2 - Le Nouveau Pearl Harbor
On continue sur les pas de David Ray Griffin...
Le Nouveau Pearl Harbor
par David Ray Griffin
Traduit de l’américain par Pierre-Henri Bunel
2ème partie
COMMENT CE LIVRE A-T-IL VU LE JOUR ?
Qu’il soit vrai ou non que Mahajan ait écarté les preuves sans les examiner, c’est ce que j’ai moi-même commencé par faire. Jusqu’au printemps 2003, je ne me suis penché sur aucune de ces preuves. Je savais vaguement que des gens, au moins sur l’Internet, présentaient des argumentaires contre la version officielle des événements du 11 Septembre et proposaient une thèse révisionniste selon laquelle les autorités américaines en étaient complices. Mais je n’ai pas pris le temps de rechercher leurs sites Internet. J’étudiais de façon approfondie l’histoire de l’expansionnisme et de l’impérialisme américains depuis le 11 Septembre, je savais donc que dans le passé le gouvernement américain avait plusieurs fois manipulé des «incidents » pour se lancer dans la guerre. Mais l’idée que le 11 Septembre puisse lui aussi avoir été arrangé avait beau m’avoir traversé l’esprit, je n’avais pas pris au sérieux cette possibilité. Il me semblait proprement incroyable que même l’administration Bush puisse perpétrer un acte aussi odieux. J’ai considéré que ceux qui le prétendaient n’étaient que des «théoriciens du complot » au sens péjoratif qu’on donne généralement à ce terme, c’est-à-dire, pour parler crûment, des dingues. Je savais que s’ils avaient raison cela aurait des conséquences importantes. Mais j’étais si sûr qu’ils avaient tort, que ce qu’ils écrivaient n’était que des thèses farfelues s’appuyant sur des conclusions hasardeuses fondées sur des preuves discutables et je ne voyais pas l’utilité de perdre du temps et de l’énergie à rechercher ces publications. J’admets donc tout à fait que la plupart des gens ne se sont pas penchés sur les preuves qu’on leur propose. La vie est courte et la liste des théories du complot est longue. J’ai considéré que les théories du complot à propos du 11 Septembre n’avaient rien de crédible.
Et puis, un de mes collègues professeurs m’envoie un courriel qui m’indique quelques sites pertinents. Le sachant homme sensé, j’examine les données qu’on trouve sur Internet, en particulier le site imposant d’un chercheur indépendant du nom de Paul Thompson, intitulé « A-t-on laissé le 11 Septembre se produire? ». 28 Je suis surpris, voire stupéfié, même si Thompson se limite strictement aux sources essentielles 29, de voir la quantité d’éléments qu’il a réunis conduisant à la conclusion que l’administration Bush a volontairement laissé se produire les attaques du 11 Septembre. À peu près au même moment, j’ai l’occasion de lire le livre de Gore Vidal, Rêve de guerre : du sang contre du pétrole et la Junte Cheney-Bush, qui m’oriente vers le livre le plus volumineux qui traite du 11 Septembre. Il s’agit de celui de Nafeez Ahmed: La Guerre contre la liberté : comment et pourquoi l’Amérique a été attaquée le 11 Septembre.
Ahmed est un chercheur indépendant qui travaille en Angleterre. 30 Son livre présente un argumentaire organisé et très documenté qui conteste la version généralement admise à propos du 11 Septembre, qui veut que cet événement soit une conséquence de la défaillance de nos services de renseignement. 31 Ahmed, comme Thompson, pense que les attaques n’ont pu réussir que grâce à des complicités en haut lieu et non pas uniquement à cause de l’incompétence d’échelons plus modestes. En réunissant les travaux d’Ahmed et de Thompson je découvre les premiers éléments suffisamment graves et concordants pour justifier une enquête approfondie de la part de la presse américaine, du Congrès 32 et de la Commission indépendante sur le 11 Septembre 33, tous organismes qui ont jusqu’alors opéré dans le cadre de la présupposition selon laquelle le 11 Septembre résulte de failles dans le renseignement et les relations inter-services.
