1 - Le Nouveau Pearl Harbor
Alors pour ceux qui s'intéressent au 11 septembre et qui cherchent... hier nous avons posé les 115 mensonges de l'administration Bush, extrait du livre de David Ray Griffin Le Nouveau Pearl Harbour... nous allons en poser d'autres. C'est passionnant. Passionnant car on découvre des choses auxquelles nous n'avions pas pensé et pourtant... on y pense sans cesse quelque part... le 11 septembre fut aussi un alibi pour mettre en place le Nouvel Ordre Mondial gouverné par les Etats-Unis... en tout cas, c'est une des plus grosses impostures du 21ème siècle et encore Griffin ne parle pas des lingots. Mais à bien y réfléchir, il fallait bien que les exécutants perçoivent un salaire... ils ont donc fait d'une pierre deux coups.
Donc là, la première partie avec Préface, Introduction, pourquoi la presse a suivi la version officielle ainsi que le parti d'opposition... La seconde partie juste après suivie d'un chapitre entier...
Fiche détaillée du livre sur les Editions Demi-lune...
Le Nouveau Pearl Harbor
par David Ray Griffin
Traduit de l’américain par Pierre-Henri Bunel
PRÉFACE
David Ray Griffin a écrit un livre remarquable. Si on le lit attentivement en ne lui accordant ne fût-ce que 30 % d'ouverture d'esprit, il est presque certain que cela changera notre perception du fonctionnement de la démocratie constitutionnelle des États-Unis aux plus hauts niveaux du gouvernement. En cela, il s'agit d'un livre dérangeant qui dépeint une crise profonde de la légitimité politique du plus puissant État souverain de l'histoire du monde, un pays qui se trouve de plus entraîné dans la première guerre sans frontières ni marqueurs de la victoire ou de la défaite. Si Le Nouveau Pearl Harbor recueille tout l'intérêt qu'il mérite largement de la part du public et des médias, il devrait changer le débat public en général et exercer une influence positive sur la façon dont se dessine l'avenir. En fait, il est rare qu'un livre ait cette capacité de devenir un élément déterminant de l'Histoire.
Ce qui lui donne son caractère si particulier, c'est qu'il s'aventure sur le terrain le plus sensible et le plus sujet à polémique : le comportement officiel, au sens le plus large du terme, vis-à-vis de la tragédie du 11 Septembre. Il le fait avec l'esprit d'examen le plus objectif couplé avec l'expression de la plus puissante des vertus intellectuelles : la volonté de permettre à la recherche de suivre le chemin tracé par les éléments de preuves et la raison, où qu'il mène. Et dans le cas présent, il nous mène aux destinations les plus explosives où naissent des doutes graves au sujet de l'intégrité et de la conception du monde de ceux de nos dirigeants qui exercent la plus haute autorité sur le comportement de notre pays et sur sa destinée. En particulier dans le domaine de notre sécurité nationale qui englobe une guerre outre-mer et l'étouffement des libertés en métropole. Griffin développe, avec brio, un argumentaire accablant qui milite en faveur d'une enquête complète et sans entraves, entièrement étayée et aussi importante que nécessaire, sur comment et pourquoi le 11 Septembre a pu se produire, ainsi que sur la raison pour laquelle une telle faillite, sans précédent, de notre système de sécurité nationale n'a pas fait l'objet d'investigation immédiate étant donné qu'il s'agit de la première des priorités nationales. Il existe tellement de lacunes dans les thèses officielles sur le 11 Septembre qu'il n'en reste aucune synthèse vraisemblable et cohérente, et jusqu'à ce jour, nous avons continué à tituber de l'avant comme si la vérité sur ces événements traumatisants ne présentait plus aucun intérêt.
Griffin nous démontre avec une grande perspicacité et en s'attaquant avec détermination aux nombreux aspects de la politique de sécurité globale de l'administration Bush, qu'il est absolument primordial de connaître, même avec du retard, la vérité sur le 11 Septembre. L'accumulation de faits inexpliqués, les efforts des autorités au pouvoir pour forclore* toute enquête indépendante, et les preuves de l'existence d'un projet des proches de la mouvance Bush antérieur au 11 Septembre visant à réaliser exactement ce qu'ils sont en train de faire sur la base du mandat que leur a donné cet événement, sont autant de raisons pour que le lecteur des conclusions de Griffin soit facilement convaincu. Comme je l'ai dit, 30 % de réceptivité suffisent, ce qui signifie que tout le monde, à l'exception des suppôts inconditionnels et bornés de la façon dont Bush exerce la présidence, devrait être convaincu par la thèse centrale de cet ouvrage.
