Pourquoi la Chine est réticente envers Pyongyang
Pékin encore réticent à user de toute son influence sur Pyongyang
PEKIN (AFP) - La Chine est encore réticente à user de toute l'influence politique et économique dont elle dispose sur son voisin nord-coréen, malgré la menace de Pyongyang de procéder à un essai nucléaire, selon des analystes.
"Pékin dispose à la fois d'une influence politique et économique pour faire pression", constate Ralph Cossa, du Centre du Forum du Pacifique, basé à Hawaï.
"Mais la question n'est pas tant le poids de l'influence de la Chine que de savoir jusqu'à quel point la Chine est prête à en faire usage", estime-t-il.
La Chine est tout à la fois le principal fournisseur de produits alimentaires et d'énergie de la Corée du Nord, et le premier allié politique de Pyongyang, ce qui lui confère a priori un rôle de premier plan.
Toute réduction des livraisons de nourriture ou d'énergie pourrait peser sur la survie du régime communiste nord-coréen, selon les observateurs.
Traditionnellement, la Chine s'oppose à l'utilisation des sanctions comme arme diplomatique, s'en tenant à la ligne de non-ingérence dans les affaires intérieures.
Cependant, il semble qu'elle les ait utilisées contre la Corée du Nord au moins une fois par le passé.
En 2003, Pékin avait suspendu brièvement la livraison de pétrole, en fermant un pipeline, obligeant Pyongyang à revenir à la table des négociations sur son programme nucléaire.
"Ce que fera vraiment la Chine, et jusqu'à quel point, dépendra de la manière dont Pékin peut user de son influence sans porter atteinte à ses propres intérêts", souligne Yuan Jing-dong, spécialiste de la non-prolifération à l'Intitut des études internationales de Monterey, en Californie.
Pour M. Yuan, de toute façon, la Corée du Nord elle-même n'est pas ressentie en Chine comme une menace de premier plan.
"Pour le dire crûment, pour la Chine, il y a des sujets d'inquiétude pour sa sécurité plus grands qu'un essai nucléaire nord-coréen", ajoute-t-il.
Pour Paul Harris, spécialiste des relations internationales à l'Université Lingnan de Hong Kong, les Chinois sont surtout préoccupés par les réactions des autres voisins.
"La grande préoccupation, c'est de savoir si les Japonais et les autres dans la région vont vouloir disposer de la capacité de répliquer aux Nord-Coréens", remarque-t-il.
Pour Paul Harris, malgré son influence, la Chine ne peut pas à elle seule forcer Pyongyang à renoncer à ses ambitions nucléaires, le régime de Kim Jong-il plaçant sa survie politique au-dessus de tout.
"Les Coréens du Nord ont montré qu'ils étaient prêts à laisser mourir de faim leur population plutôt que d'abdiquer", dit-il.
Selon M. Cossa, du Centre du Forum du Pacifique, Pyongyang a déjà défié Pékin en juillet lorsqu'il avait procédé aux tirs d'essai de six missiles à courte et moyenne portée et d'un septième missile intercontinental de modèle Taepodong-2.
"La Corée du Nord a semblé avoir franchi la ligne jaune avec les essais de missiles, ce qui avait conduit à une résolution du Conseil de sécurité (soutenue par la Chine, ndlr) assez forte", juge M. Cossa, selon lequel la nouvelle annonce de Pyongyang sera sûrement vue par Pékin comme "une nouvelle insulte de la part de la Corée du Nord".
Pour ce spécialiste, la Chine dispose en plus d'une arme non négligeable, la possibilité d'ouvrir ses frontières, ce qui permettrait à des millions de Coréens du Nord désireux de s'enfuir de le faire.
"C'est comme cela que l'Allemagne de l'Est s'était effondrée. Cela serait le pire cauchemar pour la Corée du Nord", dit-il.
Sources Altavista
Posté par Adriana Evangelizt