Je me rends également compte du fait que le travail accompli par Thompson et Ahmed ne va pas toucher beaucoup d’Américains. Les chronologies de Thompson, utiles aux chercheurs qui disposent de temps et ont la patience nécessaire, ne sont pas faciles à lire pour le citoyen ordinaire, en partie parce qu’elles ne sont consultables que sur Internet, en partie parce que, comme le terme de chronologie l’indique, les preuves sont analysées par date plutôt que par sujet. 34 Les arguments qu’analyse Ahmed sont bien présentés sous forme de livre et arrangés par thèmes, mais l’ouvrage est fort long et contient beaucoup plus d’éléments qu’il n’est utile pour étayer la thèse qu’il défend. En outre, il présente beaucoup de ces éléments en excédent dans les chapitres du livre qui précèdent chaque démonstration, ce qui fait qu’il faut passer par plusieurs chapitres avant d’arriver à celui qui démonte carrément la thèse officielle. Si on veut que beaucoup de gens, notamment des parlementaires fort occupés, puissent prendre connaissance des informations importantes qu’apportent Thompson et Ahmed, il faut leur exposer les choses sous une autre forme.
C’est pourquoi j’ai décidé d’écrire pour une revue un article qui résumerait les principaux argumentaires et qui orienterait les lecteurs intéressés vers les travaux de Thompson, Ahmed et tous ceux qui présentent une thèse révisionniste à propos du 11 Septembre. Mais cet article a pris de plus en plus de volume pour finir par atteindre celui du manuscrit d’un livre, parce que je me suis rapidement rendu compte que, même en essayant de me limiter aux éléments de preuves les plus importants, il était impossible de présenter dans un article une thèse intelligible qui rendraitcompte des arguments que présentent ces chercheurs.
De plus, après avoir commencé à écrire, j’ai entendu parler du travail du chercheur français dont j’ai déjà parlé, Thierry Meyssan, et en particulier de son hypothèse selon laquelle l’aéronef qui a frappé le Pentagone n’est pas le Boeing 757 du vol AA77, mais un missile guidé. La première fois que j’ai entendu parler de cette hypothèse, j’ai conclu, comme sans doute la plupart des gens, qu’elle était absurde. Il est certain qu’il y a une telle différence entre un gigantesque Boeing 757 et un missile relativement petit que si le Pentagone avait été touché par un simple missile, jamais les autorités du Pentagone n’auraient pu faire croire à quiconque qu’il s’agissait d’un Boeing 757 ! La presse ne nous avait-elle pas expliqué que l’avion avait ouvert une brèche de 60 mètres de largeur sur une hauteur de cinq étages ? N’avions-nous pas entendu dire par la presse qu’un des passagers du vol AA77, la commentatrice de télévision Barbara Olson, avait annoncé qu’il faisait route vers Washington ? Des témoins oculaires ne l’avaient-ils pas identifié ? Pratiquement tout le monde, y compris parmi les détracteurs de la version officielle, avait accepté l’idée que c’est le vol AA77 qui a frappé le Pentagone. Comment pouvaient-ils tous avoir tort ? Pourtant, après avoir lu moi-même le livre de Meyssan, je me suis rendu compte que sa thèse, aussi absurde qu’elle puisse paraître de prime abord, tient debout. J’ai fini par conclure que c’est à propos de la frappe sur le Pentagone, en admettant que les descriptions de Meyssan soient justes, que la thèse officielle semble, à l’évidence, la plus mensongère. Ou en tout cas qu’elle est la mieux placée pour mériter cette distinction. Le fait que la présentation officielle de la frappe sur le Pentagone ait été si largement admise est un excellent exemple de ce que le public ne s’est pas vu présenter les éléments de preuve les plus probants. Le présent ouvrage vise à en rassembler la trame essentielle.