Il faut souligner que ce livre n'appartient pas au genre littéraire de « la théorie du complot », en tout cas, comme le souligne Griffin lui-même, au sens péjoratif du terme tel qu'on l'entend d'habitude. Il s'agit d'un examen méticuleux et scrupuleux des indices existants qui reprend les nombreuses incohérences entre la version officielle des événements présentée par le gouvernement et les meilleurs renseignements dont on dispose.
Naturellement, il convient de se demander, si la conclusion vers laquelle conduisent les éléments de preuves de Griffin est la bonne, pourquoi on n'a pas raconté plus tôt cette « histoire du siècle » à notre pays. Pourquoi les médias sont-ils restés muets ? Pourquoi le Congrès est-il resté aussi passif dans son rôle de chien de garde face au pouvoir, chargé avant tout de protéger le peuple américain ? Pourquoi des fonctionnaires aux principes moraux élevés n'ont-ils pas présenté leur démission, démissions qui auraient été suivies de révélations chocs ? Des questions ont été soulevées ici et là, des accusations de complicité des autorités courent depuis les premiers jours, en particulier en Europe mais, pour autant que je sache, aucun Américain jusqu'à Griffin n'a eu la patience, la fermeté, le courage et l'intelligence suffisants pour rassembler tant d'éléments et en faire un récit cohérent.
Une partie de la difficulté à être crédible sur ces sujets si dérangeants pour la confiance du public envers la légitimité du pouvoir d'État tient au fait que les voix accusatrices qu'on entend le plus souvent sont criardes et irresponsables. Elles sont facilement invalidées comme étant «paranoïaques» ou « extravagantes » sans qu'on y prête plus ample attention, ni qu'on se demande si les préoccupations qu'elles évoquent méritent d'être examinées.
Tout au contraire, l'approche de Griffin est calme et son argumentaire en permanence étayé, ce qui rend son analyse incontestablement irréfutable. Mais il existe des forces perturbatrices qui oeuvrent pour barrer l'accès à la vérité sur le 11 Septembre. Sans arrêt, depuis cette date, la grande presse a travaillé main dans la main avec le gouvernement à organiser une ferveur patriotique qui a dépeint sous les couleurs de la déloyauté, toute expression de doute envers les autorités du pays. Les personnalités des médias, comme Bill Maher, qui ont mis en question la version officielle, même de manière informelle, ont été licenciées, mises sur la touche et réduites au silence: un glacial message d'intimidation pour quiconque était tenté de faire entendre une voix dissidente. Agiter le drapeau américain a remplacé toute pensée critique et indépendante, et des slogans du style «ensemble nous tiendrons» ont servi de bâillon étouffant toute tentative de critique. Cette équation de patriotisme et d'acceptation sans réserve de la politique de l'administration actuelle a été utilisée par ces conseillers du président pour qui le 11 Septembre fut, non une tragédie nationale, mais, selon les mots du secrétaire à la Défense Donald Rumsfled lors d'une interview télévisée avec Jim Lehrer lors du deuxième anniversaire des attentats, «une bénédiction déguisée».
Au moment où l'appel lancé par les tenants du patriotisme a commencé à s'estomper des mémoires, voici une autre dynamique qui y est liée et qui manoeuvre à nous tenir éloigné de la vérité : ce que les psychiatres appellent le « déni ». Les réalités pénibles de l'occupation de l'Irak empêchent la plupart des Américains de reconnaître que toute l'entreprise, y compris la mort et la mutilation de jeunes compatriotes, est la conséquence de la manipulation volontaire de la réalité par les autorités élues de ce pays, en particulier l'affirmation selon laquelle Saddam Hussein est responsable des événements du 11 Septembre. Ce sentiment désagréable prend de l'ampleur si on envisage la possibilité que ces événements ont été dès le début, voire avant, dissimulés par un tissu de mensonges. Une partie du réflexe de déni vient d'un désir désespéré d'éviter de devoir faire face aux épouvantables réalités que renferme la structure du pouvoir du gouvernement qui contrôle nos existences.
Le livre de Griffin est l'antidote indispensable au refus collectif qui a paralysé la conscience de la nation au cours de ces quelques dernières années. À tout le moins, il devrait donner lieu à un débat, certes tardif, mais bien mieux vaut tard que jamais. Thomas Jefferson nous avait avertis, jadis, que « la vigilance permanente est le prix de la liberté ».
