses alliés mais en volant de ses propres ailes", explique-t-il.
Aux premières loges en raison de sa proximité géographique, le Japon est sur les dents à chaque regain de tension avec Pyongyang depuis le tir de missile balistique nord-coréen "Taepodong-1" qui avait survolé son territoire en 1998.
La nouvelle menace nord-coréenne apportera également de l'eau au moulin des plus nationalistes qui -comme l'ancien Premier ministre conservateur Yasuhiro Nakasone- sont favorables à ce que le Japon, sous parapluie américain depuis la fin des années 1960, se dote de l'arme nucléaire. Un tabou dans le seul pays à avoir subi l'apocalypse nucléaire.
Premier numéro un japonais à n'avoir pas connu la Seconde Guerre mondiale, Shinzo Abe dit ne pas envisager le recours à l'arme nucléaire mais il veut faire du Japon "un pays comme les autres", en particulier dans le domaine militaire.
Si le Japon dispose déjà d'une des armées les mieux équipées au monde, son rôle est limité par la Charte pacifiste, imposée par les Américains après la guerre et coupable aux yeux des conservateurs de corseter les ambitions internationales de Tokyo.
Les projets de réforme constitutionnelle de M. Abe inquiètent les voisins du Japon, Chinois et Coréens, qui craignent une résurgence du militarisme nippon dont ils ont été victimes au siècle dernier.
Le nouveau Premier ministre japonais devrait s'efforcer de rassurer les dirigeants chinois et sud-coréens à l'occasion de sa tournée éclair à Pékin puis Séoul les 8 et 9 octobre.
Mais il n'est pas certain que le Japon, d'une part, la Chine et la Corée du Sud, de l'autre, soient sur la même longueur d'onde quant à la façon de traiter la crise nord-coréenne.
Pour Robert Dujarric, spécialiste de la Corée du Nord basé à Tokyo, la déclaration belliqueuse de la Corée du Nord va probablement "pousser Abe à user d'un discours plus agressif".
Toutefois, seule une éventuelle décision d'augmenter le budget militaire du Japon, en baisse ces dernières années, dévoilera ses véritables intentions, souligne M. Dujarric.
Ce qui est certain, c'est que le camp des "faucons" se trouve renforcé à Tokyo "parce que les arguments des colombes, prônant le dialogue avec Pyongyang, se réduisent comme une peau de chagrin", constate-t-il.
Sources : Altavista
Posté par Adriana Evangelizt