Aucun livre ne l’a fait auparavant. Le livre d’Ahmed, qui est de loin le plus exhaustif, ne contient pas beaucoup des informations qu’on trouve dans les chronologies de Thompson ou les livres de Meyssan. Et les livres de Meyssan tout en présentant des données importantes qu’on ne trouve pas ailleurs, sont loin de réunir tous les éléments que présentent Ahmed et Thompson. Il en va de même pour l’autre ouvrage important en anglais sur le sujet, Guerre et mondialisation : à qui profite le 11 Septembre? (War and Globalisation: The Truth Behind September 11) de Michel Chossudovsky. Comme l'indique son sous-titre, il se concentre sur ce qu’il y a derrière les événements du 11 Septembre en n’abordant que brièvement les événements eux-mêmes. Dans le présent livre, j’ai réuni les éléments qui me semblent les plus probants dans ces ouvrages 35 et autres sources. 36
CONTENU DU LIVRE
D’après ce que j’ai constaté, on met en avant cinq types principaux d’arguments à l’encontre de la thèse officielle. Le premier type, qui prend en compte les incohérences et les invraisemblances de la version officielle des événements du 11 Septembre lui-même, fait l’objet des quatre chapitres de la première partie. Les quatre autres types de preuves font l’objet de la deuxième partie. Tous ces argumentaires conduisent à poser des questions embarrassantes 37 qui le sont précisément parce qu’elles laissent penser que la thèse officielle est, ainsi que le dit le titre de la version anglaise du premier livre de Meyssan, The Big Lie* un énorme mensonge.38 Elles sont également embarrassantes parce qu’elles suggèrent que la thèse révisionniste qui veut que les attaques du 11 Septembre, que le président Bush a à juste titre appelées « le Mal », ont été perpétrées avec la complicité de certains membres de sa propre administration.
Dans la conclusion, je pose la question de savoir si la meilleure explication des faits que l’on présente dans les chapitres qui précèdent n’est pas, comme le soutiennent les révisionnistes, une complicité gouvernementale dans les attaques du 11 Septembre. Ensuite j’aborde les implications de cette hypothèse pour le type d’enquête qui s’impose.
LES SIGNIFICATIONS POSSIBLES
D’UNE « COMPLICITÉ GOUVERNEMENTALE »
Bien que les thèses révisionnistes sur lesquelles s’appuie ce livre accusent les autorités de complicité dans les attaques du 11 Septembre, il est un point qu’elles n’abordent pas, c’est une étude approfondie de ce qu’elle entendent par une « complicité gouvernementale ». On peut envisager au moins huit significations au terme de complicité gouvernementale par rapport aux événements du 11 Septembre. Pour que le lecteur puisse choisir au fur et à mesure qu’il étudie les arguments avancés, je liste ces huit façons de comprendre le terme par ordre de gravité croissante, relativement à l’accusation qu’elles font peser sur l’administration Bush.
1. La construction d’une thèse mensongère.
La première possibilité est que bien que les autorités gouvernementales n’aient en rien facilité les attaques et qu’elles ne s’y soient pas attendues, elles ont bâti une version fallacieuse des événements, soit pour protéger le Conseil national de sécurité, soit pour dissimuler des faits potentiellement embarrassants pour elles, soit pour exploiter l’événement afin de mettre en œuvre leurs projets, soit pour toute autre raison.
Cette façon de voir les choses a beau être l’accusation la moins grave, elle suffit à lancer la procédure de destitution (impeachment), en particulier si le président a menti à propos du 11 Septembre pour en tirer un avantage personnel ou pour justifier des projets antérieurs comme l’attaque de l’Afghanistan et de l’Irak.
2. Les services de renseignement s’y attendaient.
Une deuxième façon possible d’envisager les choses est que bien qu’ils n’aient eu à l’avance aucune information précise sur les attaques, certains services de renseignement américains comme le FBI, la CIA et certains services militaires de renseignement, s’attendaient à ce que se produisent des attaques d’un type ou un autre. Bien qu’ils n’aient joué aucun rôle dans l’organisation des frappes, ils les ont peut-être facilitées en ne prenant délibérément pas les mesures visant à les prévenir. ** Ensuite, sans avoir alerté la Maison Blanche de leur passivité volontaire, ils l’ont persuadée après le 11 Septembre non seulement de couvrir leur culpabilité en bâtissant une thèse mensongère mais encore de mettre en œuvre les projets auxquels ces attaques devaient servir de prétexte.
3. Des événements précis attendus par les services de renseignement.
La troisième façon possible d’envisager les choses est que des services de renseignement, mais pas la Maison Blanche, aient eu des informations précises sur le calendrier et les objectifs des attaques.