À ce stade du développement des États-Unis, on ne peut admettre une attitude politique béate dont l'un des volets consiste à accepter sans discussion la bonne foi de notre gouvernement. Après tout, l'histoire fourmille de manipulations de l'opinion publique, en particulier en ce qui concerne la guerre et la paix. Les historiens s’accordent de plus en plus à admettre qu’on a manipulé les faits à propos de l’explosion de l’USS Maine pour justifier la guerre hispano-américaine de 1898, à propos de l’attaque japonaise sur Pearl Harbor pour justifier une entrée des États-Unis dans la seconde guerre mondiale, (entrée en guerre jusque-là très impopulaire), à propos de l’incident du golfe du Tonkin de 1964 dont la Maison Blanche s’est servie pour justifier la dramatique extension de la guerre du Vietnam au Nord Vietnam et, plus récemment, pour prétendre que l’Irak détenait un arsenal menaçant d’armes de destruction massive pour justifier le recours à la guerre au mépris du droit international et des Nations Unies. Les explications officielles d’événements tels que les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki ou l’assassinat du président Kennedy n’ont pas non plus provoqué d’examens de la part d’intellectuels impartiaux. En ce sens, la perte de confiance des citoyens des États-Unis envers leur gouvernement a des racines qui plongent loin dans l’histoire et ne relève pas d’une simple accusation partisane portée contre le gouvernement actuel en liaison avec l’aile droite du parti républicain. Mais elle nous pose de fait une question fondamentale et lancinante. Pourquoi la thèse officielle sur le 11 Septembre devrait-elle être considérée comme sacro-sainte et prise pour argent comptant, surtout dans la mesure où elle a servi de justification aux entreprises les plus dangereuses de l’histoire du monde ?
Comme le démontre Griffin, point n’est besoin d’admettre toutes les thèses exprimant la méfiance pour conclure que la thèse officielle sur le 11 Septembre n’a strictement rien de convaincant. Son approche se base sur l’effet cumulatif des nombreuses zones d’ombre dans le récit officiel de ce qui s’est passé, zones d’ombre liées aux avertissements préalables et à plusieurs indices de l’existence d’actions ayant facilité les frappes, à des différences particulières entre la description des événements par les médias et le gouvernement d’une part, et les éléments de preuve indépendants sur ce qui s’est vraiment passé, d’autre part, et au manque d’esprit de coopération du gouvernement concernant le déroulement des enquêtes.
Chaque partie de cette histoire suffit à justifier l’affirmation fondamentale de Griffin selon laquelle ce pays, et le monde, méritent une information complète, vraisemblable, crédible et immédiate sur le comment et le pourquoi de cette journée fatidique. Une telle étape ferait montre aujourd’hui de la sagesse intemporelle de la célèbre réponse de Benjamin Franklin à la question qu’on lui posait sur ce qu’avait réalisé l’Assemblée constituante de Philadelphie : «Une République, si vous la conservez ».
Richard Falk
* Forclore : empêcher une action en justice après un certain délai. Rapprocher l'emploi de ce mot par l'auteur du fait que les bénéficiaires des allocations issues de la quête nationale au profit des familles des victimes du 11 Septembre n'ont touché des subsides qu'après avoir promis, une fois reçus les fonds, de ne pas engager de poursuites judiciaires contre l'État du fait des attentats. (NdT)
INTRODUCTION
On a souvent comparé les attaques du 11 Septembre à celle sur Pearl Harbor. Ainsi, le journaliste d’investigation James Bamford a décrit les réactions du président Bush « au cœur d’un Pearl Harbor moderne.»1 CBS news a raconté que le président lui-même, a écrit dans son journal avant d’aller se coucher au soir du 11 Septembre : « Aujourd’hui a été le Pearl Harbor du XXIe siècle» 2.
On a souvent fait cette comparaison comme argument pour expliquer que la riposte au 11 Septembre a été analogue à celle des États-Unis face à l'attaque sur sa base navale d’Hawaï. Immédiatement après le discours du président Bush au pays le 11 septembre 2001, Henry Kissinger met en ligne sur Internet un article dans lequel il écrit : «Le gouvernement devrait lancer une riposte systématique qui, on peut l’espérer, aboutira au même résultat que celle à l’attaque sur Pearl Harbor, à savoir la destruction de l’organisation coupable du crime ». 3 L’éditorial d’un numéro de l’hebdomadaire Time, paru juste après les attaques, insiste : «Pour une fois, ne nous lançons pas dans des discours lénifiants… Un jour d’infamie ne peut que susciter la rage. Mettons-nous en rage. Ce qu’il nous faut c’est une noire colère américaine, partagée par tous et qui nous unisse, comme après Pearl Harbor.»4
Certains de ces rapprochements ont conduit à noter que les frappes ont en effet provoqué une riposte mettant en œuvre les forces armées américaines, comme l’avait produit l’attaque japonaise. En 2000 des gens qui n’allaient pas tarder à faire partie des plus hauts personnages de l’administration Bush, prédisent que les changements qu’ils comptent mettre en œuvre seront difficiles à faire accepter par l’opinion « à moins que ne se produise un nouveau Pearl Harbor »5. Faisant état de cette prédiction, le journaliste australien John Pilger écrit : « Les attaques du 11 septembre 2001 ont fourni ce “nouveau Pearl Harbor”.»6 Un membre de l’Institut des Études Stratégiques de l’Armée de Terre américaine considère qu’après le 11 septembre 2001, « le soutien de l’opinion à une action militaire est du même ordre que la réaction du public après l’attaque sur Pearl Harbor.»7
Ces rapprochements avec Pearl Harbor semblent se justifier. Les événements du 11 Septembre, tout le monde en convient, sont les plus importants de la période récente, tant pour l’Amérique que pour le reste du monde. Les attaques de cette journée ont ouvert la voie à des restrictions significatives des libertés civiques aux États-Unis de la même façon que Pearl Harbor a entraîné des restrictions de libertés pour les citoyens américains d’origine japonaise. 8 Ces frappes ont également servi de prétexte à une guerre mondiale contre la terreur, conduite par les États-Unis et dont les guerres d'Afghanistan et d’Irak ont été les deux phases principales jusqu’à présent.
En outre, de plus en plus de gens perçoivent la « guerre contre la terreur » de l’administration Bush comme un prétexte autorisant un impérialisme à l'agressivité accrue. Par exemple, Phyllis Bennis soutient que le 11 Septembre est « le résultat d’une politique internationale imposée au reste du monde à travers des faits du prince auquel personne ne s’oppose.»9 Naturellement, cela fait quelque temps que des historiens soulignent que les autorités américaines aspirent depuis longtemps à un empire qui engloberait l’ensemble du monde. 10 Mais la plupart des contempteurs de la politique internationale américaine pensent que l’administration Bush II, en particulier depuis le 11 Septembre, a été plus explicite sur ses objectifs, voit plus loin et fait preuve de plus en plus d’arrogance. 11 En fait, Richard Falk en parle comme d’un « projet de domination mondiale ». 12 On a beau avoir assisté à des protestations de bons sentiments envers l’Amérique après le 11 Septembre ainsi qu’à une volonté générale de soutenir sa position selon laquelle les attaques l’autorisent à se lancer dans une guerre contre le terrorisme à l’échelle de la planète, cette bonne volonté s’est rapidement estompée. La politique étrangère américaine est dorénavant la cible de critiques de plus en plus générales et sévères de la part du monde entier, plus encore qu’à l’époque de la guerre au Vietnam. Certes, mais la réponse des Américains à tous ces reproches, c’est le «11 Septembre ». Lorsque les Européens émettent des critiques devant l’intention de l’administration Bush de se lancer dans la guerre contre l’Irak, par exemple, plusieurs faiseurs d’opinion américains favorables à la guerre expliquent que les divergences de vues viennent de ce que les Européens n’ont pas subi les attaques du 11 Septembre.
L’ÉCHEC DE LA PRESSE
Étant donné le rôle du 11 Septembre dans la marche vers cet impérialisme plus affiché et plus agressif, certains observateurs ont suggéré que les historiens en viendront à considérer cette date comme le vrai début du XXIe siècle. 13 Néanmoins, malgré la quasi-unanimité sur le fait que le 11 Septembre est un événement d’importance majeure, l’opinion publique s’est peu penchée sur l’événement lui-même. Lors du premier anniversaire des frappes, on lisait dans les colonnes du New York Times : « Au bout d’un an, le public en sait moins sur les circonstances de la mort de 2801 personnes au bas de Manhattan au vu et au su de tout le monde que les gens de 1912 n’en ont appris à l’époque sur le naufrage du Titanic.»14 Il en est ainsi en partie parce que l’administration Bush, sous prétexte que les enquêtes feraient passer au second plan la « guerre contre le terrorisme» qui est une nécessité, s’est opposée à la constitution d’une commission.
Mais le manque d’information du public sur le 11 Septembre est aussi largement dû au fait que le Times et autres organes de presse de premier plan ont refusé les reportages d’investigation grâce auxquels on aurait pu pallier le manque d’information de l’opinion. Un an plus tard encore, la situation était restée pratiquement la même. Le 11 septembre 2003, un pigiste du Philadelphia Daily News posait la question suivante : «Pourquoi, au bout de 730 jours en savons-nous si peu sur ce qui s’est réellement passé ce jour-là ?»15
La presse américaine, tout particulièrement, n’a pas enquêté en profondeur pour déterminer si la version officielle des événements cadre avec les éléments indiscutables dont on dispose et si en d’autres termes, elle est vraisemblable. 16
De nombreux articles de journaux et émissions de télévision ont bien soulevé plusieurs questions gênantes à propos de la thèse officielle, montrant qu’on y trouve des éléments qui paraissent illogiques ou en contradiction avec certains faits avérés. Mais la presse n’a pas mis les autorités gouvernementales face à ces apparentes invraisemblances ou contradictions. En outre, les mass media n’ont pas présenté au public de vue d’ensemble qui récapitule toutes les questions gênantes qu’ils ont fini par se poser. De nombreux journalistes, dont certains internationalement connus comme Gregory Palast, primé par la profession, ou Barrie Zwicker, lauréat du prix canadien du journalisme ont écrit de nombreux articles d’importance capitale. Mais ces articles, s’ils ont été lus, ont été largement effacés de la conscience collective ; ils sont restés la production individuelle de reporters brillants et courageux mais, jusqu’à présent, on ne les a jamais autorisés à apporter leur contribution à l’établissement de la vérité. Finalement, bien que des individus par ailleurs crédibles aient présenté de sévères critiques à l’encontre de la thèse officielle, les mass media n’ont pas fait connaître ces contributions au public.