4. Des services de renseignement parties prenantes.
Quatrième façon d’envisager la complicité des autorités, des services de renseignement, mais toujours pas la Maison Blanche, auraient pris une part active à l’organisation des attaques.
5. Implication du Pentagone.
Cinquième possibilité : le Pentagone, mais pas la Maison Blanche, a pris une part active dans l’organisation des attaques.
6. La Maison Blanche s’attendait à quelque chose.
Sixième possibilité : quoique ne disposant pas d’informations préalables précises, la Maison Blanche s’attendait à ce que des attaques surviennent et était d’avis de les faciliter, au moins en ne faisant prendre aucune mesure pour les prévenir. 39 Cette hypothèse laisse intacte la possibilité que la Maison Blanche ait été choquée par le nombre des victimes et l’ampleur finale des dégâts.
7. La Maison Blanche savait.
Septième possibilité : la Maison Blanche était au courant des objectifs et du calendrier des attaques.
8. La Maison Blanche est partie prenante dans le montage.
Huitième possibilité : la Maison Blanche a pris part à l’organisation des frappes.
Comme le montrent ces façons d’envisager les choses, on peut comprendre de diverses façons une accusation de complot ou de complicité des autorités dans les événements du 11 Septembre. Plusieurs d’entre elles n’impliquent pas une participation active à leur préparation et la plupart d’entre elles ne mettent pas en cause le président.
Il est important de faire la distinction entre ces possibilités, parce qu’elles montrent que l’examen de la thèse de complicité des autorités, qu’on l’admette ou qu’on la rejette, doit être plus nuancée qu’elle ne l’est en général. Par exemple, l’accusation que Jean Bethke Elshtain considère comme « absurde » et qu’elle repousse donc, est celle qui consiste à soutenir « que les autorités des États-Unis, jusques et y compris le président, ont fomenté les frappes pour renforcer leur popularité. » 40 En la formulant ainsi, non seulement elle assimile toute accusation de complicité à la huitième des possibilités envisagée ci-dessus, la plus grave, mais la relie à une motivation précise des autorités mises en cause : renforcer leur popularité. Ayant disqualifié pour cause d’absurdité cette accusation très ciblée, elle croit à l’évidence avoir écarté toute idée de complicité gouvernementale. Il reste pourtant de nombreuses autres façons d’envisager cette complicité.
Ainsi, Michael Parenti, l’un des penseurs de gauche bien connus qui ont envisagé une forme de complicité de la part des autorités, souligne à l’instar de Mahajan que les frappes ont été si opportunes qu’elles ont entraîné la suspicion : « Les attaques terroristes du 11 Septembre ont fourni un prétexte si commode à une politique réactionnaire à l’intérieur et à un expansionnisme impérialiste à l’extérieur que beaucoup de gens ont pensé que le gouvernement y avait mis sa patte. » Au départ, Parenti semble écarter ce soupçon de façon aussi catégorique que Mahajan ; il écrit : « J’ai du mal à croire que la Maison Blanche ou la CIA ont pris une part active à un complot visant à détruire le World Trade Center et une partie du Pentagone, tuant ainsi tant d’Américains, pour créer un casus belli avec l’Afghanistan.» 41
Mais Parenti n’en reste pas là. Citant un article de Patrick Martin qui fait référence à des faits suggérant une complicité de certains organismes officiels, il fait sienne la conclusion de Martin, à savoir que si le gouvernement américain n’a pas organisé les frappes dans le détail ni envisagé qu’il allait y avoir des milliers de morts, il « s’attendait à ce que quelque chose se passe et a regardé ailleurs.»42 Parenti se range ainsi à la deuxième ou, plutôt, à la sixième des hypothèses possibles listées ci-dessus.
Quoi qu’il en soit et comme je l’ai dit plus haut, j’ai découvert que les révisionnistes ont amplement donné corps à au moins une des hypothèses de complicité des autorités. Pour conclure qu’ils l’ont prouvée, il faudrait établir que les éléments sur lesquels ils s’appuient sont fiables. Et, bien que je n’ai repris que les arguments qui me semblent crédibles, je n’en ai pas vérifié l’exactitude par moi-même. Comme le lecteur s’en rendra compte, on avance une telle quantité de preuves de toutes natures qu’aucun individu, surtout s’il ne dispose ni du temps ni des ressources nécessaires, ne peut en vérifier l’exactitude. C’est pourquoi je me contente d’affirmer que les révisionnistes ont présenté des arguments forts conduisant à penser à la complicité des autorités, suffisamment forts pour justifier des recherches de la part de ceux qui ont les moyens de les conduire, la presse et le Congrès des États-Unis. Si une proportion significative des éléments que je récapitule ici est établie, on est inévitablement conduit à conclure que les attaques du 11 Septembre n’ont pu réussir qu’en raison de complicités gouvernementales.