Critiquer la thèse officielle relève du brûlot, parce que cela signifie que les dirigeants américains, président compris, ont mis sur pied une énorme imposture.
Et s’ils ont bâti cette thèse mensongère, ils l’ont fait, penseront la plupart des gens, pour couvrir leur propre complicité. C’est, de fait, la conclusion de la plupart des opposants à la thèse officielle. C’est à coup sûr une accusation incendiaire. Mais comment revendiquer la liberté de la presse - le quatrième pouvoir – si la presse se refuse à enquêter sur les accusations portées contre le président en place au motif que le risque de se brûler est trop grand ? Les accusations portées contre le président Nixon dans le scandale du Watergate étaient brûlantes, celles contre le président Reagan dans l’affaire dite de l’Irangate–l’affaire des Contras au Nicaragua – étaient également brûlantes. Les diverses accusations portées contre le président Clinton, aussi. Pourtant, la presse a couvert toutes ces affaires, quoique tardivement en ce qui concerne les deux premières. C’est justement dans ce genre de situations qu’on a besoin d’une presse indépendante.
Mais voilà, la presse n’a pas fait son travail à propos du 11 Septembre. Et pourtant, si la version officielle des événements du 11 Septembre se révélait fausse, les conséquences seraient énormes, bien plus qu’après les scandales précédents. La thèse officielle sur le 11 Septembre a servi de justification aux guerres d’Afghanistan et d’Irak qui ont entraîné la mort non seulement de milliers de soldats mais aussi de bien plus de civils innocents qu’il n’y eut de victimes le 11 Septembre. Cette thèse a servi de justification à des dizaines d’autres opérations de par le monde, dont la plupart sont restées ignorées du peuple américain. On s’en est servi pour justifier le USA PATRIOT ACT, au moyen duquel on a amputé les libertés civiles des Américains. On s’en est servi aussi pour justifier l’incarcération arbitraire d’innombrables personnes à Guantanamo et ailleurs. Et pourtant la presse s’est montrée moins agressive dans ses questions au président Bush à propos du 11 Septembre que dans celles posées au président Clinton à propos de ses relations avec Monica Lewinsky, sujet beaucoup moins grave, par comparaison.
Certains initiés ont admis l’échec des médias américains. Par exemple, Rena Golden, vice-président exécutif et directeur général de CNN International, aurait dit en août 2002 que la presse américaine s’est autocensurée tant à propos du 11 Septembre que de la guerre en Afghanistan. Golden ajoute : « Celui qui prétend que les médias américains ne se sont pas autocensurés se fiche de vous. Et ce n’est pas vrai seulement pour CNN. Tout journaliste qui a couvert d’une manière ou d’une autre le 11 Septembre a sa part de responsabilité. 17 Quant à savoir pourquoi les choses se sont passées ainsi, le présentateur de CBS Dan Rather a déclaré :
Il fut un temps en Afrique du Sud où on passait un pneu enflammé autour du cou des dissidents. Et d’une certaine manière, ici, on a peur de subir le même sort pour manque de patriotisme. Aujourd’hui, c’est cette peur qui empêche les journalistes de poser les questions les plus épineuses. 18
L’aveu de Rather explique sûrement au moins une partie de la réticence de la presse à mettre en question la version officielle, en particulier parce que les journalistes considérés comme non-patriotes risquent de perdre leur emploi.
L’un des principaux opposants à la thèse officielle, Thierry Meyssan, estime que les Américains considèrent toute forme de critique de la version officielle non seulement comme une preuve de manque de patriotisme mais encore comme un sacrilège. Le 12 septembre, nous rappelle Meyssan, le président Bush annonce son intention de conduire « une lutte monumentale du Bien contre le Mal. »19 Le 13 septembre il déclare que le lendemain sera une journée de prière et de souvenir des victimes des attaques terroristes. Et le 14 septembre, le président en personne entouré de Bill Graham, d’un cardinal, d’un rabbin et d’un imam ainsi que de quatre anciens présidents et de nombre de parlementaires, prononce un sermon, dans lequel il annonce :
Notre responsabilité devant l’histoire est claire : répondre à ces attaques et libérer le monde du Mal. On nous a fait la guerre par la ruse, la supercherie et l’assassinat. Notre nation est pacifique mais lorsqu’on la met en colère, elle devient féroce… À chaque génération, le monde a produit des ennemis de la liberté humaine. Ceux-ci ont attaqué l’Amérique parce qu’elle est l’âme et la défense de la liberté. L’engagement pris par nos pères est devenu l’appel du temps présent… Demandons à Dieu tout puissant de veiller sur notre pays et de nous insuffler patience et volonté pour tout ce qui est à venir... Qu’Il guide notre pays pour toujours. Que Dieu bénisse l’Amérique ! 20
Par cet événement sans précédent au cours duquel le président des États- Unis lance une déclaration de guerre depuis une cathédrale, remarque Meyssan « le gouvernement américain a sacralisé… sa version des faits. Désormais, dans le monde entier, toute contestation de la vérité officielle sera vécue comme un sacrilège.» 21
LE 11 SEPTEMBRE ET LA GAUCHE
Comme l’admettent tant Rena Golden que Dan Rather, il n’y a rien d’étonnant à ce que les principaux organes de la presse des États-Unis se soient gardés de soulever ces questions gênantes à propos de la thèse officielle si le seul fait de le faire passe à la fois pour antipatriotique et sacrilège. Il n’est pas davantage surprenant que les commentateurs politiques de droite ou du centre ne l’aient pas fait non plus. Il n’y a rien d’étonnant non plus que certains d’entre eux, dont Jean Bethke Elshtain, professeur d’éthique sociale et politique, aient déclaré que comme accuser le pouvoir de complicité sort du champ du débat rationnel, il convient d’ignorer toute argumentation sur ce sujet. Qualifiant de stupide le fait de suggérer que des autorités américaines, président compris, puissent être complices des attaques, Elshtain ajoute : « Ce genre de folie furieuse sort des limites du débat politique » et donc ne « mérite même pas qu’on l’entende ». 22 Partant de là, il n’est plus nécessaire d’examiner les preuves qu’avancent les opposants à la thèse officielle, même si ces opposants sont des collègues universitaires qui enseignent dans des universités voisines comme les deux universitaires canadiens très respectés que sont l’économiste Michel Chossudovsky et philosophe social John McMurtry. 23 Elshtain a beau souligner que « si nous découvrons que notre présentation des faits est fausse, alors nos analyses et nos considérations éthiques le seront aussi» 24, elle n’estime à l’évidence pas nécessaire d’envisager que la version officielle des événements du 11 Septembre puisse être fausse. On a beau déplorer cette attitude, surtout lorsqu’elle vient de la communauté intellectuelle, elle n’a rien d’étonnant.
Ce qui surprend, en revanche, c’est que les opposants de gauche à la politique américaine, qui se soucient peu de se voir qualifier d’antipatriotiques ou de sacrilèges, n’ont pas envisagé, au moins au grand jour, la possibilité d’une complicité des autorités. 25
Certes, ils se sont montrés très critiques sur la façon dont l’administration Bush a répondu au 11 Septembre. Ils ont notamment souligné qu’elle s’en est servi comme prétexte pour mettre en œuvre des décisions et conduire des opérations qui n’ont que peu de rapport avec le fait de punir les coupables des attaques ou de faire en sorte que ce genre d’attaque ne puisse plus se reproduire. Ils ont même souligné que la plupart de ces décisions et opérations faisaient déjà partie des projets de l’équipe Bush avant les attentats, de sorte que le 11 Septembre n’a pas été la cause mais le prétexte de leur mise en application. Ces opposants savent aussi que dans le passé les États-Unis se sont souvent servis d’« incidents» comme prétextes pour entrer en guerre. Les cas les plus notoires sont les guerres contre le Mexique, Cuba et le Vietnam. 26 Mais peu de ces opposants ont sérieusement cherché à savoir, au moins de façon visible, si cela est le cas pour le 11 Septembre. Pourtant, prouver que c’est le cas serait à coup sûr le meilleur moyen de saper la politique du gouvernement Bush à laquelle ils sont si farouchement opposés. Délaissant la « théorie du complot », ils acceptent au moins implicitement celle de la « coïncidence » selon laquelle les attaques du 11 Septembre sont, pour l’administration, une simple aubaine qui lui a permis de mettre en œuvre ses projets.