Je devrais peut-être souligner le fait qu’il n’est pas nécessaire que tous les éléments avancés soient établis, étant donné la nature des argumentaires. Comme on dit, certains argumentaires « n’ont que la solidité de leur argument le plus faible. » Il s’agit des argumentaires déductifs, dans lesquels chaque étape dépend de la véracité de la précédente. Si une des hypothèses est fausse tout l’argumentaire s’effondre. Mais l’argumentaire sur le 11 Septembre est cumulatif. Ce type d’argumentaire est un argumentaire général qui se compose de plusieurs argumentaires particuliers indépendants les uns des autres. Ainsi chacun d’entre eux appuie les autres. Au lieu de constituer une chaîne, un argumentaire cumulatif ressemble plutôt à un câble composé de plusieurs torons. Chaque toron renforce le câble. Et s’il est composé de plusieurs torons, il tient encore même si plusieurs torons se rompent. Comme le lecteur s’en rendra compte, l’argumentaire qui conclut à la complicité d’État à propos du 11 Septembre et que synthétise ce livre est constitué de nombreux torons.
Si les prétendus éléments de preuve sur lesquels certains d’entre eux s’appuient se révélaient douteux, cela ne saperait pas pour autant l’argumentaire général. Cet argumentaire cumulatif serait simplement étayé par moins de torons. Et certains de ces torons sont si solides que si les preuves sur lesquelles ils s’appuient se confirmaient, il suffirait d’un ou deux d’entre eux pour établir les faits. 43
LES « THÉORIES DU COMPLOT »
Cependant, avant de nous pencher sur les preuves, il nous faut pendre le temps de nous pencher sur le fait auquel nous avons déjà fait allusion, à savoir qu’il faut s’attendre à ce que tous ces éléments de preuve risquent de se voir rejetés a priori au motif que ce sont des « théories du complot.» En effet, il semble que le préalable donnant accès au discours à destination du public soit d’annoncer d’emblée qu’on rejette les théories du complot. Quel raisonnement se cache derrière cette façon d’aborder la question ? Ce ne peut pas être que nous rejetions formellement l’idée même de l’existence de conspirations. Nous acceptons tous des théories du complot de diverses natures. Nous admettons une théorie du complot dès que nous admettons que deux personnes ou plus ont secrètement conspiré pour atteindre un but, comme cambrioler une banque, frauder le fisc ou s’entendre sur des prix. Nous nous montrerions donc plus honnêtes si nous suivions l’exemple de Michael Moore qui a déclaré : « À ce jour, je n’entre pas dans les théories du complot, sauf celles qui sont vraies.» 44
Pour être un peu plus précis sur ce sujet, on peut dire que nous acceptons toutes les théories du complot auxquelles nous croyons alors que nous rejetons celles que nous considérons comme fausses. On ne peut donc pas diviser le monde en deux, les gens qui admettent les théories du complot et ceux qui les rejettent. Dans ce domaine, on ne peut classer les gens qu’en fonction des théories du complot qu’ils acceptent et celles qu’ils rejettent. 45
Pour revenir aux frappes du 11 Septembre, il est faux d’affirmer que ceux qui prétendent qu’elles ont eu lieu avec la complicité des autorités sont des « adeptes des théories du complot » alors que ceux qui admettent la thèse officielle ne le sont pas. Sur ce sujet précis les gens se différencient en fonction de celle des théories du complot qu’ils considèrent comme vraie ou en tout cas la plus probable. Selon la thèse officielle, les frappes du 11 Septembre sont le fruit d’un complot islamiste dont Oussama ben Laden est le chef. Les révisionnistes rejettent cette thèse, au moins en tant qu’explication suffisante, et maintiennent qu’on ne peut expliquer les attaques de manière satisfaisante sans émettre le postulat d’un complot de certaines autorités gouvernementales américaines, qui a consisté au moins à laisser réussir les frappes. En conséquence, le choix réside simplement entre une version du complot officiellement admise et une des versions révisionnistes. Savoir laquelle nous admettons dépend ou devrait dépendre de celle que nous considérons comme la mieux corroborée par les faits. Les partisans de la thèse révisionniste considèrent qu’il existe de nombreux éléments qui non seulement conduisent à conclure à l’inexactitude de la théorie du complot officiellement admise, celle que nous appelons la version ou la thèse officielle, mais encore insistent sur la véracité de la thèse révisionniste. Tournons-nous maintenant vers ces preuves.