Rahul Mahajan, brillant critique de l’impérialisme américain et qui a son franc-parler, nous fournit un exemple de cette attitude. Il analyse les thèmes de l’impérialisme américain depuis le 11 Septembre à la lueur du document auquel nous avons fait allusion plus haut qui mentionne la nécessité d’un « nouveau Pearl Harbor ». Il s’agit du rapport intitulé « Reconstruire les défenses de l’Amérique » rédigé par le PNAC.* Les trois thèmes majeurs de ce texte, souligne Mahajan, sont la nécessité de déployer sur la planète davantage de bases militaires d’où il sera possible de projeter des troupes, celle de provoquer des « changements de régime» dans les pays hostiles aux intérêts américains et celle d’augmenter fortement les dépenses militaires, en particulier dans le domaine de la défense antimissile que l’on comprend implicitement non comme de la dissuasion mais « comme un préalable au maintien de la prééminence américaine » en empêchant les autres pays de nous dissuader. Mahajan souligne que « les attaques du 11 Septembre ont été une occasion naturelle de faire bondir le budget militaire ». Il ajoute que les autres idées contenues dans ce document, jointes aux préoccupations, connues de tous, de Bush et Cheney en matière de pétrole, ont fourni les thèmes majeurs de leur stratégie impérialiste post-11 Septembre. Mahajan note aussi que ce document souligne que l’évolution de la politique militaire sera impossible « en l’absence d’une catastrophe qui ferait office de catalyseur, comme un nouveau Pearl Harbor. » Et Mahajan continue en remarquant que « dans l’année qui a suivi, ils [les auteurs du document] ont eu leur Pearl Harbor ainsi que l’occasion de transformer en réalité leurs fantasmes d’impérialisme. » Pourtant, alors qu’il insiste sur tous ces arguments, Mahajan préfère croire à la coïncidence plutôt qu’au complot et déclare :
«Les théoriciens du complot vont à coup sûr se réjouir, mais cet événement comme tant d’autres de l’histoire des États-Unis est l’illustration de l'axiome bien connu de Pasteur qui dit que : “La fortune sourit à l’esprit qui y est préparé”.» 27
Bien sûr, Mahajan a peut-être raison. Mais il ne nous donne aucune raison de penser comme lui. En particulier, rien ne prouve qu’il s’est penché sur les arguments de ceux qui estiment que les attaques n’ont pu réussir que grâce à la complicité du gouvernement américain.
* PNAC: Project for the New American Century [Projet pour un nouveau siècle américain]. Il s’agit d’un groupe de travail chargé de préparer les grandes orientations d’un projet politique visant à faire des États-Unis outre la première puissance du monde, le meneur de la politique mondiale dans tous les domaines.
A suivre...
Notes :
1. James Bamford, Body of Secrets: Anatomy of the Ultra-Secret National Security Agency [Le Corps des Secrets : une anatomie de l’ultra-secrète N.S.A.], (Éditions Anchor Books, New York, 2002), p.633.
2. Washington Post, 27 janvier 2002.
3. Henry Kissinger, « Destroy the Network, »[Détruisons le réseau], Washington Post, 11 septembre 2001 (washingtonpost.com ), cité par Thierry Meyssan dans L’Effroyable Imposture (Éditions Carnot, Chatou, 2002), p.69.
4. Lance Morrow, « The Case for Rage and Retribution » [Le Procès de la fureur et du châtiment], hebdomadaire Time, du 11 septembre 2001.
5. Projet pour un nouveau siècle américain, reconstituer les défenses de l’Amérique : stratégie, forces armées et moyens pour un nouveau siècle(www.newamericancentury.org) p.51. Nous étudierons ce document plus loin.
6. John Pilger, New Statesman [L’Homme d’État nouveau], du 12 décembre 2002.
7. Leonard Wong de l’Institut d’études stratégiques, Defeating Terrorism: Strategic Issues Analysis [Vaincre le terrorisme: analyse de questions stratégiques], « Entretenir le soutien de l’opinion aux opérations militaires », « Maintaining Public Support for Military Operations » (http://carlisle-www.army.mil/usassi/public.pdf), cité dans L’Effroyable Imposture, p.145.
8. Au sujet des restrictions de libertés et leurs conséquences, cf. Nancy Chang : « Silencing Political Dissent: How Post-September 11 Anti-Terrorism Measures Threaten Our Civil Liberties » [Faire taire les dissidences politiques : comment les mesures anti-terroristes d’après le 11 Septembre menacent nos libertés civiles], préface de Howard Zinn, (Éditions Seven Stories, New York, 2002).
9. Phyllis Bennis : « Before and After: US Foreign Policy and the September 11th Crisis, [Avant et après: la politique étrangère américaine et la crise du 11 Septembre], préface de Noam Chomsky (Olive Branch Press, Northampton, Mass., 2003).