* 9/11 : The Big Lie est le titre anglais de la traduction du livre L’Effroyable Imposture. (NdT)
* *En langage militaire, prévenir une attaque consiste à mettre en œuvre tous les moyens pour l’empêcher de réussir.
26. Évidemment, cette pratique n’est pas particulière aux États-Unis. Par exemple, on admet généralement que « l’incident de Moukden » lors duquel une explosion a détruit en partie le chemin de fer japonais de Mandchourie a été mis à profit par certains officiersnippons «comme excuse pour envahir la Mandchourie» (Walter LaFeber, The Clash: US–Japanese Relations Throughout History [L’Incident : les relations américanojaponaises au cours de l’histoire], (Éditions Norton, New York, 1997), p.166.
27. Rahul Mahajan, Full Spectrum Dominance: US Power in Irak and Beyond [La Dominance intégrale : la puissance américaine en Irak et au-delà], (Seven Stories, New York, 2003), p.59, 50 et 48.
28. Sans que je le sache, au moment où je rédigeais la première édition, ce titre Was 9/11 Allowed to Happen? [A-t-on laissé le 11 Septembre se produire ?] a été ajouté avec l’autorisation de Thompson sur le site Internet www.wanttoknow.info où j’ai pris connaissance de cette chronologie pour la première fois. Le site en propose aussi des versions adaptées aux exposés et conférences.
29. C’est l’un des traits par lesquels Thompson se présente lui-même comme différent de certains autres chercheurs, par exemple Michael Ruppert que je mentionne à la note 36 ci-dessous.
30. Gore Vidal, Dreaming War: Blood for Oil and the Cheney-Bush Junta [Rêve de guerre : du sang contre du pétrole et la Junte Cheney-Bush] (Thunder’s Mouth/Nation Books, New York, 2002), Nafeez Mosaddeq Ahmed, The War on Freedom: How and Why America Was Attacked September 11 [La Guerre contre la liberté : comment et pourquoi l’Amérique a été attaquée le 11 Septembre], (Tree of Life Publications, Joshua Tree, Calif., 2002). Vidal, l’un des principaux membres de la Gauche américaine qui a refusé la thèse officielle sur le 11 Septembre souscrit tout à fait au livre de N. Ahmed qu’il qualifie de « rapport le meilleur et le plus objectif à ce jour » et dont il résume l’argumentaire.
31. Cf. Breakdown: How America’s Intelligence Failures Led to September 11 [La Faille : comment les défaillances du renseignement américain ont conduit au 11 Septembre], (Éditions Regnerie, Washington, 2002), par Bill Gertz, journaliste au Washington Times. Gerald Posner fournit une version plus récente de cette thèse dans son Why America Slept: The Failure to Prevent 9/11 [Pourquoi l’Amérique dormait : l’échec à prévenir le 11 Septembre], (Éditions Random House, New York, 2003). Posner attribue l’échec aux défaillances, maladresses, manques d’à-propos, embrouillaminis d’enquêtes, fautes, incompétences et fautes de jugement, à une bureaucratie étouffante et surtout à l’incapacité des différents services de renseignement à partager l’information. Posner affirme: «L’échec dans la prévention du 11 Septembre est lié au système. Il nous faut donc améliorer le système. Comme le dit sans esprit de critique Walter Russel Mead dans une chronique sur les livres « le message que contient Pourquoi l’Amérique dormait est un message d’espoir. Le manque de compétence de notre communauté du renseignement est un problème que nous pouvons résoudre. » (The Tragedy of National Complacency), [La Tragédie de l’autosatisfaction nationale], New York Times, 29 octobre 2003.
32. Les commissions du renseignement du Sénat et de la Chambre des représentants ont conduit une recherche conjointe en 2002. Quoique ce groupe de travail ait terminé son rapport final en décembre 2002, l’administration Bush a longtemps refusé toute publication de ce document. Seul un bref résumé du rapport a été porté à la connaissance du public. On peut le consulter sur le site : http://intelligence.senate.gov/press.htm à la page du 11 décembre 2002. Finalement, à la fin juillet 2003, on a diffusé le rapport lui-même. Les commentaires de presse ont eu beau souligner le caractère étonnamment critique du texte, lesdites critiques se sont limitées à des accusations d’incompétence. On a bien sûr supprimé de larges passages du document au nom de la sécurité nationale, mais je ne vois aucune raison de penser que les passages supprimés, qui mettaient en cause, dit-on, des pays étrangers, en particulier l’Arabie Saoudite, aient contenu quelque accusation de complicité gouvernementale que ce soit dans les événements du 11 Septembre. Au chapitre 10, j’étudie les causes possibles de l’insuffisance du rapport de cette commission bipartite.
33. Bien que son nom officiel soit « Commission nationale sur les attaques terroristes contre les États-Unis », on la connaît sous le nom moins officiel de «Commission indépendante sur le 11 Septembre ». Le président Bush s’est longtemps opposé à la création d’une telle commission sous prétexte qu’elle mobiliserait des moyens destinés à la guerre contre le terrorisme. Mais des révélations embarrassantes du groupe de recherche bipartite (voir note ci-dessus) ne lui ont, dit-on, pas laissé le choix (Newsweek, 22 septembre 2002). En novembre 2002, Bush signe le décret de création de la Commission dont le site Internet est: www.9-11commission.gov J’examine les problèmes que pose cette commission au chapitre 10.
34. Entre-temps, Thompson a publié des articles organisés par thèmes. Les sujets étaient nombreux. Il publie aussi de plus en plus d’articles qui étudient divers aspects des controverses à propos du 11 Septembre. Voir le site: www.cooperative.research.org. Ses publications sont de plus en plus faciles à utiliser.
35. Ce qui veut dire implicitement que je ne fais pas miens tous les argumentaires des principales sources dont je fais usage. Par exemple, Meyssan soutient des thèses que je considère comme invraisemblables ou qui semblent reposer sur des preuves insuffisantes.
36. Une des faiblesses du présent ouvrage est que je n’ai le plus souvent pas essayé de discerner, en ce qui concerne les différents articles et éléments qui ont été publiés, quel enquêteur ou quel chercheur les avait avancés le premier. Ce qui signifie que souvent je ne les ai pas portés au crédit de la bonne personne. Par exemple, je cite souvent les chronologies de Thompson alors que je cite relativement rarement le site Internet de Michael Ruppert From the Wilderness (www.fromthewilderness.com ou www.copvia.com). Et pourtant, Ruppert est l’un des premiers détracteurs importants de la thèse officielle sur le 11 Septembre. En fait, Thompson écrit dans son préambule « Crédits et sources » : «J’ai commencé mon étude par dates après avoir vu l’excellente chronologie du site From the Wilderness et que je me sois mis à la compléter. J’ai trouvé que cette chronologie est une excellente base, mais pas aussi complète que je le souhaitais. Depuis, ma propre version s’est enflée de façon presque monstrueuse, mais ce qui m’a inspiré au départ se trouve dans From the Wilderness [Venu du désert], (www.cooperativeresearch.org/timeline/index.html). En outre, Ruppert n’est que l’un des quelques exemples de chercheurs, comme Jared Israel qui se sont mis à publier des informations s’opposant à la thèse officielle presque immédiatement après le 11 Septembre. Seulement, tenter de mettre de l’ordre dans tout cela pour rendre justice à chacun me détournerait de ma tâche qui est de contester publiquement la version officielle des événements. Pour autant que je sache, la plupart des chercheurs sont plus intéressés par cela que par le fait de voir reconnaître leurs propres mérites. Rendre à chacun son dû sera bien fait par les historiens de ce combat s’il aboutit un jour.