10. Voir Richard W. Van Alstyne, The Rising American Empire [L’Empire américain en plein essor], (Éditions Norton, New York, 1974), Walter LaFeber The New Empire : An Interpretation of American Expansion 1860-1898 [Le Nouvel Empire, interprétation de l’expansion américaine de 1860 à 1898], (Cornell University Press Ithaca, 1963 et 1998), Thomas J. McCormick, China Market : America’s Quest for Informal Empire 1893-1901 [Le Marché chinois : les États-Unis en quête d’un empire informel de 1893 à 1901] (Éditions Quadrangle Books, Chicago, 1967), Lloyd C. Gardner, Walter F. LaFeber et Thomas J. McCormick: Creation of the American Empire [La Création de l’Empire américain] (Éditions Rand McNally, Chicago, 1973), Laurence Shoup et William Minter : «Imperial Brain Trust :The Council of Foreign Relations and the United States Foreign Policy» [Le « Brain trust » impérial : le conseil aux relations étrangères et la politique internationale américaine], (Monthly Review Press New York, 1977), Anders Stephenson, Manifest Destiny : American Expansion and the Empire of Right [La Destinée manifeste : l’expansion américaine et l’empire du droit], (Éditions Hill and Wang, New York, 1995).
11. « Plus que quelque politique que ce soit, écrit Bennis, la cause principale de la colère internationale contre les États-Unis est l’arrogance avec laquelle s’exerce la puissance américaine » (Before and After [Avant et Après], p.XV).
12. « Resisting the Global Domination Project: An Interview with Prof. Richard Falk» [La Résistance au projet de domination globale : interview du Professeur Richard Falk], périodique Frontline, n° 20 p. 8 (12 au 25 avril 2003).
13. Par exemple, Rahul Mahajan, « The New Crusade: American’s War on Terrorism» [La Nouvelle Croisade : la guerre des Américains contre le terrorisme], (Monthly Review, New York, 2002), p.7.
14. Le New York Times, du 11 septembre 2002.
15. William Bunch, «Why Don’t We Have Answers to These 9/11 Questions?» [Pourquoi n’obtient-on pas de réponses à ces questions sur le 11 Septembre ?], Philadelphia Daily News édition en ligne, 11 septembre 2003.
16. En revanche, les médias de plusieurs autres pays ont publié des articles de journalistes d’investigation. Au Canada, par exemple, le journaliste Barrie Zwicker a présenté les 21 et 28 janvier 2002 un dossier en deux parties intitulé : « La grande imposture : ce qui s’est vraiment passé le 11 Septembre » (MediaFile, Vision TV Insight [www.visiontv.ca]. En Allemagne, le débat public a été tel qu’un sondage réalisé en juillet 2003 a montré que 20 % de la population allemande pensaient que « le gouvernement américain a lui-même commandité les frappes » (Ian Johnson : « Conspiracy Theories about September 11 Get Hearing in Germany» [Les Théories du complot à propos du 11 Septembre gagnent en audience en Allemagne],Wall Street Journal, 29 septembre 2003).
17. Press Gazette, 15 août 2002.
18. Les remarques de Rather exprimées lors d’une interview sur le plateau de l’émission de télévision de Greg Palast Newsnight ont été reprises dans un article du Guardian du 17 mai 2002. Greg Palast cite cette déclaration dans un chapitre de son livre The Best Democracy Money Can Buy: The Truth about Corporate Cons, Globalization, and High-Finance Fraudsters [La Meilleure Démocratie à vendre : la vérité sur le clan des Conservateurs, la globalisation et les fraudeurs de la haute finance], (Éditions Plume, s.l., 2003). Le chapitre s’intitule « See No Evil: What Bush Didn’t (Want to) Know about 9/11 » [On ne voit pas le Mal : ce que Bush n’a pas voulu savoir à propos du 11 Septembre]. Le livre est une réédition américaine de son ouvrage de 2002 avec un autre sous-titre. Il a également été mis en ligne le 1er mars 2003 sur le site Internet : TomPaine.com
19. « Remarks by the President in Photo Opportunity with the National Security Team» [Remarques du président à l’occasion d’une photo avec l’équipe nationale de sécurité] à voir sur le site officiel : www.whitehouse.gov/news/releases/2001/09/20010912-4.html
20. «President’s Remarks at National Day of Prayer and Remembrance» [Remarques du président lors du jour national de prière et de souvenir], site : www.whitehouse.gov/news/releases/2001/09/20010914-2.html
21. Les références données dans les notes 19 et 20 sont citées dans L’Effroyable Imposture, p.82 à 84 et 86.
22. Jean Bethke Elshtain, Just War Against Terror: The Burden of American Power in a Violent World [La Guerre juste contre la terreur : le fardeau de la puissance américaine dans un monde de violence], (Éditions Basic Books, New York, 2003), p.2 et 3.
23. Voir Michel Chossudovsky: War and Globalisation: The Truth Behind September 11 [Guerre et mondialisation : À qui profite le 11 Septembre ?], (Global Outlook, Canada, 2002), et John McMurtry, Value Wars: The Global Market Versus the Life Economy [La Guerre des valeurs : Le marché global contre l’économie de la vie] (Pluto Press, London, 2002), Préface.
24. Elshtain, p.9.
Pour lire la Deuxième partie
Sources : Editions Demi-lune
Posté par Adriana Evangelizt