37. Lorsque je déclare que de nombreuses questions embarrassantes n’ont pas trouvé de réponses, cela reflète l’attitude de nombreux groupes qui se sont formés pour étudier le 11 Septembre, dont l’un se nomme effectivement Unanswered Questions, [Questions sans réponse] (site: www.UnansweredQuestions.org). Quelques autres sont Vigilance Citoyenne sur le 11 Septembre (www.Citizenswatch.org), le Projet pour la Transparence sur le 11 Septembre (www.septembereleventh.org) ainsi que quelques associations de familles de victimes : Comité directeur des familles pour la Commission indépendante sur le 11 Septembre (www.911independantcommission.org), Les Voix du 11 Septembre (www.voicesofsept11.org) et Les Familles du 11 Septembre pour des Lendemains Pacifiques (www.peacefultomorrows.org).
38. Ce livre, cité dans des notes précédentes, est la traduction du livre de Meyssan L’Effroyable Imposture, (Éditions Carnot, Chatou, 2002).
39. On peut combiner cette possibilité avec n’importe laquelle des cinq qui précèdent dans la mesure où elles n’envisagent que l’implication d’autres services américains. On peut donc concevoir cette sixième possibilité de cinq façons différentes. Ceci est également valable pour les septième et huitième façons de voir les choses.
40. Elshtain, p.2 et 3.
41. Michael Parenti, The Terrorism Trap: September 11 and Beyond [Le Piège du terrorisme : le 11 Septembre et après] (City Lights, San Francisco, 2002), p.69 et 70.
42. Parenti, p.70 et 71, citation tirée de Patrick Martin, «US Planned War in Afghanistan Long Before September 11», [Les États-Unis avaient planifié la guerre en Afghanistan bien avant le 11 Septembre], Conférence socialiste mondiale du 20 novembre 2001. Citation de Parenti qui résume la position de Martin. www.wsws.org/articles/2001/nov2001/afghan20.html
43. J’insiste sur ce point parce que certains polémistes, confrontés à un livre dont la conclusion leur déplaît, cherchent à la discréditer en se focalisant sur les quelques points qu’ils pensent pouvoir le plus facilement démonter. Cette tactique, à supposer qu’on apporte des éléments très convaincants contre lesdits points, ne peut réussir que dans le cas d’un argumentaire déductif. Mais face à un argumentaire cumulatif, cette tactique ne peut avoir de résultats qu’auprès de ceux qui ont d’autres intérêts que la recherche de la vérité.
44. Michael Moore, Dude, Where’s My Country? [Eh, mec ! Où est passé mon pays ?], (Warner Books, New York 2003), p.2.
45. Quelques précisions complémentaires sur ce point. Il existe quelques théories du complot que je trouve plausibles bien que je ne sois pas convaincu de leur véracité, donc je tiens à garder à l’esprit l’éventualité qu’elles puissent être vraies. En conséquence, je reste disponible pour lire ou entendre les preuves qui tendent à les étayer. En revanche, il existe d’autres théories du complot qui me semblent totalement invraisemblables ; je mets alors en doute l’intelligence ou l’état mental des gens qui y croient ou qui envisagent la possibilité qu’elles soient vraies. Quels que soient les arguments qu’on avance comme preuve, je les rejette parce que, même si je ne peux pas expliquer les faits avancés, leur véritable explication ne peut pas être celle qu’on me propose. Mais ce qui me détermine à considérer une thèse comme invraisemblable est rarement un manque d’intérêt pour une preuve empirique. La vraisemblance dépend grandement de la vision générale du monde que l’on peut avoir. On est aussi influencé par ce que l’on souhaite et ce que l’on craint, et on accepte certaines notions parce que l’on souhaite qu’elles soient vraies alors que l’on en rejette d’autres parce que l’on pense qu’il serait trop effrayant qu’elles le soient. Pourtant, au moins quelquefois, on peut revoir sa position première, malgré ses a priori. La plupart des révisionnistes qui présentent leur point de vue sur le 11 Septembre semblent compter sur cette éventualité.
Lire la Troisième partie
Sources : Editions Demi-Lune
Posté par Adriana Evangelizt